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RÔLE DE LA RATE
rouges. Il fait reposer cette opinion sur des observations d’individus morts dans le marasme (diarrhée, cancer de l’estomac).
On a donc invoqué, ici encore, des preuves expérimentales et des faits anatomo-pathologiques.
Pour ma part, j’ai entrepris sur ce sujet quelques recherches dont je me bornerai à vous donner succinctement les résultats.
Vous savez que M. Malassez a cru pouvoir étudier le fonctionnement de certains organes, la rate en particulier, en faisant le dénombrement des éléments du sang qui y entrent et de ceux qui en sortent.
J’ai repris ces recherches en 1877, tant sur des chiens à l’étal normal que sur un chien saigné à plusieurs reprises.
Ces premières expériences, faites avec l’aide de mon ami M. Paul Berger, ont donné pour la rate chez des animaux non saignés, à jeun depuis 12 heures, morphinisés, l’organe étant laissé en place, et aussi au repos que possible, les résultats suivants :
Moyenne de 4 expériences.
Pour les globules rouges, veine splénique ... G 494 000
— artère — ... G 460 000
Différence 34 000, soit 0,o2 0/0.
Pour les globules blancs, veine splénique ... 13 450
— artère — ... 13 360
Différence 00, soit 0,Gs 0/0.
Ce sont des différences tout à fait négligeables. En tenant compte du diamètre des éléments, nous avons trouvé dans l’artère, comme dans la veine, à peu près 80 0/0 de globules moyens, 10 0/0 de petits, 10 0/0 de grands.
Le seul résultat positif se dégageant de ces premiers essais est relatif à la valeur globulaire. Les éléments du sang veineux avaient, 3 fois sur 4, une valeur globu-
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laire (G), de 5 «à 10 0/0 plus faible que celle des hématies de l’artère. Les globules rouges abandonnent-ils sans se détruire une partie de leur matière colorante, résultat qui expliquerait la richesse de la rate en fer, signalée comme supérieure à celle du sang par M. M. Malassez et Picard1? Il faudrait, avant de conclure sur ce point spécial, multiplier les expériences.
Mais si la rate au repos n’a pas d’action appréciable parla numération sur la constitution anatomique du sang, en est-il de même chez les animaux saignés? Une seule expérience faite à cette époque a donné un résultat négatif. L’animal n’était pas très anémique, mais il se trouvait dans la période de réparation.
Chiffres trouvés :
Veine splénique N 3 937 000
Artère splénique N 3 999 050
Ces chiffres sont confirmatifs des premiers ; je dus conclure qu’il n’y a pas de différence sensible entre le sang de la veine et de l’artère spléniques, ni chez les animaux sains, ni chez ceux qui sont en état d’anémie.
Plus tard, continuant mes recherches dans ce sens, j’ai fait, en outre du dénombrement des globules rouges et des globules blancs, celui des hématoblastes dans le sang artériel et veineux de la rate. J’ai trouvé ces derniers éléments plus nombreux dans le sang de l’artère, mais dans une faible proportion ; et j’ai constaté en même temps qu’ils y étaient, en général, petits.
Voyant que la numération ne pouvait donner la solution du problème, j’ai pratiqué chez plusieurs espèces ani-
RÔLE DE LA RATE
males, chien, lapin, chat, l’ablation de la rate pour voir quelles modifications présenterait le sang dans ces conditions. Quoiquemes expériences n’aient pas été multipliées, je crois qu’elles n’en ont pas moins une certaine valeur.
Chez un lapin dératé j’ai vu au bout de quelques jours le chiffre des hématoblastes s’élever au double du chiffre initial et rester à ce taux pendant quelques jours.
Je soumis un chien àla même opération; il en résulta de la lièvre et une suppuration de la paroi abdominale qui entraîna l'amaigrissement de l’animal. On ne constata aucune modification sensible du sang ; seuls les globules blancs furent très abondants pendant la période de suppuration, mais revinrent plus tard à leurchiffre normal.
Enfin, je voulus voir quel serait l’effet de l’ablation de la rate pratiquée peu après la naissance, au moment du développement général de l’être.
On prit deux petits chats de la même portée et l’on lit sur le plus fort l’ablation de la rate. Il y eut suppuration et il se produisit une sorte d éventration qui se combla peu tà peu; au bout de 13 jours la plaie était complètement cicatrisée. Sous l’influence de cette opération, grave en somme, il y eut arrêt de développement. Au bout de 13 jours le chat opéré ne pesait que 250 grammes, son frère 440 grammes. Dans le sang on trouva une diminution très sensible des globules rouges avec abaissement de la valeur globulaire et une augmentation des globules blancs et des hématoblastes. Ainsi au moment où te chat non opéré avait 190 000 hématoblastes, le chat opéré en avait 440 000.
Un mois et demi après l’opération, il n’y avait plus de différence sensible entre les deux chats sous le rapport du sang, mais l’animal opéré était encore moins développé que l’autre.
Enfin j’ai voulu vérifier les assertions des auteurs ita-
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liens sur les lésions que présenterait la rate chez les animaux morts à la suite d’hémorragies multiples. Là encore je n’ai obtenu que des résultats discordants.
Ainsi chez un chien qui, à la suite d’abondantes hémorragies, avait beaucoup maigri et pesait au moment de la mort 22 kilos, j’ai trouvé une rate de structure normale, ne pesant que 52 grammes, chiffre inférieur à la moyenne. Je dois cependant ajouter qu’elle s’était rétractée, avant la mort, par exposition à l’air.
Dans un autre cas analogue, la rate était légèrement hypertrophiée ; la pulpe était pâle, les corpuscules de Malpighi augmentés de volume. Enfin, chez un troisième chien mort également d’hémorragie, et pesant 14 k., la rate était manifestement hypertrophiée (141 gr.).
Dans cqs deux derniers cas, la rate renfermait quelques cellules colorées par de l’hémoglobine, analogues à celles de la moelle osseuse ; de plus, autant que j’ai pu en juger à cause de l'extrême vulnérabilité de plusieurs éléments, il paraissait y avoir de nombreux hématoblastes, comparables à ceux du sang.
En résumé, ces expériences n’ont fourni, vous le voyez, que des résultats peu précis et presque toujours négatifs. J’ai tenu cependant à vous les mentionner pour vous faire connaître les divers procédés qui peuvent être utilisés dans cette étude. Si l’on poursuit ces recherches, on ne tirera pas, je crois, grand profit de l’examen comparatif du sang à son entrée et à sa sortie de la rate, du moins en employant les procédés de numération des globules sanguins. Il faudrait qu’il y eût à tout instant des formations ou des destructions actives d’éléments pour que les modifications proportionnelles des globules rouges et blancs pussent, par celte voie, être mises en évidence. On comprend, en effet, que la rate étant constamment irriguée par le sang, pourrait avoir une grande influence sur la constitution anatomique de ce liquide, sans que la numération