‹ Leçons sur les prisons présentées en forme de cours au public de Berlin, en l'année 1827Chapitre 63 sur 119 · I. Ihi «ytUa« p<oit«nitBlr«9 «u-* tom. il* PHI* 4l · texte numérisé non relu

I. Ihi «ytUa« p<oit«nitBlr«9 «u-* tom. il* PHI* 4l

vail est la même pour chaque ouvrier. I)e cette manière* le piisoiiiiier dont la détention est de longue durée peut épargner un capital considérable, qui est remis entre ses mains â i'instant de son élargissement Ne semble-t-il pas qu* on devrait varier les taxes d*après la nature des crimes commis par les détenus ? Il y a ime espèce de justice à traiter avec plus de sévérité , et â rétribuer d'après un tanK plus modique, celui dont Temprisonnement doit être plus long et dont par conséquent le crime a été pins grave ; Tassimilation de sa taxe avec celle des autres prisonniers n^ devrait lui être accordée qu*à titre de faveur méritée par une conduite sans reproche » et rentrer dans le système des récompenses.

5.* Un des défauts les plus graves du pénitencier de Genève, ccst l'uniformité qu'on a établie dans le traitement de tous les prisonniers sous le rapport de la nourriture, du travail et du droit de disposer de leur réserve. On ne peut nier que cette uniformité a quelque cliose de séduisant, parce qu'elle s'appuie sur une loi, tandis qu'autrement les décisions dépendraient de la faveur et que par conséquent de la volonté arbitraire des employés du gouvernement. Tout condamné , dès l'instant où il met le pied dans le pénitencier, doit être traité d'après des règles déterminées d'avance; on peut même parler de droits que les condamnés ont à cet égard. Nous accordons volontiers ce principe , lorsqu'il s'agit d*organiser une prison ordinaire , dont le but le plus immédiat est de faire subir un mal au coupable; mais dans un pénitencier on ne saurait admettre la même uniformité, parce que l'amélioration , qui forme le but de ces établissemens, doit être appropriée à chaque individualité, et que conséquemment les moyens doivent être réglés sur les besoins. Or, plus on établit de gradations dans le traitement des condamnés , plus il devient possible au directeur du péniien-

cier d*augiDciiler ou de diminuer selon le besoin la somme des maux à infliger à celui qui résiste aux tentatives d amélioration , et la somme des avantages à accorder i relui qui , par sa conduite, montre que son cœur devient accessible à la voix du repentir et de la vertu. Plus' ua condamne a d'avantages à espérer dans la prison , par suite de son amélioration sincère, plus son esprit se laisse disposer i profiter des moyens de régénération qu'on lui offre. Ces motifs nous engageraient à varier extrêmement, dans une maison pénitentiaire, les traitemens des prisour ttier5. Cette différence devrait déji se faire sentir sous le rapport de la nourriture. Pour tous les détenus sans disr tinction , elle devrait être saine et assez considérable pour entretenir en eux la somme de forces nécessaires à Texécution de la tidie qui leur est imposée. Iféanmoins la portion supplémentaire de viande qui, à Genève, est ac* cordée deux fois par semaine à tous les détenus, pourrait être considérée comme une récompense qu'on n'accorderait qu*i la bonne conduite : quant a ceux qui montreraient des dî:»posilions favorables à la régénération, mais chez lesquels on remarquerait encore des traces d'obstination , on pourrait réduire cette faveur a un jour de la semaine, tandis que les indociles ne recevraient jamaiç de %iande, ou n en recevraient que tous les quinze jours nue fois. On pourrait également varier la nature des tra* %'aux^ ainsi, celui qui se conduirait mal, serait employé aux travaux les plus durs. Enfin, le caractère du détenu dty rait aussi servir à déterminer la quotité de salaire laissée à sa disposition immédiate. L'uniformité que nous blimons dans le pénitencier de Genève cboque surtout , quand on songe qu'elle s'étend aux condamnés pour ré* c idivf . Le coupable qui franchit pour la seconde fois le «euil du pénitencier, est traité absolument sur le même pied qne les autres : il travaille dans la même salle qu'eux ;

^enx fois par semaine il reçoit , comme eux, son supplément de viande; enfin, il dispose également du quart de la valeur de son travail. Nécessairement le condamné pour récidive devrait être .soumis au régime le pins sévère, et on ne devrait lui laisser que Tespérance djB -mériter, par sa conduite , sa ^transposition dans une classe plus favorisée.

