‹ Leçons sur les myopathies syphilitiquesChapitre 15 sur 19 · TUMLURS GOMMEUSES DES TENDONS · texte numérisé non relu

TUMLURS GOMMEUSES DES TENDONS

Leur siège: elles sont superficielles ou interstitielles. Elles se développent principalement sur les gros tendons, au voisinage de leurs insertions osseuses, telles que le tendon d'Achille, les tendons du biceps, du triceps de la cuisse, etc.

Difficulté de distinguer, dans quelques cas, les lésions tendi-

neuses dues à la syphilis, des lésions tendineuses produites par la blennorrliagie. Symptômes, processus et diagnostic des gommes tendineuses.

L'histoire des gommes qui se développent sur les tendons se rattache étroitement à celle des myomes syphilitiques. Je vous ai cité des cas où la production morbide avait envahi simultanément les deux tissus. Mais quelquefois les tendons seuls sont affectés. Ce sont les plus épais et les plus résistants qui deviennent le siège le plus habituel des lésions syphilitiques. Elles prennent naissance à leur surface ou à leur centre. Nûnn a observé un cas dans lequel les tendons des muscles qui s'insèrent à la partie supérieure et interne du tibia présentaient une tumeur gommeuse qui se ramollit et ulcéra la peau. Les tendons du pied étaient également altérés, çt la guérison eut lieu sans aucune rétraction. Lorsque les produits gomnieux occupent le centré de la corde tendineuse, comme dans un cas de gomme des tendons des fléchisseurs des doigts, observé et dessiné par M. Bouisson, les fibres sont écartées; la tumeur prend une forme ovoïde ou fusiforme, et, quand elle se ramollit, on peut y percevoir de la fluctuation. Ces petites tumeurs ont été décrites par Lisfranc sous le nom de nodosités blanches. Il en avait observé une assez volumineuse sur un danseur de l'Opéra ; elle s'était développée dans le tendon d'Achille et elle fut guérie par Tiodure de potassium. Ce tendon, celui du biceps ou du triceps crural en sont le plus fréquemment atteints. Dans la thèse de M. Saint-Arromand (Paris, 1858), on trouve un cas où le tendon rotuiien, infiltré par la substance gommeuse, était en partie détruit; l'articulation du genou était remplie d'un liquide séreux. Nélaton a observé deux tumeurs gommeuses développées

dans le tendon du triceps crural ; elles simulaient un corps étranger. Dans un autre cas la tumeur avait envahi le muscle droit antérieur de la cuisse et elle avait donné lieu àunehydarthrosequ'on aurait pu prendre pour une tumeur blanche.

Voici le résumé d*une observation de tumeur syphilitique siégeant sur l'extrémité inférieure de chaque tendon d'Âchille. Elle a été recueillie par M. le professeur Bouisson, et se trouve dans son mémoire :

Un jeune homme, âgé de 22 ans, n'ayant jamais eu aucune manifestation scrofuleuse ni rhumatismale, contracta une blennorrhagie suivie bientôt après d'un bubon dans chaque aine. Quelque temps après la disparilioa des dernières apparences de cette maladie, qui dura plusieurs mois, une douleur commença à se faire sentir sur la partie la plus élevée de chaque talon ; puis elle s'accompagna d*une tuméfaction qui ne tarda pas à acquérir le .volume d'une noix. Cet état persista pendant près d'un an ; il y eut complication d*érysipèle ; puis Taffeclion sembla diminuer, mais les douleurs se réveillèrent avec plus de vivacité dans chaque tendon ; la marche devint pénible et le malade fut obligé d*entrer dans Je service de M. fiouisson. Au moment de son entrée (2'' année environ) il était dans Tétat suivant : « Une tumeur du volume d'une noix existe de chaque côté, au niveau de l'insertion du tendon d'Achille au calcanéum ; sa portion la plus large est à la partie déclive ; elle diminue en haut et se réduit peu à peu aux dimensions du tendon luimême. Ce dernier parait plus affecté dans ses couches postérieure et latérale que vers sa face antérieure. La tumeur est très-dure vers sa base. On dirait que dans ce point chaque calcanéum est le siège d'une exostose. La densité est moindre vers la partie supérieure, du côté droit surtout où la tumeur semble ramollie et présente une fluctuation obscure, comme

