‹ Leçons sur les phénomènes physiques de la vieChapitre 16 sur 43 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

Messieurs ,

Ces phénomènes d’imbibition qui se remarquent dans tous les tissus et tous les parenchymes, sont surtout faciles à constater dans les êtres qui n ont pas de système vasculaire proprement dit. Ainsi les zoophytes, dont le corps ne représente qu’une sorte de membrane disposée en sac , constituent un véritable appareil d’exhalation et d absorption. Il y aurait une série de recherches générales fort intéressantes à faire sur cette imbibition dans 1 économie vivante; car c’est à elle que se rattachent de nombreuses questions d’anatomie pathologique. Ainsi ces collections, ces épanchements de quel- * que nature qu’ils soient, ces fausses membranes qui se développent à la surface des membranes séreuses , ces produits accidentels si variables par leur siège et leur composition , toutes ces questions en un mot ne doivent-elles pas etre envisagées sous un point de vue physique? Voyez ce qui arrive dans cette maladie si commune qu’on appelle pneumonie; la simple transpiration pulmonaire est suspendue, il se dépose, soit dans le

tissu cellulaire, soit clans les lobules mêmes de l’organe, des matières nouvelles qui ne s'y rencontrent pas dans l’état sain. De là cette transformation du tissu aérien du poumon en une substance compacte, qu'on a grossièrement comparée au parenchyme du foie. Bientôt les aéroles du tissu pulmonaire sont infiltrées d’une matière purulente, et alors vous avez ce degré qu’on désigne sous le nom d’hépatisation grise. Qui peut douter que, dans cette série de phénomènes , l’imbibition ne joue un rôle important?

Voyez encore ce qui arrive dans ces nombreuses altérations du tissu osseux, et surtout dans la transformation dite lurclacée , criant sous le scalpel. La circulation n’y existe plus, eteependantees tumeurs grossissent , elles s’altèrent ; bientôt les points naguère les plus durs deviennent mous et fluctuants. Ce sont bien encore les matériaux du sang que vous trouvez épanchés dans le parenchyme de l’os; or, par quelle voie autre que l’imbibition ont-ils pu y pénétrer ? Dans ce qu’on désigne sous le nom de tumeurs blanches, il n’y a presque plus de circulation , aussi ce sont les médications propres à favoriser l’imbibition, qu’il faut choisir de préférence. Pourquoi dans les caries des vertèbres, le pus va-t-il fuser au loin , tandis que celui du véritable phlegmon reste dans le lieu où il s'est formé? C’est que leurs propriétés physiques sont loin d’être les mêmes. Dans la carie vertébrale le pus est moins visqueux, plus séreux que dans le phlegmon; il est chargé de llocons blanchâtres , et entraîne avec lui un détritus albumineux, .le ne

doute pas que ces modifications , dans les propriétés physiques de la matière purulente , ne jouent le principal rôle dans ce transport d’un lieu à un autre , à travers les lamelles du tissu cellulaire.

11 n’est personne qui n’ait eu l’occasion d’observer ces curieux phénomènes qu’on désigne sous le nom de métastases. Un abcès développé dans un point disparait tout-à-coup, et vous retrouvez du pus dans un organe souvent éloigné. Est-ce le même pus qui a abandonné le lieu où il était primitivement déposé , pour aller se fixer en un autre ? Il faudrait qu’on cherchât à suivre son trajet, et à trouver quels peuvent être ses moyens de transport. Mais ce fait, bien qu’il ne puisse être expliqué , n’en existe pas moins, et l’on sait, par exemple, de toute antiquité, que les lésions de la tête s’accompagnent fréquemment d’abcès au foie.

Voici un chien dans les veines duquel j’ai injecté, il y a trois jours, environ trois livres et demie d’eau. L’animal avait d’abord paru bien supporter cette injection , mais il a succombé deux heures après. Cette mort rapide est un fait curieux à noter; car vous vous garderiez bien d'injecter dans le système vasculaire d’un homme, proportion gardée, une quantité aussi considérable d’eau, sous peine de voir survenir de graves accidents. Le liquide introduit de cette manière dans lesveines, ne séjourne pas longtemps dans le système circulatoire; mais , d’après les lois de l’imbibilion , il s’exhale par les voies les plus faciles. Or, le poumon étant le plus favorable-

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