6.*" Ces remarques me conduisent naturellement à parler d*un autre défaut du pénitencier de Genève : c'est le manque de classification suffisante.

MM. Lucas' et Rossi* ont déjà critiqué ce vice d'organisation; leurs motifs sont les mêmes. La division da local devrait surtout se fonder sur la nature des crimes commis par les détenus. Pour arriver à nne apprécîartJon exacte , nous ne prendrions pas seulement en considération le taux de la peine. L'individu qui s'est rendu coupable d*homicide est condamné , il est vrai , à une longue privation de sa liberté (il en est privé soit à perpétuité, soit pour vingt ans au moins); il en est de même des condamnés pour délits politiques. Ces honunes seraientils donc placés dans la catégorie des pins grands criminels, tandis que le faussaire, le voleur, Fauteur d*nn viol, appartiendraient à une classe environnée de beaucoup plus d'avantages? La nature des crimes est ici la seule mesure convenable ; plus ils supposent de passions bdsses et abjectes, et par conséquent de démoralisation réelle, plus il est nécessaire d'employer de sévérité contre leni^s auteurs. L^es bommes dont le crime a eu pour cause na instant d'aveuglement, sont en général beaucoup plus accessibles à des tentatives de régénération douces et bienveillantes. Dans cbaque catégorie on établirait ensuite des

I. Du système pénitentiaire, tom. II, pag. 4o3 et saiv« - a. Droit pénal, tom. III, -pag. 180 et sdît.

idMimsioas fondées smt la conduite des prisonniers et ks signes qu'ik pourraient donner d*un repentir sincère. On pourrait introduire dans tonte maison pénitentiaire ^ et nèuie avec plus de détails encore, la division qne M^ Reynand a établie dans le bagne de Toulon entre les indociles^ les imconmus et les forçats améliorés. Il faut quu tout prisonnier ait Tespérance d'arriver, â laide d'une bomie conduite, dans une «fisse plus élevée, et les différeoces de traitement qu*on établirait d'une classe i l'autre , devraient être assez prononcées pour stimuler vivement l'émulation de chaque détenu. Cest alors seulement qu'il sera facile d'introduire une classification un peu étendue; alors aussi on pourra mieux surveiller les pri*^ sonniers et leur appliquer les moyens d'amélioration qui leur conviennent.

A ceux qui , après avoir pris connaissance du système qne nous proposons, nous objecteraient les frais de surveillance qu'il pourrait occasioner» nous demanderons si b coBstructiott de ces ponts si coAteux, de ces somptueux tbéitres, pour lesquels on dépense avec profusioa tant de millions, leur semble plus utile, je ne dis pas dans rintérèt de l'humanité, mais même dans celui de la société civile, que les maisons doat les prisonniers sortent régénérés , maisons où l'on donne à la société une garantie beaucoup plus forte de leur moralité future qu'on ne semait feticndre de nos prisons, telles qu'elles existent aujourdTim'.

deux fois ' ^^

^^^^ ^e .^àagne de Toulon,

«e la vaJ^ ^^

pour rév .^ét^ J ^ vtsz,

^'ère, et ^^*^ . , ,

p-j^ pàésons ICI , est tiré da recueil pe-

g e jler (^s^^^^^^ préliminaires snr b natnre

ma^

i^ff^ffos pénales , observations qn'il dcrenaît

Mitter:

