‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 113 sur 126 · LXXIX · texte numérisé non relu

LXXIX

UTILITÉ DE LA. TRANSFUSION

M. Bert, dès qu’elles apparaissent, l’animal est condamné, alors même qu’on arrête l’hémorragie. Elles ont donc une signification précise, bien que, dans certains cas exceptionnels, les chiens soient morts sans présenter de convulsions.

Il faut éliminer de ces cas ceux dans lesquels les animaux sont restés attachés ; ce qui est arrivé dans plusieurs de nos expériences qui n’avaient pas pour but de mettre en évidence les symptômes des hémorragies. Dans ces circonstances les convulsions ont pu se produire sans être remarquées, et il faut avoir soin, quand on veut poursuivre ces recherches, de détacher les animaux dès qu’après la première période d’agitation survient celle de résolution.

Dans quelques cas, l'hémorragie s’arrête avant les convulsions; le sang ne coulant plus, on débouche la canule ; cette manœuvre demeurant sans effet, on relire cet instrument, et parfois l’artère reste béante sans que le sang coule de nouveau. Le plus souvent, au contraire, au bout de quelques instants, la circulation redevient plus active, et il se produit une nouvelle hémorragie qui conduit aux grandes convulsions. De même, si on ouvre un autre vaisseau, celles-ci apparaissent et la mort ne tarde pas à survenir.

Mais lorsqu’on a tiré tout le sang qu’on peut extraire d’un seul vaisseau, il arrive parfois que le chien reste en résolution, l’hémorragie paraît arrêtée ; on lie le vaisseau, et l’animal succombe tardivement. C’est ce qui s’est produit dans une des expériences faites antérieurement devant vous, à propos des symptômes des hémorragies, et que nous rapporterons ici :

Exp. LU. Chien de 6 k. 200. T. R. 39°, 2.

Saignée par la fémorale droite. Le sang sort avec une lenteur relative, l’artère étant petite. Le chien s’agite et s’essouffle vers 250cc, puis l’hémorragie s’arrête vers

TRANSFUSION DU SANG

300cc ; l’animal urine, parait affaissé, il n’a pas de convulsions.

On ouvre la fémorale gauche; on obtient environ 75cc de sang qui sort goutte à goutte. Affaissement plus grand. Défécation. Pas de convulsions. Le chien a perdu environ du poids du corps.

La température rectale prise trois quarts d’heure après la saignée est de 36°, 5.

Le lendemain, on trouve l’animal mort dans sa niche.

Ce chien n’ayant pas succombé sous nos yeux, on peut se demander s’il n’a pas eu de convulsions terminales. Mais, dans d’autres expériences, nous avons vu mourir des chiens sans qu’ils eussent présenté de convulsions. La mort peut donc exceptionnellement survenir sans accidents de cet ordre.

Mais ce fait ne retire rien à la valeur qu’on doit attribuer aux grandes convulsions lorsqu’elles se produisent, ce qui est le cas le plus ordinaire, on pourrait dire normal, quand on pousse l’hémorragie aussi loin que possible, en ouvrant, s’il le faut, plusieurs vaisseaux.

On peut donc prendre les grandes convulsions comme critérium des recherches sur l’utilité de la transfusion dans les hémorragies.

Cela posé, examinons à l’aide des expériences de nos prédécesseurs la réponse qui pourrait être faite à la question telle que nous venons de la définir.

Dans quelques-unes des expériences relativement anciennes, il est fait mention des convulsions. Ainsi Blundell a produit des résurrections avec du sang complet chez des animaux qui paraissent avoir eu de grandes convulsions. Pareil fait estpeut-ètre arrivé cà Dieffenbach, mais la lecture de son travail ne permet pas de l'affirmer.

Une des expériences les plus concluantes à cet égard, est celle que fit Longet, dans cet amphithéâtre, le 13 juin 1863, à l’instigation de Moncoq.

UTILITE DE LA TRANSFUSION

Pour mettre en relief l’utilité de cette opération, Moncoq partait de celte donnée qu’un chien auquel on avait soustrait une quantité de sang égale au dix-huitième du poids du corps est condamné à une mort certaine; il n’avait pas remarqué, comme M. Paul Bert, l’importance des grandes convulsions, que nous avons choisies avec ce physiologiste comme critérium de la mort imminente. Mais l’expérience dont il s’agit n’en a pas moins une réelle valeur, à cause 1° de la perte sanguine énorme (jl du poids du corps), qui peut être considérée comme certainement mortelle, s’il n’y a pas eu d’erreur dans cette estimation; 2° delà probabilité des convulsions. Le chien « s’était agité convulsivement », dit la relation de Moncoq.

Quoi qu’il en soit, il revint parfaitement à la santé après une injection de 250 grammes de sang, emprunté à la veine crurale d’un autre chien.

Avant et depuis cette époque, des recherches de même ordre sur l’efficacité de la transfusion ont été faites à plusieurs reprises; mais comme on ne s’est jamais préoccupé de savoir si les animaux étaient réellement en mort imminente, au moment où l’injection de sang nouveau était pratiquée, touts ces essais ne nous donnent pas les éléments d’une solution définitive.

Vous voyez qu’il était indispensable d’entreprendre des expériences nouvelles. Commençons par celles qui sont relatives au sang défibriné.

Exp. LUI. «Chien de 7k, 500. T. R. 38°, 6.

Saignée rapide par la fémorale droite. Vers 400cc le sang coule moins vite, une des pattes postérieures devient raide. Puis apparaît la raideur des membres antérieurs. On arrête la saignée. Tétanos complet avec suspension complète de la respiration. En touchant la cornée, on produit encore le réflexe des paupières. Pupilles dilatées jusqu’à effacement presque absolu de l’iris.

A ce moment, on pratique la respiration artificielle; le

TRANSFUSION DU SANG

trismus rend très difficile l’ouverture de la gueule. Muqueuses très pâles.

On injecte alors lentement par la fémorale gauche 400“ de sang défibriné. Peu à peu la contracture cesse, on continue la respiration artificielle jusqu’à ce que l’animal respire spontanément — Température 37°, 8.

Le chien reste affaissé, mais respire tranquillement; les muqueuses sont de nouveau colorées. Mis sur pattes, il marche lentement en boitant à cause de la gène produite par les plaies.

Le lendemain il est souffrant, ne mange, ni ne boit, reste couché, mais peut se tenir debout.

On le trouve mort à 3 heures 1/2, après l’avoir vu vivant encore à 11 heures 1/2. Il est déjà en état de rigidité cadavérique.

11 a vécu environ 24 heures.

En somme, la transfusion a dans ce cas, produit une véritable résurrection, mais le chien n’a pas tardé à mourir. A quoi attribuer la mort? Nous avions employé du sang conservé dans de la glace qui, par suite de l’élévation de la température extérieure, avait fondu. Le sérum était-il altéré? Avait-il eu, dans ces conditions, une action toxique ? Cette hypothèse n’ayant rien en soi d’invraisemblable, nous avons recommencé l'expérience avec du sang défibriné frais.

Exp. LIV. Chien pesant 12 kilog. 500, ayant une température de 38°, 7. On le saigne jusqu’à concurrence de 600“, ^environ du poids du corps. A ce moment, il se trouve en rigidité tétanique ; une injection de 500“ de sang défibriné frais amène une véritable résurrection. T. 37°, 8 quelques minutes après l’opération.

Le lendemain matin, on l’a trouvé mort en état de rigidité cadavérique ; il a vécu certainement moins de 10 heures.

• Quelle est la cause de ces deux morts, survenues tar-

UTILITÉ DE LA TRANSFUSION

divement, alors que la transfusion paraissait avoir complètement réussi? Nous chercherons plus tard à l’expliquer par les autopsies de ces animaux.

En attendant, il parait acquis que les injections de sang défibriné sont impropres à ranimer définitivement un animal en mort imminente.

Le sang complet donne- t-il, comme l’expérience de Moncoq tendrait à le faire croire, des résultats plus satis faisants ? Nous allons faire devant vous une expérience de ce genre.

Exp. LV. Voici un petit chien terrier bull, très vigoureux du poids de 7 kilog., 500. On le saigne par la fémorale. Vers 400cc, vous voyez apparaitre des convulsions tétaniques violentes; en même temps, la respiration se suspend. Les convulsions se répètent, la cornée est insensible, la respiration reste arrêtée.

Ce chien est évidemment sur le point de mourir. A l’aide de l’appareil Roussel, nous lui injectons du sang emprunté à cet autre chien vigoureux, en faisant passer ce sang d’une veine fémorale à l’autre. Voilà une minute 1/2 que nous pratiquons la respiration artificielle; dès le second coup de pompe, il se fait un mouvement respiratoire spontané.

L’opération continuant, le chien est pris de convulsions. Les yeux sont convulsés en dedans, les mâchoires serrées; les membres se raidissent avec force, les muscles sont agités de contractions fibrillaires. Évidemment il s’est passé quelque chose de particulier. En examinant l’appareil à transfusion, je constate que l’on a oublié de serrer fortement le clamp du tube qui plonge dans la solution de carbonate de soude. Vous assistez aux phénomènes produits par l’introduction de ce sel dans le sang.

Continuons néanmoins l’expérience. Le chien toujours tétanisé respire. On a donné 17 coups de pompe qui devraient représenter 170 grammes de sang.

ÉMISSIONS SANGUINES

Le chien reste à peu près dans le même état ; les membres, d’abord étendus, sont fléchis avec une grande force. Nous vous dirons plus tard ce qu’il deviendra.

Cette expérience ayant été manquée par suite d’une erreur dans le manuel opératoire, je vais vous rapporter celles que nous avons faites dans de meilleures conditions au laboratoire.

Exp. LVI. Chien de 8 kilog., 400. T. R. 37°, 9. Saignée jusqu’à apparition des grandes convulsions. Elles se montrent au moment où le sang extrait s’élève à 405 grammes, soit ^ environ du poids du corps.

Raideur des quatre pattes, renversement de la tête en arrière, suspension de la respiration, de temps en temps (3 ou 4 fois pendant la minute qui précède la transfusion) un grand effort respiratoire. Pupilles tout à fait dilatées.

Injection par la veine fémorale du sang emprunté à la veine fémorale d’un autre chien.

Pendant les premiers coups de pompe, les convulsions se renouvellent ; la respiration reste rare ; puis elle devient superficielle et précipitée. — Vers la fin de l’injection et pendant quelques minutes après, on constate un peu de trismus, des convulsions des yeux avec dilatation pupillaire,un état de flexion avec raideur légère des pattes antérieures. La quantité de sang injectée est de 170 grammes de sang environ (17 coups de pompe).

La raideur des membres et les convulsions oculaires cessent 3 à 4 minutes après l’opération ; le chien se remet sur pattes, traînant un peu les membres postérieurs. Il boit, mais reste un peu affaissé. Au bout de 12 minutes, T. R. 37% 4. Au bout de 20 minutes, le chien est bien remis, tout en étant fatigué comme après une hémorragie.

