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ONZIÈME LEÇON

Messieurs ,

Vous savez que l’acide sulfurique a la propriété de s’opposer au passage des liquides à travers les cloisons membraneuses qui les séparent; aussi l’at-on appelé l’ennemi de l’endosmose. Il est des cas néanmoins où cet acide est susceptible de s’imbiber. Voici un œuf que j’ai plongé par un de ses bouts, dans de l’acide sulfurique étendu d'eau; il y a eu dissolution de l’enveloppe calcaire, et la pellicule membraneuse s’est ainsi trouvée mise à nu. Eli bien ! vous voyez que l’albumine s’est coagulée et qu’elle n’est plus alkaline, puisqu’elle rougit le papier de tournesol avec lequel je la mets en contact. 11 faut donc que l’acide sulfurique se soit imbibé, au moyen d'un véritable endosmose, à travers la membrane. Il n’est donc pas aussi hostile «à l’endosmose qu’on le dit.

Il résulte des faits assez nombreux que nous vous avons exposés en dernier lieu , que le corps de l’homme et des animaux engénéral, est le siège de déplacements de liquides particuliers, indépendants du grand mouvement circulatoire. C’est surtout dans des conditions pathologiques qu il importe de bien apprécier le rôle important que jouent ces ii-

quilles transportés sous l'influence <ie lois essentiellement physiques.

Supposons le cas le plus simple , une contusion reçue sur une partie quelconque du corps. Vous savez qu’à cette contusion succède un changement de couleur à la peau , d’abord limite à

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l’endroit où a eu lieu la percussion ; en un mot, il y a ecchymose. A quoi tient ce premier phénomène? A l’extravasation du sang dans le tissu cellulaire sous l’influence de l’action du cœur. Cette influence du cœur sur la circulation capillaire est un fait démontré, et dont il est impossible de douter aujourd’hui.

Une fois ce premier phénomène produit , que se passe-t-il dans une contusion? Le sang sorti des vaisseaux contus ne reste pas où il a été déposé; bientôt ses matières colorantes, jaune et rouge, se répandent cireulairement dans toutes les directions, à travers les parties circonvoisines. Il n y a là qu’une simple imbibition. Le sang ne se meut plus dans les canaux vasculaires, mais bien dans les porosités des tissus.

Il n’y a pas jusqu’à la piqûre d’une sangsue qui ne vous montre le phénomène dont nous nous occupons , non pas dans toute son extension , mais du moins dans ses principaux caractères. Au point qui correspond à l’incision triangulaire de la morsure , l’épiderme a été divisé , le derme attaqué , le réseau vasculaire coupé, et l’animal aspire le sang qui sort des capillaires sous 1 influence du cœur. Mais une partie de ce sang n’est pas aspirée , il s’échappe dans le tissu cellu-

Jaire, il se trouve en contact avec les membranes, et s’imbibe. De là, la produel ion de ce cercle bleuâtre autour de la piqûre centrale ; de là, ces nuances diverses de coloration qui forment des zones circulaires, qui persistent pendant quelque temps. Aussi le médecin prévoyant ne doit - il jamais faire appliquer des sangsues sur le visage ou sur la poitrine d’une femme du monde qui tient à sa beauté.

\oici un autre phénomène qui se rattache à ces lois d’imbibition. Un individu a une difficulté de circulation quelconque dans une des principales veines d'un membre, et en même temps ce membre se gonfle, devient œdémateux par suite delà sérosité infiltrée dans le tissu cellulaire. Dans cette circonstance le rôle joué par le système vasculaire comme moyen de transport du liquide séreux, est presque nul; car c’est de proche en proche, de cellule en cellule , que s’opère ce mouvement de translation par le mécanisme de l’imbibition. Si par un moyen mécanique quelconque vous donnez une issue au liquide, vous le voyez s’écouler au dehors à travers l’ouverture que vous avez pratiquée, comme une liqueur s'échappe d’un tonneau par le robinet qui lui livre passage. C’est ainsi que , dans les cas d’hydropisies générales dépendantes d’une affection organique du cœur, la peau est quelquefois énormément distendue par la sérosité donl les tissus sont pénétrés; si alors , au lieu de recourir à des frictions insignifiantes, si vous pratiquez de petites incisions dans les points les plus déclives des membres , le liquide

infiltré s’échappe peu à peu , les tissus se dégorgent, et vous pouvez prolonger ainsi l'existence de votre malade.

