‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 114 sur 126 · FEU · texte numérisé non relu

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les selles en noir, et cette coloration n’est pas mieux expliquée que celle des dents.

On ne peut avec Baruel invoquer la présence dans l’intestin du tannin des aliments, puisque A. Mayer a observé la coloration noire chez les malades soumis au régime lacté. Trousseau et Pidoux ont admis une modification de la bile, tandis que Buchheim et A. Mayer croient simplement, ce qui paraît très vraisemblable, à la formation de sulfure de fer.

L’apport du métal absorbé a-t il lieu par le sang ou par le chyle?

Pour résoudre cette question, Westrum et Panizza ont fait la ligature du canal thoracique, et ils ont vu que cette opération ne s’oppose pas au passage du fer dans le sang général.

Les analyses du chyle faites par Menghini, Mayer, Wright pendant l’absorption du fer confirment le résultat précédent. Elles n’ont pas montré, en effet, d’augmentation du fer dans le chyle. De même, Tiedemann et Gmelin, après avoir injecté du sulfate de fer dans l’estomac chez des chiens et des chevaux, n’ont pas retrouvé le métal dans le chyle ; mais ils en ont constaté une grande quantité dans la veine porte et ses branches. Le fer paraît donc être absorbé par les veines mésaraïques, qui le conduisent au foie avant de le livrer à lacirculaiion générale.

Pendant que s’accomplit cette introduction du métal dans l’organisme, il s’en fait une élimination constante par les voies les plus diverses.

Toutes les excrétions contiennent, en effet, une quantité variable et parfois très notable de fer. Dans la sueur, sa présence a été signalée par Gorup-Besanez , Vitale et Latini, Schottin. D’après Lehmann, ce sont les débris épithéliaux qui renfermeraient le fer. Dans un cas de cvanhydrose observé par Kollmann, la coloration bleue

ÉTUDE PHARMACODYNAMIQUE.

de la sueur était due à la présence de phosphate de fer.

La salive paraît n’en contenir que des traces. G. Bernard n’a pu en trouver dans la salive parotidienne, cependant G. Besanez, Wright et Enderlin en ont constaté dans la salive mixte. Dans le calcul du canal de Sténon, analysé par Humbert et Lassaigne, il existait une notable proportion de fer.

Ce sont les sécrétions du tube digestif qni en renferment le plus. Tous les observateurs qui ont fait des analyses du suc gastrique en ont trouvé dans ce liquide une assez forte proportion. Vous pourrez consulter entre autres les chiffres donnés par Braconnot, Berzelius? Frerichs, Tiedeman et Gmelin, G. Bernard, E. Wild, A. Mayer.

D’après des recherches faites sur l’homme, G. Schmidt estime qu’un adulte de 64 kilogrammes sécrète par jour S centigrammes de fer par le suc gastrique, ce qui représente près de la moitié du fer introduit avec les aliments. Il est vrai qu’une partie peut être réabsorbée dans le reste du tube digestif.

Le même métal est encore une des parties constituantes du suc pancréatique. G. Schmidt et Kraiger, Bidder et Schmidt l’y ont mis en évidence.

Un calcul analogue au précédent indique pour un homme de 64 kilogrammmes une perte de 0,0064 de fer par le pancréas.

G’est par la bile que se fait la déperdition la plus importante. Ce liquide, riche en matière colorante ferrugineuse, en a constamment décelé une proportion très notable dans les analyses faites par un grand nombre de chimistes (Thénard, Bizio, Enderlin, Quevenne, Rose, etc.). En poursuivant les estimations rapportées à un homme du poids de 64 kilogrammes, on trouve une perle quotidienne du 0,0428 de fer par la bile.

FER

Les calculs biliaires en renferment une certaine quantité (Wurzel, Ritter, etc.).

