NOMBRE DES ÉLÉMENTS DU SANG HUMAIN
4 600 000 et 6 000 000. Chez les nouveau-nés le nombre des globules rouges est sujet à de grandes variations; il oscille entre 4 500 000 et 6 900 000; en moyenne 5 363 000, d’après mes recherches ; 5 696 000 d’après M. Cadet. La vieillesse n’apporte aucune modification sensible ; quant au sexe, le sang de la femme est un peu moins riche ; il ne renferme en moyenne que 4 900 000 globules rouges.
Les globules bleuies oscillent en général entre 8 000 et 9 000; chez l’adulte, homme ou femme, on en trouve de 5 000 à 6 500. Chez les nouveau-nés, dans les trois ou quatre premiers jours de la vie, ils s’élèvent en moyenne à 19 000.
Les hématoblastes varient entre 100 000 et 300 000, en moyenne 245 000. Chez le nouveau-né, ils sont au moment de la naissance beaucoup moins nombreux (140 000) que chez l’adulte; mais au bout de 8 à 9 jours, ils atteignent progressivement leur chiffre normal (Cadet).
Quant à la richesse globulaire, c’est-à-dire la valeur en hémoglobine du sang, on peut dire d’une manière générale que le contenu hémoglobique est sensiblement proportionnel au nombre des globules. Mais il n’y a pas là une loi rigoureusement exacte. Il faut savoir que d’un jour à l’autre, d’un moment à l’autre, le sang subit des fluctuations physiologiques, quelquefois assez sensibles, qui ne sont pas encore expliquées. Je me hâte de dire qu’elles sont de beaucoup inférieures à celles que font éprouver les maladies ou les pertes de sang.
Ajoutons que chez le nouveau-né la richesse globulaire est plus grande que chez l’adulte, et cela dans des proportions très accusées. Ce fait, rapproché de la pauvreté relative du sang des nouveau-nés en hématoblastes, offre un grand intérêt, au point de vue de l’évolution dans les premiers jours de la vie.
EMISSIONS SANGUINES
2Ü Sang du chien à l’état normal. Les g lobules rouges s’élèvent en moyenne à G 650 000 ; le chiffre le plus fort est 8 380 000, le plus faible 5 400 000.
Les globules blancs varient en nombre entre 28 000, et 3 100; le chiffre moyen est 10 070 environ; sous ce rapport il existe, comme vous le voyez, des différences individuelles considérables ; cela tient probablement à ce qu’un certain nombre des chiens sur lesquels nous expérimentons dans les laboratoires ont une maladie capable d’élever sensiblement le chiffre des globules blancs.
Quant aux hématoblastes, on peut les évaluer en moyenne à 267 000; le sang du chien renferme donc plus cl’hématoblastes que celui de l’homme, mais dans une proportion moindre que pour les globules rouges ; aussi le rapport en nombre des hématies aux hématoblastes n’est-il pour le chien que de 25, tandis que chez l’homme il s’élève à 20 ; c’est-à-dire que chez l’homme il y a en moyenne 1 hématoblaste sur 20 globules rouges et chez le chien 1 sur 25.
Gomme valeur des globules nous avons trouvé en moyenne 0,71 ; chiffres extrêmes 0,56 et 0,86. La richesse globulaire est donc de 4 720 000, exprimée en globules humains sains.
D’ailleurs les globules du chien sont plus petits que ceux de l’homme.
La richesse du chien en sang et en globules, sa résistance au traumatisme, l’analogie qu’il offre au point de vue, soit de son alimentation, soit de son pouvoir de sanguification, avec l’homme, toutes ces considérations expliquent pourquoi cet animal a été choisi, de préférence à d’autres, pour les expériences relatives aux émissions sanguines et à toutes les questions de cet ordre.
Sommaire : Elude expérimentale des émissions sanguines et des pertes de sang. Effets immédiats et apparents d’une perte de sang unique plus ou moins prolongée. — Phénomènes observés chez l’homme. — Phénomènes observés sur les animaux. — Influence de la position. — Syncope et mort par hémorragie.
Messieurs,
Après avoir l'ait connaître, dans nos dernières leçons, les principaux procédés de technique applicables à l’examen du sang, à l’étal normal ou pathologique, étude préliminaire toute d’actualité, nous pouvons aujourd’hui commencer l’histoire expérimentale des émissions sanguines, et en particulier de la saignée.
Il est peu de questions plus complexes, alors même qu’on se place dans les conditions les plus simples, dans les conditions physiologiques. D’une part, en effet, les recherches expérimentales, quelque nombreuses qu’elles aient été, ont jusqu’à ce jour manqué de précision, parce que l’on n’a pas suffisamment tenu compte de facteurs multiples qui influencent singulièrement les résultats de la saignée; d’un autre coté, les données que nous fournit la clinique, malgré la pratique si ancienne de la phlébotomie, 11e jettent qu’une lumière indécise sur les problèmes physiologiques qu’il importe de résoudre.
