V1NGT-UN1ÈME LEÇON
Messieurs ,
Nous allons commencer par vous rendre compte des résultats que nous ont fournis les expériences faites dans la séance dernière sur la section des nerfs de la huitième paire. Le chien qui n’avait donné aucune trace de sensibilité pendant l’opération, est mort au bout de deux jours; l’autre animal a succombé quelques instants après. Chez l’un et chez l’autre vous pouvez constater les lésions survenues dans le parenchyme pulmonaire. 11 s’est formé une véritable hépatisation pneumonique. Le sang épanché dans le tissu cellulaire interposé entre les lobules et les vésicules du poumon a rendu cet organe imperméable à l’air ; aussi vous avez beau le comprimer il ne crépite plus entre vos doigts; les vaisseaux capillaires, gorgés de sang , ne pouvaient plus admettre dans leur cavité du liquide destiné à être vivifié par le contact de l’oxigènc atmosphérique. Par quel mécanisme cet état pathologique du tissu pulmonaire peut-il se résoudre dans le cas où l’on ne fait fa section du nerf que d’un seul coté ? Ce serait un m. 44
objet curieux de recherches. Toutefois c'cst un lait que vous avez pu vérifier par vous-même dans notre dernière réunion ; et il n’est aucun d’entre vous qui puisse douter maintenant de l’existence de cet important phénomène.
Vous voyez sur ma table un thorax de jeune fille que j’avais fait apporter de l’Hôtel-Dieu pour servir à mes leçons. Le hasard dans cette circons- * tance nous a singulièrement favorisés. En effet, ce sujet vous présente un cas de pneumothorax , affection que l’on a assez rarement l’occasion d'observer, et qui par cela même mérite de fixer un instant votre attention. Chez cette malade, ainsi qu’on l’observe le plus ordinairement dans ces cas , l’épanchement d’air dans la cavité des plèvres survenu par suite des altérations déterminées dans le poumon par la présence des tubercules; l’ulcération venant à gagner la circonférence de l’or- - -gane , perfore son parenchyme, et pour peu qu'une bronche un peu volumineuse communique avec le foyer, il s’établit une fistule. Alors l'air inspiré, passant librement dans la cavité de la plèvre, s’y épanche et détermine des changements notables dans les rapports des organes circonvoisins. Aussi voyezsur cette jeune fille quelle est la disposition du diaphragme. Du côté de l’épanchement ce muscle forme une voûte en sens inverse de celle qu'il présente à l'état normal ; car sa concavité regarde la poitrine , et sa convexité l'abdomen. Du côté opposé il offre sa disposition normale ; il semble même qu’il remonte plus haut que de coutume de sorte que la cavité thoracique correspondante devait
être rétrécie. Vous sentez combien la respiration de\ait être genée, car les piliers du diaphragme agissaient pour ainsi dire en sens inverse. En effet
a chaque effort inspiratoire la courbure des libres de ce muscle tendant a se redresser , il en résultait 1 agrandissement de la cavité abdominale , et le rétrécissement de la cavité thoracique. Or , vous savez, qtià 1 état normal , l’agrandissement de la poitrine s’exécute par l’abaissement du diaphragme , et le refoulement des viscères abdominaux.
Je vais maintenant ouvrir le thorax. A peine mon scaipel a eu pénétrédansîa cavité de la plèvre, que vous avez entendu 1 air s’échapper en sifflant; vous voyez aussi que le diaphragme s’est affaissé; et qu il est remonté à sa place accoutumée. Vous avez eu là le phénomène d’une vessie distendue par 1 air que 1 on vient à crever; ses parois reviennent aussitôt sur elles-mêmes , en raison de leur élasticité.
Le poumon, réduit à peine au tiers de son volume, est refoule contre la colonne vertébrale, à laquelle il est fixe par des adhérences celluleuses; ces adliéiences sont le résultat de pleurésies qui sont probablement antérieures à lepanchement aérien. Je vais maintenant chercher l’orilice de la fistule. A la partie externe et moyenne du poumon , j’aperçois une petite ouverture circulaire, qui est probablement le point par où l’air venait s’épancher dans la plèvre. Nous pouvons facilement nous en assurer. Pour cela il suffit d’adapter à la trachée artère une canule , et à insuffler de l’air dans les ramifications bronchiques. Vous voyez que c’est
bien là l’orifice fistuleux, puisque le tissu pulmonaire ne se gonfle pas en ce point, et que l’air s’échappe librement au-dehors.
Le cœur n’est pas non plus dans sa position ordinaire; au lieu d’être situé de manière à ce que sa pointe puisse venir frapper entre la sixième et la septième côte, il est distant de près de quatre pouces de la paroi thoracique. Aussi je ne doute pas que si on eut ausculté la malade, on n’eût point entendu de premier bruit; mais vous savez qu’à ce dernier degré de la phthisie, on laisse ordinairement les individus s’éteindre tranquillement, sans les fatiguer par un examen qui 11e peut servir à prolonger leur existence.
Quelque importante que soit l'étude de l’influence de l’élasticité dans les différentes fonctions de l’économie animale , il me reste encore trop de sujets intéressants à traiter , pour que je puisse m'arrêter plus long-temps sur cette propriété si féconde en déductions physiologiques. Ce n’est pas sans regret que je me vois forcé d’abandonner cette question. Mais le temps me presse, et je veux encore entrer dans quelques développements sur la formation et la transmission du son dans les tissus vivants.