DEUXIÈME LEÇON
Messieurs,
L’un des préjugés les plus fâcheux qui aient régné et qui régnent encore dans la médecine , c’est de supposer que tout être vivant, animal ou végétal, est, soumis à des lois indépendantes de celles qui gouvernent les autres corps de la nature. C’est là une erreur tellement grossière, qu’elle n est réellement pas digne d’une sérieuse réfutation. Et cependant, combien de praticiens instruits et honorables prétendent encore aujourd’hui qu’il n'y a rien de commun entre l’étude de la médecine et l’étude des lois physiques! Dans le semestre qui vieiït de s’écouler, nous avons passé en revue les principaux phénomènes vitaux dont le corps de l’homme est le théâtre, mais nous n’avons pu que constater des faits par la voie expérimentale ; car, pour les expliquer, je confesse hautement mon ignorance. Si je sais par quel mécanisme une membrane se laisse imbiber par un liquide , je cherche en vain ce qui fait que la libre musculaire se contracte ou que le nerf est sensible.
Vous avez vu que tous nos tissus sont doués des propriétés générales de la matière , car ils sont étendus, impénétrables, divisibles... et même pour prouver que la matière est divisible à l’inlini,
c'est dans les corps vivants que le physicien vient puiser des exemples. Quelles sont ces traces odorantes que le gibier, en fuyant, laisse après lui, que le nez du chien sait si bien retrouver? des particules matérielles échappées du corps de l’animal poursuivi. Vous avez donc là encore l’application des lois physiques.
Et cependant quelle direction en général un jeune homme donne-t-il à ses études en médecine? Il s’occupe d’anatomie, de pathologie; il suit les cliniques; enfin, il devient médecin, peut-être même un jour professeur, et comme il est étranger aux sciences physiques , il est fort indulgent sous ce rapport pour les autres. Quant à nous, nous voulons vous diriger dans le sens du perfectionnement de la médecine ; or, la médecine ne peut se perfectionner sans des connaissances positives sur les grands phénomènes de la nature. Car si certaines lois sont communes aux corps vivants et inertes, comment pourrez-vous expliquer ce qui se passe dans l’économie animale , tant que vous ignorerez les lois qui régissent la matière brute? Pour pouvoir affirmer qu’il se passe ou qu’il ne se passe pas dans notre corps des phénomènes explicables par les lois de la physique, il faut avant tout les connaître, ces lois. Qu’un homme comme Bcrzelius vienne me dire que l’estomac n’est point une cornue, qu’il ne s’y passe rien de chimique, rien de physique pendant l’acte de la digestion , certes une semblable assertion sera d’un grand poids à mes yeux. Mais que quelqu’un qui n’est point apte à prononcer en semblable matière,
lùl-il professeur dans une facilité, se permette de trancher la question de la même manière, je 11e donnerai pas la moindre attention à son dire ; j oserais même, au besoin, lui donner le conseil d étudier la physique et la chimie, afin d’acquérir le droit de parler sur de semblables matières.
Après ces courts préliminaires, nous allons passer à 1 élude des propriétés physiques des corps vivants et d’abord nous nous occuperons de la porosité et de l’imbibition , sa principale conséquence.