j #^'/S<** qwrtre bagnes; ils sont établis à Tou-

^il/ /locbefort et Lorient Celai de Tonlon est le ^'L^ 5011S le rapport de la situation et de la don- /i^ ji0ât ; le séjour que j'ai fait dans cette Tille, et tfi^^^ (p^ m'a témoignée M. Rejnaud , contmissaire ' f^^f sort en m*accompagnant Ini-Hièfae à farsenal» ^H^^ coiinmmî<piant des documens intéressans, me ^'^^li même de donner ici des renseignemens positifs ^organisation de l'étabUssement , et sUr Tétat physique ^^raides condanmés. L'ordonnance du ao Août 1828. 1^ bagnes , a ordonné la distribution des condamné.^ lâV^ le genre de peiift quils ont à subir; ainsi Toulon contiendra désormais les individus condamnés aux trafsax forcés pour moins de dix ans; à Brest et â Bocheloti seront renfermés ceux qui seront condamnés pour ixx ans et plus, en distinguant encore entre les condamnations aux travaux forcés â temps et celles qui infligent la même peine à perpétuité ; enfin , Lorient est réservé aux militaires frappés de peineis disciplinaires. Cette ordonnance a été exécutée en grande partie; cependant il

1. Jafwbiicfier dcr Straf- und Besserungs^AnHtilten^ elr. année i83o, 4-* livraison.

trouve encore à Tovlon un grand nombre dlndividas cjodamnés pour vinf;! ans et à perpétnité. En 1828 les bagnes de Toulon, Brest et Rochefort contenaient 8664 forçats, dont 4403 avaient été condamnés â dix ans an plus, 1G16 i pins de dix ans, af>i à plus de vingt ans, et 3393 à perpétuité. D'après un dénombrement antérieur, il j avait 9393 prisonniers dans les bagnes en 1 834 , cl 9160 en 1S2S. En 1818 Toulon comptait 4373 for* çats; Brest, 2533, et Rocbefort, 1654. En i8a3 le nombre des forçats se montait en France à 10,408. On sait i|oe le nombre total des individus renfermés dans les prisons françaises est évalué à 40,000.

• Des sentimens très^tvers, et tek que je ne les ai pa» encore éprouvés à l'aspect d*une autre prison, viennent agiter le cœur de celui qui visite pour la première fois un bagne français. En sortant de Fenceinte de la prison on ne peut réprimer un sentiment doulonrenx, en pensant que parmi les babitans de ce séjour terrible, une partie seulement peut être rangée dans la classe des bommes corrompus sans retour, et que le plus grand nombre se compose d'bommes égarés , mais non encore entièrement perdus, dans lesquels un commerce babituel avec des bommes pervers acbève d*étouffer les bonnes dispositions qui peuvent leur rester. En comparant l'impression qui reste à ceux qui quittent le pénitencier de Genève avec celle qu'on conserve à la sortie du bagne de Toulon , on ne peut se défendre de Tidée que l'État doit s'im-* poler à lui-même la démoralisation complète que les prisonniers peuvent puiser dans les établissemens qu*il a lui-nème organisés. Mais les idées pénibles que fait natere le bagne de Toulon sont adoucies par la conviction que la nature morale de l'bomme est assez forte pour le maintenir même an milieu de ces écoles de oorrvplion, et que souvent leur influence pestilentielle

A^entrave pas le développement des germes pins nobles de rhumanité. D*un autre cAté, on éprouve un sentiment de reconnaissance en quittant Thorome qui remplit aujourd'hui les fonctions de commissaire du bagne. Doué d'une ame bienveillante et d'une raison éclairée , il a fait tout ce que lui permettaient les circonstances et les instructions sous l'empire desquelles il était placé. L'entrée de l'arsenal de Toulon » dans lequel se trouve le bagne , suffit déjà à elle seule pour produire une grande impression. Âpres avoir fait vérifier la permission spéciale quon a obtenue de visiter le bagne , on entre, accompagné d'un sous-officier (lorsque le commissaire luimême ne juge pas à propos de servir de guide â félranger), dans une large porte d'un stjle majestueux, sous laquelle s*agitent et se pressent un grand nombre d'ouvriers volontaires, de soldats, de visiteurs, etc., et le regard tombe sur les vastes bitimens de l'arsenal, qui sont rangés eux-mêmes de manière à présenter l'aspect d'une ville et laissent voir dans le lointain l'imposant fa* bleau de la mer Méditerranée, avec les deux chaînes de montagnes qui la bordent.

