‹ Leçons sur les phénomènes physiques de la vieChapitre 24 sur 43 · DIX-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Mi ÎSSIF.URS ,

Foules les fois qu un corps change de forme sous 1 influence d une cause mécanique, et qu’il reprend sa forme primitive quand cette cause a cessé d agir , ce corps est un corps élastique. On peut dire , en règle générale, que l’élasticité est une propriété commune à tous les corps solides, liquides ou gazeux. Comprimez un cylindre de bois par ses deux extrémités, il se raccourcit; cessez la compression, il reprend aussitôt sa longueur. Sou- ' mettez une colonne d eau a une forte pression , elle s abaisse ; cessez de la comprimer , elle reprend son niveau. Enfin , les gaz et les vapeurs jouissent de propriétés élastiques , à un degré tel, qu’on les désigne fréquemment sous le nom de fluides élastiques. Ainsi, nous posons en principe, qu il n’esUaucun corps dans la nature qui ne soit élastique; les liquides eux-mèmes n'échappent pas à cette loi , ainsi que .des expériences nombreuses l’ont rigoureusement démontré.

O11 admet en physique trois espèces d élasticité :

1 ° élasticité de compression , c’est celle dont nous ~

venons de vous entretenir ; 2° élasticité de tracm. u

( IGG )

1 ion. Si, par exemple, vous lirez une tige solide dans le sens de son axe, elle s’allonge par suite de l’écartement de ses molécules ; mais elle reprend ses dimepsions primitives cpiand les tractions cessent ; 3° élasticité de torsion. Vous sa\ez tous qu’un fil de métal peut être tordu sur luimême, et qu il reprend sa position premiéie aussitôt que l’effort cesse d’agir.

11 y a un autre fait qui prouve aussi l’élasticité des corps : c’est la possibilité qu ils ont de produire ou de transmettre le son. Que deux sphères, mues en sens inverse, viennent à se heurter, le choc détermine des oscillations dans leurs molécules; un bruit en résulte ; donc, elles sont élastiques. Tout corps, je le répète, susceptible d’entrer en vibration , est un corps élastique.

Ce que je dis ici des substances inertes s applique également aux tissus vivants. Ainsi il n est pas douteux que les différents organes qui entrent dans la composition de l’économie ne soient doués de l’élasticité. Comment voudriez-vous arriver à » l’explication exacte de diverses fonctions , et surtout de certains bruits normaux ou anormaux, sans une connaissance approfondie de cette importante propriété? L’auscultation elle-même , ce moyen si précieux de diagnostic , ne repose-t-elle pas tout entière sur le développement de vibrations sonores au sein des organes, et leur transmission a travers des parois élastiques? 11 me serait facile de multiplier les exemples. Aussi, je ne crains pas de le dire : il y a tel phénomène de la vie qui est près-

cl dont la perfection vitale repose, tout enltère sur cette propriété physique.

N’est-ce pas à l’état peu avancé des études physiques du temps deBiehat qu il faut rapporter ces graves erreurs dans lesquelles ce grand physiologiste est plusieurs fois tombé ? Privé des connaissances qui sont maintenant du domaine de la science , il n’est pas étonnant que son génie ait pu se laisser ainsi égarer. Ainsi Bicliat vous parle de la contractilité et ded' extensibilité de tissu. Et bien ! ce qu’il regarde comme des propriétés spéciales n'est autre chose que l’élasticité. En effet, prenez une artère et tiraillez— la , elle s’allonge en raison de son extensibilité ; cessez de la tirailler , elle se raccourcit en raison de sa Prenez

un morceau de gomme élastique au lieu du tissu artériel, vous obtiendrez des phénomènes parfaitement identiques. Pourquoi donc imposer des dénominations différentes à une même propriété? Pourquoi ce que vous appelez élasticité dans la gomme deviendra-t-il extensibilité et contractilité dans une artère ? Aussi je rejetterai ces expressions comme essentiellement vicieuses , puisqu’elles tendent à faire supposer qu il y a quelque différence dans un phénomène qui n’appartient qu a une même propriété , Y élasticité.

