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ALTÉRATIOMS ARTIFICIELLES DES HÉMATIES. 285
Mais cette déformation à laquelle on a attaché une certaine importance en anatomie pathologique préexistet-elle clans le sang en circulation? J’examine et fais examiner par mes élèves, presque tous les jours depuis 6 ans, du sang emprunté à des malades atteints d’affections très diverses, et cependant je n’ai pas encore rencontré un seul cas de microcythémie. Dans le sang pathologique comme dans le sang normal, toutes les fois que j’ai vu des microcytes, il m’a suffi de faire une nouvelle préparation de sang avec plus de soin pour empêcher l’apparition de ces prétendus éléments pathologiques. En fixant dans ces cas les éléments en question avec le liquide A, j’ai toujours vu les globules rouges, quelque déformés et décolorés qu’ils fussent, présenter la biconcavité. Dès lors il est facile de comprendre ces prétendus cas de microcythémie transitoire, observés par quelques auteurs (Litten1, Lépine2). Cependant, dans trois cas d’anémie extrême, sur des malades presque à l’agonie, j’ai vu quelques très rares globules rouges se transformer en boules, malgré toutes les précautions prises pour l’examen dn sang.
En fixant les éléments par le liquide A, ces globules extrêmement altérés étaient constitués par plusieurs boules sphériques comme si l’hémoglobine s’était fragmentée à l'intérieur d’un stroma unique; ils étaient d’ailleurs très peu nombreux.
Je suis donc persuadé, quanta présent, que toute l’histoire de la microcythémie repose sur des erreurs d’observation. Celle transformation des hématies, quoique artificiellement produite, n’en est pas moins intéressante pour le physiologiste et pour le médecin, puisqu’elle atteint surtout, ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le montrer, les globules rouges jeunes, c’est-à-dire les globules nains et les petits globules rouges3.
1 cxxxi. — 5 cxxv. — s cxxxii.
EMISSIONS SANGUINES
La transformation des hématies en éléments sphériques et pâles est également 1res commune bien qu’elle ait été plus rarement signalée. Dans ce cas les éléments qui deviennent vésiculeux perdent en même temps une partie de leur hémoglobine et, par suite, sont moins colorés que les globules normaux.
Ils se présentent sous l’apparence d’une vésicule pâle, jaunâtre ou légèrement verdâtre, à contour effacé, ayant une dimension variable, tantôt plus petite, tantôt plus grande que celle des hématies normales. Quelques-unes de ces hématies restent en cet état un temps plus ou moins long; d’autres, au contraire, sont en voie de dissolution progressive , car elles pâlissent de plus en plus, puis disparaissent. Celte disparition complète n’est qu’apparente. Elle n’en impose que lorsque les hématies ayant perdu leur hémoglobine sont isolées dans le plasma. La partie protéique et insoluble de la vésicule, appelée stroma, étant très peu réfringente devient invisible dans ces conditions. Mais il est intéressant do faire remarquer qu’il n’en est pas ainsi dans les cas où l’élément fait partie constituante d’une pile d’hématies, ou bien lorsqu’après la dissolution de l’hémoglobine plusieurs globules normaux viennent se grouper autour de lui.
La présence de la vésicule décolorée est alors rendue manifeste par l’interposition d’une boule ou plutôt d’un espace sphérique qui maintient écartées les hématies et déprime en creux celles d’entre elles qui lui sont contiguës. Cette boule, condensant légèrement la lumière, produit même un effet particulier d’éclairage latéral des éléments qui la touchent.
Pour faciliter les descriptions, nous proposerons de désigner sous le nom de clilorocytes les vésicules ayant perdu une partie seulement de leur matière colorante eL sous le nom d 'achrornacytes celles qui sont complètement décolorées.
Lorsqu’au moment de faire une préparation de sang pur, on souffle avec la bouche soit sur le sang, soit sur la lame de verre où on le dépose, il se produit toujours un certain nombre de microcytes et de chlorocytes. Parmi ces derniers , quelques-uns continuent à perdre leur hémoglobine et se transforment au bout d’un certain temps en achromacytes. De même lorsqu’une préparation contient un corps étranger retenant un peu d’humidité, on trouve autour de lui un certain nombre de ces hématies modifiées.
