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Les éléments anatomiques sont incontestablement les parties les plus fluctuantes du liquide sanguin; dans le continuel commerce d’échanges qui constitue la vie, ils se renouvellent sans cesse. Mais, pour ne pas être absolument constantes suivant les individus, suivant les conditions physiologiques, la richesse du sang en hématies et la constitution chimique de ces hématies varient, à l’état sain, dans des limites assez restreintes ; dès qu’elles s’écartent sensiblement du type normal, les divers organes traduisent leurs souffrances par des manifestations morbides diverses.
Cet équilibre du sang ne peut être obtenu que par un véritable consensus de tout l’organisme. Ce n’est pas assez qu’il puise dans l’atmosphère, dans le tube digestif, les matériaux nutritifs qu’il doit s’assimiler après élaboration préalable dans l’économie, au prorata des pertes qu’il a subies; ce n’est pas assez que la confection des éléments figurés du sang, confiée à des organes probablement multiples, se fasse dans des conditions régulières ; il faut encore que l’intégrité anatomique et fonctionnelle des émonctoires assure la dépuration intégrale du liquide nourricier.
Qu’une de ces conditions fasse défaut, l’équilibre est rompu; c’est assez dire, que toute altération des organes qui président à la nutrition, retentit sur le sang. Mais aussi les modifications pathologiques de cette humeur ont leur contre -coup dans toute l’économie, elles s’accusent bientôt par des processus divers qui ont un caractère commun, la tendance à la généralisation. Ainsi se trouve constitué un véritable cycle morbide, où la dyscrasie sanguine est, soit l'origine, soit la conséquence des altérations de la trame organique. L’anatomie pathologique du sang se rattache donc étroitement à tous les vices de nutrition.
Les modalités, suivant lesquelles ces modifications du sang retentissent sur l’économie, sont très variables et
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souvent complexes. Je me bornerai à vous en indiquer les principales.
Tantôt le sang n’apporte aux organes que des matériaux insuffisants pour leur développement et leur restauration ; il en est ainsi lorsque l’hématopoièse, la sanguification est imparfaite, par exemple dans la chlorose, ou lorsque l’élaboration des substances digestives ne se fait que d’une manière incomplète, comme dans les dyspepsies.
D’autres fois, ce sont des principes nuisibles que la circulation charrie jusqu’aux organes, que le sangles ait empruntés à l’air extérieur, comme l’oxyde de carbone, ou à l’appareil digestif, comme certaines substances toxiques ou enfin à l’organisme lui-même. Dans ce dernier cas, l’action délétère est due soit à des principes normaux dans le sang, et nuisibles en raison de leur accumulation, comme le sucre, soit à des produits devenus étrangers à l’économie, dont l’impuissance fonctionnelle des émonctoires rend l’élimination insuffisante.
Enfin, dans un troisième ordre de faits, les altérations organiques tiennent à ce que le sang, ne trouvant pas dans le milieu extérieur, dans le tube digestif les éléments nécessaires à sa réparation, les emprunte aux tissus ; c’est ainsi que dans le cours des longs jeûnes qu’entraînent les affections fébriles aiguës, le sang prend aux organes certains principes, tels que les substances albuminoïdes, l’eau, les sels, et, par cette spoliation incessante, y détermine les lésions caractéristiques de l’inanition.
Je devrais vous parler ici des modifications que présente le liquide sanguin, non plus dans sa constitution chimique, mais dans sa masse, dans son poids total, qu’il s’agisse de l’état physiologique ou d’un état morbide ; mais j’aurai bientôt à revenir sur ce point et je terminerai ces considérations générales sur la part qui incombe au sang dans les phénomènes vitaux, en vous indiquant
succinctement comment il intervient dans les actions médicamenteuses.
Nous constatons, il était du reste facile de le prévoir à priori , un parallélisme absolu entre ses fonctions physiologiques et son rôle en thérapeutique. Tantôt intermédiaire passif en quelque sorte, il sert de véhicule aux agents médicamenteux, qui, à travers le torrent circulatoire, vont impressionner les tissus ; tantôt, au contraire, l’action pharmacodynamique s’exerce sur les éléments même du sang, et, ce n’est qu’après avoir modifié la crase sanguine, que le médicament influence l’économie entière.
Dans le premier cas, et c’est le plus fréquent, le sang cherche le médicament à l’extérieur, au niveau de la surface respiratoire, ou dans l’appareil digestif, et le charrie jusqu’aux tissus, sur lesquels porte son action élective; puis, tandis que la substance médicamenteuse est élaborée au sein de la trame organique, fixée par certains éléments anatomiques, modifiée ou non au sein de l’organisme, elle arrive avec le sang, elle ou les produits qui en dérivent, jusqu’aux émonctoires qui la rejettent plus ou moins rapidement au dehors. Quand tel est le trajet du médicament à travers l’économie, les altérations que peut directement subir le sang au contact de la substance active n’ont, en général, qu’une importance secondaire. Pour prendre un exemple, si le chloroforme n’est pas sans influence sur le liquide sanguin, l’anesthésie et les autres phénomènes connexes n’en sont pas moins le résultat du conflit direct entre le médicament et le système nerveux.
D’autres fois, avons-nous dit, c’est sur le sang luimême que s’exerce l’action de l’agent thérapeutique, soit directement, soit par l’intermédiaire des organes hématopoiétiques. Ainsi l’oxyde de carbone altère profondément es globules rouges. Mais pour d’autres substances qui font également varier la constitution du sang, telles que