Journal de& prisons, année i8î8, n."' i et a^ p»g
3. Ota Irouye sur ce pbint des remarques intéressantes dans l'article de VUniftritl que nous ayons cité plu« haut. Lu Cas i
réunir dans une même classe les auteors des crimes les plos divers, exécutés par des motifs souvent tout-a-fait hétérogènes, tandis qu'il existe une grande différence entre leur degré de criminalité et le degré présumé de dépravation morale de chacun d*enx. Le bigame , comme le >olettr et le faussaire, l'individu puni pour avoir porté des blessures dans une rixe, comme celui qui a commis un attentat à la pudeur, se trouvent' dans la même classe sons le rapport de la durée de leur condamnation, et ce* pendant il ne viendra dans l'idée de personne de les placer au même degré de l'échelle de criminalité. Nous n'avons pas besoin de signaler ici les dangefs qui peuvent résulter d'un rapprochement imprudent d*hommes crimi- •ds à des degr^ divers.
• 5/ L'un des grands défauts de l'organisation du bagne est le manque d'instruction religieuse et d'un culte sage» nent ordonné. Ici nous avons à craindre d'encourir le blime de ceux qui regardent tout exercice religieux comme un acte d'hjpocrisie on de fanatisme , et qui croient pouvoir gouverner le monde avec une morale froide et inpoissante pour protéger l'homme au milieu des orages de la vie. Mais, sans nous inquiéter des reproches de ces messieurs , nous déclarerons hautement que, suivant noiro conviction , des exercices religieux dans le bagne, s'ils sont organisés d'une manière noble et digne , sont propres au phs haut degré à calmer et à réconcilier avec lui-même le coeur déchiré du criminel, et à produire sur lui cet état de soumission dans lequel il supporte avec résignation la peine qu'il a méritée, mais élève en même temps ses rcptds vers celui qui pardonne au coupable, et reçoit dans son sein l'homme repentant. Il n'y a pas , à propre*
dans I4 GasctU de* tribanaux , anii^« 1838, n.* ioo3 , li^etl ^4iMBCvt «vpriaé êmt c«t obj«l d*nnc maiiMr* rcttarquablt.
iM9it dire, de cëit tdiff^^ au bagne. Le dimaBcke, il est vnù» on ait U messe sur l'un des vaisseaux ; pendant toat le temps qu'elle dure, les forçats restent i genoux êxn< Jens salles I et lors de rélévation» ils font le signe ttsîië; niaisiJ n'/ a pas là un culte véritable auquel tous pren* nent part Peut- être serait-il difficile de faire tenir ces 5ooo forçats dans une chapelle. On sait que Livingston a élevé beaucoup de griefs contre Tusage de célébrer le service divin en commun dans les prisons. J*ai déjà ex^ primé mon opinion à ce sujet dans les Ârchh^es du droit criminel, et je crois encore qu'il ne serait pas impossible d'établir mènfe dans les bagnes un culte pid^lic, organisé d'une manière prudente et éclairée. Avec quelle facilité des prêtres sages et instruits ne pourraient -ils pas, au mojen d'une instruction religieuse qui se tiendrait plusieurs fois pendant la semaine, et par d^ conférences particulières avec chaque condamné, agir sur les esprits de ces hommes égarés et opérer une amâioration radicale dune manière beaucoup plus sûre et plus solide que le ^stème actuel, qui contribue trop à diriger le cœur des forçats vers un but extérieur, terrestre et souvent purement fiscal. Je sens bien qu'ici j*exprime un votumpium, dôut la réalisation aurait à combattre un obstacle capital, surtout dans le midi djc la France, où l'on trouverait bioi peu de prêtres auxquels on voulût confier le noble emploi dont j'ai parlé. Une grande partie du clergé firançais ne connaît pas cette religion d'amour et de bienveillance. Dépourvue de toute instruction un peu élevée, elle prend la forme pour le fond, et ne connaît de la sainte mission qui lui a été confiée par Jésus-Christ que le droit de maudire. Puissent tous ces prêtres, qui se plaignent si amèrement des progrès de l'irréligion en France, reconnaître enfin que l'intolérance et le fanatisme des ministres de Dieu sont [es plus sûrs mo^efis d'étouffer le véritable sen-
tineat rdigiau , de foimir an ridicide un juste sujet de sarcaMie, et de produire parmi le peuple un état d*incré» dniilé frÎTole, bien facile i conceroir lorsqu'on songe que la raison de tout homme un peu éclairé se refuse â obéir à la voix de ces bommes dont la bouche ne sait proférer que oes maieoicDonSb
• €.* Vn défaut capital des bagnes consiste dans la dépravation profondément enracinée ches un grand nombre de criminels endurcis au vice, dont l'exemple agit d'une manière funeste et corruptrice sur Tesprit de rétablissement Qui ne connaît les Mémoires de Vidocq, ce livre si révoltant par son ton frivole et par la masse d*im* moralités qnil d^èle, mays utile pour l'observateur du corar humain, parce qu'il permet de plonger un regard profond dans ce labyrinthe de corruption organisée. II suf«» fit de les avoir lus, pour savoir avec quelle facilité les évasions s'exécutent dans les prisons. Des hommes tels que Vidocq et son rival , Tautenr du Fidocif défoUé^ et Imrs nombreux complices, sont continuellement en guerre ravert"^ avec la société et l'ordre public La police prend en général trop peu en considération leur liaison avec les filles impudiques, qu'une frivolité indulgente regarde trop •onvent comme des êtres incapables de nuire, tandis qu'elles sont les compagnes et les fautrices les plus fidèles des brigands, des voleurs et des criminels de tout genre, et qu'elles jouent le rôle le plus important dans le sucres des évasions. Celui qpi a vu dans Vidocq combien il ts\ facile de faire réussir de pareilles tentatives, et qui connaît l'organisation des bagnes, doit s'étonner que le chiffre des évasions ne soit pas encore plus fort II n*est pas difEctle au forçat de choisir un endroit écarté de cet immense bitiment pour y entretenir des intelligences avec des en* tremeltears, d'y trouver le lendemain , cachés sous une pierre i des limes, de l'argent, des vètemens, des pcrm*
