‹ Leçons sur les origines de la science grecqueChapitre 10 sur 12 · COMMENCEMENTS D* ASTRONOMIE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENTS D* ASTRONOMIE

nètes. Enfin et surtout, au-delà de ce tourbiflon, il conçut une sphère solide portant les étoiles fixes, comme des clous qui seraient plantés à sa surface.

On s'est demandé si ces idées ne sont pas d'origine chaldéenne, les documents manquent pour décider. En tous cas, elles constituent un progrès sérieux. La sphère solide, fixe, tournant autour de la terre, comme un bonnet autour de la tête, suivant l'expression d'un commentateur, c'est une vue grossière sans doute, mais qui explique assez clairement déjà les faits essentiels. Du reste, vous le savez, cette conception d'Anaximène était destinée à un long triomphe. On peut dire qu'à part quelques exceptions isolées et rapprochées justement du Milésien, ce fiit désormais la seule admise tant que l'on crut au mouvement simultané de toutes les étoiles autour de la terre, c'est-à-dire en somme jusqu'à Copernic.

Ce n'est pas là d'ailleurs le seul titre de gloire d'Anaximène en astronomie. Ayant lui, soit parmi les Grecs , soit parmi les Orientaux, on avait émis cette opinion que le soleil et la lune ont une face lumineuse et une face obscure. On en tirait une explication grossière des éclipses et des phases de lune. Anaximène le premier, d'après le témoignage de la plupart des doxographes, pensa qu'outre les astres ignés, il y a, flottant au sein de la sphère, des astres obscurs. En même temps les Pythagoriciens enseignaient de leur côté que la lune a une face obscure et une face éclairée, mais que celle-ci est

toujours tournée vers le soleil. De ces idées à celle que la lune reçoit sa lumière du soleil, et à pressentir au moins l'explication des éclipses de soleil et de lune, il n'y avait qu'un pas : il fut franchi par Anaxagore. Celui-ci déclara que la lumière de la lune est empruntée, et jeta ainsi les premiers fondements de la théorie des éclipses, et de celle des phases de la lune, — théories que n'auront plus qu'à fixer dans leurs grandes lignes Eudoxe de Gnide, puis et surtout Aristarqué de Samos (à la fin du IV""® siècle).

Mais, en somme, il s'agissait bien plutôt, dans ces tâtonnements des Ioniens et même d'Anaxagore, de cosmologie et de physique que d'astronomie. C'est avec Py thagore que la science des astres devient véritablement une science mathématique, et c'est là assurément la révolution la plus importante qu'il y ait lieu de mentionner entre Thaïes et Hipparque.

Pythagore fit de l'astronomie une branche de la science géométrique, sous le nom de sphérique. Le premier, il sut affirmer d'abord que la terre est sphérique ; le premier aussi,, il déclara que le mouvement des planètes résulte de la combinaison du mouvement diurne et d'un mouvement propre d'Occident en Orient, en sens inverse du précédent, et il livra aux mathématiciens ce problème dont la solution n'a cessé d'être poursuivie jusqu'aux temps modernes, de chercher à expliquer tous les mouvements des corps du système solaire par des combinaisons de mouvements circulaires. Lui-même, il imagina, outre la sphère

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des fixes, sept autres sphères mobiles entraînant chacune l'un des sept astres : soleil, lune, et les cinq planètes connues à cette époque. Les centres de ces sphères ne coïncidaient pas tout-à-fait avec celui de la sphère des fixes, ils en étaient plus ou moins éloignés ; les axes de rotation étaient de même inclinés sur Taxe du monde. Les Pythagoriciens cherchaient à expliquer ainsi l'inclinaison des orbites sur l'équateur et les anomalies du mouvement des astres errants, principalement celles du mouvement solaire : ils savaient que le soleil ne décrit pas en des temps égaux les quatre arcs de l'écliptique qui séparent les solstices et les équinoxes.

Eudoxe de Gnide reprit la solution pjrthagoricienne du problème des sphères et crut devoir en ajouter un certain nombre. Ainsi il donna trois sphères rien qu'au soleil, l'une tournant d'Orient en Occident en 24 heures; la seconde tournant d'Occident en Orient en 365 jours 1/4 ; la troisième expliquant un mouvement très lent, obscurément indiqué. La lune avait de même trois sphères, chaque planète en avait quatre. — Si compliquées que fussent ces conceptions si grossières, elles étaient le premier pas vers celles de Ptolémée.

Les Pythagoriciens ont-ils vraiment songé à doter la terre d'un mouvement de rotation sur elle-même et d'un mouvement annuel de translation ?

Sur le second mouvement aucun texte sérieux ne nous apporte quelque argument décisif.^^Mais quant au mouvement de rotation de la terre autour de son

axe, il est difficile de douter que les Pythagoriciens y ont cru. « Les Pythagoriciens, dit Aristote, soutien- » nent que la terre produit, en tournant sur elle-même, » la nuit et le jour. » — • Et je ne crois pas que cette affirmation si catégorique et si claire ait été sérieusement contestée. Malheureusement pour la science astronomique, Aristote proclama l'immobilité de la terre ; son adhésion à l'idée de Pythagore n'eût pas empêché peut-être le système de Ptolémée de se former et de parcourir sans doute quelque carrière appréciable, mais du moins nous n'eussions pas attendu Copernic et Galilée pour voir se constituer l'astronomie moderne.

J'en aurai. fini avec ce résumé des commencements de l'astronomie grecque, quand j'aurai dit enfin qu'à l'exemple des Orientaux et des Égyptiens, les Grecs se préoccupèrent de leur calendrier. — Le calendrier primitif était lunaire. L'année se composait d'un certain nombre de lunaisons, comme chez les Ghaldéens, et comme chez tous les peuples qui règlent d'abord le temps d'après le mouvement de la lune. La nécessité s'imposa bientôt à eux de chercher quelqu'unes de ces périodes, appelées cycles, au bout desquelles le soleil et la lune sont ramenés aux mêmes positions relatives par rapport à la terre. Ce fut le géomètre athénien Meton qui trouva le cycle de 19 années solaires, comprenant 6940 jours répartis entre 235 lunaisons (7 années de 13 mois, 12 années de 12 mois).

Voilà, à nous borner aux VI""® et V™® siècles, les traits essentiels de l'astronomie grecque.

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