si du liquide était infiltré dans un tissu cellulo-fibreux. La douleur est modérée lorsque le malade n*exécute aucun mouvement, mais elle s*accrott quelquefois spontanément pendant la nuit, et il souffre assez vivement si on comprime la partie malade ou s*il veut marcher. Sous Tinfluence de la contraction des fléchisseurs de la jambe, une sensation douloureuse se propage le long du tendon jusque dans la ré« gion du mollet. Du reste les deux tumeurs sont c>ans changement de couleur à la peau et elles ne donnent point lieu à des symptômes généraux. Toutes les fonctions s'accomplissent avec régularité. » — On prescrivit un traitement mercuriel interne et topique ; puis des vésicatoires furent appliqués. La guérison, sans doute aidée par le repos, eut lieu, mais avec lenteur.

Je vous ai donné un long extrait* de cette observation parce qu'elle présente plusieurs points douteux sur lesquels il est essentiel d'appeler votre attention. Pour l'honorable pi*ofesseur de Montpellier, la nature syphilitique de raffection des deux tendons d'Achille paraît évidente, bien que dans les antécédents du malade on ne découvre aucune trace de chancre infectant ni d'accidents consécutifs rapprochés ou éloignés. La contagion vénérienne n'avait donné lieu, chez lui, qu'à une blennorrhagie; et c'est presque aussitôt après la guérison de cette hlennorrhagie qu'est survenue la tuméfaction douloureuse des tendons d'Achille. Eh bien, Messieurs, n'est-il pas permis de soupçonner que, dans ce cas, une blennorrhagie bien réelle a été, plutôt qu'un chancre hypothétique, la cause de la ténosite? A l'époque où cette observation a été recueillie, on était loin de connaître, comme aujourd'hui, les déterminations morbides que suscite Tinflammation de la muqueuse uréthrale sur les articulations. On ignorait à peu près ces déterminations, encore plus singulières, qui s'effectuent, toujours sous la même influence; sur les gaînes synoviales, sur

les tendons, sur les muscles et sur les nerfs. Assurément, si cette partie si intéressante de la pathologie uréthraleeût été riche alors, comme elle Test aujourd'hui, de tant de précieuses recherches, peut-être M. Bouisson n'eût-il pas été aussi affirmatif sur la nature syphilitique de la ténosite des deux tendons d'Achille.

Mais je ne veux pas pousser plus loin la critique d*un pareil fait. Il est pour moi l'occasion d'une remarque que j'ai faite ailleurs (i) et qui trouve ici sa place : c'est que deux affections aussi différentes que la syphilis et la hlennorrhagie, par leur principe spécifique, par la place qu'elles occupent dans l'organisme, par toutes les circonstances essentielles ou accessoires de leurs manifestations, etc., se rencontrent à un moment donné sur le même terrain, pour y produire des accidents qui, outre la communauté du siège, présentent par leurs côtés extérieurs une grande analogie. Aussi, quand un individu qui est syphilitique et blennorrhagique en même temps, est atteint de déterminations sur les synoviales et sur les tendons, est-il quelquefois fort difficile de faire la part qui revient à l'une ou à l'autre maladie.

Je vous soumets ces réflexions sans y insister , mais je vous prie de ne pas les oublier; et, pour vous donner un exemple de ce que peut faire la blerinorrhagie quand elle suscite des arthrites ou des ténosites, je vous citerai le fait suivant que j'ai observé pendant six ans consécutifs:

Le malade, âgé d'une trentaine d'années, était blond, lymphatique, vigoureusement constitué, mais il n'était pas de descendance arthritique et il n'avait jamais eu ni goutte, ui rhumatisme. Néanmoins, dès sa premiiîre blennorrhagic,

(1) Gh. Mauriac, Des synoviUs tendineuses symptomaliques de 'ia syphilis et de la hlennorrhagie, Paris, 1875.

contractée en 1868, l*un des deux tendons d'Achille devint le siège d'une tumeur douloureuse. L'année suivante, suintement imperceptible, bientôt accompagné d'une liydarthrose du genou gauche qui dura deux mois. En 1872, 3' suintement; nouvelle arthrite du genou, de courte durée.