Si vous venez a passer en revue tous les tissus de 1 économie animale , vous voyez qu’ils jouissent de 1 élasticité , souvent même à un degré supérieur aux corps inertes. Cette propriété pour être mise enjeu n’a pas besoin d’un mode d’excitation spéciale : toutes les causes mécaniques peuvent à

chaque instant la développer de la manière la pins manifeste. N’est-ce pas en raison de leur élasticité que les cartilages costaux se laissent courber , puis se redressent, et concourent ainsi à la grande fonction de la respiration ? que se passe-t-il en effet dans le mécanisme de l’ampliation et du resserrement du thorax? Au moment de l’inspiration, les côtes s’élèvent, et les cartilages obéissent par torsion; dans l’expiration suivante, ils reprennent leur direction normale. 11 est d’autres circonstances où leur élasticité par pression est mise en jeu. Qu’un homme s’appuie la poitrine sur un corps résistant ; la portion d’arc que représente le cartilage costal se redresse; mais elle redevient courbe aussitôt que la cause mécanique a cessé d’agir sur elle.

C’est surtout pour les surfaces continues , soumises habituellement à une jiression énergique ; qu’il est facile de se rendre compte du rôle important joué par cette élasticité. A oyez ce qui se passe dans l'articulation du genou. Le fémur, chargé de transmettre au tibia le poids énorme du corps et des fardeaux que celui-ci peut supporter, finirait à la longue par s’user et se détruire , si son propre tissu était en rapport immédiat avec le tissu de l’os sur lequel il repose. Par quel artifice la nature a-t-elle su prévenir ces fâcheux résultats? Elle a revêtu chaque surface articulaire d’une couche cartilagineuse et même elle a placé dans leur intervalle des disques de même nature , afin que, par leur élasticité, ces substances venant à céder , réagissent ensuite contre les pressions et les frotte-

monts répétés auxquels l’articulation est soumise. C'est pour parvenir au même but que dans les compartiments de certaines machines on place des rondelles élastiques.

Ce serait une étude des plus curieuses que de passer en revue toutes les fonctions de l’économie animale; vous verriez quel rôle important l’élasticité joue dans les divers organes. Prenez n’impoi te quel tissu. ^ oici un estomac, une vessie une portion d'intestin que j'ai distendus par de 1 an ; ils cèdent quand mon doigt les comprime en un point , mais ils reprennent leur forme en vertu de leur .souplesse élastique dès l’instant que la pression disparait. Vous connaissez tous ces bruits particuliers qui se produisent parfois dans 1 intestin, et qu on appelle borborygmes; ce n’est autre chose qu’un son résultant du déplacement

de liquides et de g aans un canal à parois élastiques.

Le poumon, ainsi que nous vous l’avons déjà démontré, ne remplit complètement ses fonctions qu’à la condition qu'il conserve toute son élasticité. Devient-il emphysémateux, le mécanisme de la respiration ne s'accomplit plus que d’une manière imparfaite. En effet, par suite de la rupture d’un certain nombre de cellules , et de la dilatation d un certain nombre d’autres, le tissu de l'organe a perdu de son élasticité, et il ne réagit plus avec une énergie suffisante sur l’air qui a pénétré dans son parenchyme. De là, ces -nombreux râles, ces modifications variées du bruit respiratoire’ que perçoit l'oreille appliquée sur les parois thoraei-

ques. Vous connaissez tous celle maladie des chevaux qu’on appelle la pousse. L’animal qui en est atteint inspire facilement , mais il ne peut , malgré les puissants efforts de ses contractions musculaires , chasser l’air qui a pénétré dans sa poitrine. J’ai recherché , avec M. le professeur Dupuy, quelle pouvait être la cause de cette gêne dans la respiration, et je me suis assuré qu’elle dépendait du défaut d’élasticité du poumon devenu en grande partie emphysémateux. En effet, quand on ouvre le thorax d’un cheval poussif, cet organe ne s’affaisse pas sur lui-même , mais il reste distendu par les gaz renfermés dans son tissu raréfié. De même aussi chez l’homme, l’ œdème du poumon est accompagné d'une dyspnée notable, car dans ce cas la partie séreuse du sang épanché dans son parenchyme empêche que l’élasticité de l’orpane ne s’exerce librement.

Tous les tissus fibreux de l’économie sont élastiques , et cette propriété se manifeste de la manière la plus tranchée. Faites mouvoir une articulation, les ligaments tour-à-tour s’allongent et reprennent leur longueur première. C’est surtout dans les organes de la génération que vous trouvez que le système fibreux est doué de propriétés éminemment élastiques. Que se passe-t il dans l’érection ? Le pénis gonflé et distendu en tous sens par le sang emprisonné dans ses aréoles, reprend son volume et ses dimensions normales aussitôt que ce liquidé cesse d'y séjourner. Ces alternatives de resserrement et de dilatation n indiquent-elles pas l'élasticité du tissu libreux ? Il faut être étranger

à ces laits, pourtant assez vulgaires, pour nier (pic ce tissu ne jouisse à un haut degré de cette propriété.

