SANG DE L’EMBRYON
avant la naissance, lorsque chez l’homme le fœtus entre dans le 5e mois de la gestation, la formation des hématies se simplifie, l’origine hématoblastique persiste seule et les globules rouges nucléés, devenus pendant le 4e mois de plus en plus rares, disparaissent habituellement d’une manière définitive dans le cours de ce mois.
Après la naissance et pendant toute la vie, la rénovation du sang continue à se faire suivant ce seul et unique mode, qu’il s’agisse de la rénovation incessante du sang, qui est un acte physiologique, ou de cas pathologiques (maladies ou hémorragies). Toujours les globules rouges tirent leur origine du développement progressif et régulier des hématoblastes. La réparation qui succède aux hémorragies, ou qui se produit dans la convalescence d’une maladie aiguë quelconque, n’est que l'exagération d’un fait physiologique; elle est due à la suractivité du processus normal et incessant de rénovation du sang.
Telle est la théorie que je propose, ou plutôt telles sont les conclusions légitimes des recherches anatomiques, expérimentales et cliniques que j’ai entreprises sur ce sujet, et particulièrement des faits mis en évidence par l’étude des modifications du sang après les hémorragies.
Nous avons vu cependant que, dans certains cas pathologiques, on peut trouver chez l’adulte quelques globules rouges nucléés dans le sang. Mais ces faits ont-ils l’importance que leur attribuent les auteurs que nous avons cités?
Remarquez que ces éléments ne se montrent que dans des cas d’anémie extrême, d’un pronostic particulièrement défavorable, qu’ils coïncident avec une destruction progressive du liquide nourricier dont la régénération est entravée par le processus morbide. Aussi vois-je dans ce fait anatomo-pathologique intéressant, mais à coup sûr
HAYEM. — SANÇ.
ÉMISSIONS SANGUINES
exceptionnel, la preuve que, dans certains états graves, alors que tous les organes hématopoiétiques sont altérés, le sang peut contenir une variété d’éléments appartenant aux premiers moments de la vie embryonnaire. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’un processus de rénovation. Je n’ai jamais vu, en effet, dans le sang, qu’un très petit nombre de ces éléments, et, lorsque, sous l’influence d’un traitement reconstituant, l’état des malades est devenu plus satisfaisant, cette amélioration a toujours été marquée par la disparition des cellules à noyau et par une augmentation dans le nombre des bématoblastes qui bientôt ont donné naissance à des globules rouges.
Je ne pense même pas qu’on puisse, dans l’état actuel de nos connaissances, attribuer aux modifications de la moelle des os ou de la rate la présence dans le sang des globules rouges nucléés, ni prétendre que ces organes, dont le rôle hématopoiétique, pendant la vie embryonnaire, n’est pas encore bien défini, reprennent alors des fonctions depuis longtemps supprimées.
Les cellules rouges nucléées du sang se montrent chez l’embryon avant la formation de la rate et de la moelle osseuse et ont déjà disparu, alors que la moelle et peutêtre aussi la rate contiennent un grand nombre d’hématoblastes nucléés. En admettant môme comme bien établi que, dans quelques faits pathologiques, le nombre des cellules colorées de la moelle osseuse et de la rate s’élève au-dessus de la normale, rien ne prouve que ces éléments quittent ces organes pour passer dans le sang et encore moins y devienent des globules rouges ordinaires; rien enfin ne prouve que les quelques cellules rouges à noyau qu’on rencontre dans le sang profondément altéré par certaines maladies soient formées par la rate ou la moelle osseuse.
Si les auteurs allemands et italiens ont été entraînés à généraliser une théorie qui pouvait servir tout au plus
CONCLUSIONS SUR L’hÉM ATOPOIÈSE.
à comprendre quelques particularités anatomo-pathologiques tout à fait rares, c’est qu’ils ignoraient et ignorent encore aujourd’hui les faits relatifs aux hématoblastes et à leur transformation en globules rouges, faits qu’il est facile cependant d’observer à l’état sain et à l’état pathologique, et qui peuvent également être étudiés chez l’embryon.
Gomment admettre avec Neumann la permanence des fonctions hématopoiétiques d’un organe comme la moelle osseuse qui, après la naissance, se transforme en grande partie en tissu adipeux? Ce serait une erreur de croire que les globules rouges sont permanents; ils sont incessamment détruits et remplacés par d’autres. Et, en supposant même que la moelle des os ait ancore, chez l’adulte, une certaine activité, il n’en demeure pas moins établi que, dans toutes les réparations sanguines que j’ai étudiées, dans la chlorose, dans les maladies aiguës, dans la convalescence des pertes de sang, fussent-elles même extrêmement abondantes, la régénération de ce liquide s’effectue toujours à l’aide des hématoblastes, sans qu’on constate dans le sang l’existence d’un seul globule rouge nucléé.