On voit des phénomènes de ce genre dans des localités plus restreintes. Les hydropisies enkystées sont des collections de liquides enveloppés dans des espèces de vessies membraneuses. La nature de ces liquides est importante à bien connaître; car souvent ils ont une viscosité telle, qu’ils ne peuvent s’écouler à travers la canule dont on se sert pour faire la ponction. Rien n'est plus rare que la guérison spontanée de ces tumeurs enkystées ; le plus souvent, au contraire, elles augmentent lentement de volume, et finissent par causer la mort par suite de la gêne qu elles apportent aux principales fonctions de la vie. Nous trouvons réunies là toutes les conditions physiques de l’endosmose ; car nous voyons une vessie remplie d’un liquide, et plongée elle-même au milieu d’autres liquides de nature différente. Remarquez aussi que ces tumeurs sont d’autant moins susceptibles de se terminer par guérison , que la liqueur qu’elles renferment est plus visqueuse. C’est en ayant égard à ces considérations physiques que je me suis hasardé quelquefois à tenter la cure radicale de ces kvstes, en modifiant la nature du fluide sécrété par leur face interne. 11 y a deux ou troisans que je reçus dans mes salles, à l’ Hôtel-Dieu, une femme ayant une tumeur de cette espèce développée dans l’ovaire. Son volume très considérable gênait la respiration et la digestion ; chaque jour la malade dépérissait, aussi était-elle venue à l’hô-

pilai plutôt pour y. mourir que clans l’espoir (l’obtenir une guérison complète. Je lui demandai si elle serait résolue à courir les chances d'une opération , et, sur sa réponse affirmative , je procédai de la manière -suivante :

Je fis une ponction exploratrice qui donna issue à un liquide visqueux qui coulait en filant à travers la canule du trois-quart. La tumeur vidée, j'injectai dans sa cavité du vin chaud étendu de moitié de son volume d’eau , et après l’y avoir laissé séjourner quelques instants, j’en fis sortir la plus grande partie. Mais, par suite sans doute de l’excitation physiologique produite par l’injection, la tumeur se remplit avec une promptitude extrême , et le surlendemain elle avait repris son premier volume. Je fis une autre ponction , mais ce liquide de nouvelle formation s’écoula beaucoup plus librement , car il était beaucoup moins visqueux que le précédent.

La tumeur reparut encore, par suite d une nouvelle exhalation séreuse, mais peu à peu elle s'affaissa et finit par disparaître. La malade sortit guérie de l'hôpital.

Quel but m’étais-je proposé en faisant une injection irritante dans la cavité du kyste? Je voulais modifier sa surface exhalante de manière que le liquide sécrété devînt moins visqueux, et que les phénomènes d’imbibition s’effectuant à travers les vaisseaux situés dans l’épaisseur des parois de la tumeur fût résorbé. Je ne pourrais affirmer que dans celte circonstance c’est ainsi que les choses se sont passées, mais c’est d’après ces données

physiques que j’ai risqué cette tentative, et obtenu ces heureux résultats.

Depuis cette époque j’ai répété sur deux autres malades la même expérience. Chez l’une , j’ai obtenu le même succès , mais chez la seconde la tumeur s’est reproduite malgré les ponctions multipliées que j’ai faites, et j’ai été obligé de l’abandonner à elle-même.