Nous savons qu’il en existe aussi normalement dans l’urine, en combinaison avec une matière colorante, décrite par Scherer et Harley sous le nom d 'urohématine, et qui vraisemblablement provient de l’hémoglobine. Sur l’importance de cette voie d’élimination on a émis des opinions contradictoires. Tandis que quelques-uns ont signalé une augmentation du fer de l’urine pendant l’administration des ferrugineux, d’autres n’ont pas observé un semblable résultat, et c’est même là une des raisons invoquées pour mettre en doute l’absorption du fer.

Mayer et Schroff, ayant repris l’examen de cette question, ont trouvé que les variations du fer de l’urine, sous l’influence des ferrugineux, étaient très inconstantes, tandis que Hamburger, plus récemment, a été conduit par ses recherches à considérer la quantité de fer de l’urine comme à peu près invariable. Nos connaissances sur cet intéressant point de l’histoire du fer sont donc encore insuffisantes. L’urohématine elle-même, ainsi que les matières extractives, qui, d’après M. Magnier, peuvent retenir du fer, sont incomplètement étudiées, et il sera important d’entreprendre de nouvelles recherches physiologiques et pathologiques sur ces diverses substances. Quoi qu’il en soit, il peut s’effectuer dans certains cas pathologiques une élimination surabondante de fer par l’urine, car on trouve ce métal dans les sédiments et dans les calculs. L’un de mes confrères dont la santé ne laisse rien à désirer a expulsé spontanément, il y a quelques années, un calcul composé presque uniquement de 1er.

Les larmes elles-mêmes peuvent en contenir, puisque Wurzer a extrait d’un calcul lacrymal U 0/0 d’oxyde de ■1er.

Dans le lait, il doit être regardé comme un principe

ÉTUDE PHAKMACODYNAMIQUE.

constant, indispensable d’ailleurs au développement du nouveau-né. La proportion dans laquelle il s’y trouve est variable; elle augmente par l’administration des ferrugineux et l’on a calculé que l’élimination en devenait sensible par celte voie environ au bout de quarante heures.

Il est probable que tous les produits d’exsudation renferment également du fer. A l’appui de cette proposition, on peut citer une analyse de Mayer concernant la sérosité du péricarde.

En somme, ce sont les liquides du tube digestif qui en entraînent le plus au dehors. Aussi l’exonération rectale constitue-t-elle de beaucoup la plus importante des voies d’élimination. Les fèces contiennent d’ailleurs non seulement le fer de la bile et des autres liquides digestifs, mais aussi l’excès de fer alimentaire ou médicamenteux. Dans les conditions normales, on y trouve chez l’homme 2,50 d’oxyde de fer sur 100 parties de cendres. D’après Bic'der et Schmidt, la perte faite de ce côté serait cinq à six fois plus élevée que l’élimination par les urines.

Lorsqu'on réunit et qu’on compare tous ces chiffres, il s’en dégage un fait intéressant, à savoir qu’à l’état normal l’organisme perd à peu près autant de fer qu’il en absorbe.

Cela peut se comprendre de deux façons bien différentes, et le choix que l’on doit faire entre elles a une très grande importance. On peut prétendre, en effet, que le fer absorbé n’arrive pas dans le sang général et qu’arrêté par divers organes, notamment par le foie, il retourne par la bile dans l’intestin sans avoir passé par tout l’organisme.

Dans une autre hypothèse, le 1er ne passerait dans les excrétions qu’après avoir fait partie intégrante des globules.

Paganuzzi, dans des recherches intéressantes portant

MAY EM. — SANG

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sur l’élimination du fer par la bile, a émis l’opinion que ce métal parcourait la petite circulation entéro-hépatique sans pénétrer dans la grande, et divers auteurs, parmi lesquels je citerai Lussana, se sont fondés sur ces expériences pour admettre que le fer, comme d’ailleurs d’autres métaux, était arrêté par le foie et ne le franchissait pas aisément. Cette opinion s’appuie encore sur ce fait que l’urine contient une quantité de fer à la fois faible et à peu près constante. C’est sur des considérations analogues que divers observateurs, parmi lesquels il faut citer Cl. Bernard, se sont basés pour restreindre l’action du fera une excitation spéciale des organes digestifs. Il importerait donc de savoir exactement ce qu’il faut penser sur ce point de la physiologie du fer.