« Dans l'immense espace occupé par le bagne, on voit travailler avec une activité sans relâche près de 5ooo for- ' çats , auxquels il faut ajouter plus de 2000 ouvriers libres a la solde de l'administration ; au milieu d'eux se promènent les surveillans, appelés gardes -chiourmes. Les oreilles sont frappées par le bruit des chaînes des forçats, surtout lorsque, comme il arrive souvent, un grand nombre d'entre eux sont employés à transporter d'un lieu à un autre de longues pièces de bois de construction. Tandis qu'ailleurs , dans les maisons de travail , ou même dans les réparations de chaussées, auxquelles sont occupés un certain nombre d'hommes de corvée, on éprouve une impression désagréable , en voyant , Fimpassibilité et la

mmchalance avec iMjadle l'ouyiage s*exécote; on reinarqve dans Tanenal 4e Toulon une Tivacité et une activité qn'oB s'attendrait à peine i rencontrer chex ces malheureux forets. Id on passe an milieu d*un groupe de tailleurs de pierre; pins loin on s*arrète devant des charpentiers rangés en cercle» qni sont occupés i fendre du bois de construction; à gauche une chaîne de 3o à 40 forçats traîne an chantier une longue poutre destinée â la construction d'un vaisseau ; à droite la vue s'arrête sur les immenses vaisseaux de guerre» que les forçats sont occupés i confectionner on à réparer. L'impression est encore augmentée par rhabillement ronge qui distingue les forçats des ouvriers libres. Un bonnet rouge complète leur costume ; le bonnet vert distingue ceux qui sont condamnés â perpétuité. Après avoir parcouru tous les espces libres ou l'on travaille en plein air» on arrive i la forge, où 100 ouvriers, avec leurs habits rouges» leurs mains armées des instmmens de leur métier » et l'extérieur frappant qu| leur a donné l'habitude de travailler auprès du feu t font éprouver une impression indéfinissable au spectateur qui » sans en avoir été prévenu » se trouve tout i coup au milieu de ce groupe horrible. On ne peut sans frissonner se voir parmi ces hommes , dont la vie a été souillée par des crimes graves» et qui» avec les lourds marteaux et les autres instrumens dont ils sont munis» semblent prêts â tout instant à se défaire du surveillant, qui souvent est seul préposé i leur garde» et â rentrer par de nouveaux crimes dans la carrière qu'ils ont été

forcés de quitter» et cependant ce sentiment de ter-

rcar disparaît » lorsqu'on demeure quelque temps au milien d'eux. L'ordre» l'activité qui règne dans ces ateliers, la coulcnancc décente des forçais auxquels on adresse la parole» éveillent un sentiment de confiance et de satisr ladion» et Ton reste sans inquiétude au milieu d*«ux. 11. ai

«. \mi» mt voulons pas entreteair ■oskcteon Ae tootCi |gHlic«larités. intéressâtes àt rjtscaal At Toilo«. ^[IimmI bien même et biteest. «a iitiiilèt cet 4t bilimens magnifiques qi» Manr «seul , fès remarquable coiame imOîtiiMB jHnnùf , ce core un des plus beaux ëtabfe.iuwinii' qui rope! Cet immense emplaccoicat ^ gm «^ bmàvt jor h mer et traversé par des canaux» fMhrase de briques et des ouvrages b\draulîq«e$ eu prcmia' Lts premiers plans en sont dus au gëme de Yndun , Il génieur Croignard fit construire de 1774 i i^fa» ie gnlfique bassin qu'on y voit aujourd^bui» et S At renty eut le mérite d'appliquer aux travaux et la h»> rine ractivité des forçats. Tout ce qui est nécessane à b construction des vaisseaux et i la marine en géaéial, se fabrique dans cette immense enceinte» dont la surpasse celle de toute la ville de Toulon. La vue d*mi tier produit déjà à elle seule une grande sensation l'étranger qui le visite. La bauteur des vaisseau^ sur le chantier, la forme particulière de ce genre et construction, a pour le spectateur un attrait particoBcr, qui, â Toulon, port tout militaire, est encore rebaissé par retendue et la nature des travaux. On rencontre ki^ ce qui ne se trouve pas dans les antres chantiers , ces îe* menses toits d*écailles, souslabri desquelles grands vaisseaux sont construits et équipés en entier, de sorte que le bois n est endommagé ni par les feux du soleil, ni par b mauvaise saison, et que les ouvriers peuvent travailler commodément à toute époque de Tannée. Dans Tarsenal proprement dit on admire ces grands magasins avec leurs riches approvisionnemens, où Ton a réuni en grand nom* bre jusqu'aux pièces les plus minutieuses dont on peut avoir besoin pour Téquipement d*un vaisseau. Ailleurs , on voit confectionner d'énormes cordages. Dans le même