L'hydrocèle mérite d’être envisagée sous le rapport physique. La tunique vaginale ne forme-t-elle pas une sorte de sac susceptible de se laisser imbiber par ses deux faces? 11 est difficile de dire pourquoi la sérosité s’accumule dans la cavité de la membrane , et y séjourne au lieu de s’imbiber de proche en proche dans le tissu cellulaire. Quelle est la cause physique de ce phénomène ? Je l'ignore : elle devrait être recherchée. Par l’injeclion d’un vin alcoholisé , vous changez le mode d’exhalation de la membrane qui sécrète alors une sérosité coagulable et susceptible de s’organiser. De là, ces adhérences , qui unissent les deux feuillets de la tunique séreuse, quand la guérison est opérée. Un excellent moyen d’accélérer la guérison est de donner issue par une seconde ponction au liquide qui s’épanche après l’injection curative.

Il y a d’autres phénomènes plus difficiles à expliquer dans l’économie animale. Examinez ce qui se passe dans un phlegmon , à la suite de cet ensemble de phénomènes qu’on est convenu d’appeler inflammation , expression impropre et bizarre ; car il n'y a là ni flamme ni combustion,

et le seul rapprochement raisonnable qu’on puisse établir, c’est l’élévation comparative delà température. Après donc cette série de modifications dans la circulation capillaire , ces altérations dans la sécrétion , il arrive un moment où une matière albumineuse se dépose dans les aréoles du tissu cellulaire. De solide et d’opaque qu’elle était , elle devient bientôt liquide , et acquiert tous les caractères du véritable pus. Ainsi elle s’offre à vous sous l’aspect d’une sérosité lactescente , tenant en suspension une grande quantité de globules albumineux. Eli bien ! chose singulière , ce pus peut séjourner très long-temps dans le foyer de l’abcès sans s’imbiber dans les tissus voisins, et il reste emprisonné dans un point limité , jusqu’à ce, qu’une ouverture naturelle ou artificielle lui permette de s’épancher au-dehors. Il y a quelques cas néanmoins où l’inflammation phlegmoneuse se termine par résolution , et alors on ne peut douter que cette résorption de la matière purulente ne s’effectue par suite de son imbibition dans les tissus. Pourquoi donc dans certaines circonstances ce pus reste-t-il localisé, tandis que dans d’autres il passe à travers les porosités des membranes ? Cela dépend certainement des propriétés physiques et des liquides, et des tissus au sein desquels ils sont épanchés , propriétés qui ne nous sont pas assez connues. Remarquez aussi que dans ces cas où le pus se fait jour au-dehors , c’est en partie par l’i inhibition successive de ce liquide dans h' tissii cellulaire, que la peau sc trouve peu à peu pénétrée de sa couche profonde

vers sa couche superficielle , qu’elle s amincit, et qu’enfm elle se perfore.

Dans les tumeurs anévrysmales le sang épanché est disposé par couches concentriques plus ou moins denses suivant la place quelles occupent. Les caillots placés au centre du kyste sont les plus mous , mais à mesure qu'on s’approche de sa circonférence , ils deviennent de plus en plus consistants. A quoi tient cette différence? Evidemment à ce que la partie aqueuse du sang s’est imbibée à travers les parois de la tumeur dans le tissu cellulaire.

Il se développe fréquemment sur le trajet des tendons des petites tumeurs qu’on appelle ganglions ; ce sont de petits sacs remplis de matières visqueuses et albumineuses , véritables appareils d’endosmose déposés au milieu de nos tissus. Quand on peut parvenir par une forte pression à les rompre, on change leurs rapports avec la membrane qui leur servait d’enveloppe, et le liquide, s’imbibant dans les parties voisines, ne tarde pas à être résorbé.