Adéfaut d’expériences décisives, nous opposerons à la théorie précédente quelques objections qui nous portent à la rejeter. Plus tard, en nous occupant des faits pharmacothérapiques, nous accumulerons les arguments qui nous paraissent militer en faveur de la ciculalion du fer à travers tout l’organisme.

S’il est vrai que la bile est réellement la principale voie d’élimination, nous avons vu qu elle est loin d’etre la seule. 11 se produit de toutes parts dans l’organisme une dépense évidente de fer, et ce métal abandonnant l’économie, cela seul suffit déjà à montrer que l’organisme serait épuisé au bout d’un certain temps, s’il ne fixait pas de nouvelles quantiiés de fer. Nous savons que tout ce er est très vraisemblablement emprunté au sang. Pour que la composition du sang reste constante , il faut donc que l’hémoglobine détruite soit remplacée par une formation incessante d’hématies. On veut imiter la circulation du fer au trajet enléromésentérique ; mais ce corps n'est-il pas contenu dans la matière colorante de la bile, qui très vraisemblablement dérivé elle-même (Kundel) d’une transforma-

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tion de celle du sang? C’est donc à l’hémoglobine des hématies que le foie emprunte le fer nécessaire à l’élaboration de la bile, et rien ne prouve que cet organe puisse l’utiliser directement, lorsqu’il ne s’y trouve encore qu’à l’état de dissolution dans le plasma.

L’opinion que nous cherchons à réfuter suppose implicitement un état statique à peu près immuable du sang. Nous pensons, contrairement à cette hypothèse, que le sang est en voie d’évolution continue et que ce milieu obligé des échanges nutritifs est renouvelé d’une manière constante et assez rapide par le sang blanc. C’est en se détruisant que les hématies abandonnent les substances qui entrent dans leur composition, et entre autres la matière ferrugineuse qui les colore; incessamment d’autres hématies viennent les remplacer après avoir fixé une nouvelle quantité d’hémoglobine.

L’étude des hématoblastes ne permet guère de conserver des doutes à cet égard. Bien que ces éléments soient abondants dans le chyle, on n’en compte jamais dans le sang général plus d’un certain nombre, soit environ un vingtième des hématies.

Il faut donc que pendant l’évolution de ces petits éléments, incessamment introduits dans le sang, un vingtième des éléments anciens disparaisse. Quelle est la durée de cette évolution et, par suite, en combien de temps les globules rouges sont-ils complètement renouvelés? Il m’est encore impossible de le dire; mais l’étude de certains faits pathologiques et expérimentaux, en particulier celle de la réparation sanguine post-hémorragique, sur laquelle nous reviendions prochainement, montre que cette évolution est beaucoup plus rapide qu’on ne l’a cru jusqu’à présent.

On doit à Diell des expériences intéressantes qui viennent parfaitement confirmer l’hypothèse du renouvellement incessant du fer dans l’économie.

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En nourrissant des chiens avec des aliments presque dépourvus de fer, il a constaté que l’élimination de ce corps en dépassait l’absorption. En vingt-sept jours un chien dont la nourriture ne contenait que 39mm,5 de fer en élimina 89mm, 5, tandis qu’après, en quatre jours, en ayant absorbé 116 milligrammes, il en élimina 144mra,5.

Il serait utile de poursuivre ces recherches et de compléter la description des phénomènes qui résulteraient de la privation plus ou moins absolue de ce principe alimentaire de premier ordre.

On s’est occupé plus volontiers des modifications qui surviennent dans l’organisme sous l’influence des ferrugineux. Malheureusement cette étude a été faite surtout sur des malades, de sorte que nous ne connaissons pas encore nettement les effets physiologiques de cet agent, effets dont nous devons nous occuper avant d’entreprendre l’élude pharmacothérapique.

