‹ Leçons sur les prisons présentées en forme de cours au public de Berlin, en l'année 1827Chapitre 28 sur 119 · Bvstoii'a Itufuirjrf tic.» pag · texte numérisé non relu

Bvstoii'a Itufuirjrf tic.» pag

cette dernière peine abrutissait et endurcissait les crimmels. ^

Mais les résultats sont tout difTérens lorsque Femprisonnement solitaire est infligé sans travail, avec une nourriture médiocre, et pour un petit nombre de jours, aux criminels qui font leur entrée dans la prison ou le pénitencier, ou bien comme peine disciplinaire, accompagnée d'un travail assidu, aux détenus placés dans la première classe (classe d'épreuve).

Cest alors qn^on voit, comme le raconte Villermë*, des enfans vicieux, enfermés pendant huit jours, sur la demande de leurs parens, dans une cellule solitaire, retourner chez eux bien plus corrigés que s'ils avaient été soumis à un châtiment bien plus long dans la maison paternelle. Cest ainsi qu'à Cand ', où Temprisonnement solitaire est infligé pour dix jours au plus dans une cellule obscure, au pain et à Feau, ou, s*il s*agit de punir une tentative <f évasion , poiu* six mois , avec Tobligation de travailler, il a rendu tout-à*fait inutile l'emploi des

diaines et des autres movens de force sur les nom-

breux et dangereux criminels qui sont détenus dans cet établissement Ces mêmes résultats s'observent à

t. WnTKiy^ Hemurkg upon prison diêcipiine, etc. , pag. 117. >. DictioBnaire <lc« iciences médicjiles, ton. XLV, pag. a6i. S. yiuté report ofthe eommittee oftke tocietjrjor the impro^ •f pruom àiieipline^ etc.; upp9ndixp pag. 160.

Gloucesier ' , où remprisonnemeiit soUtaîre est également appliqué à deux degrés dîfférens. M. Cunning» ham, directeur de cet étabUssemeat, a déclaré en 1819 (époque antérieure à l'introduction du treadmill ) aevant un comité du parlement , que les individus condamnés à un emprisonnement d'un, mois au plus , étaient renfermés dans une cellule seuls €!t sans travail ; qu'ils se promensdent également seuls dans la cour aux heures de récréation , et n'avaient pour toute nourriture que du pain et de l'eau, avec deux portions de soupe aux pois par semaine. * Pendant l'espace de seize à dix*hutt ans aucun des individus ainsi punis n'a été condamné pour récidive. Quant à ceux qui restent plus d'un mois, disdi M. Cunningham , on les condamne à l'emprisonne* ment solitaire avec travail jusqu'à leur élar^ssement^

l« Report /rom the sélect eommittee on the êtate of^aols, etc, Ordered bjr the house ofcommons, to he printed, 11 Juljr 181 9,

a. Cftte ^Qpe est f«ite •▼«€ un Ihre ea-viron d« pois secs, jetés dans le boaillon de la veille» où «uient entrés trois quaiu de liyre de bœuf sans os^ on y ajoute une demi -once de sel avec une livre de pommes de terre, de choux ou de panais.

3. Des trou classes de prisonniers qui existent à Gloucester, la ptemière était autrefois la seule qui fût assujettfe au travail «dlitâire; dans la seconde on travaillait & trois, à quatre at h <kn%%€\ dans la troisième , en plus grand nombre encore ; qnoiqqc pendant la nuit Temprisonnemeoi fût solitaire pomr tontes Isa «lasses. Cet état 'de cfaoses fat changé sur la demande de Caumûnier et d« directeux, parce que (oui U bien produit p^n^*

Après avoir mU avec honneur l'épreuve d'une détention ûnâ employée , ils reçoivent , lors de leur éUrf^asement, do directear et de l'aumonier, cçdA- <{iiefois awti du juge, chargé d'inspecter la prison , un œrtiâeat de bonne conduite, pour encourager les penonnes chea lesquelles ils se présenteraient * à les prendre k leur service. Si cette recoramandaiion a en son effet et slls ont servi avec probité et fidé-. lité pendant une année , leur maître remplit un certificai en Uanc ifoi leur a été donné pour cet usage en quittant la prison, et le curé de la paroisse à laqoaUe tU «pparûennent j joint également le sien pour l appuyer* Munis de cette double attestation , lia se préacnient ou Tenvoient au directeur de la prkon, qui la met sous les yeux du tribunal; ce qui leur vaitt ordinairement une récompense de trois livres sterling.