Il semblerait, au premier abord, que l’emploi thérapeutique de la phlébotomie doive nous donner des renseignements précieux sur les phénomènes qui se passent pendant l’écoulement du sang. Malheureusement, comme cette opération ne se pratique que chez des malades, chez des individus places dans des conditions inliniment
HAYEM
SANG
variables, variables aussi el complexes sont les manifestations consécutives à la perte de sang. L’observation clinique ne peut donc nous faire connaître les effets physiologiques de la saignée. Il n’en eût pas été de même il y a quelques années, alors qu’on n’hésitait pas à ouvrir la veine chez des individus robustes, pleins de santé, pour lutter contre une prétendue pléthore, pratique absolument tombée en désuétude de nos jours.
D'ailleurs, au cas même où l’on ferait une saignée chez un individu sain, on ne pourrait étudier qu’un petit nombre des effets immédiats et consécutifs de la perte sanguine ; l’investigation serait nécessairement limitée à l’état du pouls, de la respiration, de la température, de diverses sécrétions, elle ne nous ferait connaître ni les modifications de la circulation générale, indiquées par la pression vasculaire, ni la vitesse du sang. Fatalement l’enquête sur l’homme sain reste incomplète et force nous est de faire intervenir l’expérimentation sur l’animal.
Pour élargir le cadre de cette étude, et eu même temps pour nous préparer à celle de la transfusion, nous examinerons ici les phénomènes produits par les pertes de sang en général, en y comprenant les hémorragies abondantes, étrangères à l’histoire de la phlébotomie, hémorragies qui entraînent une anémie aigue et amènent une mort plus ou moins rapide.
Il sera nécessaire de procéder par la méthode analytique, d’établir un certain nombre de cas et de déterminer les phénomènes qu’on observe dans chacune de ces circonstances particulières. Pour plus de simplicité nous étudierons les effets d’une saignée unique, d’une part, et d’autre part, ceux des saignées multipliées dans un laps de temps plus ou moins grand. Pour chacun de ces modes d’émissions sanguines il faudra tenir compte des effets immédiats et apparents et des effets secondaires.
EFFETS IMMÉDIATS DES HEMORRAGIES
Nous commencerons par étudier les effets immédiats apparents d’une saignée unique chez l’homme.
Ces manifestations varient suivant les conditions où l’on se place, conditions dont je me bornerai à indiquer ici les principales :
1° Quantité de sang soustrait ;
2° Rapidité d’écoulement du sang ;
3° Etat de vacuité ou de plénitude des organes digestifs ;
4° Position du sujet (verticale ou horizontale) pendant la saignée.
De tous ces éléments, le plus important, est certainement la quantité de sang soustraite à l’économie; à ce point de vue seul, on pourrait varier à l’infini les conditions expérimentales. Mais, pour ne pas établir des distinctions trop multipliées, je me bornerai à deux types; perte de sang modérément forte , se rapprochant des conditions de la saignée vulgaire, perte de sang très abondante, comparable aux grandes hémorragies traumatiques.
Qu’entendons-nous par une perte de sang modérément forte? La pratique des médecins phlébotomistes a, vous le savez, singulièrement varié. Les médecins des derniers siècles ont tiré cinq à six livres de sang en une fois, tandis que les contemporains, ceux même qui, à l’exempte de M. Bouillaud, se sont montrés partisans enthousiastes des saignées, ont rarement fait couler plus de 500 grammes de sang en une seule émission sanguine.
Une saignée d’un kilo peut être considérée comme une perte de sang forte, même chez l’homme sain ; mais pour ne pas multiplier inutilement les types, nous désignerons sous le nom de saignée modérément forte, une perte de sang de 500 grammes à 1 kilo, chez un homme sain, soit de à — - du poids du corps, celui-ci étant en moyenne de 00 kilos.
EMISSIONS SANGUINES
C’est à l’observation des malades soumis à la phlébotomie que nous devons la plupart des notions classiques sur les effets apparents des saignées modérément fortes. En général, ils sont peu accusés. La saignée amenant la déplétion des veines et l’anémie relative du membre sur lequel on opère, les premières manifestations portenL sur le système circulatoire; presque toujours, pendant que le sang coule, ou immédiatement après, la fréquence du pouls augmente pour revenir rapidement au chiffre normal. En même temps l’amplitude des pulsations s’accroît, ce qui s'explique aisément, comme nous le démontrerons ultérieurement, par la diminution de la tension artérielle ; phénomène d’ordre purement mécanique que les anciens auteurs attribuaient au « relèvement des forces opprimées par l’état morbide ».
