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DE LA VISCOSITÉ DU SAAG

11 est une autre conséquence, beaucoup plus matérielle et non moins importante, de cette porosité; c’est sur elle que je me propose de fixer un instant votre attention. Telle est en effet la ténuité desorifices qui livrent passage aux matériaux de la nutrition que ceux-ci ne peuvent pénétrer dans nos parenchymes qu à la condition qu ils soient extrêmement divisés. Pour qu’un liquide ingéré dans I estomac passe dans le torrent de la circulation, il faut qu’il subisse une élaboration particulière de la part du viscère avant qu’il puisse traverser les porosités de la muqueuse gastrique. Ainsi l albumine, à cause de sa viscosité, ne se comporte pas comme l’eau : il faudra quelle éprouve par l’acte de la digestion une transformation qui aura pour résultat de la réduire en particules assez déliées pour permettre son introduction dans les vaisseaux lactés. Ce que je dis de l'albumine, je le dirais également d’une solution gommeuse, de l’huile ordinaire, d’une liqueur plus visqueuse encore. Ainsi il résulte de là qu’un des avantages de cette perméabilité aux liquides est de ne laisser pénétrer dans l’économie que des substances dont la ténuité . leur permet de circuler librement dans les vaisseaux capillaires.

Si donc vous venez à introduire dans le sang des

liqueurs trop visqueuses, ou -dont les particules trop volumineuses ne sont plus en rapport avec le diamètre des petits canaux qu’elles doivent parcourir, vous déterminerez inévitablement la mort. C’est là une conséquence mécanique et rigoureuse des faits qui vous sont déjà connus. Et remarquez que la substance la plus innocente de sa nature peut amener ces résultats désastreux, par l’obstacle physique qu’elle apportera à la circulation pulmonaire ; le sang stagnera dans ses vaisseaux , et 1 asphyxie en sera l'effet immédiat. L’étude de ces phénomènes n’est pas seulement intéressante comme objet scientifique : maintenant qu’on ne craint pas défaire usage, dans le traitement des maladies , des moyens les plus énergiques, il est important de bien connaître les conditions physiques des liquides qui circulent dans nos organes. 11 fut un temps , vous le savez , où on eut recours aux transfusions ; c est-a-dire qu’on injectait du sang d’un homme dans les veines d’un autre homme. Dernièrement encore on vient en Italie de traiter une maladie grave par des injections d’une solution d’émétique dans le système veineux. Vous sentez quelles précautions exigent des expériences aussi délicates. Si , par exemple , un praticien s’avisait d’injecter dans les veines d’un malade une solution gommeuse, ou un mucilage quelconque, dans le but d’adoucir et de calmer un appareil fébrile intense, il déterminerait immédiatement la mort par suite de l’obstruction des vaisseaux capillaires.

Quand on veut ainsi faire pénétrer directement

des substances dans le sang , il faut bien connaître leur action chimique sur ce liquide. Ainsi vous vous garderez bien d’injecter dans les veines du sublimé , ou un acide même innocent de sa nature ; car l’albumine du sang serait coagulé et les vaisseaux pulmonaires oblitérés immédiatement. Le mercure lui-même ne peut être utile dans l’économie qu’à la condition qu’il pénétrera par la voie de la porosité ; aussi quand sur un animal on injecte cette substance dans les veines, la mort arrive par suite de l’arrêt de la circulation , et à l'autopsie on trouve un globule mercuriel oblitérant chaque petit vaisseau capillaire du poumon. Pourquoi pouvez-vous impunément l’administrer en frictions ou par l’estomac ? Parce que dans ces cas il se réduit en particules assez déliées pour pénétrer àtravers les porosités de l’épiderme et de la muqueuse intestinale ? On observe même un phénomène assez curieux dans ces cas où l’on injecte du mercure dans les veines d’un animal vivant : en effet, le poumon parait farci d’un nombre prodigieux de tubercules, et quand on les examine avec plus d’attention , on voit que chaque globule pruriforme renferme à son centre un globule métallique. C’est donc par le dépôt de l’albumine du sang coagulé autour de ee petit corps étranger que se forment des concrétions multiples. Ne serait-il pas possible que ce fût un mécanisme semblable qui déterminât chez l’homme la tuberculisation de l’organe pulmonaire ?

Quand on donne aux animaux une alimentation trop azotée, les accidents qu’on \oit se développer

chez eux peuvent s’expliquer en partie par l’épaississement et la viscosité trop grande du sang. Vous entendrez fréquemment cette expression vulgaire : Tel individu est incommodé parce qu'il a le sang trop épais. Eh bien ! une saine physiologie ne repousse pas dans tous les cas une semblable explication. Je suis assez porté h supposer que dans ces maladies dites charbonneuses , les abcès qui se développent dépendent en partie de l’obstruction des vaisseaux par suite d'une trop forte viscosité du sang.