35 à 40 minutes après l’opération, frissonnement, issue par la plaie de quelques gouttes de sang. Pendant qu’on cherche la source de cette hémorragie, on constate que les

UTILITE DE LA TRANSFUSION

membres sont encore un peu raides, la respiration est précipitée ; l’animal affaibli est sans défense; il reste volontiers accroupi. T. R. 37°, 3. Le soir, le chien refuse la nourriture.

Le lendemain, il mange un peu de viande, paraît vif et gai.

Poids 8L050

Le surlendemain 1,150

Le 3° jour après l’opération. 1,150 Le 4« jour 1 , 750

Le 5e jour, il se bat avec un autre chien ; sa plaie se met à saigner et il meurt d’hémorragie. Nous pouvons affirmer que le chien se serait rétabli définitivement si cet accident ne s’était pas produit.

Voici, d’ailleurs, une autre expérience du même genre, à la suite de laquelle il ne s’est pas produit d’hémorragie accidentelle. Je vous la résume brièvement.

Exp. LVII. Chien de 8 kilog. 200. T. R. 39°, 4. Saignée parla fémorale jusqu’à raideur des membres antérieurs. Miction pendant la saignée.

On dispose le transfuseur de manière à injecter par la veine fémorale préalablement mise à nu le sang fourni par la veine jugulaire d’un autre chien. Puis on laisse le sang s’écouler encore ; il sort goutte à goutte. Grandes convulsions, dilatation pupillaire, respiration rare, défécation, flexion forte du train postérieur sur l’abdomen.

On commence la transfusion. Les convulsions ne se reproduisent pas ; le chien devient haletant, les muqueuses se colorent, les pupilles cessent d’étre dilatées. Quantité de sang perdue du poids du corps.

Quantité de sang injectée, 220 grammes environ de sang (22 coups de pompe).

Immédiatement après l’opération, le chien court dans le laboratoire, il parait peu affaibli. Au bout d’un 1/4 d’heure

HAYEM. — SANG

TRANSFUSION DU SANG

T. R. 38°, 5. Le chien boit avidement, mais refuse la viande.

Il se rétablit rapidement et définitivement les jours suivants ; mais la température ne remonte que lentement à la normale. Le chien a servi ultérieurement à d’autres expériences, après avoir continué à se bien porter.

La transfusion directe avec du sang artériel réussit tout aussi bien. En voici un exemple.

Exp. LYIII. Jeune chiende 14 kilog. T. R. 39°, 1 . Saignée par la fémorale gauche jusqu’à production de contractions tétaniques des membres, renversement de la tête en arrière; la respiration continue, mais elle est rare et représentée par des efforts convulsifs.

Tout étant disposé d’avance pour la transfusion, l’hémorragie ayant été arrêtée au moment de la production des grandes convulsions, on cherche à obtenir une nouvelle perle de sang. On débouche, on ôte la canule, on retire un peu de sang coagulé de l’artère, rien n’y fait ; impossible d’obtenir une goutte de sang, bien que les convulsions n’aient été que passagères et ne se soient pas reproduites. Le chien est dans la résolution ; respiration de plus en plus rare, défécation ; le chien est évidemment condamné à mort, bien qu’il n’ait perdu que^ du poids du corps.

On ne se décide à faire la transfusion que 3 à 4 minutes après le début de la période convulsive. On la pratique à l’aide du sang artériel fourni par la carotide d’un autre chien, sang que l’on fait pénétrer dans la veine fémorale.

Presque immédiatement la respiration devient précipitée, haletante. On donne 30 coups de pompe, ce qui représente environ £00 grammes de sang.

Après les ligatures faites, le chien marche en traînant un peu le train postérieur, il est affaibli. Quelques minutes plus tard, il est pris de fortes tranchées, fait des efforts de défécation, suivis ou non d’effet, a le ventre déprimé.

UTILITÉ DE LA TRANSFUSION

Cependant la respiration redevient normale, et, au bout d’une demi-heure, les tranchées abdominales paraissent calmées. T. R. 37°, 2.

Quelque temps après, les tranchées réapparaissent et sont suivies de quelques selles diarrhéiques, dans lesquelles il y a de nombreux fragments de tænias. Le soir, le chien boit, mais il ne mange pas. T. R. 38°.

Dès le lendemain, il paraît bien remis. T. R. 38°, 4. Cependant les jours suivants, son poids s’abaisse jusqu’à un minimum de 1 3k, 650 (3 jours après l’opération) et la température reste abaissée.

Cet abaissement de la température s’est montré constant dans nos expériences de transfusion ; il a toujours été d’au moins 1° et a duré parfois plusieurs jours. 11 en a été de même de la diminution du poids. L’abaissement immédiat de la température s’explique évidemment par le refroidissement du sang pendant son passage à travers l’instrument.

Quant aux coliques signalées dans cette expérience, elles ne sont pas notées dans nos autres transfusions.

27e LEÇON

Sommaire : Utilité de la transfusion. — Cause de la mort après la transfusion do sang défibriné. — Injection de sérum du sang, de sérums artificiels. — Conclusions. — Indications générales de la transfusion dans les anémies aigues cl chroniques.

Messieurs,

Avant de reprendre l’exposé de nos recherches sur l’utilité de la transfusion, je tiens à vous faire savoir ce qu’est devenu le chien opéré devant vous dans la dernière leçon, et qui avait été pris de violentes convulsions à la suite d’une erreur dans le manuel opératoire. Les accidents étaient bien imputables au carbonate de soude, comme je vous le disais immédiatement, car l’animal est mort, le lendemain soir, après être resté contracturé et avoir eu des vomissements. La mort est évidemment due à l’empoisonnement par le sel sodique. Remarquez d’ailleurs que, malgré cet accident, le chien a survécu plus longtemps que les animaux chez lesquels nous avons essayé de produire une résurrection à l’aide de sang défibriné.

Les expériences rapportées dans la précédente leçon nous mettent en présence d’une différence fondamentale entre le sang défibriné et le sang complet. Celte différence a été rendue sensible par nos essais de résurrection.

Par ce mot nous entendons que les animaux étaient évidemment sur le point de mourir au moment où l’opération a été pratiquée ; mais il importe que vous sachiez qu’il ne s’agit pas du retour à la vie d’un véritable cadavre, car lorsque les chiens exsangues ont rendu

UTILITÉ DE LA TRANSFUSION. 469

Je dernier soupir, il est absolument impossible de les faire revenir à eux quels que soient les moyens que l’on emploie.

Vous vous souvenez que depuis Magendie on a fait sur divers animaux, saignés préalablement ou intacts, un nombre considérable d’injections de sang défibriné. Les animaux ayant survécu ou n’ayant présenté que des phénomènes passagers peu inquiétants, on en a conclu à l’innocuitc du sang défibriné. Il en est résulté que presque tous les expérimentateurs ont recommandé la défibrination du sang. Et cependant il fallait au préalable savoir si le sang défibriné est, oui ou non, capable d’entretenir la vie.

Qui a raison de Magendie ou des partisans de la défibrination ?

Dans les expériences de Magendie, que je vous ai rapportées, les conditions expérimentales sont complexes. Ces expériences permettent d’invoquer, pour expliquer la mort prompte des animaux, l’épuisement, le choc traumatique, aussi bien que les troubles mécaniques de la circulation et les dangers multipliés de l’introduction de caillots ou de corps étrangers. Ces diverses objections n’ont pas manqué d’étre faites par divers expérimentateurs contemporains.

Pour éviter les causes d’erreurs, pour simplifier les conditions de l’observation, nous avons étudié les effets du sang défibriné à la suite d’une seule injection. Nous avons saigné à mort nos chiens et remplacé une partie du sang perdu par du sang défibriné.

Or, vous l’avez vu, les chiens sont revenus à eux, nous avons obtenu une véritable résurrection. Mais cette survie n’a été que temporaire. Au bout de quelques heures, de moins de 24 heures, les animaux ont succombé. Ce résultat ayant été constant, nous pouvons dire en toute as-

surance

TRANSFUSION DU SANG

Quand on remplace par du sang défibriné une quantité de sang dont la perte serait immédiatement mortelle, on ne fait que retarder la mort.

Tout autre est le résultat obtenu avec du sang complet. La même opération est suivie dans ce cas d’une survie définitive.

Voilà un fait important, qui a échappé jusqu’à ce jour aux expérimentateurs et qui doit nous faire conclure avec Magendie à l’impossibilité d’entretenir la vie avec du sang défibriné.

Mais, remarquez-le bien, il a fallu, pour mettre ce fait en évidence, que nos animaux fussent réellement en état de mort imminente et dans les cas où les animaux ont subi des pertes de sang considérables, sans toutefois être condamnés à coup sûr à une mort immédiate, l'injection de sang défibriné et même, vous le verrez bientôt, celle d’autres liquides ont permis aux animaux de survivre. Telle est, sans doute, la raison pour laquelle on a cru à l’efficacité non seulement du sang défibriné, mais aussi de diverses sérosités.

Voici, comme exemple, un cas dans lequel l’animal a survécu après une transfusion de sang défibriné.

Exp. LIX. Chien de 10 k., 500. Saignée par la fémorale. Le sang sort très rapidement jusqu’à ce que la perte atteigne environ 350cc ; puis plus lentement.

Agitation, essoufflement, puis urination. On détache l’animal. Bientôt il est pris de raideur légère des pattes antérieures, puis survient un mouvement de flexion des pattes postérieures. Les pupilles sont très larges, mais les mouvements réflexes des paupières sont conservés ; pas de défécation. On arrête immédiatement l’hémorragie. La quantité de sang perdue est de 425cc (434 grammes). On injecte lentement en une seule fois 210Cc de sang défibriné, emprunté à un autre chien, par le bout périphérique de l’artère, Après l’injection, le chien se remet rapidement

UTILITÉ DE LA TRANSFUSION

et marche en traînant la jambe sur laquelle a porté l’opération. Le lendemain le chien est assez vif et gai, il mange bien. Les jours suivants il se remet très rapidement. La quantité de sang perdue s’élève au du poids du corps.

Nous sommes maintenant conduit à rechercher la cause de la mort à la suite de la transfusion de sang défibriné, faite dans les conditions que nous avons spécifiées.

Les autopsies des animaux nous renseignent-elles à cet égard ? Voici les lésions que nous avons trouvées chez les deux chiens examinés peu de temps après la mort (Exp. LUI et LIV).

1er Chien. Infiltration diffuse du tissu cellulaire du membre inférieur gauche (côté de la transfusion), s’étendant sur le trajet de la veine fémorale et remontant le long de la veine abdominale ; en même temps œdème de ces régions.

Les veines sous-cutanées de l’abdomen et du thorax sont gorgées de sang ; la veine fémorale et les veines qui s’y rendent sont remplies de sang au-dessus de la ligature, vides au-dessous.