Du côte de l’appareil respiratoire, on ne note souvent rien de particulier. D’autres fois, quand la perte de sang dépasse 500 grammes, les mouvements respiratoires diminuent de nombre et de profondeur; mais d’ordinaire il n’y a là qu’un trouble passager, et habituellement même ce ralentissement des phénomènes respiratoires fait place à une accélération, également de courte durée.
Les autres grandes fonctions sont à peine influencées. Quand la saignée est pratiquée sur un individu atteint de gène respiratoire, le malade éprouve souvent, pendant que le sang coule, un bien-être croissant; la céphalalgie, la dyspnée diminuent rapidement, et cette atténuation des phénomènes les plus pénibles est parfois fort accusée. C’est ainsi que Malgaigne rapporte l'histoire d’un malade qui, après une saignée de 5 livres et demie, se sentait à ce point soulagé qu’il s’opposait à ce qu’on suspendit le cours du sang.
Souvent, vers la fin de la saignée ou immédiatement après, survient un peu de sueur; de même on a noté parfois, sans doute à cause de l’émotion causée par celle
EFFETS IMMEDIATS DES HEMORRAGIES
opération, une sécheresse très prononcée de la bouche et de la gorge.
Quant aux fonctions digestives, si l’individu est à jeun, elles ne présentent rien d’anormal, sauf une soif plus ou moins vive après l’opération ; si au contraire il est en pleine digestion, on observe de la pesanteur au niveau de l’estomac, et souvent des vomissements alimentaires.
Vous voyez qu’en général, la saignée modérée ne produit aucun accident sérieux. Mais il n’en est pas toujours ainsi; qu’il s’agisse de sujets nerveux, impressionnables, de femmes en particulier, on assiste à des manifestations lipolhymiques, ou même à une véritable syncope, plus ou moins imputable à l’émotion. Aussi chez les individus très nerveux, la syncope peut-elle se produire dès le début de l’opération ; chez d’autres elle ne survient que vers la fin, alors que l’on a retiré une quantité considérable de sang, près d’un litre par exemple.
Dans ces cas la face pâlit, puis se couvre de sueur, le pouls devient petit, liliforme, le sang cesse de couler, enlin l’opéré tombe privé de connaissance. Toutes ces manifestations se montrent plus souvent quand le sujet est assis ou debout; elles sont rares lorsqu’on a le soin de le placer dans la position horizontale.
Vous savez d’ailleurs que, dans certaines conditions morbides, on a cherché à produire la syncope pour arrêter un flux hémorragique, tel qu’une hémoptysie par exemple.
Cette syncope est passagère, quand la quantité de sang perdu ne dépasse pas la proportion indiquée plus haut; il suffit habituellement pour la faire cesser de mettre le malade dans la position horizontale; les battements du cœur redeviennent sensibles, le sang recommence à couler, et tous les symptômes si pénibles de lipothymie s’atténuent rapidement.
Bien différente est la phénoménologie dans les pertes de sang très abondantes.
ÉMISSIONS SANGUINES
Ici surlout, je ne puis plus faire appel pour ma description aux pratiques phlébotomistes , puisqu’à notre époque nul ne se permettrait de faire des saignées aussi copieuses. De même, les précautions qu’on prend de nos jours pour ménager le sang des opérés, et les moyens qu’on emploie pour réduire au minimum les hémorragies pendant les grandes opérations, nous empêchent d’étudier, comme autrefois, l’anémie aiguë par perte de sang, dans la pratique chirurgicale. On ne l’observe plus que dans certains cas pathologiques; je fais allusion aux pertes de sang causées par un grand traumatisme, sur les champs de bataille, ou aux hémoptysies par rupture d’une poche anévrismale, ou enfin aux hémorragies puerpérales ; et dans ces cas l’observation présente des difficultés sur lesquelles il est inutile d’insister.
Ces hémorragies capables d’entraîner la mort, affectent deux types principaux :
1° Hémorragie continue ou en plusieurs temps , mais d’une certaine durée.
2° Hémorragie extrêmement rapide, pour ainsi dire foudroyante.
Lorsque l’écoulement du sang est peu rapide ou que la perte sanguine se fait en plusieurs temps, on voit survenir un état tout spécial que les chirurgiens ont observé à la suite des grands traumatismes, et que Sanson, Dupuytren ont décrit sous le nom à' anémie traumatique aiguë.
C’est surtout Sanson 1 qui en a donné une bonne description. Il est caractérisé par un affaiblissement progressif avec décoloration de la peau et des muqueuses, un refroidissement général, principalement accusé aux extrémités. Une sueur froide et visqueuse inonde le front, la région antérieure de la poitrine, l’épigastre, la paume des mains, la plante des pieds. Les mouvements respi-