QUATORZIÈME LEÇON
Messieurs,
Vous vous rappelez l’objet de notre séance dernière. Nous avons recherché de quelle manière se comportent les divers tissus de l'économie animale relativement aux vapeurs et aux gaz. Or telle est T influence des pores innombrables dont sontcrihlées nos membranes , que celles-ci ne présentent presqu’aucun obstacle au libre passage des fluides aériformes avec lesquelles elles se trouvent en contact. Ainsi le grand phénomène de la respiration n’est pas autre chose que cette perméabilité de la surface pulmonaire à l’air atmosphérique. On a bien étudié jusqu’ici les lésions matérielles que les maladies déterminent dans nos organes: mais il me semble que ce n’est pas là que doit s’arrêter la science. Supposez une pneumonie, une bronchite, une pleurésie; vous contenterez-vous de savoir que le poumon, les bronches ou la plèvre ont subi telle altération dans leur texture anatomique ? Mais vous ne pourrez vous expliquer le mécanisme des symptômes offerts à votre observation si vous ignorez quelle liaison existe entre les fonctions des organes et les modifications de leurs propriétés phy-
siques déterminées par les maladies. On vient tout 1 écemment de créer une nouvelle chaire d anatomie pathologique à la faculté de médecine; je suis Je premier à applaudir à l’établissement de cet enseignement spécial qui peut fournir aux élèves d’abondants matériaux d’instruction. Mais je crois que le devoir du professeur ne devrait pas se bornera décrire les lésions matérielles des tissus; il devrait s’attacher particuliérement à étudier leurs propriétés physiques à l’état normal, afin de mieux faire ressortir les troubles fonctionnels occasionnés par les altérations de texture.
Toutes les matières végétales ou animales sont susceptibles de se transformer en vapeurs ; sous l’influence de la fermentation septique, leurs éléments se décomposent et se dissocient; leurs molécules se répandent dans 1 atmosphère à laquelle elles communiquent les propriétés les plus délétères. N’estce pas au dégagement de ces miasmes putréfiés que les célèbres Marais Pontins doivent leur insalubrité. L air qui a pénétré dans nos poumons s'est chargé de particules animales qui le rendent moins apte à accomplir les modifications importantes qu il exerce sur le sang veineux; aussi l’entassement d un grand nombre d’individus dans un endro.t dos et peu spacieux est-il une condition trèsde favorable pour la santé. Le fameux typhus des prisons reconnaît pour cause principale cette accumulation d’une masse d’hommes dans une enceinte insalubre de sa nature, et où Pair ne peut être que très difficilement renouvelé. Vous concevez maintenant comment agissent ces fumi-
galions auxquelles on a recours pour 1 assainissement de certaines localités.