La vessie est distendue par de l’urine brun-foncé, contenant de la matière colorante de la bile, mais pas d’albumine.

Les viscères sont encore chauds. La rate est normale, pèse 41 grammes. Les reins sont normaux, légèrement congestionnés. Les poumons sont hyperémiés, rouges, splénisés à la base ; ils renferment, le droit surtout, quelques suffusions hémorragiques. Les veines pulmonaires sont pleines de sang, les grosses veines qui avoisinent le cœur sont remplies de sang noirâtre, à peine coagulé. Le ventricule gauche est en état de rigidité cadavérique ; les cavités droites sont remplies de sang à peine coagulé

TRANSFUSION DU SANG

(gelée de groseille foncée). Le ventricule gauche est presque vide.

Foie mou, de coloration normale ; vésicule biliaire distendue par de la bile. Estomac vide. Pas de lésions intestinales. Rien de particulier dans les vaisseaux mésentériques.

La veine cave inférieure, l’iliaque externe droite renferment du sang liquide.

Rien de particulier dans le cerveau.

Les globules du sang recueillis dans la veine cave sont altérés ; dans les préparations on trouve un grand nombre de cristaux d’hémoglobine.

2e Chien. Pas d’infiltration séro-sanguine du membre, sauf au niveau de la plaie, sang fluide dans les veines fémorale et iliaque externe, un peu de sang liquide dans le cœur gauche.

Cavités droites distendues par du sang gelée de groseilles. Poumon gauche assez congestionné sans infarctus. Poumon droit congestionné à la base seulement.

La rate est marbrée à la surface par une série de taches lie de vin, et présente à la coupe, au niveau de ces taches, de petites suffusions. Le foie paraît normal.

Dans les vaisseaux voisins du cœur, sang fluide, mélangé avec des caillots mous, noirâtres.

Le sang recueilli dans la veine sous-clavière contient de nombreux globules épineux et des cristaux d’hémoglobine.

Ces autopsies nous montrent que les animaux n’étaient plus anémiques; mais le sang, qui distendait les vaisseaux, était profondément altéré, en voie de dissolution. L’hémoglobine, mise en liberté par la destruction rapide d’un très grand nombre de globules, donnait lieu dans les préparations microscopiques sans l’intervention des réactifs à des cristaux abondants ; et cependant il n’y avait ni albumine dans les urines, ni hémoglobinurie.

UTILITE DE LA TRANSFUSION

Peut-être même ces cristaux, les autopsies ayant été faites peu après la mort, existaient-ils pendant la vie. Quoi qu’il en soit, ces altérations du sang ont amené une congestion intense des principaux viscères et donné lieu à des infarctus capillaires disséminés.

Gela posé, comment comprendre la mort? Les globules sont en voie de destruction, mais ils sont loin d’etre tous détruits; un grand nombre d’entre eux avaient même conservé leurs caractères morphologiques. Avant d’émettre une hypothèse quelconque, il y avait lieu de se demander si les globules rouges, tout en n’étant pas modifiés en apparence dans leurs caractères anatomiques, n’avaient pas perdu leurs propriétés physiologiques, particulièrement celle d’entretenir l'hématose, ainsi qu’on le voit dans l’empoisonnement oxycarbonique.

Il était d’autant plus intéressant de chercher à résoudre cette question que les animaux, comme l’avait déjà remarqué Magendie, semblent mourir asphyxiés et présentent des lésions ayant une certaine analogie avec celles de l’asphyxie. A cet égard, je vous rappelerai que nos animaux ont été pris presque immédiatement après la mort de rigidité cadavérique.

Pour élucider ce point qui devait compléter notre étude physiologique de la transfusion avec sang défibriné, nous avons institué une expérience dont je vous donnerai simplement le résultat.

Vous savez que l’hémoglobine, même lorsqu’elle est dissoute, possède encore la propriété de fixer l’oxygène. Aussi n’a-t-on pas, dans la détermination de la capacité respiratoire du sang, à se préoccuper de la destruction des hématies amenée par le mélange du sang avec beau et encore moins de l’altération des globules due à la défibrination.

La détermination du rapport entre le contenu hémoglobique du sang et la capacité respiratoire après injec-

TRANSFUSION DU SANG

tion de sang défibriné ne pouvait donc donner aucun renseignement sur l’état physiologique du sang. Nous avons alors fait l’analyse des gaz du sang artériel avant la saignée, et 6 heures et demie environ après la transfusion. En comparant les résultats de ces analyses au pouvoir colorant du sang, la différence relative pour le contenu en oxygène n’a été que de 6 0/0.

Les globules rouges ne paraissent donc pas privés de leur principale fonction; ils continuent à se charger d’oxygène dans les poumons.

Voici d’ailleurs les chiffres se rapportant à deux échantillons de sang ayant le même pouvoir colorant :

Az.

lrô prise avant la transfusion

2° — G heures après la transfusion . .

Les animaux ne meurent donc pas par insuffisance de globules rouges anatomiquement normaux ; ils ne paraissent pas non plus succomber par paralysie fonctionnelle des globules. Cependant, sur ce point, il sera nécessaire de reprendre ces expériences, en faisant des prises successives de sang jusqu’au moment de la mort.

Quelle hypothèse pouvons-nous donc émettre?

Nos recherches précédentes sur les variations numériques des éléments du sang à la suite de la transfusion de sang défibriné et de sang complet ne nous ont fait voir entre ces deux espèces de sang aucune différence importante au point de vue de la survie des hématies. Dans l’un et l’autre cas les globules réintroduits dans l’organisme sont destinés à disparaître ; mais, tandis que leur destruction est immédiate et très rapide quand on emploie du sang défibriné, elle est plus tardive avec le sang complet.

Cette différence dans la marche d’un même phéno-

UTILITÉ DE LA TRANSFUSION. 475

mène suffit-elle à expliquer la mort dans un cas, la survie dans l’autre ?

Dans cette hypothèse, la destruction globulaire s’effectuant très rapidement un certain temps après la transfusion donnerait lieu à des phénomènes analogues à ceux que détermine le sang dissous ou laqué: arrêt des stromas et peut-être des cristaux d’hémoglobine dans les capillaires, tendance à la formation de petits caillots sous l’influence de l’hémoglobine dissoute dans le plasma, phénomènes qui seraient évités ou fort atténués quand on emploie du sang complet. Cette explication est fort plausible, mais vous approuverez ma réserve, du moment où je n’ai pas encore de faits décisifs à vous énoncer.

Il n’en reste pas moins acquis qu’on ne peut impunément remplacer une certaine dose de sang complet par du sang défibriné; que ce dernier est impropre à l’entretien de la vie et qu’il n’est souffert par l’organisme que lorsqu’il est mélangé avec une dose de sang qui pourrait à elle seule suffire ou peu s’en faut à l’entretien de la vie.

Messieurs, il nous reste à examiner une dernière question qui sera pour ainsi dire le complément des expériences précédentes.

Nous avons, vous le voyez, une tendance à rapporter la mort à la suite de la transfusion in extremis du sang défibriné à une action nocive de ce sang. Dès lors nous sommes en droit de révoquer en doute la valeur de la transfusion, qu’elle soit pratiquée avec du sang défibriné ou avec du sang complet.

Vous allez me comprendre. Je vous ai dit, à propos des émissions sanguines que, lorsqu’un animal meurt d’hémorragie, il reste encore dans l’organisme une quantité de sang assez notable, mais que les vaisseaux sont trop vides pour que ce sang puisse circuler. Ne pourrait-on pas, en augmentant le contenu des vaisseaux à l’aide d’un

TRANSFUSION DU SANG

liquide qui n’alièrerait pas ce qui reste de sang dans l’économie, ranimer la circulation et par suite faire survivre les animaux ? Ne serait-ce pas ainsi que le sang complet, qui n’exerce pas la même action nocive que le sang défibriné, empêche les animaux de succomber, puisqu’en somme les éléments de ce sang sont eux aussi destinés à disparaitre. En un mot, la transfusion n’intervient-elle pas en quelque sorte d’une manière mécanique, c’est-à-dire en rendant mécaniquement possible la circulation?

Quelques observateurs n’ont pas craint de l’affirmer. Ainsi GoltzQa prétendu qu’après les hémorragies abondantes la mort était due, non à la perte des globules, mais à l’impossibilité mécanique de la circulation.

Cependant Eulenburg et Landois n’ont pas pu rappeler à la vie des animaux saignés jusqu’à la « résolution paralytique », en leur injectant des liquides privés de globules. De même M. Brown-Séquard2 , dans des expériences analogues, n’a pu ranimer les animaux qu’en ajoutant au sérum injecté au moins 3 à 4 parties de sang pour 10 de sérum.

Landois cite comme exemple de ces échecs l’expérience suivante : Il saigne jusqu’à résolution un chien de 11 kil. , 100 et lui injecte 90cc de sérum de chien. L’animal meurt, bien que la respiration artificielle soit pratiquée.

Les expérimentateurs ont été plus heureux avec le sérum artificiel.

Gaule3 avait déjà montré qu’on peut ranimer le cœur de la grenouille en employant une solution de sel marin, lorsque MM. Jolyet et Laffont 4 eurent l’idée d’étudier les effets des injections d’eau salée dans le système circulatoire des animaux exsangues.

Dans la note laconique qu’ils ont publiée sur ce sujet, i ccviii. — 2 ccix. — 3 ccx.— 4 ceyi.

UTILITÉ DE LA TRANSFUSION

ils disent simplement que l’eau salée à 0,5 0/0, ne détruisant pas les globules rouges, permet mécaniquement à la circulation de se rétablir lorsque les animaux ont été saignés à blanc.

Peu de temps après, Ivronecker et Sander* faisaient connaître des expériences analogues. Deux chiens pesant l’un 13 kil. , l’autre 7 kil . , subirent une saignée carotidienne qu’on laissa se prolonger tant que le sang continua à couler. Le premier perdit ainsi G00 grammes de sang (1/21,6 du poids du corps); le second 275 gr. (1/25,4 du poids du corps). Le cœur de ces chiens ne battait plus que très faiblement lorsqu’on leur injecta dans la jugulaire externe une quantité de liquide salin égale à celle du sang perdu, liquide composé de 6 grammes de sel marin et de 5 centigrammes d’hydrate de sodium par litre d’eau distillée.

Les deux chiens se rétablirent, l’un et l’autre, très promptement.

Rappelons encore que M. P. Bert, pour se rendre compte de la valeur de l’oxygène dans la transfusion, injecta à des animaux du sang dissous, une solution d’hémoglobine oxygénée, après l’avoir soigneusement filtrée pour éviter tout accident. Il n’a pu ranimer ses animaux; d’ailleurs nous connaissons déjà les qualités nuisibles de ce liquide.

Telles sont les données actuelles sur cette question dont nous avons cherché à élucider certains points par plusieurs expériences que je vais vous rapporter.

