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PROPRIÉTÉS DU SANG DÉFIBRINÉ
briné par battage. L’animal meurt dans la soirée. Cette expérience, répétée à plusieurs reprises, donna toujours le même résultat ; la mort survenait d'autant plus vite que l’animal conservait moins de sang normal.
Dans ces conditions, Magendie constata des altérations cadavériques, dont la pathogénie a été fort discutée. C’étaient des lésions vasculaires portant principalement sur l’appareil respiratoire et le tube digestif : œdème hémorragique des poumons, épanchements sanguins avec injection des capillaires de l’intestin, plus rarement injection des capillaires de l’estomac ; enfin putréfaction rapide du cadavre.
Magendie attribuait tous ces phénomènes à la diminution de la viscosité du sang. Le sang, privé de sa matière coagulable, ne pourrait plus se mouvoir que difficilement dans les vaisseaux ; le sérum traverserait les parois vasculaires par imbibition, ce qui amènerait des congestions viscérales et des extravasations sanguines; et, comme celles-ci se font surtout dans les poumons, la mort surviendrait par asphyxie.
De ces diverses considérations, Magendie se crut autorisé à conclure que le sang doit à sa viscosité de pouvoir circuler à travers les vaisseaux, et que, par suite, le priver de sa matière coagulable, c’est le rendre impropre à entretenir la vie.
C’était la condamnation de la défibrination.
Mais, depuis, nombreux ont été les expérimentateurs qui, à la suite d’injections de sang défibriné, ont vu survivre leurs animaux. Bischoff, üré, Panum, Ponfick, Landois et d’autres, sur un nombre très grand d’expériences, n’ont observé que rarement les altérations signalées par le physiologiste français.
De son côté, Panum a cherché à expliquer l’épanchement hémorragique intestinal par un processus différent de celui qu’invoquait Magendie. Pendant la saignée-
TRANSFUSION DU SANG
préalable, le cœur s’arrêterait ou du moins se ralentirait singulièrement, de sorte que le sang stagnerait dans les vaisseaux veineux. Au moment de la transfusion, le cœur, reprenant ses fonctions, aurait, pour mettre en mouvement le sang arrêté dans les capillaires, à faire un effort considérable. La pression serait très élevée, particulièrement dans la veine porte, en raison des deux systèmes de capillaires de ce département circulatoire ; de là résulteraient des extravasations sanguines dans l’intestin. D’ailleurs, alors que le sang est stagnant, il pourrait s’ètre formé des coagulations partielles qui seraient également l’origine de petits infarctus. L’explication de Panum est, comme vous le voyez, purement mécanique.
D’un autre côté, le même auteur a fait voir qu’en pratiquant des transfusions successives de sang défibriné à un chien, la fibrine, diminuée après la transfusion, se reforme rapidement. Ce n’est donc pas à l’absence de la fibrine que les accidents de la transfusion peuvent être rapportés, et il est établi que Magendie a exagéré l’importance du principe coagulable du sang.
Cependant la défibrination ne s’est pas toujours montrée inoffensive dans plusieurs expériences contemporaines. A ce propos, permettez-moi de vous en rapporter une, fort instructive, qui est due à Panum même.
Un chien, qui avait environ 174 grammes de sang, est saigné parla carotide. Après lui avoir soustrait 122ec de sang, chiffre considérable, si le chien n’avait en réalité que 174 grammes de sang, on lui injecte par la veine jugulaire 96 grammes de sang défibriné emprunté a un autre chien, de sorte que le transfusé avait à ce moment 148 grammes de sang. Une nouvelle saignée de 100 grammes rend le chien mourant; nouvelle injection de sang défibriné (80 grammes) qui porte la masse sanguine à 128 grammes. Le chien se ranime, mais rend par la gueule une écume sanguinolente. On lui fait
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une troisième saignée de 40 grammes, suivie au bout de trois quarts d’heure d’une injection de 32 grammes. A ce moment le poids total du sang était de 120 grammes, inférieur de 54 au poids initial; il se produit un écoulement de sang par l’anus, des vomissements sanglants, et l’animal succombe au bout de quelques heures.
