‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 27 sur 126 · V. Récipient · texte numérisé non relu

V. Récipient

T. Tube gradué au 40e de c. cube.

e. Colonne de globules ronges.

n. Niveau de cette colonne.

//. Bouchon de caoutchouc.

Gela posé, voici comment je procède à la détermination de la masse totale du sang, en me servant de la méthode de Welcker modifiée.

On ouvre la carotide, et on reçoit quelques centimètres

MASSE DU SANG

cubes de sang dans un petit vase à défibrination analogue à celui d’Hoppe-Seyler. Après avoir été défibriné avec soin par l’agitation, ce sang va servir d’étalon. Puis on recueille tout le sang qui s’écoule par la carotide ou par la décapitation dans du liquide A ; tous les tissus divisés, broyés à l’exception de ceux qui contiennent beaucoup de pigment sont lavés dans le même liquide à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’ils soient complètement exsangues. Pendant ce temps on précipite une partie du sang étalon de la manière suivante. Après avoir rempli presque en entier un vase à précipitation, à l’aide du liquide A, on y ajoute 2CC de ce sang dont on mesure exactement le reste. Enfin on détermine la précipitation des liquides de lavage dans autant de vases qu’il est nécessaire.

Pour être complété, cette précipitation demande de 20 à 25 jours.

Il est possible, avec les données ainsi recueillies, do déterminer la masse de sang par un calcul d’une extrême simplicité. Soit en effet n le nombre de divisions occupées par les globules rouges contenus dansl centimètre cube de sang, n' le nombre de divisions occupées par les globules rouges contenus dans tousles liquides de lavage et de macération réunis, m le volume en ccm du sangétalon non employée pour la précipitation, on a pour la masse x l’équation suivante :

La théorie est des plus simples, comme vous pouvez en juger ; quant à l’opération, elle ne présente aucune difficulté sérieuse, sauf qu’il faut opérer de façon à séparer bien exactement tous les globules rouges des tissus et de la fibrine qui les retient. Exécutée une fois sur un cobaye, elle nous a paru d’une applica tion facile.

Ce mode de dosage du sang peut rendre les mêmes

EMISSIONS SANGUINES

services dans la méthode indirecte; aussi proposerai-je de l’appliquer an moins imparfait des procédés indirects connus, celui de Valenlin modifié par M. Malassez, procédé qui consiste, vous le savez, cà doser succcessivement le sang pur, puis lesang dilué par une injection de sérum. On arrive à des résultats beaucoup plus exacts qu’en faisant la numération des globules.

Je dois vous rappeler, cependant, que M. Malassez élève une critique contre son propre procédé. Il n’est pas démontré, d’après lui, qu’il y ait mélange parfait du sang et du sérum. Que cette objection soit fondée, lorsqu’on ne prend qu’un ou deux millimètres cubes de sang, je ne saurais le nier d’une manière absolue. Mais je crois que cette cause d’erreur est supprimée lorsqu’on opère sur une plus grande quantité de sang, 10 à 20 centimètres cubes bien battus et soigneusement défibrinés.

Arrivons maintenant au manuel opératoire. On prend un animal qui n’ait pas bu depuis 4 heures au moins, qui soit càjeun depuis 12 heures, et, après avoir vidé la vessie et le rectum, on le pèse exactement. La carotide mise à nu, on pratique une saignée de 10 centimètres cubes, et on recueille le sang dans un de ces petits vases que je vous ai montrés, où on le défibriné avec soin; c’est le sang étalon. Puis on laisse couler du sang dans un vase gradué, jusqu’à concurrence de 190 centimètres cubes, de sorte que la saignée s’élève en tout à 200 centimètres cubes. Je suppose ici que l’animal pèse environ 9 k. 500. La saignée doit être en effet d’environ le quart de la masse présumée du sang. Aussitôt on injecte, avec une seringue chargée à l’avance, une quantité égale de sérum pris sur un animal de même espèce. Il faut opérer de façon à ce qu’il ne s’écoule que 2 minutes au plus entre l’injection et la deuxième prise de sang et mesurer exactement; cet intervalle de temps. On détache un instant l’a’ nimal ou l’on en desserre les liens ; comme après quel-

MASSE DU SANG

ques révolutions cardiaques le liquide a parcouru le circuit circulatoire entier, le mélange du sang et du sérum est fait d’une manière complète en très peu de temps. L’animal attaché de nouveau, on prend par le même vaisseau un nouvel échantillon de sang, qu’on défibriné comme le sang pur, et l’animal est remis en liberté.