Nous avons commencé par étudier les effets produits par le sérum du chien. Nous savions déjà par nos recherches sur la masse totale du sang qu’on peut remplacer impunément une assez forte quantité de ce liquide par du sérum et qu’à la suite de cette opération les animaux se rétablissent comme après une simple saignée.

TRANSFUSION DU SANG

Dans une première expérience nous avons poussé l’hémorragie jusqu’à la mort imminente.

Exp. LX. Jeune chienne de chasse croisée. Poids 11 kil . , 500. T. R. 38°, 9. Saignée par la fémorale. Le sang coule rapidement. Au bout de 3 minutes, urination; au même instant le sang coule goutte à goutte par suite de la formation d’un caillot dans le tube. 3 minutes après, le tube étant débouché, le sang coule de nouveau; une minute après on remarque un léger mouvement convulsif dans une des pattes postérieures ; le mouvement convulsif se produit encore deux fois, mais pas de raideur tétanique.

On arrête l’hémorragie. Les mouvements respiratoires sont superficiels et précipités. On commence l’injection par la saphène à l’aide de sérum en poussant lentement. Les respirations sont toujours précipitées puis deviennent plus profondes. La quantité de sang injectée est de 260cc. Le chien est abattu, reste sans mouvement sur la table; mis sur pattes, il fait quelques pas en titubant comme à la suite d’une forte hémorragie.

5 minutes après l’opération, T. R. 37°, 8.

Poids du sang extrait 550 grammes, soit — du poids du corps.

2 jours après, poids, 10 kil., 700. T. R. 39°, 7.

3 jours plus tard (5 après l’opération) P. 11 kil, T. R. 38°, 2. Le chien s’est bien rétabli et a servi ultérieurement à d’autres expériences.

On peut donc au début de la période agonique faire survivre les animaux en leur injectant du sérum. La même expérience répétée sur deux autres chiens a donné le même résultat. Dans l’un des cas l’hémorragie, arrêtée dès les premiers mouvements convulsifs, s’est élevée à ~ du poids du corps. Dans l’autre, la perte de sang

représentait de ce poids.

UTILITE DE LA TRANSFUSION

On n’obtient pas le même succès quand l’animal est tout à fait sur le point de rendre le dernier soupir, ainsi que le prouve l’expérience suivante :

Exp. LXI. Bouledogue très fort, pesant 13 kilogr. 500, T. R. 38°, 5. Saignée par l’artère fémorale. Le sang coule très rapidement jusqu’à 500cc. A ce moment agitation, essoufflement, respirations profondes. Le chien est encore très fort, se débat. Urination. Le sang coule un peu moins vite, devient un peu plus noir.

A 600cc, respiration remarquablement profonde , les pupilles commencent à se dilater ; les mouvements réflexes cornéens sont conservés. On détache l’animal ; il s’agite beaucoup sans avoir de convulsions. Le sang coule moins vite.

A 650e le chien est affaibli, haletant ; on peut le détacher. Le sang coule goutte à goutte. A chaque respiration le creux sous-sternal s’enfonce extraordinairement. Le chien est affaissé, les respirations sont irrégulières. Le sang s’arrête presque complètement. Pas de convulsions. Urination nouvelle , plus abondante.

Tout à coup raideur des membres et quelques petites secousses dans les pattes postérieures , renversement de la tête en arrière, état tétanique des muscles du dos. On arrête la saignée qui d’ailleurs ne donne plus que de temps en temps une goutte.

Dans le bout périphérique du vaisseau on introduit la canule. Gela demande environ une minute. Le chien est presque mort ; cependant il respire encore faiblement de temps en temps. On pousse lentement du sérum de sang de chien recueilli la veille. Petites convulsions dans les pattes postérieures ; les pattes antérieures se résolvent. L’injection poussée lentement paraît réveiller quelques respirations.

Hoquet avec mouvement de flexion de la tète, pupilles très dilatées , cornée insensible. La respiration s’arrête

TRANSFUSION DU SANG

définitivement et ne reprend ni par la continuation de l’injection, ni par la faradisation , ni parla respiration artificielle.

Depuis les premières convulsions, jusqu’à la cessation complète des mouvements respiratoires, il s’est écoulé environ 2 min. 1/2. Ces convulsions n’ont été ni très marquées, ni très violentes.

La perte du sang très rapide et presque sans aucune interruption a donné 700cc, ^ du poids du corps environ. Quantité de sérum injectée environ 300cc.

Vous voyez qu ici nous n’avons pas même eu la survie temporaire qu’on peut obtenir avec du sang défibriné.

Il ne nous reste plus qu’à examiner la valeur des injections d’eau salée.

Voici le résultat d’une tentative de ce genre, faite devant vous, lorsqu’à la fin de la leçon dernière je voulus vous rendre témoins d’une expérience analogue à celle de Kronecker et Sander.

Exp. LXII. Chien robuste de 9 kilogr. 300.

Saignée par la fémorale de 600cc, ~ environ du poids du corps, jusqu’à production de convulsions tétaniques. Renversement de la tète en arrière, suspension de la respiration , dilatation extrême des pupilles, hochement de la tète, urination, mais pas de défécation.

On est obligé, pendant qu’on prépare la seringue, de faire la respiration artificielle. Le chien parait mort, injection parla veine fémorale de 320c° de sérum artificiel ^ à de NaCl L’injection est poussée lentement. Qn continue à faire la respiration artificielle.

L’injection est terminée depuis plus d’une minute quand la respiration reprend spontanément, en même temps les pupilles sont moins dilatées, les battements du cœur redeviennent sensibles. Le chien se remet lentement. Au bout de 10 minutes environ, il peut se tenir sur les

UTILITE DE LA TRANSFUSION

pattes de devant, mais les pattes de derrière ne le soutiennent pas, il reste affaissé.

C’est une véritable résurrection et il est intéressant de faire remarquer que dans ce cas l’injection de sérum artificiel s’est montrée plus efficace que dans l’expérience précédente, faite avec du sérum de chien.

Le lendemain matin, l’animal est trouvé mort dans sa niche, sans avoir perdu de sang.

Autopsie. Caillots récents dans la veine fémorale (côté de l’injection) au-dessus de la ligature. Veines iliaques et caves remplies de sang en partie coagulé. Un peu de sang coagulé dans les cavités cardiaques droites et gauches.

Tous les viscères paraissent sains.

Le sang pris dans la veine cave a les caractères suivants : globules rouges, non empilés, épineux, quelquesuns sphériques; globules blancs, gonflés, granulations protoplasmiques presque toutes disparues; noyaux devenus remarquablement clairs et visibles.

L’expérience suivante témoigne également de l’inefficacité de la transfusion de sérum artificiel.

Exp. LXIII. Chien de 8 kilogr. 750 ayant déjà subi il y a 30 jours une saignée de 400co.

Saignée par l’artère fémorale gauche de 450*'% environ du poids du corps, jusqu’à production d’état tétanique avec renversement de la tète en arrière ; la respiration n’est pas complètement suspendue et on ne pratique pas la respiration artificielle.

L’injection de sérum (même formule) est faite 1/2 minute après l’apparition des grandes convulsions. On la pousse par la veine fémorale droite, jusqu’à 300°c. Immédiatement cessation de l’état tétanique, les pupilles primitivement dilatées à un haut degré se rétrécissent, puis la respiration redevient normale.

Il A Y KM. — SANG.

TRANSFUSION DU SANG

Dès que l’opération est terminée, le chien se tient debout, en traînant un peu le train postérieur, comme à la suite des fortes saignées non mortelles. Presque immédiatement défécation.

Quatre heures après, l’animal est couché, mais lève encore la tête quand on attire son attention; la respiration est un peu précipitée. Une heure après, on le trouve mort.

L’autopsie donne les mêmes résultats que pour l’autre chien.

Dans ce cas, la survie a encore été moins longue qu’avec le sang défibriné.

Je crois utile de vous dire ici quels résultats m’a donnés l’examen direct des effets de la solution employée sur les globules rouges. Un mélange est fait à parties égales de sang de chien et de sérum à de NaCl; dans un certain volume de ce mélange on compte 212 globules rouges; une heure après, on n’en compte plus que 110, et une dizaine sont devenus vésiculeux et pâles.

Cherchons maintenant à tirer de ces diverses expériences les conséquences qui en découlent naturellement.

Vous avez vu que nous avons pris les grandes convulsions comme critérium d’une mort imminente, mais à l’égard de ce phénomène ultime nous avons à faire une remarque importante.

Pour avoir un critérium précis, il faut pousser l’hémorragie jusqu’à production non pas de petits mouvements convulsifs, mais de raideur tétanique bien caractérisée. Si l’on n’obtient pas ces convulsions, — et nous savons que plusieurs chiens sont morts sans les présenter, et meme que quelques animaux sont morts après avoir perdu une quantité relativement faible de sang, — on n’a pas de base assez solide pour conclure.

CONCLUSIONS SUR l’üTILITÉ DE LA TRANSFUSION. 483

Tantôt les manifestations convulsives surviennent alors qu’il reste encore une assez grande quantité de sang clans l’organisme; tantôt elles se produisent, plus tardivement alors que la perle de sang est énorme. Il nous a semblé qu’au point de vue des effets immédiats ou ultérieurs de la transfusion ces deux cas doivent être envisagés à part.

Dans le premier cas, les convulsions sont peu accusées et très passagères, le danger est moins imminent, et si l’animal est abandonné à lui-mème, l’écoulement du sang étant arrêté, la mort est plus tardive. Il n’est même pas démontré d’une manière absolue que lorsque les convulsions n’ont pas été générales et répétées, l’animal est infailliblement condamné à mort, si l’on n’intervient pas. Sur ce point spécial, de nouvelles expériences seraient nécessaires. En tout cas, ces faits correspondent, en général, à des pertes de sang qui sont en moyenne de

à ^ du poids du corps.

Dans le second cas , l’émission sanguine s’élevant de du poids du corps, le dénouement fatal se précipite; peu de secondes après le début des grandes convulsions la respiration se suspend ; les convulsions se répètent et s’accompagnent d’une sorte de hochement de la tête qui nous a paru du plus mauvais augure; et, dans l’espace de 1 à 4 ou 5 minutes au plus, la mort est définitive, alors même qu’on pratique la respiration artificielle.

Cette distinction établie, voici ce qu’on observe relatiment à l’efficacité des divers modes de transfusion.

Dans les cas où, après une saignée abondante, les animaux sont affaiblis, plus ou moins résolus, mais non condamnés à une mort certaine, on les fait revenir rapidement et définitivement à eux en pratiquant une transfusion non seulement avec du sang, mais avec tout

TRANSFUSION DU SANG

liquide remplissant les vaisseaux, sans détruire les globules.

C’est à des cas de ce genre que s’appliquent les faits observés par Jolyet et Laffont, Kronecker et Sander (avec des sérums artificiels), ceux aussi que nous avons obtenus avec du sérum de sang de chien, et enfin un grand nombre de prétendus cas de résurrection, attribués par les auteurs à l’emploi du sang défibriné.

