‹ Leçons sur les origines de la science grecqueChapitre 7 sur 12 · SCIENCE ORIENTALE ET SCIENCE GRECQUE · texte numérisé non relu

SCIENCE ORIENTALE ET SCIENCE GRECQUE

» — Leur langage est plaisant, vraiment. Ilspar- » lent de quarrer, de prolonger, d'ajouter, et emploient » d'autres expressions semblables, comme s'ils opé- » raient réellement et que toutes leurs démonstrations » tendissent à la pratique. Mais cette science n'a, tout » entière, d'autre objet que la connaissance.

» — Il est vrai.

» — Alors conviens encore de ceci.

» — De quoi?

» — Qu'elle a pour objet la connaissance de ce » qui est toujours, et non la connaissance de ce qui » naît et périt.

» — Je n'ai pas de peine à en convenir: lagéomé- » trie est en effet la connaissance de ce qui est toujours.

» — Par conséquent , mon cher , elle attire l'âme » vers la vérité ; elle forme en elle cet esprit philoso- » phique qui élève nos regards vers les choses d'en » haut, au lieu de les abaisser^ comme on le fait, sur » les choses d'ici-bas.

» — C'est à quoi rien n'est plus propre que la » géométrie. »

« — L'astronomie, dit Socrate, sera-t-elle la troi- » sième science [que nous enseignerons à nos jeunes » gens]? Que t'en semble ?

» — C'est mon avis , répond Glaucon ; car , selon » moi, une connaissance exacte des saisons, des mois, » des années, n'est pas moins nécessaire au guerrier » qu'au laboureur et au pilote.

» — Vraiment, c'est bonté pure de ta part. Tu as

> Tair d'avoir peur que le vulgaire ne te reproche de

> prescrire l'étude des sciences inutiles. Le plus solide

> avantage de ces sciences , mais un avantage dont » il n'est pas du tout facile de faire sentir le prix, » c'est qu'elles purifient et raniment un organe de » l'âme aveuglé et comme éteint par les autres occupa- » tions de la vie, organe dont la conservation est » mille fois plus précieuse que celle des yeux du corps, » puisque c'est par celui-là seul qu'on aperçoit la » vérité. »

Ainsi, pour Platon , la science n'est précieuse que par la connaissance des rapports éternels qu'elle apporte à l'âme. Nous sommes loin, vous le voyez, de la science orientale. — Écoutez encore ces paroles que Jamblique attribue à Pythagore (*). S'il ne les a pas prononcées, il suffit que la tradition les lui attribue pour qu'elles achèvent de caractériser à nos yeux l'idée que les Grecs se font de la science.

« Les hommes réunis en société ont des occupations » diverses. Les uns sont entraînés par les attraits » irrésistibles de la richesse et du plaisir; les autres » sont dominés par l'ambition du pouvoir et des hon- » neurs ; mais le but le plus relevé de l'homme, c'est » de contempler dans cet univers les beautés qu'il

(*) Cf. Barthélémy S*-Hilaire. Les origines de la philosophie grecque, (déjà cité.)

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» nous offre et de mériter ainsi le titre de philosophes. » Il est bien de contempler Timmensç étendue déô » cieux et d'y suivre le cours des astres qui s'y meu- » vent dans un ordre si régulier, mais on ne peut le » bien comprendre que par le principe purement » intelligible qui régit tout avec nombre et mesure. » La sagesse consiste à connaître autant qu'on le peut » ces phénomènes divers, éternels, primitifs, immua- » blés, et la philosophie n'est que la poursuite assidue » de cette noble étude qui éclaire et corrige les » hommes. »

Ce langage aurait-il été compris des peuples de rOrient? — Non, Messieurs, il est bien vraiment grec, et il ne nous surprend pas dans la bouche d'un Grec. Même dans ses recoins en apparence les plus humbles, quand il s'agit seulement de substituer à quelque formule empirique une démonstration logique fondée sur des concepts clairs et précis, la science pure, la science théorique exige précisément les qualités d'esprit que nous a révélées toute l'œuvre esthétique des Grecs. Une logique ftlaire, rigoureuse, conduisant à des vérités générales , qu'on peut dire éternelles, parce qu'elles s'élèvent au-dessus des phénomènes contingi^nts de la vie sensible, une logique faite de lumière et d'harmonie, n'est-eUe pas comme un aspect particulier de la beauté grecque? — Quand nous voulons comprendre ce que les Grecs ont conçu comme le beau idéal, nous nous reportons d'ordinaire aux sculptures du siècle de Périelès ou au Parthénon ;

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je ne sais si leur géométrie ne porte pas mieux encore l'empreinte de leur âme.

En nous éloignant des documents positifs pour consulter le caractère des peuples dont nous voulons étudier le rôle dans la marche intellectuelle de Thumanitè, ne trouvez-vous pas, comme moi, que le doute fait définitivement place à la certitude ?

Concluons donc :

L'Orient a transmis aux Grecs un ensemble de connaissances pratiques, qui ont pu servir de base à leur science, mais celle-ci leur appartient bien vèrita blement. Ce qui la caractérise, c'est qu'elle a pour unique but la recherche de la vérité, et pour seul mobile l'amour désintéressé de l'ordre éternel des choses.

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