te trottTe la litseranderie , i laquelle sont encore #cc8pés 400 forçats.

«Mais il est tonps que nous donnions à nos lecteurs une (mage aussi fidèle que possible du bagne en lui-même , et ici nous ne pouvons nous empêcher de pa)'er un ju2»fe tribut de reconnaissance i M. Reynaud. Cest à lui (|ue rétablissement est redevable d'une régénération complète; 3a sagadtë pénétrante découvre partout les défauts de celte institution, et tout en se conformant au cercle que hî tncent ses instructions , il sait les extirper avec énergie M. Reynaud a surtout» par son humanité éclairée, contribué â rétablissement du système actuel, qui consiste é agir avec tons les moyens possibles sur la nature mo^ rak des condamnés, à élever leur ame, en remplaçant la dureté sévère qui régnait autrefois, par un traitement dons et bunain, et i leur faire sentir les heureuses conséquences qui résulteraient de leur régénération. La manière dont il a su mettre ces idées en pratique a déjà tu les résultats les plus favorables»

• Lorsque Tborrible ehaine des forçais, dont nous parierons plus bas avec quelque détail, arrive i Toulon, on conduit les condamnés dans une vaste tente, où ils sont purifiés et revêtus de Tunifonne du bagne ; puis ils sont 1 enfermés pcndaat trois jours dans un local particulier, où ils reçoivent une meilleure nourriture que celle qui leur est destinée plus tard. Pendant cet intervalle le commissaire rassemble sur chacun d'eux les renseignemens dont il a besoin ; il dresse leur signalement , et le quatrième }omt le forçat est accouplé A un autre condamné et coadnit dans le bagne auprès du métier quil connaît on an milieu des manœuvres ordinaires.

• Les premien efiorts du commissaire eurent pour but Rétablir entre les forçats une classification convenable. La plus grande partie se compose des incotums t ils- sont

placés sur les htgnfi* Jlottans ; ce sont ^ts T^isseam svr lesquels ils passent la nuit et la partie de la îoarnée qoî n*est pas employée au travail. Dans le principe chaque condamné 9st rangé dans la classe des inconnus , jnsqu'i ce que par sa bonne conduite il se soit rendu digne d*nne confiance particolière et ait été jugé propre à entrer dans nnç aiitre classe» Chaque inconnu est accouplé avec un aytre forçat aune même chaîne, et devient ainsi son compagnon insipafahle, jnsqn*a ce que son amélioration morale lui £MSf oM^ilîr la permission de marcher sans chaînes.

« La second^ div^ion des forçats porte le nom de salk déf^mft^^ ËU^ comprend tous ceux qui. par leur activité et leur bonne conduite , ont montré que leur intention était de quitter la carrière du vice et d'embrasser une vie meilleure. C'est parmi eux que sont choisis ceux auxquels l'adqwistration confie de petits emplois dans Tétabiisseqient ; ce sont eux qui sont recommandés en premier Men a la clémence royale. Ils sont distingués des antres par une amélioration dans les vètemens et dans la nourriture. Cte les délivre de leurs chaines, et ils ne portent plus qu,*UA anneau au pied ; ils peuvent même être dispensés de porter cette marque. La salle d'épreuve contenait en 1829 3oto forçats.