Lorsque les animaux saignés entrent dans la période des grandes convulsions et sont condamnés à une mort immédiate, les résultats des transfusions sont tout différents.

La nature du liquide employé a ici une grande importance.

Avec du sang défibriné, nous avons pu, plusieurs fois, ranimer nos animaux; mais, comme vous l’avez vu, leur survie n’a pas été longue.

Le sérum artificiel semble avoir la même efficacité relative que le sang défibriné; ici encore rétablissement passager, mais mort prompte.

Au contraire, avec le sérum naturel, emprunté à un animal de la même espèce, on peut faire survivre les animaux ; mais on ne réussit pas constamment. Néanmoins, comme il me paraît certain que ce genre de transfusion a empêché la mort d’animaux qui auraient succombé s’ils avaient été abandonnés à eux-mèmes, de celui, par exemple, qui avait subi une perle s’élevant à du poids du corps, nous pouvons formuler une réponse au sujet de l’action mécanique de la transfusion.

Oui, certes, il nous paraît évident que certaines hémorragies sont mortelles alors que l’organisme contient encore assez de sang pour en entretenir le jeu. Qu’on dilue alors le sang restant, la vie redevient possible. Mais il faut que cette dilution soit effectuée avec un liquide n’altérant pas les hématies de l’individu anémié, ou n’intro-

duisant pas dans la circulation des éléments frappés à mort et devenant nuisibles par leurs profondes et brusques altérations. Voilà pourquoi le sérum du sang du chien a été efficace dans des conditions analogues à celles dans lesquelles nous avons échoué, soit avec du sérum artificiel, soit avec du sang défibriné. Mais lorsqu’il ne reste probablement plus assez de sang pour l’entretien de la vie, dans les cas de mort véritablement imminente par anémie absolue, seul le sang complet peut amener à coup sûr un rétablissement durable, définitif de l’animal.

La transfusion, pour produire une véritable résurrection, doit apporter alors non seulement un liquide capable de remplir de nouveau les vaisseaux, mais encore des éléments globulaires.

S’ensuit-il que le sang d’un animal puisse être remplacé par celui d’un autre delà même espèce? Evidemment non. Celte substitution ne serait possible que si les hématies étaient des éléments fixes, indestructibles. Il ne peut donc y avoir, même dans les conditions les plus favorables, véritable greffe sanguine. Bien plus, en nous reportant à nos expériences de numération, nous voyons que les globules ainsi transportés, non pas même d’un organisme dans un autre, mais d’un point du même organisme à un autre point, en passant par un instrument, sont en quelque sorte voués à une mort prématurée. Toutefois, tandis que les hématies disparaissent, elles sont remplacées par d’autres que l’animal a luimême fabriquées, et c’est probablement parce que les globules du sang complet vivent assez longtemps pour permettre un commencement de réparation que la transfusion de sang complet produit la survie définitive des animaux sur le point de succomber à une hémorragie.

En tout cas, nous devons, au nom de la physiologie, considérer comme absolument dénuée de fondement la prétention de modifier par la transfusion d’une manière

TRANSFUSION DU SANG

définitive ou même très profonde la constitution du sang d’un individu malade.

Au point de vue pratique, on se trouve rarement dans les conditions où nous nous sommes placé avec intention dans nos expériences ; c’est ce qui explique qu’on peut réussir avec divers modes de transfusion et même en employant un autre liquide que le sang. Mais nos recherches montrent que dans les cas rares où il faut lutter contre une hémorragie qui menace de devenir rapidement mortelle, on ne devrait se servir que de sang complet, ce qui n’est pas toujours possible. Dans ces circonstances, le sang défibriné et le sérum artificiel nous paraissent dangereux ; il serait préférable de se servir de sérum naturel.

Quant à employer le sang défibriné, à titre palliatif, je ne l’oserais pas davantage, vu notre ignorance des causes de la mort après transfusion de ce genre. Je donnerais plutôt la préférence au sérum artificiel qu’on pourrait peut-être employer pour prolonger la vie, en attendant qu’on pût faire une injection de sang complet.

lien résulte que, malheureusement pour la pratique et la vulgarisation de la transfusion, dans le seul cas où cette opération est d’une incontestable utilité, dans les hémorragies menaçant l’existence, elle est rendue impraticable par la nécessité de se servir de sang complet. Comment sur le champ de bataille, au moment d’un accident, ou meme dans un service de chirurgie, pourrait-on faire une transfusion de sang complet chez un individu en imminence de mort, alors que dans un laboratoire, où tout est disposé pour l’opération, quelques-uns de nos chiens ont succombé sous nos yeux, sans que nous ayons eu le temps de pratiquer la transfusion? Quant au sérum naturel, il est impossible d’y songer dans la pratique; il serait encore plus difficile et plus long de s’en procurer.

11 y aurait encore à se demander combien il faut injecter de sang pour produire une résurrection définitive.

Une de nos expériences dans laquelle l’instrument s’est dérangé montre que lorsqu’on n’injecte qu’une très faible quantité de sang, la survie n’est que temporaire. Il a été malheureusement impossible de doser exactement le sang injecté.

Vient maintenant la question de l’emploi de la transfusion dans les hémorragies répétées, et d’une manière générale, dans Y anémie chronique. Sur ce point nos expériences montrent que cette opération est d’une incontestable utilité, à condition toutefois qu’on se serve de sang humain.

Dans ce cas, le sang défibriné paraît avoir à peu près la même valeur que le sang complet; cette contradiction apparente s’explique par ce fait seul que la transfusion a surtout pour résultat de favoriser d’une manière puissante la réparation sanguine préparée par la suractivité des fonctions hématopoiétiques. Il semble que, dans ces conditions, l’hémoglobine provenant des globules frappés à mort par la défibrination peut être utilisée pour la renovation globulaire et par suite facilite la régénération du sang.

Mais il n’en saurait être de même pour l’hémoglobine du sang d'animaux appartenant cà des espèces différentes. Celle-ci ne parait pas pouvoir être assimilée ; tout au contraire, agissant à la façon d’un corps étranger, elle tend à s’éliminer dès qu’elle est mise en liberté par dissolution des globules. Impropre à faire partie intégrante des éléments nouveaux nécessaires à l’entretien de la vie, loin de faciliter ce travail d’hematopoièse qui doit être le salut du malade, elle peut être l’origine d’altérations viscérales, rénales en particulier.

11 resterait à examiner, en s’appuyant sur les faits cliniques, quelles sont les indications rationnelles de la transfusion aux anémies chroniques survenues en dehors du traumatisme, idiopathiques, c’est-à-dire en apparence

TRANSFUSION DU SANG

spontanées, ou symptomatiques d’un processus morbide quelconque.

Mais ce n’est plus une question de thérapeutique expérimentale; et bien que les notions que nous avons acquises sur l’évolution du sang, soit dans les cas pathologiques, soit sous l’influence des divers modes de transfusion, puissent ici trouver, jusqu’à un certain point, leur application, il nous est impossible, au moment de terminer ce cours, de sortir de notre cadre et d’entrer dans des considérations qui seraient en partie nouvelles pour vous.

Sachez seulement que, dans la grande majorité des cas, l’anémie chronique d’origine pathologique, celle de la chlorose par exemple, s’accompagne, comme l’anémie traumatique non aiguë, d’une production relativement considérable d’hématoblastes et que, dans ces diverses conditions, la régénération du sang se fait d’après le même mécanisme, obéit aux mêmes lois. Aussi est-il logique d’admettre que, dans ces cas, la transfusion, même avec du sang défibriné, doit agir comme à la suite des pertes de sang, et, notamment activer le travail d’hématopoièse, et favoriser la formation de nouveaux globules. Mais il est aussi à prévoir que le plus souvent la transfusion n’aura, dans ces circonstances, qu’une action palliative. Alors que l’évolution imparfaite du sang est le trait dominant d’un processus morbide, demander à la transfusion une guérison absolue, ce serait courir au-devant de mécomptes certains, car elle ne peut avoir sur l’hématopoièse qu’une influence passagère. Mais, si, à ce titre, elle prolonge l’existence du malade, et donne à une autre intervention thérapeutique le temps d’agir, le bénéfice de cette opération n’en sera pas moins indéniable.

Je m’arrête, messieurs; j’espère que malgré les lacunes de ce cours, malgré l’obscurité qui plane encore sur tant de points, vous avez acquis quelques notions précises sur

la physiologie pathologique du sang et sur le mode d’action des émissions sanguines et de la transfusion. Nous poursuivrons ces études, heureux si nous avons pu inculquer à quelques-uns d’entre vous le goût de ce genre de recherches, si délicates, mais si fécondes. Vaste est le domaine qui s’ouvre à votre activité.

r LEÇON

Sommaire : Répartition et rôle physiologique du fer dans l'organisme . — Rôle physiologique du fer dans le sang. — Variations du fer ou de l’hémoglobine dans le sang à l’état physiologique.

Messieurs,

Le fer est un des principes les plus importants de l’organisme et le seul métal dont la présence soit indispensable au maintien de la vie. Il existe dans toutes les parties de l’économie, mais nulle part il n’acquiert autant d’importance que dans le sang. Déjà en 1663, Cardan, puis, presque en même temps, Galeati, Manghini, Badia, en ont signalé la présence dans ce liquide, et cependant il s’est écoulé deux siècles avant que les travaux de C. Schmidt vinssent nous apprendre définitivement qu’il appartient exclusivement aux hématies. Si quelques auteurs ont pu en trouver dans le sérum, c’est sans doute à cause de la dissolution d’un certain nombre de globules rouges dans le sang sorti des vaisseaux et recueilli pour l’analyse. C’est donc un élément propre au globule rouge, ce qui indique déjà combien est naturel l’emploi du fer dans les maladies qui comptent au nombre de leurs caractères anatomiques une lésion des hématies.

RÔLE PHYSIOLOGIQUE

Avant de considérer le fer comme médicament, il est indispensable de rappeler brièvement les notions qui concernent son rôle physiologique.

Préoccupons-nous tout d’abord de la quantité totale que le corps humain en contient.

Cette quantité dépend principalement, d’une part, de la constitution anatomique du sang, d’autre part, de la masse totale de ce liquide.

La première de ces valeurs, c’est-à-dire la quantité de fer contenue dans une unité de volume de sang, est assez bien déterminée, au moins pour quelques animaux. On ne peut accorder, au contraire, qu’une valeur assez limitée aux recherches qui ont été faites par les différents physiologistes sur la masse totale du sang.

Lorsqu’on cherche à extraire chez un animal la totalité du sang, la lymphe se précipite dans les vaisseaux rouges et devient une cause très sensible d’erreur dont beaucoup d’auteurs n’ont pas tenu compte. De plus, les organes retiennent une certaine quantité de sang dont on ne peut les débarrasser complètement. La méthode du lavage de Welcker, considérée comme la meilleure, ne nous a fait connaître que d’une manière très approximative la quantité de sang que possèdent certains animaux.

