‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 137 sur 159 · SUR LA PHYSIOLOGIE DU COEUR · texte numérisé non relu

SUR LA PHYSIOLOGIE DU COEUR

Voici le tracé des pulsations d'un cœur de grenouille (fig. 85).

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V Cf.

Voici le tracé d'un cœur d'anguille (fio-. 86).

Voici le tracé d'un cœur de tortue (fig. 87).

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Voici enfin le tracé des battemenls du cœur chez un animal invertébré, le crabe (fig. 88).

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Lu ([ueslion que nous désirons muinlenant exaniiuer d'une manière plus particulière dans cette conférence est celle de savoir comment le cœur, ce simple moteur de la circulation du sang, peut, en l'éagissant sous l'influence du système nerveux, coopérer au mécanisme si délicat des sentiments qui se j ])n»duisent en nous.

Le cœur nous apparaît immédiatement comme un organe étrange par son activité exceptionnelle. Dans le développement du corps animal, chaque appareil vital n'entre en général en ibnctiiMi qu'après avoii* achevé son évolution et acquis sa texture définitive. Il y a même des organes, — particulièrement ceux (pii sont destinés à la propagation de l'espèce, — (pii ne se montrent sur la scène organique que longtemps après la naissance, pour en disparaître ensuite et rentrer de nouveau dans la torpenr pendant la dernière période de la vie de l'individu. Le cœur au contraire manifeste son activité dès l'origine de la vie, bien longtemps avant de posséder sa forme achevée et sa structure caractéristique. Ce fait n'est pas seulement remarquable comme indiquant la préco- . cité des fonctions du cœur, mais il est aussi de natur<; il faire profondément réfléchir le physiologiste sur le l'apport réel qui doit exister entre les formes anatomiques et les propriétés vitales des tissus.

Rien n'est beau comme d'assister à la naissance du conii'. (>hez le poulet, dès la vingt-sixième ou la

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trentième heure de liiicubatiou, ou voit apparaître sur le champ germinal un très-petit point, puncfum saliejis, dans lequel on finit par constater des mouvements d'abord rares et à peine perceptibles. Peu à peu ces mouvements se prononcent davantage et deviennent plus fréquents ; le cœur se dessine mieux, des artères et des veines se forent, le liquide sanguin se manifeste plus distinctement, et tout un système vasculaire provisoire (area vascidosa) s'est étalé en rayonnant autour du cœur, désormais constitué physiologiquement comme organe de circulation embryonnaire (fîg. 89). Ace moment, les hnéaments

j.'jçr. 89. — Arca vaacu'.osa uu i;liam|i geriuiiialir représentant la circulation primitive du poulet dans l'œuf.

''. Cœur primitif, iipj)iu(.'il coiiU'iil do Im circululion.

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fondamentaux du corps de l'animal ont déjà paru ; le cœur, alors en pleine activité, représente un moteur sanguin isolé, antérieur à l'organisation, et destiné à transporter sur le chantier de la vie les matériaux nécessaires à la formation du corps animal. Chez l'oiseau, le cœur va chercher les matériaux dans les éléments de l'œuf; chez le mammifère, il les puise dans les éléments du sang maternel.

Pendant que cet organe sert ainsi à la construction et au développement du corps tout entier, il s'accroît et se développe lui-même (fig. 90). A son origine, ce n'était qu'une simple vésicule obscurément contractile, comme la vésicule circulatoire d'un infusoire ; mais cette vésicule s'allonge bientôt et bat avec rapidité : la partie inférieure reçoit le liquide sanguin et représente une oreillette, tandis que la partie supérieure constiiue un véritable ventricule qui lance le sang dans un bulbe aortique se divisant en arcs branchiaux : c'est alors un vrai cœur de poisson. Plus tard, ce cœur subit un mouvement combiné de torsion et de bascule qui l'amène en haut sa partie auriculaire et en bas sa partie ventriculaire. Avant que ce mouvement de bascule soit complet, l'organe représente un cœur à trois cavités, c'est-àdire un cœur de reptile, et, dès que le mouvement est achevé, il possède les quatre cavités d'un cœur d'oiseau ou de mammifère. Les diverses phases de développement du cœur nous montrent donc que cet organe n'arrive à son état d'organisation le plus

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élevé, — chez les oiseaux, les mammifères et l'homme, — qu'en passant transitoirement par des

l'ig. 90. — Périodes successives du (iévelo|ipe!iu'!il du i:.i:uv chez le poulet.