« Tandis que des distinctions de ce genre sont accordées aux condamnés qui s'en rendent dignes par leur bonne conduite, une troisième division comprend les indociles, qni , par leur endurcissement» leur obstination ou leur penchant à corrompre leurs compagnons » donnent à connaître que toute moralité est éteinte dans leur ame , et qu'il est au moins hasardeux de compter sur leur régénération. Qn les sépare de ceux qui se conduisent bien , et même des inconnus , afin (pie lenr soci^ n'exerce pas sur ceux-ci une influence fnneste. La «aile des imhçiks comptait al^irs 4<>o forçais^

• Les individus cottdamaés pour délits militaires sont complètement séparés de tous les autres» parce qa*on présume avec raison que les crimes dont ils se sont rendus coupables ne partent pas d'un nalurel dépravé. Comme ils ne sont qu'égarés » et par conséquent plus accessibles nnx tentatives d'amélioration morale , on a cru devoir respecter en eux le sentiment d'bonneur qui les distingue des autres condamnés.

• Les incoMMiu sont eux-mêmes divisés en plusieurs classes , mais seulement d'après la durée de leur peine; ainsi les individus condamnés pour dnq ans au moins et sept ans au plus, sont séparés de ceux qui sont condamnés pour sept ans au moins et dix ans au plus, etc» etc. Il est facile de voir que cette séparation n'est pas d'un grand secours; le taux de la peine ne donne qu'nttc mesure bien douteuse du degré de dépravation. On ne peut se faire une idée de la différence qui existe entre l'impression que produit sur le spectateur la salle d'épreuve , et celle qu'il éprouve au milieu des condamnés qoi logent i bord des vaisseaux. Cbet les premiers le seattaenl dn repentir et de la boute, et celui qui est la récompense naturelle d'une conscience tranquillisée, s'expriment an debors par un certain air de bonté et une conteanace francbe et ouverte; ce qui, joint â l'ordre et i la propreté qui régnent dans la salle d'épreuve, inspire de In confiance aux étrangers qui la visitent ; tandis qnîl y n quelque cbose d'effrayant dans l'aspect des looo forets entassés sur les vaisseaux. On voit au premier abord qae des bommes totalement pervertis, épiant toutes les ôocnsiaBS de s'affrancbir, et de se venger par de nonveaax criaes sur la société qui les a punis, sont ici coufondas et aûs en un dangereux contact avec le malbeu* reax , qa'aae heure d'abandon , et souvent la séduction en rivrcsse » oat conduit devant les assises. Tandis que

1^ pl«part d'entre ces derniers, surtout lorsqa*ils sont Ctttc«s depuis, peu dans le bagne , laissent lire sur lent fipir« le d^îsespoir que leur inspire leur position» on dislingue daus les traits des premiers un sourire froid et ironique» trjste fruit des sçntimens bas et bonteux, et des trames criminelles qui s'agitent dans Içur cœur. Cependant il faut dire» à Thonneiir de rétablissement» que les vaisseaux sont également remarquables par la pro* prêté et Tordre qui y régnent » et que les forçats qui les )iabilent montrent pour la plupart une contenance tran* quille. Je les a^i observés à l'instant où ils prenaient leur modeste repas de midi » et si je consulte l'impression qne m*a laissée cette scène , la plupart d'entre ces crimineis me semblent pouvoir» aVec un traitement habile» être ramenés dans le sentier de la vertu. Je suis encore obligé de relever une autre circonstance» quelque iosignifianie quelle paraisse au premier coup d'œil. Sur le pont de. l'un de ces vaisseaux se trouve nn j^urdin, composé dune grande quantité de pots dç fleurs élégans et groupés avec goût; des passages y sont pratiqués» et l'on peut se promener au milieu de ces plantes , dont plusieurs anivent à une grande hauteur» grâce a U bieulaisante influence de Tair du sud. Ce jardin suspends sert aux forçats de lieu de récréation; l'entrée en est interdite à tous ceux dont on a lieu de se plaindre. J'^ observé quâ l'heure de midi» lorsque les forçats» fatigués et harassés par des travaux pénibles» étaient reconduits sur Unrs vaisseaux» il^ allaient avant tout sur le pont et s'empressaient de donner à leiirs 9eurs les soins dont elitt avaient besoin : la scène était vraiment attendrissante. Des hommes capables de goûter des plaisirs aussi purs et aussi innocens» ne peuvent être entiérenient déprâivés.