En appliquant ces données à l’homme, on a admis que, chez les animaux supérieurs, la masse du sang est sensiblement proportionnelle au poids du corps. Gomme rien ne prouve qu’il en soit réellement ainsi, on peut dire que la quantité de sang contenue dans le corps humain est encore très imparfaitement définie.

Ces réserves faites, pour fixer nos idées sur ce point intéressant, acceptons les chiffres fournis par les auteurs les plus compétents. D’après Preyer, le sang renfermerait chez l’homme 0,057 pour 100 de fer. Si l'on admet avec Bischoff que l’homme possède 7,7 0/0 de son poids

FER

en sang, il en résultera que le sang d’un homme de 70 kilogrammes représentera 3 gr. 07 de fer.

On s’accorde depuis quelques années à admettre que le fer n’est pas diffusé uniformément dans les hématies. La constitution histologique et chimique de ces éléments est loin d’être simple, et il semble bien établi que le fer appartient en propre à la matière colorante rouge, connue aujourd’hui sous le nom d'hémoglobine.

L’étude physiologique du fer se trouve donc identifiée à celle de l’hémoglobine.

Or, l’hémoglobine offre une composition si complexe, que malheureusement son poids moléculaire n’est pas encore définitivement fixé. Elle paraît constituée par une matière colorante combinée intimement avec une matière albuminoïde. On y a retrouvé les éléments suivants : G, H, Az, S, Fe et O. Ces éléments forment un corps bien défini qui, dans certaines conditions, donne lieu à la précipitation de cristaux. Vraisemblablement dans chaque espèce animale l’hémoglobine offre une composition constante; mais cette composition n’est pas la même chez tous les animaux.

De nombreux faits viennent confirmer cette dernière proposition; il est bon de les rappeler. D’une espèce à l’autre, on observe des variations dans la forme et le volume des cristaux, dans la facilité plus ou moins grande avec laquelle ils se forment.

De plus, on note des différences dans la quantité d’eau de cristallisation, dans la solubilité des cristaux, et enfin dans leur pouvoir colorant, ce qui indique, ainsi qu’Hoppe- Seyler l’a fait remarquer avec raison, que la matière colorante est unie, suivant les animaux, à une proportion variable de matière albuminoïde.

Il serait intéressant de savoir sous quelle forme le fer est engagé dans l’hémoglobine. Jusqu’à présent aucune des hypothèses émises sur ce point n’a pu recevoir de

RÔLE PHYSIOLOGIQUE

démonstration scientifique. On hésite entre le phosphate basique, le carbonate ferreux, le sous-oxyde de fer, un sel ferrique.

La proportion de fer combiné à l’hémoglobine est encore indéterminée chez l’homme.

Pour le sang du chien, Hoppe-Seyler et C. Schmidt l’ont fixée à 0,43 0/0.

La présence du fer dans l’hémoglobine a une importance physiologique capitale. En effet, la fonction globulaire, c’est-à-dire la fixation de l’oxygène, appartient à l’hémoglobine, et celle-ci emprunte cette remarquable propriété au fer. Hoppe-Seyler et Preyer ont montré qu’un atome de fer fixe deux atomes d’oxygène. Cette proportion étant constante, il en résulte qu’on peut doser l’hémoglobine d’après la quantité maximum d’oxygène qu’elle absorbe.

Le composé défini formé par l’hémoglobine et l’oxygène a reçu le nom d 'ojcyhéinoglobine. C’est grâce à l'instabilité de cette combinaison que le globule du sang peut jouer son rôle physiologique dans les échanges gazeux, c’est-à-dire prendre et reprendre alternativement de l’oxygène. Il paraît probable que ces mutations sont dues au passage facile et réciproque du fer de l’état de sousoxyde à l’état d’oxyde. Sur ce point encore nous ne sommes pas suffisamment éclairés.

Un élément jouant un rôle aussi important devait nécessairement fixer l’attention des physiologistes et des médecins. En poursuivant des recherches cliniques sur ce sujet, on pratiqua d’abord le dosage du fer par les procédés chimiques; puis on chercha à lui substituer le dosage plus expéditif de l’hémoglobine. Rien, nous l’avons vu, n’élait plus légitime. Mais avant même qu’on eût imaginé des procédés de dosage de l’hémoglobine, Vierordt et Welcker eurent l’idée de compter les globules rouges, et pensèrent avoir trouvé ainsi un moyen

FER

pratique de mesurer la quantité d’hémoglobine ou de fer. Nous allons voir que si ces prétentions sont fondées lorsqu’il s’agit du sang physiologique, elles sont inexactes quand on opère avec le sang des malades.

Le dénombrement des hématies, n’exigeant que quelques gouttes de sang, est un procédé essentiellement clinique. Toutefois la méthode de Vierordt était si longue et si pénible qu’elle ne put être appliquée que dans une mesure très restreinte. Aujourd’hui la découverte de procédés expéditifs de numération des éléments du sang a fait entrer l’hématologie pathologique dans une voie nouvelle et féconde.

De nombreux travaux ont été ainsi suscités, et ces travaux ont d’autant plus d’intérét pour nous qu’ils peuvent servir à résoudre diverses questions importantes de pharmacothérapie.

Au point de vue clinique, la numération des globules, ou mieux l’examen anatomique du sang, offre de grands avantages et constitue un progrès réel. Il peut être renouvelé chaque jour, et au besoin plusieurs fois dans les vingt-quatre heures, ce qui permet de suivre les changements produits dans la lésion hématique soit par une maladie, soit par un traitement; de plus, tout en n’exigeant que très peu de temps, il fournit des données plus nombreuses et au moins aussi précises que les analyses chimiques.

Au début des recherches sur la numération des globules, on s’est préoccupé exclusivement du chiffre brut des hématies; on ne soupçonnait pas la variabilité extrême de la valeur de ces éléments en hémoglobine, et l’on traduisait habituellement la quantité d’hémoglobine en chiffres d’hématies ou, réciproquement, on admettait l'existence d’un rapport fixe entre le nombre des globules rouges et la richesse du sang en matière colorante. Il est bien loin d’en être ainsi, et, dans toute étude clinique ou phar-

RÔLE PHYSIOLOGIQUE. 495

macothérapique, il importe absolument de ne pas oublier que les hématies éprouvent, de la part des processus morbides ou des actions médicamenteuses, des modifications sensibles, parfois singulièrement accentuées. En d’autres termes, en pathologie et en pharmacodynamique, il est inexact de considérer la quantité d’hémoglobine du sang et le nombre des globules rouges comme des valeurs proportionnelles. Pour arriver à des résultats indiscutables, il faut placer en regard du nombre des globules la dose d’hémoglobine que contient l’unité de volume du sang.

Beaucoup de travaux, même parmi ceux qui se produisent aujourd’hui, n’ayant pas été faits conformément à ce précepte, n’ont pas la signification qu’on leur accorde.

11 était indispensable de rendre également pratique et applicable aux recherches cliniques le dosage de l'hémoglobine, qui, jusque dans ces derniers temps, exigeait une quantité relativement grande de sang. Le procédé très simple dont je me sers est un procédé chromométrique dans lequel on prend pour étalon les globules du sang normal, la quantité d’hémoglobine étant, à l’état sain, sensiblement proportionnelle au nombre de ces éléments. Récemment on en a imaginé d’autres qu’il serait trop long de vous décrire. Je me bornerai à vous mettre en garde contre quelques-uns d’entre eux. Si vous vous souvenez que l’hémoglobine varie d’une espèce animale à l’autre, il vous sera impossible d’accorder confiance aux dosages dans lesquels on prend, pour apprécier le sang humain, le sang d’une espèce différente, celui du chien par exemple. De même, lorsqu’on applique au dosage de l’hémoglobine le procédé de M. Schützenberger, fondé sur le pouvoir d’absorption du sang pour l’oxygène, on commet pour la même raison une erreur quand on prend, pour base des calculs relatifs au sang

FEK.

humain, la quantité d’oxygène absorbée par le sang d’un animal quelconque.

J’ai fait connaître à diverses reprises les appareils que j’utilise tant pour la numération des éléments du sang que pour le dosage de l’hémoglobine. Inutile d’en reprendre devant vous la description assez longue. Pour vous permettre de comprendre les développements qui vont suivre, je vous rappellerai uniquemenl que l’examen anatomique et chromométrique du sang nous fait connaître, outre les caractères histologiques variables de ce liquide complexe, les facteurs suivants : 1° le nombre des globules rouges contenu dans l’unité de volume, valeur que je représente par la lettre N ; 2° la quantité d’hémoglobine contenue dans la même unité, exprimée sous le nom de richesse globulaire en nombre de globules normaux et représentée par la lettre R; 3° le rapport ^ déduit des deux valeurs précédentes et exprimant, sous la lettre G, le contenu en hémoglobine d’une hématie ; 4° enfin, pour être complet, le nombre des globules blancs (B) et celui des hématoblastes (H). Vous voyez jusqu’à quel point on peut pénétrer ainsi dans l’intimité de la composition du sang, et cependant je néglige dans cet exposé d’autres caractères anatomiques dont l’indication nous éloignerait de notre sujet.

Les nouveaux procédés que je vous signale ont permis de reprendre l’étude du sang à divers points de vue, et dans ces dernières années les travaux de ce genre se sont beaucoup multipliés. Les uns se rapportent à l’histoire naturelle et à la physiologie du sang, d’autres comprennent des recherches pathologiques et pharmacothérapiques. Il serait certes intéressant de les résumer devant vous, mais nous nous bornerons à vous rappeler les données qui doivent nous servir à comprendre l’action du fer et des ferrugineux.

RÔLE PHYSIOLOGIQUE

Après avoir pris connaissance du rôle général du fer dans le sang, complétons cette étude par l’examen des variations qu’éprouve la quantité de fer ou d’hémoglobine dans diverses circonstances. Nous allons avoir à invoquer, à côté des résultats nouveaux, les faits révélés par les chimistes, et particulièrement par les auteurs français, qui, depuis près d’un demi-siècle déjà, ont fait des recherches extrêmement remarquables sur ce sujet.

Bien des circonstances peuvent faire varier la richesse du sang en globules. Parmi les conditions physiologiques, je vous signalerai la constitution, l’individualité, le mode de vie, le sexe, l’âge, la menstruation, la grossesse, l’alimentation, le passage du sang à travers certains organes.

1° Constitution , individualité , mode de vie. — Des recherches nombreuses, parmi lesquelles il suffit de citer celles de Denis, Lecanu, Andral et Gavarret, Delafond, Becquerel et Bodier, ont montré qu’il existe des différences individuelles assez grandes sous le rapport du poids des globules rouges contenus dans le sang. Lecanu a trouvé chez les hommes robustes 136 pour 1 000, chez les hommes faibles 116 pour 1 000 seulement; chez les femmes robustes la proportion est de 126 pour 1 000, chez les femmes faibles de 117.