L’humidité joue donc un rôle évident dans la production de ces altérations, mais le traumatisme peut à lui seul produire l’état vésiculeux et la dissolution de l’hémoglobine,de sorte qu’en soumettant, a l’aide de divers moyens, les hématies à une compression plus ou moins forte, un observateur anglais, Norris1, a pu faire apparaître un nombre variable d’ achromacytes, produits artificiels dans lesquels il a eu la singulière idée de voir les formes primitives des globules rouges.
Ces achromacytes sont, au contraire, ainsi qu’il est facile de s’en rendre compte, des hématies dont il ne reste plus que la mince enveloppe insoluble.
Ces altérations des globules rouges ne sont pas absolument sans intérêt au point de vue anatomo-pathologique. Dans certains cas morbides, en effet, les hématies paraissent en quelque sorte prédisposées à se transformer en microcytes, et dans d’autres, elles prennent très facilement hors des vaisseaux l’apparence de chlorocytes ou même d’achromacytes.
J’ai observé cette vulnérabilité particulière des hématies chez des malades atteints d’une de ces affections graves (fièvre typhoïde, variole hémorragique, pneumonie typhoïde, etc.) dans lesquelles le sang présente habituel-
ÉMISSIONS SANGUINES
lement les caractères dits du « sang dissous ». Dans quelques cas même, la présence d’achromacytes dans d’es préparations faites avec le plus grand soin m’a conduit cà admettre que cette altération pouvait se produire dans le sang en circulation, et avant l’action des agents extérieurs. Mais ces cas ont été si exceptionnels que je dois encore faire sur ce point quelques réserves. Quoiqu’il en soit, la présence d’acromacytes au milieu de globules rouges empilés, dans une préparation de sang pur, faite avec le plus grand soin, a une certaine signification pathologique, et indique tout au moins une solubilité anomale de l’hémoglobine.
II. Au nombre des modifications artificielles dont nous nous occupons, on doit encore ranger les altérations de forme dues à la production de pointes à la surface desglobules et de festons ou crénelures sur leur bord. La première altération, connue sous le nom d’état mûr if orme ou épineux, consiste dans la production de petits cônes plus ou moins pointus et nombreux sur toute la surface de l’hématie.
Ces élevures se montrent tantôt sur des hématies qui ont conservé leur forme discoïde et biconcave, c’est le cas le plus rare ; on a alors le globule rouge épineux proprement dit. Tantôt elles se produisent sur des éléments devenus déjà vésiculeux, ce qui donne lieu aux microcytes épineux et aux chlorocytes épineux.
Le mode de production de ces pointes n’est pas encore bien connu; mais il est parfaitement établi que les globules fraîchement sortis des vaisseaux et n’ayant pas subi l’action des agents extérieurs ont toujours une surface lisse. On peut donc affirmer que les globules épineux, vésiculeux ou non, foncés ou en partie décolorés, sont des produits artificiels, et cependant la plupart des auteurs les signalent avec soin dans leurs descriptions anatomo-pathologiques. Bien plus, on a pris quelquefois
pour des altérations réelles les modifications profondes, et les ruptures produites par un traumatisme plus ou moins violent. Quand, par exemple, un des points d’une préparation de sang pur a été le siège d’une forte compression, par suite de l’application de la pointe d’une aiguille sur la lamelle couvre-objet, un certain nombre d’hématies se fragmentent et chacun de ces fragments se transforme en une boule lisse ou épineuse, tantôt fortement colorée, le plus souvent pâle. La préparation paraît alors contenir en un point de nombreux microcytes ou chlorocytes, et il est certain que ces débris de globules ont été pris par des observateurs pour des hématies pathologiques. Enfin je signalerai encore l’aplatissement des hématies engagées dans un espace d’une épaisseur moindre que la leur, aplatissement s’accompagnant d’une diminution très sensible de la coloration, comme une circonstance qui a pu ou pourrait faire croire indûment à la présence dans le sang de globules géants et décolorés.