Panum attribue ces phénomènes si graves à l’action du sang défibriné sur le système nerveux. Landois, qui rapporte celte expérience, leur donne une autre origine K Tout d’abord il fait remarquer que les globules ont continué à fonctionner, puisque la mort n’a pas été immédiate. Quant aux accidents ultimes, il les rattache à une influence toute mécanique. Quelque précautions qu’on prenne en filtrant le sang défibriné, il passe toujours, ditil avec raison, de fines particules de fibrine qui, jouant le rôle de corps étrangers, peuvent amener des embolies pulmonaires, des ruptures vasculaires ; les débris globulaires ont la même action. Quand ces embolus ont traversé les poumons, ils s’accroissent dans leur trajet intravasculaire, et s’arrêtent dans d’autres vaisseaux comme ceux de l’intestin, y déterminent également des infarctus hémorragiques ; d’où le melæna et la gastrorragie.
Cette interprétation de Landois a trouvé sa confirmation dans les expériences de Ponfick, qui, à la suite d’injections de sang défibriné, a constaté parfois des lésions d’origine embolique: infarctus du poumon, de la rate, de la muqueuse stomacale; congestion et exsudats sanguinolents dans l’estomac et les intestins.
D’ailleurs, Landois voulut élucider complètement cette question en transfusant à des chiens, à plusieurs reprises, leur propre sang défibriné. Des deux expériences qu’il a faites dans ce sens, je ne vous rapporterai que la principale.
1 CLXXI, p. 95.
TRANSFUSION DU SANG
Chien de 19200 grammes ; poids du sang évalué à 1476 grammes, soit un tiers du poids du corps.
Le sang est extrait de la veine jugulaire externe, puis, après défibrination, réinjecté par le bout périphérique de l'artère fémorale. Cinq saignées successives sont ainsi pratiquées, avec une pause d’une demi-heure entre la 3® et la 4e; elles se montent à 436, 280, 210, 200 et 196 grammes.
Comme le sang injecté ne passait plus facilement, à la fin de l’expérience, par l’artère, les derniers 80 grammes furent introduits par la veine jugulaire externe. Sur les 1322 grammes de sang extrait, on en perdit 150 grammes, de sorte que le chien avait à la fin 1326 grammes de sang ; la fibrine desséchée pesait 4gl',7.
Au cours de l’expérience, on vit la jambe sur laquelle portait l’injection frappée de paralysie. Le lendemain, le chien était mort, après avoir rendu 300cc d’une urine de- couleur brunâtre, albumineuse, ne renfermant pas de pigment biliaire, mais contenant une faible quantité d’hémoglobine. A l’autopsie on ne constata pas de lésions viscérales importantes. Dans les veines mésentériques se trouvaient quelques caillots blancs. Le membre injecté était rouge, hyperhémié, œdémateux, parsemé de petites suffusions sanguines.
Le plasma du dernier sang injecté était coloré par l’hémoglobine, ce qu’on observa du reste dans une autre expérience analogue. Landois en conclut que les défibrinations successives amènent une destruction globulaire de plus en plus intense. Les stromas globulaires, jouant le rôle d’embolus, auraient produit les lésions de la jambe et les coagulations des veines mésentériques.
Au point de vue pratique, il tire de ses expériences deux conclusions importantes ; la première est qu’il faut injecter lentement, ce qui a été recommandé de tout temps, la seconde qu’il est préférable de pousser le sang par le
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bout périphérique d’une artère. Cette dernière proposition a conduit quelques chirurgiens à pratiquer la transfusion par une artère périphérique. Laissant de côté la partie clinique de la question, je n’aurai pas l’occasion de revenir sur ce point. Je me bornerai donc à vous rappeler combien une plaie artérielle est chose grave chez l’homme, et, pour vous montrer les dangers d’une semblable opération, je vais vous donner la relation d’une expérience de transfusion artérielle que j’ai faite récemment dans notre laboratoire.
Exp. XL. Jeune chien bâtard, très vigoureux. Poids 16 kil. Le 3 janvier, saignée de 550cc, soit de ~ environ du poids du corps.
Le chien reste pendant quelque temps dans un état lipothymique avec palpitations cardiaques violentes et essoufflement. Les jours suivants il se remet un peu.
Le 10, la plaie a donné lieu pendant la nuit à une hémorragie dont il est impossible d’apprécier la valeur, mais qui a dû être relativement 'très forte. En effet, le chien ne pèse plus que 14 kil., il est d’une extrême faiblesse, titube en marchant ; respirations fréquentes, poil hérissé, extrémités froides. Température centrale 32°, 5 (la température extérieure est d’ailleurs assez basse).