En général la saignée est faite par l’artère fémorale et l’injection par la veine saphène, disposée à l’avance. Il ne reste plus qu’à préparer les deux liquides à précipitation. Il suffit pour cela de remplir presque complètement 2 vases à précipitation avec du sérum A et de verser dans l’un d’eux à l’aide d’une pipette graduée, 2 centimètres cubes de sang du premier échantillon puis dans fautre2 centimètres cubes également du 2e échantillon de sang.

On laisse reposer ces mélanges pendant 20 jours environ, jusqu’à ce qu’il n’v ait plus d’un jour à l’autre de changement appréciable dans la hauteur des colonnes. On obtient ainsi la précipitation au fond des deux tubes de tous les globules rouges contenus d’un côté dans 2 centimètres cubes de sang pur, de l’autre dans un volume égal de sang dilué.

Quant à la formule qui permet avec ces données de déterminer la masse totale du sang, æ, elle est fort simple. Soit, en effet, s la quantité de sang tiré ou de sérum injecté, h la hauteur de la colonne globulaire formée par le sang pur, h ’ la même valeur pour le sang dilué on a :

.y Xh = hXs + xXV

xh A 11' = lis

x(h — h') = lis lis

Ce procédé est d’une application si facile et si rapide que je vais pouvoir l’exécuter sous vos yeux. Déplus, il offre ce grand avantage que, les animaux survivant à

EMISSIONS SANGUINES

l’expérience, on peut au bout de quelque temps la répéter clans des conditions identiques ou différentes, comme celles résultant de l’inanition, de phlegmasies produites artificiellement, etc.

Mais ce procédé est-il à l’abri de toute critique, et présente-t-il de réelles garanties d’exactitude ? Je le crois, à la condition de faire subir certaines corrections aux résultats bruts.

Il existe deux causes d’erreur.

1° La première tient à ce que l’on opère sur du sang défibriné et que la proportion de la fibrine n’est pas la même pour les deux prises de sang. Cette erreur est facile à calculer et les chiffres peuvent être corrigés en conséquence.

2° Comme tous les procédés dérivés de la méthode de Valentin, le nôtre est passible d’une objection dont beaucoup d’auteurs, notamment M. Malassez, ont montré l’importance. Elle a trait aux phénomènes d’endosmose et d'exosmose qui peuvent se produire pendant l’expérience. Si lasaignéeest peu considérable, la composition du sang ne variera pas d’une manière appréciable, pendant le temps si court nécessaire àl’opération, alors surtout que l’on se sert d’un animal àjeun. D’autre part le mouvement exosmotique, qui peut résulter de l’injection du sérum, est réduit au minimum quand on injecte du sérum emprunté à un animal de la même espèce. D’ailleurs, on peut se rendre compte de l’importance de cette cause d’erreur, en faisant deux prises successives de sang, à quelques minutes d’intervalle. Nous avons institué desexpériences dans ce sens; mais comme elles sont encore en cours d’exécution, nous ne pouvons dire dés à présent quelles variations éprouve le sang dilué. On pourra faire, de ce chef, une nouvelle correction au calcul de la masse du sang, et arriver ainsi à des chiffres encore plus exacts.

Quoi qu’il en soit, ce procédé, lorsqu’il aura été complété

MASSE DU SANG

par ces dernières recherches, me semble devoir donner de meilleurs résultats que les autres, en y comprenant même ceux qui se rattachent à la méthode directe.

Après vous avoir exposé la question de technique, il me reste à vous indiquer rapidement les résultats généraux de ces recherches, au moins en ce qui concerne les animaux supérieurs : chien, lapin, cobaye, résultats jusqu’à un certain point applicables à l’espèce humaine.

Je reproduis ici, sous forme de tableau emprunté à Rollett1, les chiffres que les différents auteurs ont donnés. Comme ils représentent le rapport de la masse du sang au poids du corps, il suffit de les multiplier par cette dernière valeur pour avoir le poids du sang.

Page 1