Quant à l’état crénelé, il m’a été facile d’en trouver l’explication. Au moment où le sang pur, étalé en couche mince, se coagule, un certain nombre de filaments de fibrine adhèrent à la périphérie des globules rouges. Lorsque les piles de globules rouges se désagrègent sous l’influence du moindre ébranlement de la préparation, quelques-uns de ces filaments, avant de se rompre, exercent une traction sur le bord des globules rouges auxquels ils adhèrent et déterminent ainsi la formation de petites dents ou festons qui caractérisent l’état crénelé.
Voilà donc encore une modification qui n’a pas de signification pathologique.
Cependant les globules rouges ne conservent pas toujours chez les malades leur configuration normale. Il existe un certain nombre de déformations non artificielles
HAYEM. — SANG
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ÉMISSIONS SANGUINES
qui atteignent les hématies avant leur issue des vaisseaux et constituent de véritables altérations pathologiques. Mais ces altérations, qui s’observent surtout dans l’anémie prononcée, ont ceci de particulier qu’elles ne portent aucune atteinte à la biconcavité.
Sommaire : Modification de la valeur globulaire après les hémorragies. — Exposé général de la réparation sanguine. — Théorie allemande et italienne qui attribue l’hématopoièse à la moelle osseuse et à la rate. — Hématoblastes nucléés de Neumann. — Des lésions de la moelle osseuse après les pertes de sang.
Messieurs,
En étudiant dans notre dernière leçon les altérations globulaires qui succèdent aux émissions sanguines, nous avons pu les rapporter à une perturbation dans l’évolution physiologique du sang. Pour se rendre compte des conditions du phénomène, il était utile de chercher à le reproduire expérimentalement. C’est ce que nous avons entrepris.
Mes premières expériences sur le chien, faites au Muséum, remontent à 1877; elles sont du reste rapportées dans la thèse de M. Kirmisson1.
Un jeune chien, pesant 8k,900, est soumis à une série de pertes sanguines. Le 14 juillet, saignée de 220 grammes, le 16, application de sangsues qui tirent 50 grammes. Le 18 juillet, saignée de 260 grammes; le 28, application de sangsues qui tirent 50 grammes. Enfin le 30 juillet et le 1er août, application de sangsues qui tirent 40 et 60 grammes de sang. Le chien avait perdu
en tout 690 grammes, soit le ~ environ du poids du corps, en 18 jours.
Le 2 août, au lieu de 5 240 000 globules, chiffre initial, on n’en trouve plus que 3 162 000 ; mais, chose remar- * LXIII, p. 50.
EMISSIONS SANGUINES
quable, la valeur de G est restée à 0,80, ce qu’elle était au début de l’expérience.
J’ai repris ces recherches, pour ie cours actuel, en ayant soin de relever, à l’aide de la chromométrie, la valeur do G à chaque examen du sang.
Dans les cas de faibles pertes sanguines, je n’ai trouvé que des variations peu importantes, irrégulières de 1,2,3, jusqu’à 5 0/0 ; elles n’ont aucune valeur absolue à cause des erreurs possibles.
Dans les hémorragies plus importantes, la valeur de G, après des fluctuations irrégulières, baisse dans des proportions plus notables, de 5 à 10 0/0, au moment où le chiffre des globules rouges se relève. Toutefois, d’une manière générale, l’influence des saignées uniques sur la richesse en hémoglobine ne m’a pas paru très accusée.
Il en est autrement dans les saignées multiples. Lorsqu’elles sont faites coup sur coup, ou dans un court espace de temps, de manière à produire des effets analogues à une forte saignée unique, la valeur de G, peu modifiée au début, tombe, dans la proportion de 10 à 18 0/0, au moment où se fait la réparation du sang.
Lorsque les saignées sont très espacées, quand les nouvelles pertes de sang sont effectuées au moment où celte réparation a déjà commencé, on constate une diminution considérable de la valeur de G.
C’est en procédant ainsi que, chez un chien, nous avons pu obtenir un sang tout à fait analogue à celui des anémies chroniques.
Exp. XXXIX. Chien terre-neuve d’environ 28 kilogrammes. 4 saignées en 29 jours de 1 000cc, 800cc, 600cc,
800cc, en tout 3 200", soit environ ~ du poids du corps.
Au moment de la dernière saignée le nombre des globules rouges est encore très élevé G 890 000, mais la valeur G n’est que de 0,35 au lieu de 0,70.