En résumé, sans nier l’origine multiple des éléments colorés du sang, fait hors de doute pendant une partie de la vie embryonnaire, nous croyons que, déjà avant la naissance et chez l’adulte, la formation du sang évolue suivant un type unique, et que cette formation, incessante à l’état normal, est simplement suractivée lorsque l’organisme doit combler les pertes que ies maladies ou les hémorragies lui ont fait subir. J’admets cependant que, dans quelques cas rares, dans les états cachectiques voisins de la mort, alors que le nombre des hématies est en décroissance progressive, on voit exceptionnellement circuler quelques cellules colorées à noyau, dont l’origine médullaire ou splénique est loin d'etre établie, mais qui
ÉMISSIONS SANGUINES
peuvent être considérées comme un retour du sang vers sa constitution embryonnaire.
Ne voit-on pas, dansd’autresprocessus morbides, divers tissus reprendre également une structure embryonnaire? Lorsque nous connaîtrons mieux la genèse des éléments de l’embryon, ces processus pathologiques deviendront sans doute plus compréhensibles.
Il resterait, pour traiter complètement le sujet, à indiquer l 'origine et le mode de formation des liématoblastes. Sur ce point, je ne puis encore énoncer un résultat définitif.
Vous savez déjà que nous avons trouvé des hématoblastes dans le sang de l’embryon, et émis l’opinion que leur apparition est postérieure à celle des premières cellules rouges à noyau. Quels sont les organes ou les parenchymes qui, à ce moment, leur donnent naissance?
Ce point devra être étudié plus tard, mais on sait qu’au sein des cellules angioplastiques ou vaso-formatives de M. Ranvier on voit se produire in situ dans la substance granuleuse, qui en se résorbant formera la lumière du capillaire, des hématoblastes destinés à devenir ultérieurement des hématies non nucléées, alors que le vaisseau en évolution ne renferme ni globules blancs, ni globules à noyau.
D’un autre côté, la lymphe et le chyle qui se déversent dans le sang contiennent des hématoblastes et probablement aussi, lorsqu’on approche de l’embouchure de leurs vaisseaux dans le système sanguin, des globules rouges jeunes. Le tissu des ganglions lymphatiques et chylifères renferme également des hématoblastes, et dans le protoplasma des éléments cellulaires de ces organes on trouve des corpuscules colorés par de l’hémoglobine, très analogues aux hématoblastes libres du sang.
Je crois donc que c’est du côté du système lympha-
ORIGINE DES HEMATOBLASTES.
tique, dont les rapports avec le système sanguin sont si directs, qu’il faut chercher l’origine des hématoblastes, c’est-à-dire du côté qui précisément a été tout à fait négligé par les auteurs dont nous avons discuté les opinions.
Toutefois les observations de ce genre sont si délicates, les résultats qu’elles donnent doivent être si souvent contrôlés, que sur ce point nous ne voulons pas énoncer de conclusions définitives. Cette question réservée, mes recherches sur les hématoblastes, j’espère vous l’avoir démontré, donnent la solution des autres problèmes afférents à l’évolution du sang, dans les conditions normales ou pathologiques.
ÉMISSIONS SANGUINES
18e LEÇON
Sommaire : Effets des pertes de sang sur la nutrition générale. — Sur la calorification. — Sur les échanges respiratoires. — Sur les fonctions digestives. — Sur les sécrétions. — Adipose après les pertes de sang. — Conclusions générales sur l'emploi thérapeutique des saignées.
Messieurs,
Après vous avoir fait connaître les modifications que produisent les émissions sanguines dans les diverses fonctions de l’économie, il ne me reste plus qu’à étudier, au même point de vue, la nutrition générale. Du moment où toutes les grandes fonctions sont intéressées par les pertes de sang, du moment où, sous cette influence, la circulation, la respiration, la constitution du liquide sanguin sont profondément modifiées, vous devez prévoir qu’il se produit aussi dans les processus nutritifs des perturbations fort sensibles, même avec nos procédés si imparfaits d’analyse.
L’étude des échanges respiratoires, des actes sécréteurs, des phénomènes d’assimilation et de désassimilation, démontre, en effet, que les saignées retentissent sur la nutrition générale.
De la calorification, je n’ai plus rien à vous dire, car nos connaissances sur cette matière se bornent aux données que je vous ai fournies antérieurement sur les troubles thermiques consécutifs aux pertes de sang.
Nous sommes mieux renseignés sur les échanges respiratoires. Leichtenstern \ dans des expériences faites sur deux lapins, en tenant compte du nombre des respirations, du volume de l’air correspondant à chaque mou-