Nous allons maintenant faire quelques expériences afin de compléter l'étude de ces questions importantes.

J injecte dans la veine jugulaire de ce chien un demi-gros à peu près d’huile d'olive ; examinons ce qui va survenir. L’animal commence à éprouver de l’embarras dans la respiration ; sa poitrine se dilate péniblement ; il multiplie ses mouvements inspiratoires afin de rendre plus facile le passage du sang à travers les capillaires du poumon. Toutefois sa vie ne paraît pointencore compromise. Je vais injecter de nouveau une quantité à peu près égale d’huile. Vous voyez avec quelle rapidité les accidents les plus graves éclatent ; l’animal s'agite et se débat; il est renversé sur le côté, la suffocation paraît imminente. Il est mort. Et pourtant l’huile par elle-même est une substance des plus innocentes; chaque jour vous prescrivez des médicaments dissouts dans ce liquide. Aussi remarquez que ces propriétés ne sont si différentes qu’à cause du mode par lequel vous le faites péné-

trer dans l’économie. Introduite dans l’estomac, elle est soumise à un travail spécial avant de passer dans la circulation : portée en masse dans le sang, sa viscosité n’est plus en rapport avec le diamètre des capillaires dont elle détermine l’obstruction.

Ouvrons le thorax de l’animal. Le poumon offre toutes les traces de la pneumonie récente; il a perdu sa crépitation, ne s’affaisse pas sur lui-même, et offre une densité et une consistance remarquables. En incisant son parenchyme, vous voyez ruisseler sous le scalpel une sérosité mousseuse et rougeâtre. Le sang est manifestement plus visqueux qu’à l’état normal. Les cellules pulmonaires sont gorgées d’un liquide épais au milieu duquel vous pouvez encore reconnaître la présence de l’huile.

Les membranes muqueuses de l’animal sont ' pâles et décolorées. L’artère crurale que je viens d’ouvrir ne contient qu’un sang noirâtre qui semble s’être imbibé dans les parois du vaisseau.

Cette modification dans la coloration du sang artériel est un phénomène que vous vous expliquez facilement par 1 obstacle apporté dans la circulation pulmonaire. Mais il est des circonstances où 1 on peut également l’observer, bien que le poumon soit dans ses conditions physiologiques, et que ses vaisseaux capillaires soient librement parcourus par des courants sanguins. .1 ai eu plusieurs fois l’occasion d’observer a 1 hôpital le fait suivant. Dans les apoplexies plus ou moins rapides qui ont déterminé une forte compression des lobes cérébraux, le sang artériel n’a plus sa couleur normale.

Au lieu d'être spumeux et rutilant , il est terne et noirâtre. Il y a peu de jours encore, je fis ouvrir à l’Hôtel-Dieu l’artère temporale d’une femme qui venait d être frappée d’une apoplexie grave, et les personnes qui suivent la visite remarquèrent comme moi la singulière coloration du sang qui s’échappait. Je ne m'explique pas le mécanisme de ce phénomène, car le poumon étant l’organe où s’opère, parle contact de l’air, cette grande modification du fluide circulatoire, comment se rendre compte du rôle joué par le système nerveux? Quoi qu’il en soit, je regarde cette altération de couleur dans le sang de l’homme, comme un symptôme des plus alarmants ; et j’ai toujours vu succomber les individus chez lesquels je l’avais constatée.

Ce n’est pas seulement l’introduction dans le sang de principes étrangers augmentant sa viscosité qui déterminera les accidents que nous venons de produire sur l’animal vivant. D’autres causes pourront amener les mêmes résultats. Ainsi, qu’une transpiration trop abondante vienne tout d’un coup à soustraire une notable quantité de la sérosité du sang, ce liquide ne sera plus assez fluide pour circuler facilement dans les vaisseaux capillaires. De même aussi le sang d’un animal à globules volumineux ne pourrait convenir à un autre animal dont les globules sont plus petits. Si par exemple vous veniez à injecter dans les veines d un homme du sang d’un reptile, le défaut de rapport entre le diamètre des capillaires et les liquides qui doivent les parcourir , aurait

pour conséquence inévitable des accidents promptement mortels.

Ces questions, sous quelque point de vue qu’on les envisage , sont trop graves pour que nous n’entrions pas à leur sujet dans de plus amples développements. Dans notre prochaine réunion, nous passerons encore en revue les principales modifications qu’impriment à nos fonctions organiques ces altérations dans la composition chimique du sang. Quelles immenses ressources une étude approfondie de ces phénomènes fournirait au médecin jaloux de prendre pour guide une saine théorie plutôt qu’un aveugle et honteux empirisme !

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