« Sous le rapport de la propreté, je suis forcé de donner en général à rétablissement un bon témoignage. Ia$ for*

(âto sont rasés «ne fob par semaine, reçoivent tons les dimanches dn lin^t blanc, et sont obligés de se baigner fréquemment Leur habillement se compose de deux panr talons, deux chemises, une veste de laine et un bonnet ronge; chaque forçat reçoit une couverte, qui doit lui servir ponr trois ans.. Leur nourriture est très -modique: Us reçoivent par jour 3o onces do pain , 48 centilitres de vin, et une soupe de gruau. Une telle portion s*accorde peu avec les pénibles travaux qui sont imposés aux forçats. Mais le système de M. Reynaud a pour but de forcer ch|que condamné i tâther lui -même de gagner quelque argent , et nous verrons plus bas que les occasions ne lui manquent pas. Avec une partie du produit de son travail le forçat laborieux peut se procurer chaque jour une nourriture suiEsante, en s'achetant une soupe fortifiante, de la viande et du vin. Les prix des denrées sont fiiéa d'avance , et chaque infraction an tarif enirainerait une peine grave ponr le /ricotier. Les forçats sont couchés dans les salles sur des lils de camp, et dans les vaisseaux sur le plancher. L'usage du matelas est en général peu goàté de 1 administration, parce que l'expérience a montré qu'il était facile aux condamnés de s'en servir pour y cacher les instrumens de leur évasion, tels que des limes, etc. Cependant à Toulon l'humanité de M. Keynaud a fait une exception en faveur des forçats dont la conduite a mérité celte distinction , et on leur accorde un matelas d'étoope , auquel les forçab ont donné le nom de stra^^ pemlm. Pendant la nuit les forçats sont accouplés deux i dcvx. Pendant le jour on n'accouple que les inconnus s cependant ceux d'entre eux qui se conduisent bien obtiennent asscx iacilement la permission de travailler sans chaînes; on les leur remet au moindre signe de mauvaise conduite* G>mme on ne remarque pas au premier abord l'anneau qne portent au pied les forçats qui sont aflrancbis do

leurs cbaiites, celuî qui visite pour la première fms le bagne » et qui auparavant a beaucoup entendtt parler des chaînes auxquelles sont assujettis les condamnés, épronve une sensation singulière, en voyant marcher librement et en plein air un grand nombre d'entre eux, plnsienfs même portant le bonnet vert, signe de la condamnation i perpétuité. M. Reynaud a conçu la belle idée d'accorder aux forçats tous les adoucissemens compatibles avec U sûreté de rétablissement et Ferapèchement des évasions , mais à condition que chaque condamné se sera d*abord rendu digne de ces distinctions par sa bonne conduite.

« Les réglemens du bagne sons le rapport dn travail consistent en ce que chaque forçat exerce le métier qu'il a appris, si ce métier est un de ceux qui sont introduits dans l'établissement, ou qu'il apprenne un métier, ou bien qu'il se soumette aux travaux ordinaires, qu'on serait obligé autrement de faire exécuter par des journaliers^ tels que le transport des matériaux nécessaires à la construction, etc. Tous les condamnés, à l'exception de ceux qui par leur mauvaise conduite se sont rendus tellement indignes de toute confiance, qu'on ne puisse même leur confier aucun travail , sont à même de se gagner un petit pécule , -parce que tout travail est payé. Il est vrai que le profit est trcs-inégal , et ceux qui ont appris un métier se trouyent dans une position plus favorable que les autres. Le tailleur de pierre peut gagner 33 francs par mois ; le serrurier , le forgeron et le constructeur de vaisseaux peuvent gagner une somme pins forte encore ; tandis que le gain du filaleur ne va pas au-deU de 3 fir. Celui qui est incapable d'exercer aucun métier et ne peut exécuter que les travaux pénibles des manoeuvres ordinaires, se trouve, par suite de la modicité du paiement, dans une position très-fâcbense. L'influence de ce con*