Considéré et appliqué de cette manière, et réuni au tnvail , au silence et a une nourriture médiocre « Tcmprisonnement solitaire cesse d'être une de ces peines qui ne frappent que l'homme extérieur. Elle I arrache brusquement à ses habitudes antérieures , elle le lait revenir sur lui-même, elle dévoile à ses

I» prmû^ îêmrt ê^ Is àiivuion^ d0¥êt$ait ilUuoirê pemdmiU JtrHitTÊ i««rf 9 1m pritoanicrt •'oceapant alors «n eoa- 4m imif Jm pl*Ba poor Icar ria f«iar«. Uii« «»p<rien«« geor* a «t« iaila par la asigor Rovaa , diraciasr MaM 4a pMiaaciar Oa DabU».

jmx Ws phis secrets replis de son ame, ei il peut nùvre toutes les sinuosités du labyrinthe de ^ce tt d^erreur qu'il y a lui-même établi. Ainsi elle devient le plus important et le plus efficace de tous les moyens de correction sur les criminels encore sosceptibles d'amélioration , chez lesquels le crime na pas encore pu s'inyétérer et prendre racine : quant aux autres , il est plus sage de les employer aux travaux des forteresses ou de les bannir du sol de la patrie. Appliquée avec des modifications à c^hacune des trois classes par un directeur, assisté d'un aumônier ou d'un instituteur éclairé, et recevant quelquefois par lui , mais par lui seul , des adoucissemens dans les deux dernières périodes, elle ne peut jamais , comme on Fa prétendu avec une susceptibilité un peu exagérée S conduire à la perte de la raison : loin de là , elle enseigne à cette dernière combien est peu fondé son amour-propre égoïste, et lui montre qu'il y a au-dessus d'elle un Dieu qui a droit

1. Edouard Litivostos, Rapport sur le projet du Gode pénal, fait k rassemblée générale de TÉtat de Louisiane» suivi dV>bserva lions , etc., par M. Mill, ayec une introduction et des notes par M. A. H. Taillandier $ Paris, iSaS. Dans Tintroduelion se trouvent deux lettres des célèbres docteurs Pariset et Esquirol , qui ont pour but d^ezaminer si un bomme condamné à un emprisonnement solitaire de dix ans , qui ne verrait pas même le geôlier chargé de yeillér à ses besoins, ou ne receyrait pns de réponse lorsquHl lui adresserait la parole , ne serait pas en danger de perdre la raison k la longue.

i tt fin et à ses hommages ; car elle réforme ordi- Bairement toute la nature du criminel , et le met en état y à sa sortie de prison , de mieux résister à la tentation qu'il n aurait pu le (aire auparavant

Une conséquence naturelle de Temprisonnement •olitaire, c'est la défense des visites Eûtes aux con- <lamiiés par leurs parens ou leurs amis. Pour ceux de la première classe, dles doivent être totalement interdites ; pour ceux de la seconde et de la troi- «ème, il serait convenable de prendre des renseipicmens sur la moralité des visiteurs : si ces ren* •eigpienicns étaient fiivorables , la &culié de voir le détenu pouirût être accordée avec les formes que nous avons indiquées plus haut ; car, outre Finfluence fimeste des visites sur fes condamnés, elles sont encore Duisililes sous plus d'un rapport « Une prison « dont les portes s'ouvrent à chaque instant à des , spectateurs amenés par la curiosité , dit avec rai* s son Taotenr d'un excellent article sur les prisons « et les pénitenciers * , perdra nécessairement la moi- « tié de la crainte qu'elle inspire. Ces idées salus taires de misère et de dégoût qui se rattachent au « nom de priscm et exercent ime influence fiivo* « raUe sor la diminution des crimes, sont affaiblies « par la vue de b propreté et de Tordre , du cos- « tome honnête et du bien-être apparent qu'on

â. Qmmtêffy E«¥iêWf ton. XXX» pag. 4i3*

lia

c Tftnaraiie dans son enceiiite. L'homme est porté « ^ l^^^S^ (f après ce qu'il voit, et fait peu de cas K de ce qull ne Toit pas , de la solitude et du déses- « poir, de la tiouriiture médiocre et de la dureté ^ du travail Des visiteurs de ce gem*e quitteront (( la prison avec la croyance qu'on a eiagéré à leurs p yeux les maux de la servitude ; d'après cette idée iK il n'est pas impossible qu'ils se laissent porter à « quelque mauvaise action; tout au moins cherche- V ront-ils à répandre avec empressement ce qu'ils et auront vu. »

Baissant de l'homme extérieur à Thomme moral , il me sera encore plus difficile, je ne dis pas d'énu* mérer , mais de développer les moyens de régénération qui lui correspondent Je me bornerai donc» d'autant plus que je parlerai encore de l'instruction élémentaire dans la onzième Leçon , de faire les observations suivantes, qui sont tout-à-Êât d'accord avec les excellens travaux de Zeller sur ce sujet. U insifuclion a une double mission : elle doit agir sur la nature extérieure de l'homme , et bien plus encore sur les facultés de son ame : elle sert à un faut terrestre, en développant ses fiiculKés industrielles et en l'accoutumant à l'activité , a l'ordre et à Téconomie; maïs aussi à un but intellectuel, moral et reUgieux. L'école , le chant , la lecture , 1 écriture , rinstruction -religieuse et la prière, qui en est la fleur, et ici il n'est pas seulement question de la

lié

prière fiûte en commun , mais aussi de celle que Dieu seul entend ; les dévotions journalières du madn et du soîr, le service du dimanche; enfin ^ les formes

solennelles y quoique difTérentes, de la réception et de la mise en liberté^ cérémonies dont il ne faut attendre de force et d'efficacité que lorsqu'elles s appoicoi sur la foi et sur les usages religieux , voilà Jes différentes forces à employer pour provoquer Ton et Vautre résuluL La dernière cérémonie sur* tout, qui doit former la couronne de Fédifice élevé pendant toute la durée de la détention » doit ^re réunie avec tout ce qu*il y a sur la terre de plus élevé pour Tamélioration et la sanctification de rhonune ; je veux parler d'une préparation pleine de recueillement et de piété , a recevoir de 1 aumônier de la prison les saints sacremens de la confession et de la communion : ce sont eux qui servi-ront aa détenu de viatique a sa rentrée dans le sentier glissant et orageux de la vie.

