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ÉMISSIONS SANGUINES
' Plus nombreux, mais malheureusement discordants, sont les documents que nous a fournis l’expérimentation sur la masse du sang pendant l 'abstinence ou Y inanition. Collard de Martigny1, Chossat 2, Bidder et Schmidt3 croyaient que, dans l’inanition, la quantité de sang subit une diminution plus accusée que les autres parties du corps à l’exception de la graisse, parce que ce liquide servirait à la nutrition générale.
D’autre part, Cl. Bernard avait cru remarquer que les animaux inanitiés résistent moins bien que les animaux en digestion, sans doute parce que chez eux la masse du sang était moins considérable.
Tout autres sont les conclusions de Valentin4, de Heidenhain 5 et enfin de Panum 6 qui fit, sur ce sujèt, un bon travail. Panum crut démontrer que, par l’inanition, la quantité du sang par rapport au poids du corps ne change pas, non plus que la richesse en globules rouges et en fibrine. Il en conclut que le sang, à l’exception d’une certaine quantité d’albumine, ne sert pas à la nutrition. S’il se détruit, c’est en proportion des pertes que subit l’organisme entier.
Ces résultats, quelque peu inattendus, ont été infirmés par Steinberg7 qui a vu, chez le chat, le coefficient sanguin tomber sous l’influence du jeûne de :
10,4 et 11,9 17,8'
Enfin certains faits d’ordre anatomo-pathologique semblent prouver que dans les maladies chroniques, les cachexies ou même les maladies aigues à évolution lente comme la fièvre typhoïde, il se produit une diminution de la masse totale du sang, hors de proportion avec le
* XL. — 4 xli. — 3 xlii. — * xxix.
5 XVIII, — °xix, — 7 XXIV.
VARIATIONS DE LA MASSE DU SANG
dépérissement de l’organisme. Non seulement on trouve les cadavres exsangues, mais encore on constate que les veines sont transformées en cordons fibreux, rigides. Elles sont revenues sur elles-mêmes et leurs parois, surtout leur tunique interne, présentent un épaississement notable.
En résumé, vous le voyez, Messieurs, les renseignements que nous possédons sur les variations de la masse du sang, même dans les conditions physiologiques, sont presque insignifiants. Notre indigence est plus grande encore en ce qui concerne les différences individuelles pour des animaux de même espèce.
Quant aux fluctuations de la masse de sang dues aux états pathologiques, aigus ou chroniques, elles n’ont été l’objet d’aucune étude expérimentale, et cependant il serait indispensable de les connaitre pour pouvoir faire, en thérapeutique, une application raisonnée des émissions sanguines.
J’estime que le procédé indirect, décrit dans notre dernière leçon, pourra nous servir à résoudre un certain nombre de ces questions, puisqu’il permet de déterminer la masse du sang, à plusieurs reprises, chez le même animal, en le plaçant dans des conditions éminemment variables, soit physiologiques, soit voisines de l’état pathologique.
J’en ai fini avec l’étude quantitative du sang. La question de qualité, plus importante encore, doit maintenant nous arrêter. Il est inutile de vous rappeler combien, dans les maladies, le sang subit de fluctuations dans sa constitution soit chimique, soit anatomique. L’étude chimique du sang comporte des procédés tout spéciaux, qui sont du ressort d’un autre enseignement; toutefois nous devrons faire appel à certaines données qui s’y rattachent,
ÉMISSIONS SANGUINES
à propos de diverses questions qui seront ultérieurement traitées. Pour le moment nous avons à vous entretenir des modifications produites par les émissions sanguines dans la constitution anatomique du sang; ce qui nous amène à étudier le sang normal à ce point de vue, et à vous indiquer les procédés à l’aide desquels on peut se rendre compte des modifications anatomiques du sang chez les malades, ou à la suite des saignées.
Ne pouvant faire ici, sans etre entraîné à de trop longs développements, l’étude des éléments figurés du sang normal, je m’en tiendrai à une simple énumération. Vous n’ignorez pas que le sang est un liquide plasmatique, qui se coagule hors des vaisseaux et qui contient des éléments anatomiques d’une importance prépondérante au point de vue pathologique. Longtemps on n’en a connu que deux variétés, les hématies ou globules rouges, les leucocytes ou globules blancs. Les études, que je poursuis depuis plusieurs années, m’ont permis de démontrer l’existence d’une troisième variété d’éléments figurés, ayant une forme anatomique propre et des propriétés physiologiques particulières, les hématoblastes, qui représentent les globules rouges à leur première phase d’évolution. Très altérables au début, ils deviennent peuà peu plus résistants, passent à l’état de globules nains ; puis ils offrent enfin les caractères des globules rouges complètement développés.
Ces notions sur les éléments du sang ont été acquises par l’examen microscopique, qui, sans constituer une opération difficile, demande certaines précautions. En les négligeant, la plupart des auteurs ont été conduits à des résultats peu exacts. Les hématies, pour être moins vulnérables que les hématoblastes et les globules nains, n’en sont pas moins très altérables, se déforment très vite sous l’influence de l’humidité ou du moindre trauma tisme. Pour ne pas confondre ces altérations artificielles