Les préparations ferrugineuses ont une saveur astringente, styptique, un goût d'encre plus ou moins prononcé suivant le degré d’oxydation ou de solubilité du composé employé.

Les doses faibles, surtout celles des préparations insolubles, n’éveillent aucune sensation stomacale; parfois elles excitent l’appétit. Lorsqu’on emploie des do ses pus fortes on peut voir survenir assez rapidement quelques désordres gastriques : pesanteur après les repas, parfois gastralgie et pyrosis. Si l’on continue néanmoins l’emploi du fer, la langue devient saburrale, tous les symptômes d’un véritable embarras gastrique se prononcent. Du côté de l’intestin, les petites doses nedélerminent d’abord rien de notable ; puis, au bout d’un temps variable, survient habituellement de la constipation. Ce phénomène dépend de la préparation employée; il arrive cependant de voir chez certaines personnes se déclarer de la diarrhée sous

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l’influence de ferrugineuxqui produisent habituellement la rareté des exonérations. La prolongation exagérée du traitement ferrugineux, même lorsque les doses du médicament sont modérées, amène une dyspepsie caractérisée par les phénomènes déjà signalés, auxquels se surajoute souvent du météorisme stomacal et intestinal. Parfois la circulation abdominale s’alanguit, les veines hémorroïdales se gonflent, l’appétit se perd, la langue se couvre d’un enduit saburral, le teintdevient bilieux; en un mot, il se fait une sorte de saturation des premières voies.

Il est probable que, dans ces conditions, ainsi que l’admettent Mayer et Schroff, l’estomac est légèrement irrité par l’excès de fer non transformé. On peut supposer également qu’un usage trop prolongé du fer apporte une entrave plus ou moins grande à la peptonisation. G. Bernard a rapporté ces troubles à l’oxydation du fer, phénomène qui se ferait, d’après lui, aux dépens de l’oxygène du sang des capillaires de l’estomac. Contre cette opinion, nous ferons remarquer que les mêmes phénomènes morbides peuvent se montrer lorsqu’on utilise des préparations dans lesquelles le fer est oxydé.

Il est certain que tous les martiaux ne se comportent pas dans l’estomac de la même façon, et il serait très important de connailre le pouvoir d’absorption du tube digestif pour les principaux d’entre eux.

Nous ne sommes pas encore complètement renseignés sur ce point, les auteurs qui en ont fait l’étude ayant eu trop souvent la préoccupation de chercher à démontrer la supériorité d’une préparation au détriment des autres.

Leurs recherches ont établi toutefois que les actes digestifs étaient peu modifiés par la présence du fer, et elles ont fait voir qu’il est avantageux de prescrire les ferrugineux, surtout les insolubles, au moment des repas, afin d’en faciliter la dissolution dans le suc gastrique (Quevenne).

FER

La médication ferrugineuse suffisamment prolongée peut-elle, comme quelques auteurs l’ont admis, déterminer des phénomènes de pléthore? Pour trancher cette quest on,ilfaudrailfairequelquesexpériencessur l’homme sain et rechercher si le fer peut, chez lui, augmenter à la fois le nombre et le pouvoir colorant des globules. En me fondant sur un certain nombre de cas cliniques, je crois qu'il est possible de susciter une sorte de pléthore d’origine martiale. Plusieurs fois, chez des jeunes tilles chlorotiques guéries, j’ai fait continuer l’usage des ferrugineux et il en est résulté quelques désordres, tels que de la céphalalgie, des épistaxis, des règles redoublées, phénomènes qui ont coïncidé avec une surélévation du contenu des hématies en hémoglobine. Ces symptômes ont toujours été passagers et fort peu inquiétants; ils ont cessé dès qu’on a suspendu l’usage des ferrugineux.