Nous avons vu déjà cpie les artères sont élasticpies dans le sens de leur diamètre transversal et de leur diamètre longitudinal; il y a même une de leurs tuniques qui est douée de cette propriété, d’une manière si tranchée, que quelques anatomistes lui avaient attribué la faculté de se contracter à la manière de ,1a ûhre musculaire. C est là line erreur des plus grossières. Je sais que, chez certains reptiles , il existe à la naissance de l aorte un tissu éminemment contractile ; mais chez l'homme on n observe rien de semblable. Lors même qu’une semblable disposition anatomique serait constatée pour le tissu artériel, le mécanisme de la circulation ne serait pas sensiblement modifié.

Les veines sont aussi remarquables par leur élasticité ; c’est à cette propriété qu elles doivent la facilité avec laquelle leurs parois se resserrent sur la colonne de sang qui les a distendues.

Le rôle joué par l’élasticité dans le grand acte de la circulation est trop important pour que je ne m’y arrête pas un instant.

Le cœur, organe central qu’on peut comparer à une pompe hydraulique , a pour objet de pousser continuellement, mais par moments alternatifs, du sang dans un système de tuyaux qui va successivement en se subdivisant, et qu’on appelle artères. Celles - ci se réduisent en canaux extrêmement déliés, ce sont les vaisseaux capillaires, pour aller s’aboucher dans un autre système

de tuyaux , les veines , qui ramènent le sang de la périphérie au centre commun d’où il est parti ; tel est en grand le phénomène de la circulation. On conçoit très-bien que la contraction du ventricule gauche soit assez énergique pour lancer le liquide dans le système artérel ; mais son action retentit-elle jusque dans les vaisseaux capillaires et veineux ? Ce problème doit être aujourd’hui résolu par l’ affirmative. Les expériences nombreuses que nous avons faites à ce sujet sont trop concluantes pour qu’il puisse rester dans les esprits le moindre doute.

Un premier phénomène est celui-ci : Le cœur, chaque fois qu’il se contracte , pousse dans le système artériel une ondée de sang. Et comme chaque contraction est alternative , il en résulte que le liquide doit être projeté par un jet saccadé. Cette conséquence est rigoureuse; voyez pourtant ce qui se passe dans les vaisseaux où il circule. Si vous ouvrez une artère près du cœur , le sang s'échappe par saccades; si le vaisseau est loin du cœur, le jet est uniforme et continu; si enfin on ouvre une de ces petites ramifications artérielles qui constituent le réseau capillaire , le sang se répand uniformément et en nappes. Comment se fait-il qu’une pression alternative, comme celle de la contraction du ventricule, puisse à la fin produire un écoulement continu? Ce problème, qui a tant exercé la sagacité des physiologistes, a plusieurs fois été résolu en mécanique. Dans bien des circonstances on a voulu transformer en mouvement uniforme un courant liquide mu par

une force alternative; qu’a-t-on fait pour cela ? On a adapté à la machine hydraulique un réservoir rempli d air. Vous concevez alors comment ce réservoir élastique comprimé, au moment où l'agent d’impulsion est mis enjeu , réagit quand celui-ci cesse son action, et empêche ainsi le mouvement du liquide d’être interrompu. C’est encore d’après ces propriétés d élasticité qu’on a construit ce petit instrument que je place sous vos yeux, et qui est destiné à remplacer la seringue ordinaire. Ce nest, vous le voyez, qu’une petite machine hydraulique. Mais comme le jeu du piston destiné à pousser le liquide n aurait imprimé au courant qu’un mouvement alternatif, on a imaginé, afin de rendre le jet continu, d adapter au pied de 1 instrument un réservoir rempli d’air. Ce fluide, paç son élasticité, réagit*sur le tuyau conducteur, et transforme ainsi en un courant régulièrement uniforme, l’impulsion saccadée que le piston communique au liquide injecté dans le rectum.

Dans le cœur, avons-nous dit, il y a deux temps importants à bien apprécier : d’abord impulsion du sang coïncidant avec la systole du ventricule, puis moment de repos coïncidant avec la diastole de ce même ventricule. Et pourtant, malgré ces alternations, le courant sanguin est continu, et n offre pas ces intermittences successives. Par quel procédé la nature parvient-elle à ce résultat remarquable ? Par l’élasticité des parois des vaisseaux artériels. C’est moi, si je ne m’abuse, qui, le premier, ai insisté sur cette explication toute nié-

Page 1