Depuis, la numération nous a appris que les hommes robustes ont environ 5 millions d’hématies par millimètre cube de sang, tandis que les individus d'une constitution faible n’en ont, en moyenne, que 4 500 000. Ces résultats concordent donc avec ceux que les analyses chimiques ont fait connaître.

Le mode d’existence est une source de différences sensibles. C’est ainsi que Pettenkofer et Voit, puis Banke, ont vu que les animaux maintenus dans un repos musculaire presque complet possèdent moins d’hématies que

HÀYE3I. — SANG.

FER

les animaux de la même espèce vivant en liberté. La numération confirme également ce fait.

2° Sexe. — Tous les chimistes ont trouvé plus de globules chez le mâle que chez la femelle, et cette loi est vraie aussi bien pour l’espèce humaine que pour les animaux.

Nasse a trouvé chez l’homme 0,05824 pour 100 de fer, et chez la femme 0,0499. Les chiffres indiqués par Becquerel et Rodier sont à peu près les mêmes, soit pour l’homme 0,0565, pour la femme 0,011. Schmidt, Scherer et d’autres sont arrivés à des résultats analogues. Welcker, en se servant d’un procédé chromométrique particulier, a trouvé chez l’homme 5 millions de globules et chez la femme 4 700 000. J’ai obtenu depuis, à l’aide de la numération, des moyennes analogues. Récemment Korniloff, en se servant d’une autre méthode, le spectroscope de Yierordt, a observé les mêmes écarts légers entre le sang de l’homme et celui de la femme. C’est donc là un fait acquis et dont nous pourrons tenir compte dans l’appréciation de l’état des malades.

3° Age. — Les auteurs s’accordent à reconnaître que, dans l’espèce humaine, le sang du fœtus est plus riche en hémoglobine ou en fer que le sang de l’adulte. Denis, en dosant l’hématine et l’oxyde de fer, a trouvé une plus forte proportion de ces corps dans le sang fœtal que dans le sang maternel. D’après Poggiale, cette différence n’existerait que chez l’homme et le chien, et non chez les autres animaux. On a eu tort, en général, dans ces appréciations, de comparer le sang de l’enfant à celui de la nouvelle accouchée, qui est toujours plus ou moins anémiée. Néanmoins le fait est exact et l’examen anato mique du sang a permis de le préciser et d’en reconnaître la cause.

Pendant la première semaine après la naissance, le sang du nouveau-né humain est, en général, au moins

ROLE PHYSIOLOGIQUE

aussi riclie que celui de l’adulte le plus robuste. Cette particularité est la conséquence non seulement du nombre élevé des hématies, lequel varie de 5 à 6 millions, mais encore de la richesse plus grande des globules en hémoglobine. Il ne faudrait pas en inférer que les hématies du nouveau-né ont une constitution particulière; elles sont simplement plus grandes, en moyenne, que celles de l’adulte, ainsi que l’établissent les mesures micrométriques.

Divers chimistes, parmi lesquels je citerai Denis, Nasse, Poggiale, Verdeil, Preyer, ont vu chez divers animaux le sang s’appauvrir après la naissance. Chez l’homme, j’ai constaté également qu’au bout d’un certain temps le sang devient, peu cà peu et d’une manière définitive, moins riche en globules que celui de l’adulte, sans avoir pu encore déterminer l’âge à partir duquel le sang acquiert ses caractères définitifs.

On a dit que chez les vieillards le sang subissait un appauvrissement plus ou moins notable. D’après les résultats qui m’ont été fournis par la numération, le sang de l'homme resterait, au contraire, sensiblement le même jusqu’à un âge avancé.

4° Grossesse et menstruation. — A une époque encore peu éloignée de nous, où l’on saignait fréquemment les femmes pendant le cours de la grossesse, on a eu l’occasion de constater que cet état détermine une déglobulisation plus ou moins notable. Les chiffres fournis par Nasse, Popp, Andral et Gavarret, Régnault, Becquerel et Rodier, etc., ne laissent aucun doute à cet égard. Cette diminution dans la richesse globulaire du sang est extrêmement variable. D’après les auteurs précédents, elle dépasse rarement la proportion d’un cinquième ou d’un quart, lorsqu’on reste dans la limite des faits physiologiques. Les numérations que j’ai eu l’occasion de faire paraissent confirmer ces données, qui mériteraient d’étre

FEP.

complétées à l’aide de nouvelles recherches. Elles montrent que la grossesse est certainement, d’une manière générale, une cause d’aglohulie, mais que quelques femmes la supportent sous ce rapport bien mieux que d’autres. Ce sont les femmes jeunes et primipares qui perdent le plus de globules, particulièrement dans le cours des deux derniers mois. Chez d’autres femmes, ayant habituellement des règles très abondantes , le nombre des globules ne diminue pas pendant les premiers mois de la grossesse, parfois même il augmente, et ce n’est qu’à la tin de la grossesse qu’il présente une tendance à s’abaisser.

La menstruation met la femme dans les conditions d’une perte sanguine temporaire, se réparant en quelques jours. Elle produit, au point de vue de l’évolution physiologique du sang, des modifications très intéressantes.

La richesse du sang en hémoglobine diminue un peu, mais le nombre des globules augmente.

Cette contradiction apparente est la conséquence de l’effort réparateur qui verse dans le torrent circulatoire de nombreux éléments nouveaux, plus petits que les adultes, et possédant par suite moins de matière colorante. Nous verrons se reproduire le même fait à la suite de toutes les hémorragies temporaires.

5° Alimentation. — Les recherches multipliées de Denis, Becquerel et Rodier, Verdeil, Panum, Voit, etc., établissent que la richesse globulaire est sous la dépendance de ia qualité et de la quantité des aliments. Les carnivores ont plus de globules que les herbivores, et, chez les omnivores, le régime azoté fait monter le chiffre des globules. C’est, en effet, l’alimentation azotée qui fournit le plus de fer. Il résulte cependant des travaux de Gmelin, Popp, Thompson qu’une alimentation riche en graisse accroit sensiblement le chiffre des globules. Ce fait joue nrobablement un rôle dans l’action reconstituante de

ROLE PHYSIOLOGIQUE

l’huile de foie de morue, la plus assimilable de toutes les graisses. Le régime mixte, à la fois azoté et gras, parait donc être le plus favorable à la reconstitution du sang.

Il serait intéressant d’étudier chez l’homme, à l’aide des procédés de numération, les différences relatives aux races, aux climats, aux divers genres de vie. Sans aller bien loin, on pourrait trouver l’occasion de comparer le sang des paysans, qui se nourrissent presque exclusivement de végétaux, avec eelui des citadins, usant largement de l’alimentation azotée.

6° Passage du sang à travers certains organes. — Beaucoup de physiologistes ont pensé que le sang subit de profondes modifications sur son parcours, notamment en traversant certains organes.

C’est ainsi que diverses recherches, parmi lesquelles je citerai celles de Prévost et Dumas, Funke, Béclard, ont assigné des caractères particuliers au sang sortant de quelques organes, notamment de la rate et du foie. Ces travaux n’avaient pas jeté une bien vive lumière sur l’origine des éléments du sang, lorsqu’on commença a appliquer à ces études les procédés de numération.

M. Malassez, dans sa thèse inaugurale, annonça des différences sensibles dans la constitution anatomique du sang, suivant les départements vasculaires, et rappela ainsi l’attention sur ce sujet.

J'ai repris cette étude pendant l’année 1877, et, dans un travail que je n’ai pas encore publie, j’ai obtenu des résultats opposés. Le sang m’a paru contenir à peu près partout le même nombre de globules blancs et d’hematies, les différences constatées dans mes numérations n’ayant jamais dépassé d’une manière sensible la limite des erreurs possibles.

Lesser, de son côté, en se servant d’un procédé différent, c’est-à-dire d’une modification de la méthode chromométrique de Hoppe-Seyler, est arrivé au meme résultat :

FER

le sang contiendrait partout, à très peu près, la même quantité d’hémoglobine.

Ces faits ne prouvent pas que la composition du sangreste invariable dans tout le trajet circulatoire, car à côté des oscillations dans le nombre des éléments il y a bien d’autres facteurs à considérer dans le sang; mais, au point de vue de l’étude du fer, ils ne nous permettent pas encore d’admettre l’existence de centres producteurs d’hémoglobine, et ils ne nous ont pas fait encore découvrir d’organes formateurs du sang.

Le fer de l’organisme, avons-nous dit, n’est pas conliné dans le sang. On en trouve dans toutes les autres parties de l’économie, et cette revue physiologique resterait incomplète si nous la limitions aux faits qui concernent le sang.

Depuis longtemps déjà on a signalé la présence du fer dans la lymphe et le chyle. Hensen, ayant recueilli le liquide qui s’écoulait d’une fistule lymphatique du pénis, a trouvé dans les cendres du sérum de cette sécrétion 0,53 0/0 de fer. Lehrnann, au contraire, n’a pas trouvé de fer dans le sérum de la lymphe.

En 1840, Simon signala la présence de l’hématine dans le chyle du canal thoracique chez le cheval, et Schmidt a depuis évalué la proportion de cette substance à 0,06 0/00. Quelques auteurs ont prétendu que ce résultat était accidentel et que la présence du fer dans le chyle était la •conséquence de la pénétration d’un nombre plus ou moins grand de globules rouges provenant des vaisseaux sanguins, dans le canal thoracique. Hyril, en se fondant sur des recherches anatomiques, a considéré, au contraire, comme normale la présence des hématies dans la lymphe. C’est en traversant les ganglions lymphatiques que là lymphe acquerrait, d’après cet auteur, de l’hémoglobine.

ROLE PHYSIOLOGIQUE

La présence des hématoblastes dans la lymphe et le chyle, éléments qui contiennent déjà de l’hémoglobine, explique les résultats obtenus dans les analyses chimiques. Nous ferons, de plus, observer que les globules blancs des voies lymphatiques sont plus riches en hémoglobine que ceux du sang et prennent, par conséquent, une certaine part dans les résultats obtenus.

Dans le tissu musculaire il existe, chez tous les animaux, une notable quantité de fer. Celle-ci est variable d’une espèce à l’autre, parfois chez le même animal d’un muscle à l’autre.

On s’est demandé si le fer, qui se trouve engagé encore ici dans une matière colorante absolument la même que l’hémoglobine, était réellement un principe constituant du muscle. Küline, après avoir lavé avec soin divers muscles à l’aide d’une solution chlorurée sodique, y a constaté encore de l’hémoglobine, qui serait, d’après lui, un des corps constituants du tissu musculaire. D’après Brozeit, au contraire, l’hémoglobine serait apportée par le sang, et la chair musculaire en serait simplement imbibée. Critiquant les recherches de Kühne, Prussak a fait remarquer avec raison que le lavage du muscle à l’aide d’une solution de chlorure de sodium injectée dans les vaisseaux, fait diffuser l’hémoglobine jusque dans les éléments propres du muscle.