On se fonde souvent sur un travail de Pokrowsky pour admettre que le fer détermine une élévation de la température et une augmentation dans l’excrétion de l’urée. Cette fois encore les observations ont été faites sur des malades et réclament par suite de nouvelles recherches. Pour ma part, je n’ai jamais noté chez les chlorotiques soumises au fer d’élévation sensible de la température.

De cette étude physiologique résultent, en résumé, les principaux laits suivants :

C’est par l’intermédiaire des hématies que le fer joue dans l’économie le rôle important qui lui est dévolu. Ces éléments, après l’avoir fixé, le transportent partout avec eux et lui empruntent la propriété de servir aux échanges respiratoires des tissus et à divers actes de nutrition intime. Le jeu régulier de ces phénomènes semble exiger le passage constant à travers l’organisme d’une quantité relativement importante de ce métal, qui, dégagé par la destruction d’un certain nombre d'hématies, quitte l’ecoporpie après avoir accompli sa tâche sous différentes formes et

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par les voies les plus variées. Cette élimination constante, môme lorsque l’alimentation n’en introduit que des quantités insuffisantes, prouve bien que les hématies sont des éléments peu fixes, en voie d’évolution continue, et nous sommes ainsi conduit, pour comprendre la pharmacothérapie du fer, à remonter jusqu’à la question de Information et de la régénération des éléments du sang. C’est ce que nous ferons en abordant maintenant l’élude du mode d’action du fer envisagé comme agent médicamenteux.

Nous commencerons par jeter un coup d’œil rapide sur les variations du fer dans les maladies, afin de bien préciser les conditions particulières dans lesquelles on fait intervenir la médication martiale.

Les difficultés sont ici les memes que lorsqu’il s’agit des modifications physiologiques, en ce sens que les procédés applicables à l’étude du sang ne peuvent nous rendre compte que des altérations survenues dans un volume déterminé de sang et non des fluctuations de la masse totale. Au point de vue qui nous occupe, nous ne pouvons apprécier que le contenu relalifen fer, à l’aide du dosage de l’hémoglobine ou du dénombrement des hématies. A cet égard, il est utile de faire observer que cette quantité peut rester sensiblement invariable, au moins pendant un certain temps, dans des états pathologiques graves qui, sans aucun doute, amènent une diminution sensible de la masse totale du sang. Il en est ainsi dans le cours de la plupart des maladies aiguës. La diète observée forcément pendant ces maladies produit une dimi nulion de la masse totale du sang, sans que les procédés dont nous partons indiquent une modification notable dans le nombre des hématies, et par suite dans la richesse en fer.

Il est même assez commun d’observer au début de ces

FER

maladies une augmentation dans la richesse du sang en hémoglobine.

Dans ces conditions, les modifications hématiques sont analogues à celles qu'on détermine chez les animaux soumis à l’inanition. Rappelez-vous les expériences dont je vous ai exposé les résultats dans nos premières leçons. Pendant l’inanition, vous avez vu le nombre des hématies ainsi que le pouvoir colorant du sang augmenter, jusqu’au moment de la mort. Il semble que, dans ces conditions, le liquide nourricier ait une tendance à se concentrer de plus en plus.

D’après des observations qu’il serait trop long de vous rapporter ici, la formation des hématies paraît suspendue ou tout au moins entravée dans le cours des maladies aigues, surtout dans celles qui durent longtemps (lièvre typhoïde, variole), de sorte qu’au moment de la convalescence, lorsque le sang est dilué par l’apport de nouveaux flots de lymphe, on voit survenir des altérations globulaires et une diminution du pouvoir colorant du sang. Mais la convalescence est une remarquable période de rénovation et, tandis que tous les tissus altérés se réparent, la régénération dusangse fait presque toujours avec facilité grâce au retour de l’appétit et à la reprise des fonctions digestives. Le fer contenu dans les aliments suffit dans la plupart des cas aux frais delà reconstitution hématique. Nous n’aurons donc guère à nous préoccuper des fluctuations du fer dans les maladies aiguës. Dans les maladies chroniques, la détermination de la proportion de fer ou d’hémoglobine acquiert, au contraire, une très grande importance.

