‹ Leçons sur les phénomènes physiques de la vieChapitre 17 sur 43 · MA · texte numérisé non relu

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ment disposé pour cette sorte d'élimination, c’est surtout par celte voie que la nature se débarrasse de l’excès d’eau dans l’économie. Aussi, voit-on s’échapper un nuage épais de la gueule de l’animal; mais comme tout le liquide n’a pas le temps de se transformer en vapeurs, une partie se montre sous la forme d’une mousse légère. Un phénomène assez singulier, que je n’avais point encore observé, m’a été offert par ce chien ; en effet , une demiheure avant de mourir, tout son corps était couvert d’un liquide abondant provenant, m’a-t-on dit, de la transpiration cutanée. Voyons maintenant s’il s’est fait quelque épanchement dans les cavités séreuses.

Cavité abdominale. Le petit bassin contient une petite quantité d’un liquide séreux, légèrement coloré en rouge. Il est probable que si nous n’en rencontrons pas davantage, c'est que, depuis trois jours que l’animal a succombé, la sérosité a eu le temps de s’imbiber dans les tissus voisins. Les intestins et les autres viscères sont pâles et décolorés; on dirait qu'ils ont macéré pendant long-temps dans de l’eau.

Cavité thoracique. La plèvre est extrêmement humide et paraît imprégnée de sérosité; mais je ne vois point d’épanchement de liquides dans sa cavité.

Le diaphragme nous offre une particularité qui mérite de fixer notre attention : il a perdu sa couleur rosée de muscle ; il est parsemé de taches bleuâtres et livides, provenant d’un épanchement sanguin dansrintersticedesesfibres. Cette

extravasation du sang dans le tissu cellulaire, est un phénomène qu'on observe fréquemment chez l'homme, par suite d une altération dans la composition chimique denos liquides. ^ oussavezqu une des conditions- physiologiques du sang à l’état normal, est de ne point transsuder avec tous ses éléments à travers les parois des vaisseaux qu’il parcourt; mais supposez line modification quelconque dans ses éléments, supposez, par exemple, que sa viscosité est diminuée par suite d’une injection d’eau dans le système veineux, vous verrez apparaître ces ecchymoses en divers ]Mnts de nos tissus. Et ce que je dis ici ne repose pas seulement sur des idées théoriques. Pourquoi chez le marin scorbutique la surface cutanée se recouvre-t-elle de larges taches occasionées par des épanchements de sang ? parce que ce sang a été appauvri par l’usage d’aliments salés et insuffisants , et par la privation des végétaux frais. Aussi les médecins de marine ont -ils remarqué que le sang tiré de la veine de ces malades était moins riche en fibrine, et qu’au contraire le sérum y prédomine d’une manière notable. Si donc ce liquide a perdu une partie de sa viscosité, vous comprendrez facilement pourquoi il ne circule plus comme dans l’état normal , et par quel mécanisme il s’extravase dans les tissus , à travers les parois vasculaires.

Le tissu pulmonaire est gorgé de liquides, et il vous offre ce premier degré d’altération qu’on désigne sous le nom d’ engouement. Sachez bien que dans la pneumonie, il ne faut pas rapporter

exclusivement aux propriétés vitales ces modifications que subit le parenchyme de l’organe; il y a là aussi des phénomènes physiques bien dignes de fixer l’attention du médecin observateur.

Nous retrouvons sur la surface de l’estomac les mêmes taches que nous avions rencontrées sur le diaphragme : vous comprendrez facilement qu’il doit en être ainsi, si vous songez aux nombreuses artères que reçoit ce viscère pour la sécrétion des liquides acides et autres , nécessaires à la digestion.

Je ejc doute pas que ces altérations du sang ne jouent un rôle immense dans un grand nombre de maladies; aussi est-il à regretter que nous n’ayons pas Fliistoire physique et chimique de ce liquide, dans les diverses modifications que subissent ses éléments. De semblables recherches pourraient amener à de précieux résultats, et c’est vers ce but que les personnes qui ont la noble ambition de reculer les limites de la science, doivent diriger leurs travaux.

Les expériences de M. Gaspard ont démontré l’action délétère qu’exercent, dans l’économie vivante , des matières animales en putréfaction introduites dans le système circulatoire. J’ai repris ces travaux, afin de vérifier le degré d'inlluence de ces différentes substances. Eh bien, quand on injecte dans les veines d’un animal quelques gouttes d;une eau dans laquelle on a fait macérer des débris de poissons putréfiés, on voit se développer tous les symptômes de ces fièvres si fréquentes sur les rivages de l’Amérique du nord.

Do toutes parts le sang s’échappe de ses vaisseaux. Epanché sous la peau, il forme des taches livides analogues aux pétéchies de nos fièvres typhoïdes; exhalé à la surface de la muqueuse de l’estomac, il constitue ccs vomissements noirs qui sont toujours un phénomène grave et trop souvent fatal.