D’autres travaux entrepris sur la même question n’ont pas encore donné de résultat définitif et n’ont pu établir l’existence de l’hémoglobine dans le plasma musculaire propre.

Toutes les analyses de l’encéphale et des nerfs signalent l’existence du fer dans le tissu nerveux. Quelques chimistes en ont signalé des traces dans les os; von Bibra, au contraire, après avoir soumis ces organes à l’épuisement par l’eau, n’a pu y reconnaître d’une manière certaine la présence de ce métal. Enfin on en trouve

FER

encore dans les carlilages, dans les dents, dans la cornée et l’épiderme, dans les cheveux et dans tous les pigments.

Certains viscères, tels que le foie et la rate, en sont très riches. D’après les recherches de M. Picard, la rate contiendrait même plus de fer que le sang, et serait par conséquent pour ce métal un lieu d’emmagasinement. Ce résultat ne prouve pas cependant que le fer appartienne en propre à la rate ; il est probable qu’il y est apporté par le sang, qui y subit des modifications encore inconnues.

Lorsque les poumons ont été débarrassés complètement du sang qu’ils contiennent par le lavage, on y trouve encore, comme dans tous les organes contenant du pigment, une proportion variable de fer.

En résumé, bien que le fer soit répandu partout, il parait appartenir en propre au sang, soit au sang tout formé qui circule dans les vaisseaux rouges, soit au sang en voie d’élaboration qui remplit les vaisseaux blancs. C’est au sang, et probablement exclusivement au sang rouge, que les tissus et les organes paraissent l’emprunter en s’imbibant d’une quantité plus ou moins grande d’hémoglobine ou en produisant à l’aide de cette matière colorante les divers pigments de l’économie. L’histoire physiologique du fer est donc en dernière analyse intimement liée à celle du liquide nourricier.

Connaissant maintenant la répartition générale du fer dans l’économie, il nous reste encore, pour compléter ces notions physiologiques, à envisager l’étude de ce métal au point de vue de la nutrition générale.

Dans les conditions de la vie normale, tout le fer que nous possédons nous est fourni par les aliments. Ce corps est répandu avec une telle profusion dans la nature que tous nos aliments en contiennent des proportions sensibles.

Parmi les aliments particulièrement riches en fer, nous

ROLE PHYSIOLOGIQUE

citerons certains féculents, l’avoine, les haricots, les lentilles; puis les œufs, la viande. M. Boussingault a réuni sous forme d’un tableau, reproduit dans tous les livres classiques, les résultats de ses nombreuses recherches suice sujet. Ce tableau est utile à consulter lorsqu’on cherche à faire pénétrer le plus de fer possible dans l’organisme.

Les aliments solides ne constituent pas la source unique à laquelle nous puisons ce principe. Moleschott a prouvé que toutes les boissons, et entre autres l'eau potable ellemême, en renferment également.

On s’est demandé avec raison quelle est la quantité de fer nécessaire à l’entretien normal. A cette question importante on n’a encore répondu que d’une manière imparfaite et en se servant d’un moyen détourné. Cette quantité a été calculée, en effet, d’après la ration d’entretien.

Les chiffres de M. Boussingault indiquent, pour la ration du marin français — 0,0661 de fer; pour celle du soldat — 0’,078; pour celle de l’ouvrier irlandais — 0S,0912; pour celle du galérien — 0s,059l. La quantité moyenne de fer renfermé dans l’alimentation d’un adulte est donc d’environ Os, 07. Mais que devient ce fer? Est-il absorbé? Dans quelle proportion est-il utilisé? Quelle perte vient-il combler? La réponse à ces questions se trouvera comprise dans l’étude pharmacodynamique du fer.

Sommaire : Etude pharmacodynamique du fer. — Absorption. — Modifications dans les divers points de l’organisme. — Élimination. — Phénomènes produits chez l’homme sain par l’administration du fer. Elude pharmarothérapique. — Variations du fer dans les maladies. — Effets du fer dans les anémies.

Messieurs,

Examinons tout d’abord comment le fer, considéré comme médicament, peut pénétrer dans l’organisme. Les préparations de fer mises en usage en médecine sont extrêmement nombreuses, et il ne sera pas utile de les étudier toutes individuellement. Pour la compréhension des faits généraux dont nous nous occupons, il suffit de se rappeler que ces préparations se divisent en solubles et en insolubles.

Elles peuvent être mises en contact avec la peau, le tissu cellulaire sous-cutané, les diverses muqueuses.

L’absorption par la peau saine, même lorsqu’il s’agit des composés les plus solubles, doit être considérée, d’après diverses expériences, et en particulier celles d’A. Mayer, comme nulle.

Quand la peau présente une solution de continuité ou une ulcération, toutes les préparations solubles, non styptiques, sont facilement absorbées. De même le fer peut pénétrer dans l’organisme lorsque des composés ne détruisant pas les tissus, comme le citrate de fer par exemple, sont injectés dans le tissu cellulaire sous-cutané. On a tenté récemment d’utiliser cette voie d’introduction. Quand les préparations employées sont styptiques ou caustiques,

ÉTUDE PHARMACODYNAMIQUE.

comme le perchlorure de fer, les phénomènes locaux paraissent s’opposer complètement à l’absorption.

C’est par la voie stomacale que le fer est vulgairement introduit dans l’organisme. Dans la bouche, les préparations insolubles ne subissent aucune modification ; pour celles qui sont solubles, l’absorption pourrait déjà, suivant Mitscherlich, s’y effectuer dans une certaine mesure. Toujours est-il que ces composés colorent les dents et les gencives en noir, en formant soit un albuminate de fer (Mayer), soit un sulfure (Buchheim, Schroff), soit un tannate (Barueï), soit enfin une combinaison avec la substance même des dents (Smith). C’est là un des inconvénients des sels solubles, inconvénient auquel il est facile de remédier en administrant ces composés de manière à les empêcher de se dissoudre dans la salive.

Les phénomènes qui se passent dans l’estomac et les intestins sont de beaucoup les plus importants, et, bien qu’ils aient déjà donné lieu à de très nombreuses recherches, ils sont encore assez imparfaitement déterminés.

Quand on dose la quantité de fer éliminée avec les fèces, on est surpris de la trouver presque égale à celle qui a été introduite dans le tube digestif. Aussi quelques physiologistes ont-ils nié l’absorption de cette substance, tandis que d’autres l’ont considérée tout au moins comme très restreinte. Aujourd’hui on admet généralement que les préparations de fer sont absorbées, en notable proportion, dans l’estomac, et on fonde cette opinion sur des expériences assez nombreuses dont je vous indiquerai seulement les principales conclusions.

Au sujet du mode de pénétration, on est en présence de trois hypothèses principales .

1° Pénétration directe du fer dans le sang sous la forme d’un sel inorganique et combinaison de ce composé avec les substances albuminoïdes du sang;

FEP..

2° Combinaison du fer et des albuminoïdes directement dans l’estomac et l’intestin, avant l’absorplion;

3° Absorption par ces deux procédés à la fois.

Cette dernière opinion qui, dans son éclectisme, concilie les deux premières hypothèses, est celle que Scherpf a adoptée récemment dans un travail intéressant qui résume parfaitement l’état de la science sur ce point.

Prenons comme exemple une préparation insoluble, la limaille de fer ou le fer réduit. Voici quelle sera la marche des phénomènes :

En premier lieu, le fer s’oxyde, puis en présence de l’acide du suc gastrique il se forme du chlorure de fer (Rabuleau, Scherpf). Pendant l’oxydation, une certaine quantité d’eau étant décomposée, il se produit dans l’estomac de l’hydrogène libre déterminant l’éructation si souvent signalée. Lorsqu’on se sert d’oxyde de fer, ce dernier phénomène est par suite écarté.

Dès que le chlorure de fer est formé, il parait pouvoir être absorbé directement, au moins en partie, en formant au fur et à mesure de sa pénétration dans le sang un albuminate de fer, rendu soluble par les bases alcalines du sang, de sorte que le métal est, en définitive, entraîné sous la forme d’un albuminate double.

Toutefois, une autre partie du chlorure, peut-être la principale, rencontrant des albuminoïdes ou des peptones d’abord dans l’estomac, puis dans l’intestin, en même temps que des alcalis (chlorure de sodium surtout), forme immédiatement de l’albuminate ou du pepionate double de fer et d’une base alcaline (Na, par exemple), sel inoffensif pour le sang et pouvant être facilement assimilé.

Cette théorie, à l'appui de laquelle ont paru en dernier lieu les recherches de Mitscherlich, Buchheim, Dietl, Scherpf, semble être la plus acceptable. Mais a-t-elle une portée générale?

Elle s’applique vraisemblement à toutes les prépara-

ÉTUDE PHARMACODYNAMIQUE.

tions insolubles, à l’exception des phosphales; mais quelques composés solubles se comportent d’une manière particulière. Ainsi l’iodure de fer entraîne son iode avec lui, probablement aussi en combinaison avec l’albumine, et le métalloïde agit à sa façon et se retrouve bientôt dans l’urine.

De plus, il existe au moins deux composés solubles, les ferro et ferricyanures de potassium, qui pénètrent dans le sang sans se modifier et se retrouvent intacts dans les urines. C’est là un fait intéressant que nous aurons plus tard l’occasion d’utiliser.

Les transformations chimiques subies par les ferrugineux dans l’estomac et l’intestin montrent sous quelle forme le fer peut être absorbé; examinons maintenant quels sont les lieux et voies d’absorption. Les recherches de Tiedemann et Gmelin ont apporté sur ce point peu d’éclaircissements. Après avoir injecté dans l’estomac chez le chien 5 grammes de chlorure de fer, ces observateurs ont retrouvé, au bout de cinq heures, dans le cæcum une quantité presque égale de fer, ce qui a conduit certains auteurs à mettre en doute l’absorption de ce métal. Plus récemment, E. Wild a publié des faits très signiiicatifs. Il a mélangé au foin consommé par des moutons une quantité déterminée de fer et a pratiqué à certains intervalles l’examen des diverses portions du lube digestif. Celte méthode lui a permis d’établir que le fer diminue par absorption dans l’estomac et dans la première portion de l’intestin, puis qu’il redevient peu à peu plus abondant au fur et à mesure qu’on se rapproche du rectum. Sur 0,236 0/0 de fer introduit dans l’estomac, on en retrouve 0,217 0/0 dans la dernière portion du tube digestif.

Ces faits prouvent donc que le fer absorbé par l’estomac est, d’autre part, excrété par l’intestin. Toutefois, la majeure partie de ce corps, surtout lorsqu’on l’emploie à haute dose, échappe à l’absorption. On sait qu’il colore

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