La masse du sang y reste probablement, comme à l’état physiologique, en rapport avec le poids du corps, et le dosage de l'hémoglobine ou du fer conserve alors toute sa signification. C’est dans ces états morbides qu’on voit survenir, par suite de troubles prolongés dans la nutrition

ÉTUDE PHAKMACOTHÉRAPIQUE.

générale, cesaltérationsprofondesdans laconstitutionanatomique du sang, qui caractérisent essentiellement l’aglobulie et qui sont la conséquence d'une perturbation évidente dans le processus de formation ou plutôt de génération de ce liquide.

Le groupe des maladies avec lésion dans l’évolution sanguine contient des types divers et, sous le nom générique d’anémies, on confond des états du sang d’origine variable n’ayant de commun entre eux que l’aglobulie.

Au point de vue thérapeutique, il y a lieu de distinguer les anémies primitives (I) et les anémies symptomatiques (II).

I. — «) Le type de l’anémie dite spontanée est l’anémie chlorotique. Déjà Sydenham, en 1681, avait reconnu empiriquement la valeur du fer dans la chlorose avant même quecette maladie fût bien définie par Fr. Hoffmann (1753). Depuis on a beaucoup discuté sur l’origine et la nature de la chlorose sans que l’efficacité du fer ait été mise sérieusement en doute.

Laissons de côté ces discussions du domaine de la pathologie, et cherchons simplement s’il est possible de comprendre les effets des ferrugineux.

Les guérisons obtenues dans la chlorose ont d’abord paru bien naturelles aux médecins connaissant la richesse du sang en fer. La première hypothèse émise pour les expliquer était parfaitement simple et logique : on regarda le fer, avec Richter, comme favorisant la production des hématies. C’était là une proposition générale n’exprimant qu’un résultat. Pour adapter cette opinion aux idées acceptées en physiologie, on admit que le fer rendait plus facile la transformation des globules blancs en globules rouges, sans oser toutefois pénétrer plus avant au cœur de la question.

Dans presque tous les traités de matière médicale, le

FER

fer fut considéré comme le type des hématogènes ou hématiniques (Pereira).

Tous les auteurs cependant n’acceptèrent pas cette opinion, qui obligeait à considérer comme résolue la question controversée de l’absorplion et de l’assimilation du fer.

En France, les expériences de Cl. Bernard firent admettre par de nombreux médecins que les martiaux agissaient principalement sur le tube digestif à la façon d’un topique, et les ferrugineux comptèrent uniquement pour eux au nombre des agents dits eupeptiques. Trousseau et Pidoux ont professé une théorie analogue en attribuant à ces agents la propriété d’exciter les fonctions végétatives et les forces d’assimilation et de réparation. Par là, tout en reconnaissant les bienfaits de la médication martiale, ils ont laissé la porte ouverte à ses détracteurs. Ceux-ci, moins nombreux aujourd’hui qu’à toute autre époque, et notamment qu’au temps du physiologisme, n’osent plus mettre absolument en doute l’action du fer ; en général, ils se bornent à prétendre qu’il est tout au plus l’égal des moyens qui peuvent être mis en usage pour obtenir les effets attribués au fer par Trousseau et Pidoux. Récemment M. Dujardin-Beaumetz s’est fait l’apôtre de cette croisade contre le fer. Il a cherché à soutenir, non sans talent, que pour guérir la chlorose il suffit d’activer la nutrition, et que ce résultat s’obtient plus aisément par un grand nombre d’autres moyens que par le fer. L’idée n'est pas nouvelle ; elle ne nous parait pas pour cela mieux fondée.

Pour déterminer la valeur du fer dans la chlorose, il fallait faire l’élude de l’altération du sang dans cette maladie et suivre les modifications apportées à celte lésion par l’administration des ferrugineux.