Peu de temps après cette terrible épidémie de fièvre jaune qui désola Barcelone et contre laquelle on prit tant de mesures plutôt politiques que médicales, nous reçûmes tout-à-coup dans noshôpitaux, vers le mois de juillet, onze personnes offrant tous les symptômes de cette maladie. Ils vomissaient en abondance des matières noires , et leur peau jaune-brun était parsemée de pétéchies. À l’autopsie , nous constatâmes toutes les lésions qui caractérisent la fièvre jaune ; et ce qui nous frappa le plus, ce fut l’état de la muqueuse intestinale qui élait gorgée d’un sang liquide transsudant par la moindre pression à travers les parois vasculaires. Je ne doute pas que nous n’ayons eu affaire là à une véritable fièvre jaune, d’autant plus que les conditions atmosphériques où s’étaient trouvés ces onze individus étaient bien de nature à favoriser le développement de cette maladie. L’électricité n’ets pas sans influence sur les phénomènes capillaires. C’est ainsi qu’en plongeant dans un liquide un tube capillaire , vous pouvez déterminer l'ascension rapide de la colonne de liquide en la faisant traverser par un courant électrique. Foret a fait à ce sujet des expériences qui démontrent cette vérité d’une m. 8

manière palpable : si, par exemple, vous niellez dans un tube recourbé une colonne de liquide, et que vous adaptiez aux extrémités de ce tube les pôles d’une pile, les liquides cessentd’être de niveau, et vous voyez une colonne monter et l’autre descendre.

11 en est de même pour un endosmomètre; en plongant un des pôles de la pile dans le liquide intérieur, et l’autre pôle dans le liquide extérieur, les phénomènes d’imbibition et d’exhibition sont beaucoup plus rapides.

Ce qui arrive là sur des membranes inertes se passe de même sur des animaux vivants. Un demes anciens élèves, M. le professeur Fodéra, a fait à ce sujet des expériences fort curieuses. 11 a vu que si l’on met une dissolution de prussiate de potasse sur la muqueuse intestinale d’un chien, et une dissolution de sullate de fer sur la surface séreuse correspondante, l’imbibidon est d’abord fort lente; maris si l’on fait passer un courant galvanique à travers les parois du viscère, l’imbibition est beaucoup plus rapide , et l’on ne tarde pas à voir bleuir les surfaces

11 résulte de ces faits qu'on peut faire d’utiles applications de l’électricité à la thérapeutique.

C’est ainsi cpie pour favoriser la résolution de certaines tumeurs, de certains engorgements, j’ai plus d’une fois employé avec succès des courants électriques. Mais c’est dans ces cas surtout qu’il faut recourir à des procédés particuliers ; si en effet vous vous contentiez d’appliquer les pôles de la pile à la superficie des téguments, comme le

fluide électrique tend à se répandre à -la surface des corps plutôt qu a pénétrer dans leur intérieur , vous n’obtiendriez probablement pas de résultats notables. Aussi suis-je dans l’usage d’enfoncer dans les tissus mêmes deux petites aiguilles métalliques qui , mises en contact avec la pile , servent de conducteurs au courant galvanique.

On sait aussi en physique que quand une surface humide est soumise à l'influence du contact électrique , l’évaporation s’effectue avec beaucoup plus de rapidité.

Je vous disais , il n’y a qu’un instant , que certaines tumeurs développées dans le tissu osseux ne paiaissent point parcourues par des vaisseaux sanguins , mais quelles semblent vivre à la manière des végétaux, c’est-à-dire par la voie de 1 imbibilion. Ceci me rappelle un fait que je vais vous rapporter en peu de mots, et qui, je crois, ne laissera pas que de vous offrir quelque intérêt.

Une pauvre fille vint consulter Dupuytren pour une tumeur énorme de nature squirrheuse qu’elle portait sur un des côtés de la tête. L’habile chirurgien tenta l’opération ; mais il fut obligé d’y renoncei, ne pouvant extirper cette masse volumineuse qui s etendait profondément au milieu d’organes importants. La malade était donc considérée comme incurable quand elle entra dans mon service a la Salpétrière. Son état était des plus affreux ; car , quoique bien portante d’ailleurs , elle ne pouvait écarter les mâchoires pour prendre des aliments, et tout faisait présager une terminaison promptement funeste. Je résolus de teuter une

nouvelle opération. J’emportai avec la scie une portion énorme de la tumeur, pesant plusieurs livres, et chose singulière ! quelques gouttelettes de sang suintèrent à peineà la surface delà plaie provenant de cette vaste incision. En examinant avec soin la texture même de la tumeur , je vis qu’elle était constituée par un épanchement de matière squirrheuse et encéphaloïde dans les aréoles du tissu osseux; maisjenepus trouver aucune trace de vaisseaux sanguins. La plaie se cicatrisa très-promptement. Cependant bientôt la maladie se reproduisit, et je fus de nouveau forcé d’emporter une portion de la tumeur; la cicatrisation se fit encore avec une promptitude extrême. Comme, malgré ces ablations partielles, les accidents devenaient chaque jour de plus en plus graves , et que la mort était imminente , je me hasardai à lier l’artère carotide. Depuis lors la tumeur a cessé de s’accroître , et de temps en temps je reçois la visite de cette pauvre hile qui ne sait en quels termes m’exprimer sa reconnaissance. Il y a aujourd’hui sept ans que celte tentative fondée sur des données de pure physiologie expérimentale a été exécutée, et je n’ai eu jusqu’ici qu’à me louer d’avoir eu le courage de l’entreprendre.

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