SUR LA PHYSIOLOGIE DU COEUR
apporte aux organes le sang qui les anime; et le système du cœur droit emporte le sang qui les a fait vivre un instant.
Quand, en physiologie, on veut comprendre les fonctions d'un organe, il faut toujours remonter aux {U'opriétés vitales de la substance qui le compose : c'est, par conséquent, dans les propriétés du tissu du cœur que nous pourrons trouver l'explication de ses fonctions. Cela ne nous offrira d'ailleurs aucune difficulté, car, ainsi que nous l'avons déjà dit, le cœur est un muscle, et il en possède toutes les propriétés physiologiques. Or il me suffira de vous rappeler que ce tissu charnu ou musculaire est constitué par des fibres qui ont la propriété de se raccourcir, c'està-dire de se contracter.
Lorsque les fibres musculaires sont disposées de manière à former un muscle allongé, dont les deux extrémités viennent s'insérer sur deux os articulés ensemble, l'effet nécessaire de la contraction ou^ du raccourcissement du muscle est de faire mouvoir les deux os l'un sur l'autre en les rapprochant ; mais quand les fibres musculaii'es sont disposées de manière à constituer les parois d'une poche musculaire, comme cela a lieu dans le cœur, l'effet nécessaire de la contraction du tissu musculaire est de rétrécir ou de faire disparaître plus ou moins complètement la cavité, en expulsant le contenu. Cela nous permet de comprendre comment, à chaque
contraction des cavités du cœur, le sang qu'elles contiennent se trouve expulsé suivant une direction déterminée par la disposition des valvules ou soupapes cardiaques.
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81 . — Cuiipe lungitudinale du cœur ilo l'Iiomnie pour montrer le mccHuisme Je la circulation dans les diverses cavités.
od. Oreillette droite. — vd. Ventricule droit. — og. Oreillette gauche. — vg. Ventricule gauche. — Les flcclies placées à l'embouchure des divers vaisseaux aboutissant aux cavités du cœur indiquent le sens du lourant sanguin dans ces vaisseaux.
Quand l'oreillette se contracte (fig. 81), le sang est poussé dans le ventricule parce que la valvule auriculoventriculaire s'abaisse; quand le ventricule se conti'acte, le sang est chassé dans les artères parce que
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la valvule signioïde ou artérielle s'abaisse, pour laisser passer le liquide sanguin, en même tenij)s que la valvule auriculo-ventriculaire se relève pour empêcher le sang de refluer dans l'oreillette. La contraction des cavités du cœur, qui les vide de sang, est suivie d'un relâchement pendant lequel elles se remplissent de nouveau de liquide sanguin, puis d'une nouvelle contraction (jui les vide encore, et ainsi de suite. Il en résulte que le mouvement du cœur est constitué par une succession de mouvements alternatifs de contraction et de relâchement de ses cavités. On appelle systole le mouvement de contraction et diastole le mouvement de relâchement. Les quatre cavités du cœur se contractent et se relâchent successivement deux à deux : d'abord les deux oreillettes, puis les deux ventricules. Un intervalle de repos très-court sépare la contiaction des oreillettes de la contraction des ventricules, puis un intervalle un peu plus long succède à la contraction du ventricule.
Il serait complètement hors de notre objet de décrire ici en détail le mécanisme de la circulation dans les différentes cavités du cœur. Dans nos explications ultérieures, nous aurons seulement à tenir compte du jeu du ventricule gauche, qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, est le ventricule nourricier alimentant et animant tous les organes du corps. Il nous suffira donc de dire (ju'au moment de la contraction de ce ventricule le cœur se projette en avant,
ET SES RAPPORTS AVEC LE CERVEAU. /|o7
et vient frapper, comme ferait le battant d'une cloche, entre la cinquième et la sixième côte, au-dessous du sein gauche : c'est ce qu'on appelle le battement du cœur. A ce même instant de la contraction du ventricule gauche, le sang est lancé dans l'aorte et par là dans toutes les artères du corps avec une pression capable de soulever une colonne mercurielle d'environ 150 millimètres de hauteur. C'est ce qui produit le soulèvement observé dans toutes les artères, et qu'on appelle le pouls.