On retire alors à un chien vigoureux 500cc de sang ; on le défibriné et on l’injecte à ce chien défaillant par l’artère fémorale gauche.
Pendant la transfusion, la température rectale varie un peu.
Après la lre injection de lOOcc 32°, 1
Il est impossible d’en injecter plus ; déjà il a été difficile de vider dans l’artère la 4e seringue.
Après la transfusion la température rectale ne tarde pas
HAYEM. — SANG
TRANSFUSION DU SANG
à remonter. Un quart d’heure après, elle est de 34°, une heure après de 34° 5.
L’oreille incisée qui ne saignait pas avant l’opération, laisse couler abondamment un sang très fluide.
Le lendemain l’animal parait souffrant, le membre gauche (côté de l’opération) commence à s’œdématier ; le chien ne marche que sur trois pattes. T. R. à 2 heures 37°, 6 ; à 5 h. 39°, 2.
Les jours suivants le membre se tuméfie de plus en plus, devient douloureux au toucher ; tout autour de la plaie il se fait un léger suintement séreux d’une odeur infecte. Le chien s’affaiblit rapidement, refuse de manger et meurt dans la nuit du 15 au 16. Le 12, T. R. 39°, 3. - Le 13, T. R. 38°, 5. - Le 14, T. R. 34ü,9.
Remarquez, comme complément des données que je vous ai fait connaître sur la température après les saignées, à quel chiffre extrêmement bas était tombée la température centrale au moment où la transfusion a été pratiquée. C’est la température la plus basse que nous ayons observée après les perles de sang.
A l’autopsie on trouve dans le tissu cellulaire qui double la peau, au niveau de la plaie, une nappe de pus concret qui s’infiltre irrégulièrement par en haut jusqu’au pli de l’aine et descend jusqu’au genou. De là partent des fusées purulentes qui pénètrent dans les interstices musculaires de la cuisse ; les muscles contiennent de petits abcès de la grosseur d’un pois à celle d’une noix. Le reste du membre est tuméfié, rouge ; le tissu cellulaire dans les points non infiltrés de pus est dur, lardacé, fortement vascularisé. L’artère est rouge et épaissie au niveau de la plaie, mais on ne voit pas de caillots dans les gros troncs. Les viscères sont sains.
Revenons maintenant aux effets du sang défibriné.
Je ne vous ai pas encore parlé d’une autre interprétation des accidents produits par la délibrination, récem-
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ment soutenue par Armin Ivôhler >, de Dorpat. Soumettant le sang à l’action de la presse hydraulique, il constate que la partie liquide se charge de ce ferment de la fibrine, que les recherches d’Alex. Schmidt nous ont fait connaître ; partant de là, Kôhler attribue les phénomènes causés par le sang défibriné à ce ferment qui produirait la coagulation du sang chez le transfusé.
Des expériences, beaucoup plus probantes, de Jakowicky 2 réduisent à néant celle hypothèse. Le ferment obtenu par la méthode d’Al. Schmidt, et éprouvé sur du plasma de chien et de cheval, Jakowickv l’injecte dans les vaisseaux, sans déterminer de coagulation vasculaire. Gomme de plus, au bout de 24 heures, le sang du transfusé ne renferme pas plus de ferment qu’à l’état normal, il est permis d’affirmer que celui-ci se détruit dans la circulation, sans exercer l’action coagulante supposée par Kôhler. D’ailleurs, dans ces expériences, l’urine renferme, non du ferment de la fibrine, mais une diastase qui paraît analogue, sinon identique à cette matière albuminoïde, décrite par Béchamp sous le nom de néphrozymase.
Toutefois, plus récemment encore, Edelberg:i, dans un travail ayant pour but de rechercher la cause de la fièvre chez les blessés, a repris les expériences de Jackowicky. 11 admet que le ferment fibrinogène peut, lorsqu’il est injecté dans le sang en quantité suffisante, amener la coagulation immédiate du sang en circulation, et par suite entraîner la mort. Quoiqu’il en soit de ces opinions contradictoires, il me paraît diflicile d’expliquer, à l’aide de ces recherches, les effets du sang défibriné.
Nous n’en avons pas encore fini, Messieurs, avec l’examen des diverses questions que soulève la défibrination. On pourrait encore se demander si le sérum du sang d’un autre individu n’est pas nuisible pour le sang du transfusé. Il se pourrait en effet que le mélange du sang res- < cxc. - s cxci. — ^ cxr.ii.