.1. Cœur primitif formé d'une seule cavité r, le cœur artériel et le cœur veineux u'étant pas encore distincts.

B. Seconde période du développement du cœur correspondant a tui cœur de poisson. — v. Cœur artériel dissimulant la partie auriculaire placée en arrière. — h, fj. Artères branchiales émanant du bull)i' ttor tique a,

C. Même figure que la précédente, vue de profil. — v. Cœnr avtéviel. — 0. Cœur veineux. — b. Arcs branchiaux.

D. Troisième période du développement du cueur correspondant au l'œur à trois cavités des reptiles. — v, v'. Les deux cœurs artériels, droit et gauche, correspondant aux deux ventricules, droit et gauche, du cœur parfait. — o, o'. Les deux cœurs veineux, droit et gauche, correspondant aux deux oreillettes, droite et gauche, du cœur par l'ait. — o. Bulbe aortique.

formes qui sont restées définitives pour des classes animales inférieures. C'est l'observation de ces faits,

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et de beaucoup d'autres du luêuie genre, qui a donné naissance à l'idée, philosophiquement vraie, que chaque animal reflète dans son évolution embryonnaire les organismes qui lui sont inférieurs (1),

Le cœuî- diffère îiinsi de tous les muscles du corps en ce qu'il agit dès qu'il apparaît dans l'embryon et avant d'être complètement développé. Vue fois son organisation achevée, il continue encore à former une exception dans le système musculaire. En effet, tons les appareils musculaires nous présentent dans leurs fonctions des alternatives d'activité et de repos : le cœur au contraire ne se l'epose jamais. De tous les organes du corps il est celui qui agit le plus longtemps ; il préexiste à l'organisme, il lui survit, et dans la mort successive et naturelle des organes il est le dernier (jui continue à manifester ses fonctions. En un mot, suivant l'expression du grand Ilallcr, )e cœur vit le premier (primum vivens) et meurt le dernier (ultimum moriens). Dans cette extinction de la vie de l'organisme, le cœur agit encore quand déjà les autres organes font silence autour de lui. Il veille le dernier, comme s'il attendait la fin de la

(I) Il est vrai que le cœur à trois cavité^; liiiii (loulel on développe.iieiit iiossède une cloison interveiUriculuirc qui ne.viste pas chez le reptile adulte. lU'audrait donc comparer le cœur du poulet en développement avec le cœur du rejitile en développement. Car il serait possiljle que cette cloison inlerventriculaire existât chez le reptde à une certaine période de développement et qu'elle disparût plus tard.

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lutte entre la vie et la mort, car tant qu'il se meut, la vie peut se rétablir; lorsque le cœur a cessé de battre, elle est irrévocablement perdue, et de même que son premier mouvement a été le signe certain de la vie, son dernier battement est le signe certain de la mort.

Les notions qui précèdent étaient nécessaires à donner, car elles nous aideront à mieux faire comprendre l'action du système nerveux sur le cœur. Nous devons déjà pressentir que cet organe musculaire possède la propriété de se contracter sans l'intervention de l'influence nerveuse ; il entre en fonction bien avant que le système nerveux ait donné signe de vie. Il y a môme plus : les nerfs peuvent être très-développés et constitués anatomiquement sans agir encore sur aucun des organes musculaires qui sont eux-mêmes déjà développés. En effet, j'ai constaté par des expériences directes que les extrémités nerveuses ne se soudent physiologiquement aux systèmes musculaires que dans les derniers temps de la vie embryonnaire. Lorsque, après la naissance, le système nerveux a pris son empire sur tous les organes musculaires du corps, le cœur se passe néanmoins de son influence pour accomplir ses fonctions de moteur circulatoire central. On paralyse les muscles des niembrps en coupant les nerfs qui les animent, on ne paralyse jamais les mouvements du cœur en divisant les nerfs qui se rendent dans son tissu ;

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