En février 1872, 4° blennorrhagie aiguë et purulente, sur le déclin de laquelle se produisirent des tumeurs douloureuses dans les deux tendons d'Achille. La tumeur du tendon d* Achille gauche disparut rapidement ; mais celle de droite persista pendant longtemps sous la forme suivante: Le tendon d'Achille était doublé ou triplé de volume par une tumeur ovoïde, dure, douloureuse au toucher, sur laquelle se dessinèrent, au bout de quelques jours, deux nodosités superposées également dures. Cette tumeur, qui paraissait interstitielle, n'avait contracté aucune adhérence avec les parties voisines ; à sa surface, la peau était tendue et luisante, mais avait sa coloration normale. Des douleurs irradiantes partaient de cette tumeur et remontaient jusqu'à la hanche, le long du membre correspondant. Son processus était seini-inflammatoirc au début et chronique à la fin. Elle dura longtemps, môme après que la blennorrhagie eut à peu près disparu. La claudication qu'elle avait causée dès son apparition fut très-longue à disparaître. 11 survint aussi un peu d'hydarlhrose indolente dans un des genoux.

En 1875, 5« blennorrhagie suivie, au bout de trois semaines, d'une douleur contondante dans le talon, au niveau de Tinserlion du tendon d'Achille droit, puis d'une hydarthrose double, etc., etc.

Ne pensez-vous pas qu'alors que les conséquences de la blennorrhagie étaient moins connues qu'aujourd'hui, beaucoup de médecins, même les plus instruits et les plus au courant de la science, auraient pris cette tumeur du tendon

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Je TOBS ai sigaalé ane des dîflkaltés da diagaoslie. Aa dètat de ralTectioa, oa poarrat coaToadre ces taaieers arec les aadosités, rêsaitaal d'aae acgaaialatioa de sérosîié daas les boarses aaqaeases aalardlesoa accidealelles, et i|a*oa désîgae par le aoia de gaaglioas. Mais ces dernières soQl pea^tre plas awbiles ; ea oatre, elles se réduiseiit et soiveot aa aatre processas. Da BMMaeat qae la tameor teadiaease s*est raaiollie et alcérfe, elle ae peat être coufondae arec aacone aatre alTectioti, et sa aalare syphilltiqae dcTieut éTÎdeote. Le proDOStic de ces aéoplasies S3rpliilitiqaes est uioîds grare qae celai des aéopUsies aioscalaires. Le aiéoie traileaieat lai est applicaMe.

t:iNQUIÈME LEÇON

MYOPATHIES YISCÉRALES.

Messieurs, Jusqu'ici je ne vous ai parlé que très-incideuiuKiut dos déterminations de la syphilis sur les muscles iniernes ou Yiscéraux. Elles occupent cependant une place importante dans l'histoire des myopathies spécifiques. Autrefois, on les connaissait peu ; on n'avait fait que les soupçonner, ainsi que l'indiquent les idées de quelques pathologistes du dernier siècle sur la syphilose du cœur. Parmi elles, les mieux étudiées , sans doute parce qu'elles sont très-fréquentes et se prêtent facilement à l'exploration, ce sont les néoplasies gommeuses de la langue. Avec la syphilose cardiaque, elles constituent à peu près toutes les myopathies syphilitiques internes, mais dans des proportions respectives fort inégales, car la syphilose cardiaque est aussi rare que celle de la langue est commune. Vous pouvez en juger par la statistique que je vous ai donnée précédemment : sur les 224 cas de syphilis tertiaire réunis par M. Jullien, il n*y en a aucun dans lequel le cœur soit atteint, tandis qu'il en existe 3 de tumeurs gommeuses de la langue. Or, comme dans ces 224 cas de syphilis tertiaire il n'en existe que 10 de myopathies syphilitiques, y compris celles de la langue, on voit que ces dernières sont, à l'égard de toutes les autres réunies, dans la proportion de 1 à 3 environ.

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