Vous n’ignorez pas que le traitement des liydropisies est tout-à-fait empirique , et ne repose sur aucune base certaine. Ainsi chaque médecin a sa formule, l’unlasaignée, un autre les purgatifs, un autre les diurétiques; ccuxenlin qui veulent concilier les opinions, emploient ces divers moyensréunis. Eh bien! ces hydropisies, je vous l’ai déjà dit, sont en grande partie sous la dépendance des lois physiques; ainsi on peut à volonté les produire sur l’animal vivant, en déterminant 1 des conditions

d’exhalation supérieures à celles de l’absorption. Tout obstacle apporté à la circulation veineuse a pour conséquence l’infiltration séreuse des parties dont les vaisseaux oblitérés étaient chargés de rapporter le sang vers le cœur. Mais il est des liydropisies qui ne peuvent être attribuées à ces causes mécaniques; ainsi certaines ascites se produisent, bien que le système de la veine porte n’offre aucune altération appréciable. Ce serait un objet d’étude attrayant et neuf tout à la fois , que de rechercher avec soin, la composition du sang dans ces cas d’infiltration séreuse, indépendante d’un obstacle mécanique à la circulation. Déjà en étudiant la composition de l'urine, on l’a trouvée chargée d’albumine. Cette observation est fort intéressante , mais il faudrait aller plus loiu. Croyez-vous qu’il soit indifférent pour le maintien de l’équilibre entre l'absorption et l’exhalation, que le sang qui parcourtnos vaisseaux soit plus ou moins visqueux, ou bien, au contraire, que l'élément aqueux y soit plus ou moins prédominant? Examinez ce qui se passe quand on injecte de l’eau dans les veines d’un animal, après lui avoir ôté préalablement une certaine quantité de sang. Outre les effets mécaniques qui en résultent, cette modification dans la composition du sang est curieuse en elle -même; car à mesure qu’on le remplace par de l’eau, les allures et. les instincts de l’animal sont changées. Ainsi , de criard et agité qu’il était , il devient tranquille. C'est même d’après ces résultats obtenus chez les animaux, que j’ai été conduit à essayer ce moyen

chez l’homme atteint de la rage. Je n’ai jamais , il est vrai , été assez heureux pour sauver un hydrophobe , mais je suis plusieurs fois parvenu à calmer cette exaltation excessive à laquelle il est en proie , et qui se traduit au dehors par les actes les plus furieux et les plus désordonnés. Ce n’est pas beaucoup pour l’issue définitive , puisque la mort est inévitable; mais au moins j’ai eu la consolation de rendre calmes et paisibles ces derniers instants, qui n’offrent le plus souvent qu'une succession d’accès horribles, pour lesquels a été créée l’énergique expression de rage. Telle est en effet, l’exaltation du système nerveux, que l’homme hydrophobe n’est sensible ni à l’acide prussique, ni à l’opium , ni en un mot à l’action des substances les plus vénéneuses, même injectées dans les veines. C'est ce que j’ai constaté par de nombreuses expériences.

En injectant ees diverses substances dans les veines de l’homme, les parois du vaisseau qui sert à faire l’expérience , changent de couleur et d aspect par suite de l'imbibition qui s’opère à travers leurs porosités. Vous savez en effet que les tissus animaux sont modifiés dans leurs propriétés physiques , quand ils s’imbibent avec tel ou tel liquide. Ainsi la cornée devient opaque aussitôt qu’un fluide quelconque est interposé entre ses lamelles.

Il y a un autre fait curieux qui résulte de 1 injection de l’eau dans le système vasculaire d’un animal. Celui-ci peut être tellement gonflé, qu il ne peut fléchir ses membres, ni leur faire exé-

cuter le moindre mouvement sans une difficulté affreuse. Ce phénomène s’explique aisément par les modifications qu’éprouvent les vaisseaux sanguins; vous savez en effet qu’un tuyau flexible, fortement distendu par un liquide, devient droit, rigide, et qu’il faut un effort assez considérable pour lui donner une courbure.

Ce sont des résultats mécaniques de la distension des vaisseaux par les liquides. Nous voyons souvent des modifications analogues chez des personnes pléthoriques , et souvent aussi les praticiens ne se doutent guère du genre d’accidents auxquels ils veulent remédier. Étudions donc avec persévérance et attention la physique vitale; elle nous fournira des données importantes que nous demanderions en vain à la médecine.

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