Les analyses chimiques nous ont appris que le poids des globules subit une diminution plus ou moins prononcée, Plus tard on s’est adressé à la numération des hématies

ÉTUDE PHARMACOTHERAPIQUE.

et on a obtenu des résultats variables. Tantôt on a compté moins de globules qu’à l’état normal, mais assez souvent aussi on a été surpris de trouver le nombre des hématies fort élevé, parfois même plus grand qu’à l’etat sain. Ces méthodes sont insuffisantes. L'altération n’est décelée qu’à l’aide de l’examen anatomique complet du sang, combiné avec le dosage de i’hémoglobine. Lorsqu’on emploie les procédés dont j’ai déjà fait mention, on constate que dans la chlorose le sang évolue d’une manière anomale, et que l’altération des hématies est la conséquence de celte élaboration imparfaite. J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion de décrire les modifications du sang dans la chlorose et, sans insister davantage sur ce point, que je puis considérer comme connu de vous, je vous rappellerai simplement qu’en général il se fait dans le sang une accumulation de formes jeunes, d’éléments intermédiaires ; de sorte que l’altération anatomique est caractérisée à la fois par des modifications dans les dimensions, la forme et la couleur des hématies.

La lésion globulaire est plus ou moins prononcée suivant le degré d’anémie. Si l’anémie est d’intensité moyenne, le nombre des globules s’éloigne peu du chiffre normal, il peut même le dépasser ; mais les alterations qualitatives sont très prononcées. Dans ces cas, bien que la formation des éléments du sang ait conservé toute son activité, les hématies avortent en quelque sorte, parce qu’elles ne trouvent pas dans l’organisme les conditions nécessaires à leur développement complet. L’anémie prend-elle des proportions plus sérieuses, les hématies sont à la fois peu nombreuses et altérées.

Telle est l’importance de cette lésion que la quantité d’hémoglobine, et par suite de fer, se trouve réduite habituellement à la moitié, souvent au tiers et parfois au quart ou même au cinquième, de sorte que, s’il est possible de faire fond sur les données physiologiques précé^

FER

demment exposées, le sang, au lieu de contenir environ 3 grammes de fer, n’en renferme plus dans l’anémie chlorotique qu’une quantité variant de 1 gr. 50 à 0,75.

Le déficit à combler est donc considérable, quoi qu’en aient dit certains médecins insuffisamment renseignés. 3i, de plus, nous nous souvenons que le fonctionnement organique entraîne une perte quotidienne de fer très sensible, nous nous formerons une idée à peu près exacte des conditions dans lesquelles intervient la médication martiale.

Examinons ce qui va se produire sous l’influence de l’administration du fer dans un cas où les hématies présentent à la fois des modifications qualitatives et quantitatives.

Je mets sous vos yeux diverses courbes résumant quelques-unes de mes observations sous une forme graphique. (Voir le tableau ci-contre concernant une de ces observations.)

Voici la ligne N représentant les oscillations dans le nombre des hématies, la courbe R, celles des fluctuations de la richesse globulaire appréciée en globules sains par la chromomélrie, et enfin la courbe G, déduite des deux premières et qui traduit les modifications de la valeur individuelle des hématies. En vous reportant aux explications que je vous ai données au commencement de notre étude, il vous sera très facile de saisir immédiatement la signification de ces tracés.

La courbe N suit, vous le voyez, une marche irrégulièrement ascendante. Par moments le nombre îles globules s’élève tout à coup, pour retomber ensuite; mais l’ensemble de la courbe se relève et, après des oscillations multiples, elle indique, au bout d’un certain temps, des chiffres qu’on peut considérer comme normaux. Remarquez que ces derniers sont sensiblement inférieurs à plusieurs de ceux qui ont été trouvés pendant le cours

1815. Sept.

Oct.

Anémie chlorotique. '• — Tr.vii JSuv.

-f- Commencement du traitement, a. Apparition d’un grand nombre de petits globi

de globules nouveaux, x Globules à p

N Courbe du nombre des globules rouges. — R. Courbe de la richesse globulaire

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