Inste ealre les forçais qu ont appris un nié^er et cen qui n*eii cemaittent pas» se maaifesle aussi dans le rap» port de U nortalité ches les uns et ches les autres. A Brest la nortalité est de i snr 77 pami les condamaés qui exercent na métier, et de 1 sur 95 pafmi ceux qui s'en eierceat pas \ Il est évident que la diversité de ces résultats doit être attriboée i celle de b nonrtitore , qui pent être abondante et forte chez ceni qui, par le proil résultant de leur . travail , suppléent â la modicité de la portion qui leur est allouée, tandis que le malheureux qui, par des causes indépendantes de sa volonté (telles que, par exemple, sa faiblesse physique), n*a pu se pro^ curer le même supplément , succombe au bout de peu de temps. Du reste nous devons remarquer, quant au $jai^ tême de travail adopté â Toulon , qu'il serait diSdle de trouver pour un établissement pénal une position plus favorable. La communication du bagne avec les travaux de la marine, les immenses ouvrages hydrauliques qui $y exécutent , et surtout la construction des vaisseaux , permettent d'employer un grand nombre d'ouvriers de tous les métiers. Ainsi la plupart des forçats peuvent exercer le métier qu'ils ont appris. L'étendue des bâti^ mens, dans lesquels des travaux de nature différente sont exécutés commodément et sans nuire à la santé des ouvriers, favorise une telle organisation, et contribue en même temps i diminuer la mortalité : aussi l'extérieur des condamnés respire la santé ; ce qui distingue le bagne de Toulon des antres établissemens de travail, et doit surtout être attribué i Tosage de faire travailler en plein air. Ajoutez i cela que l'excellent climat de Toulon, qui n est éloigné que de deux lieues d'Hyéres , si célèbre par la beauté de la contrée et la douceur de l'air qu'on j

a. LvCAS, dans la Gatelu dct tHhnttAa& \ êua. iSaS, a.* ySS»

^rcispire,*€xeree nne iafluence jieureuse.sur la saaié ât$ piisonniers, de &orte que, sous le rapport du lûea-ètre physique des condamnés, le bagne de Toulom est plus faxorisé que toutes les autres institutioiis de ce genre ,en Europe. Mous devons encore payer un tribut d'éloges à. re»:ellente organisation de Thôpital attaché i la prison. Le bitiment à lui seul attire déjà l'attention par le beau .^le dans lequel il est construit La propreté Jie laisse |jen à désirer, et le traitement des malades est vanté avec Reconnaissance par tous les condamnés. Ils y reçoivent ^es soins égaux à ceux qu*on accorde aux soldats de la narine, seulement on voit avec peine que les malades conservent leurs fers, sans, doute afin de prévenir les évasions ; mais nous devons ajouter que le bienfaisant commissaire du bagne affranchit de leurs fers tous lea palades qui ont mérité cette marque de confiance. Nous navons pu nous procurer des renseignemens exacts sur Ja mortalité qui règne dans le bagne. D*après les assurais ces qui nous ont été données , il meurt un condamné snr 200, et ce résultat est aussi d*accord avec les données de M. Appert', D'après M. Marquézy, avocat, il meurt chaque année un forçat sur 10*. Suivant un article de M. Lucas ^, le rapport de la mortalité dans le bagne de Brest serait de z à ^o. Dans le bagne de Rocbefort Tinsalu^ brité relative du climat rend la mortalité beaucoup plus grande; 167 forçats sont morts en 18^4; 98 en i8a5; 130 en 1826, et 12^ en 1827^ Ici encore on ne peut se

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