^es et des rooustaclies fausses, de limer sa chaîne, et de se travestir pour s'échapper ensuite par la grande porte» où rencombrement d'une foule nombreuse permet détromper la vigilance des surveillans,
«Tons ceux qui ont été détenus pendant quelque temps dans des bagnes, avouent quils ont toujours eu devant les jeux cette espérance de s'évader, que les vieux criminels s'attachaient à entretenir soigneusement en eux; cette idée les domine entièrement, et agit en sens inverse de toute direction plus noble, qui pourrait opérer chez eux une amélioration véritable. Qu'on ajoute à cela la présence du vice affreux auquel les forçats se livrent avec une immoralité révoltante , les vols légers qu'ils commettent sur les objets qui leur sont laissés entre les mains, tels que les clous, les instrumens, le fer, etc. { ce genre de vol est désigné dans le bagne sous le nom de camelotiez ^ et la facilité avec laquelle le voleur peut déposer sous une pierre ou un morceau de bois l'objet volé, pour en re« trouver le lendemain à la même place le prix déposé pa^ le receleur ou rentremetteui* : défauts dont les sources principales sont l'immoralité qui existe et se développe de jour en jour davantage dans le coeur de chaque forçat, et les occasions fréquentes de crime que lui. fournissent l'étendue des bâtimens et le système de travail. "
Éi4Mt des prisons en Allemagne,
PAA H. LAOARMrnZ.
Dans une occasion encore récente, nn historien célèbre' a retrace TAllenugne comme nn pays où le développe* ment social n'est pas en harmonie avec celni de lliomme individnel : le défaut de connaissance du monde extérieur, Tjbsence du sentiment de la réalité sont, selon lui, le caraclére particulier de toutes les œuvres du génie allemand, et , à ce titre , il refuse â TAllemagne une civilisation véri* table. Énoncé d'une manière aussi absolue, ce reproche BOUS paraît tomber dans le défaut auquel sont sujettes tontes les formules destinées à exprimer les faib généraux qui composent la civilisation d'un peuple : le grand nombre d'exceptions qu'elles sont forcées d'admettre, sous peine d'être fausses, les rend inutiles, ou tout au moins trompeuses. Nous avons â consigner ici une exception de ce genre.
L'organisation des prisons est un des élémens les pins vitaux et les plus pratiques de la législation criminelle d^un peuple : son importance est destinée â s'accroitre de |our en jour, i mesure que la peine de l'emprisonnement prendra le rang qui lui convient dans notre civilisation.* 'Noos retracerons les efforts qui ont été faits en Allemagne pour mettre le régime des prisons en harmonie avec les progrès de la législation criminelle et le degré auquel on est parvenu jusqu'aujourd'hui. Nos lecteurs jugeront si ce
I. GiitoT, Coon d^hîttoirc de \m chilUaiion européenne) Pem, iSiS, paç. 19.
a. RoMi , Traité du Droit pénal , tom. III , pig. 169 : « L*emg prifonnemeni eei U peine par eiiellcnce Hans lea sociétâi 4 dvîltaéca. '
pajs, qn*oii nous représente ordmairement si fertile ea théories et si infécond en amâiorations sociales, a encore beancoup de chemin à faire sous ce rapport pour égaler rAngleterre, dont le peuple, éminemment pratique, possède, suivant Thenreuse expression de M. Gniiot, le génie du bon sens, '
Du reste , il est aifligeant d*aToner que ces institutions, que nous cherchons ici à garantir contre le préjugé qui s'attache dans Tesprit du Fiançais â tonte la législation criminelle de l'ÂUeniagne, sont encore loin de répondre entièrement aux justes erigences d'une philosophie humaine et éclairée. En mettant â profit les nonbreox matériaux que nous avons entre les mains, nous j puiserons indistinctement ce qui pourra mériter le blime on la louange : nos choix ne seront fondés que sur la con« sidération du plus ou moins d'utilité qu'ils présenteront, soit comme éiémens de comparabon, soit comme mo* dèies â suivre.
Pour juger de la grandeur des obstacles qui se sont opposés et s'opposent encore aujourd'hui en Allemagne i la réforme du sjstème des prisons, nous sommes obligé de jeter un coup d'oeil rapide sur l'état oii elles se trouvaient â l'époque oh les nouvelles idées ont commencé à passer de la théorie dans la pratique. Ici, comme ailleurs, un long intervalle sépare l'instant où les premiers principes de l'amélioration sont proclamés par quelques es* prits supérieurs , de celui où les gouvememens la vivifient par leur sanction et s'avancent d'un pas plus lent, mais plus sûr, dans la carrière de la réforme. En 1780 , une traduction, accompagnée de notes, avait déjà naturalisé en Allemagne les travaux de Howard*; depuis cette