TRANSFUSION DU SANG
tant avec le sang défibriné qu’on injecte produisît une altération des globules du transfusé. Quand on examine le sang d’un chien dans le sérum d’un autre, les éléments figurés ne restent pas tous intacts. Il peut bien y avoir là une cause perturbatrice dont l’importance n’a pas été déterminée. Il est vrai, que dans nos expériences sur lamasse totale du sang, l’injection du sérum de sang de chien n’a jamais amené ni hémoglobinurie, ni albuminurie, n’a pas produit d’altérations globulaires très accusées. Mais cette épreuve n’a, comme nous l’avons vu, qu’une valeur relative. Elle montre cependant que si le sérum détruit quelques globules, son influence nocive est, en tout cas, peu importante et il est très probable qu’elle est négligeable.
En résumé, il n’a pas jusqu’à ce jour été donné une interprétation satisfaisante des accidents produits parla défibrination, et comme la formation d’embolies ne peut expliquer les phénomènes observés , les expériences de Magendie conservent encore toute leur valeur.
Celte difficulté n’a pas arrêté les partisans de la défibrination. Quant à nous, nous avons cherché à élucider ce point important de l’étude de la transfusion à l’aide d’expériences dont nous parlerons plus tard.
La question de la vitalité des globules réintroduits dans l’organisme a-t-elle été mieux étudiée ? On a conclu des faits que nous venons d’exposer que les globules continuent à vivre, qu’il ne s’en détruit pas un nombre considérable, que le sang défibriné ne parait pas toxique. Mais que devient le sang transfusé? Quelle est la durée de sa survie? Réintroduit dans la circulation, continue-t-il à fonctionner comme du sang complet? Quelles modifications imprime-t-il au processus de rénovation du sang dont nous nous sommes occupé à propos des émissions sanguines? Autant de problèmes d’importance majeure, que l’on n’a guère tenté de résoudre. Et cependant, c’est en cherchant dans cette direction,
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que l’on trouvera s’il existe une différence entre le sang défibriné et le sang complet. Toutes les recherches dont nous avons parlé jusqu’à présent ne peuvent donc être considérées que comme des études préliminaires.
21e LEÇON
Sommaire : De la durée des globules rouges du sang défibriné dans l’organisme du transfusé. — Expériences de Worm Mülicr sur des animaux inanitiés. — Discussion de ces expériences. — Effets de l’inanition sur le nombre des globules rouges.
Messieurs,
Parmi les questions que soulève Fétucle du sang défibriné au point de vue physiologique, il en est deux seulement que nos prédécesseurs aient cherché à résoudre : quelle est la survie des globules rouges de ce sang dans le corps du transfusé ? quelle action exerce-t-il sur cet organisme?
C’est à Worm Müller 1 qu’on doit les seuls travaux qui aient été faits quant à présent à l’aide des méthodes qui nous renseignent sur les modifications quantitatives et qualitatives du sang.
Si à l’occasion d’une transfusion de sang complet faite par Béhier 2, en 1876, on compta les globules avant et après l’opération, si moi-même j’ai publié deux cas du même genre, les [malades n’ont jamais été suivis, et ces numérations ne nous donnent aucun renseignement précis sur les effets physiologiques de la transfusion.
Les recherches très intéressantes, malgré leurs imperfections, du physiologiste de Christiania ont été faites avec du sang défibriné, sur des chiens inanitiés. S’il a soumis les animaux à l’inanition, c’est pour faciliter ses études sur les processus nutritifs. Vous savez, en effet, que, pendant l’inanition, il existe toujours une période dans laquelle les excrétions azotées ne subissent pas de variations sensibles; de sorte que si l’on intervient à ce moment, on peut rapporter les phénomènes nouveaux que l’on observe à la condition nouvelle qui est introduite dans l’expérience.
* cxciii. — * cxciv.
SANG DÉFIBRINÉ
Worm Müller a tenu compte de plusieurs facteurs : poids du corps, perte de poids, absolue et rapportée à un kilogramme du poids du corps, quantité et poids spécifique de l’urine, urée rapportée à un kilogramme du poids du corps et à un kilogramme de perle, nombre des globules rouges, température, excréments. J’ai résumé dans un tableau un peu simplifié les résultats d’une de ses expériences.
Exp. I de W. Miiller. — Augmentation de 28 0/0 environ de la masse du sang par injection de sang défibriné.
DATES
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