Toute la mécanique des mouvements du cœur a été l'oltjet de travaux extrêmement approfondis, et la science moderne a étudié les phénomènes de la circulation à l'aide de procédés graphiques qui donnent aux recherches une très-grande exactitude. Le seul point que nous tenions à rappeler, c'est que le cœur est une véritable machine vivante, qui fonctionne comme une pompe foulante dans laquelle le piston est remplacé par la contraction musculaire. I.e cœur peut retracer lui-même sur le papier chacune de ses contractions avec leurs moindres modifications, et l'on peut dire alors, sans métaphore, qu'on lit dans le cœur humain. Nous allons vous donner une idée de ces moyens graphiques. M. le docteur Marey, à qui l'Académie des sciences a précisément, cette année même, décerné un prix pour ses importants travaux sur la circulation du sang, va exécuter devant vous des expériences avec
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des appareils qu'il a lui-même inventés ou perfectionnés.
Pour l'homme, l'appareil cardiographique (fig, 82)
l'ig. 82. — Appareil cardiographique ou sphygmographe do M. Marey pour l'inscription directe des pulsations du cœur.
A . Tambour stéllioscopique qu'on place sur la poitrine pour percevoir les battements du cœur. — i, i'. Deux membranes de caoutchouc bombées en sens inverse l'une de l'autre et comprenant entre elles un espace lenticulaire rempli d'eau. — B. Tambour enregistreur terminé par une membrane de caoutchouc légèrement bombée li, sur laquelle repose un petit prisme qui supporte le levier L. — C. Tube de caoutchouc destiné à transmettre les vibrations du tambour récepteur A au tambour enregistreur B. — c. Soupape permettant de régler la quantité d'air contenue dans le tube de caoutchouc C. — L. Levier très-léger, articulé à une de ses extrémités de manière à se mouvoir librement autour d'elle dans un plan verticfil; il repose sur un petit prisme fixé à la membrane de caoutchouc h du tambour enregistreur 2{ et s'élève ou s'abaisse avec lui; son extrémité libre repose contre le tableau noir ab. — ab. Tableau noir se mouvant régulièrement sur un chemin de fer de 6 en o et qui reçoit l'inscription des mouvements du levier L représentant les battements du cœur.
se compose de deux parties essentielles : un tambour stéthoscopique A, destiné à percevoir les battements du cœur, et un tambour enregistreur B destiné à les écrire. Le tambour stéthoscopique A destiné à rece= voir les pulsations doit être appliqué sur la région du cœur ; il est formé par un entonnoir dont le pavillon est bouché exactement par deux membranes de caoutchouc i, i' , dans l'intervalle desquelles ou introduit de l'eau de manière à les faire bomber sous la forme d'une ampoule lenticulaire. Le tam= bour enregistreur B est formé par un autre entonnoir dont le pavillon est bouché par une seule membrane de caoutchouc /? sur laquelle repose un petit levier L léger comme une plume ; puis ces deux entonnoirs sont reliés par un tube de caoutchouc C, qui transmet les vibrations du tambour récepteur A au tambour enregistreur B.
Chaque battement du cœur vient retentir contre Tampoule pleine d'eau de l'entonnoir stéthoscopique. L'air placé en arrière de l'ampoule entre en vibrations ; ces vibrations se transmettent, au moyen de l'air qui remplit le tube de caoutchouc, à la membrane du tambour enregistreur qui, vibrant à son tour, fait mouvoir le petit levier dont la pointe vient écrire la forme des battements du cœur sur un papier mobile enduit de noir de fumée. On obtient ainsi une écriture tracée par le cœur lui-même et qui permet de lire dans ses fonctions intimes.
Le cardiographe est un instrument d'autant plus