Qu'on rapproche de ce qui vient 4'étre dit, Tusage étahb en Angleterre, et développé soigneusement dans Fouvrage de Zeller, de partager les détenus en inm classes , distinguées entre elles par des signes extérieurs dans leurs vètemens. D'abord la classe Siprtuve avec sa solitude et son silence complet pendant toute la première année de la détention , et quelquefois plus long- temps encore; puis la classe de garantie , qui admet a certains instans Tusags

de la parole sous la surveillance des chefs; enfin la classe de préparation ou à^ amélioration^ où-c'ette liberté est permise plus souvent , en même temps que la faculté de travailler avec d'autres détenus placés à un égal degré de développement moraL La transition de la première classe à la seconde et de la seconde à la troisième est marquée par quelques jours de solitude dans une chambre éclairée par en haut, dont les murs sont couverts de passages de la Bible adaptés au degré d'avancement du con^ damné dans la prison et à ses dispositions indivi* duelles; cette solitude, ne serait interrompue que par les visites et les exhortations de Faumônier, et les ouvrages qu'il donnerait à lire au prisonnier après en avoir fait l'objet d un choix judicieux. ^

Le temps que le détenu passerait dans chaque classe serait déterminé en commun et après une £tude soigneuse de son état moral , par le directeur^ l'aumônier et l'instituteur.

Les prisonniers dont la conduite serait le plus

1. La grande importance du cfaoU des passages de la Bible qu'on placerait sous les yeàx du condamné, et qui lui seraient lus et interprétés par Tanmônier et les membres des sociétés des prisons» ainsi qu^une foule d^autres points reladis à la réception et ^ Félargissement des détenus, aux trois époques de la détention ; celle qui précède Payeu, rintenralle entre PaTeu et le jugement, et la durée de la peine, ont été traités avec beaucoup de talent par M. Erdmann^rGustayc de Broecker, da|ia le Mor^nbUu de 1892» n.* 258 -26a.

cfigoe <f éloges , seraient appelés successivement à ronplir les fonctions de sous -inspecteurs de leurs comparons, sans être pour cela moins assujettis aux lois générales de la discipline des prisons. En* fin, Ton eniploirait comme moyen de récompense, la dîscribodon de témoignages honorables à la fin de h semaine ou du mois, la prolongation de lai &euïti de parler , la concession d une heure de ré^ créalion dans la journée du dimanche , la permissicm de remplir certains offices de confiance , etc. , fairranchissement des chàtimens corporels : à titre de peines, on pourrait retirer ces divers avantages, frire descendre le détenu dans une classe inférieure, et , pour les hommes de la classe d'épreuve, les faire sortir de rétablissement pour les employer aux travaux publics. De cette manière on obtiendrait dans les prisons ordinaires tous les avantages des pénitenciers, sans introduire ime grande complication dans radministration , et , si je ne me fais pas illusion , on pourrait espérer d obtenir tous les fruits <|u on veut atteindre dans ces derniers. .

En organisant, comme je Tai montré, les prisons de manière h obtenir Tamélioration des détenus on n^aarait besoin, dans un État, que d'un très-petit nombre de pénitenciers proprement dits. Alors il dniendra moins impossible de couvrir les frab éaonnes qu'exigent ces derniers éublissemens , et dans un État comme la Prusse, dont la partie orien*

tdt et la partie occidentale forment deux moitiés entièrement disdnctes Tune de l'autre ^ non -seulement sous le rapport de la religion , mais encore sous celui du développement social ^ il serait £ici)e d'établir deux pénitenciers , modifiés suivant les l>e^ soins qu'ils seraient destinés à satisfaire. Le mode qui retrait leur organisation résulte suffisamment de tout ce qui précède, et ici je terminerai mes réflexions en vous rappelant de nouveau, Messieurs, l'ouvrage de Zeller, pour remplir les lacunes que j'ai laissées dans cette Leçon, Seulement ]e me permettrai encore de vous offrir un extrait court et concis des réglemens soumis à la cour du banc du roi (iings bench) sur l'organisation intérieure de la prison de Milbank S résultats d'une longue expé* rience qui y a introduit successivement un grand nombre de changemens de détail ; j'ai pensé qu'il ne pouvait manquer d'avoir pour vous quelque intérêt J'y ai ajouté le règlement du pénitencier de Genève tel qu'il a été sanctionné en 18:2 5.*

Page 1