‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 182 sur 200 · LES ANIMAUX FORMENT DES PRINCIPES IMMEDIATS, I · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX FORMENT DES PRINCIPES IMMEDIATS, I

carnivores : prétendrait-on en conclure que les premiers sont faits pour les seconds? Non, évidemment, au moins au point de vue physiologique. Eh bien, si de l’utilité que l’homme tire du miel des abeilles, par exemple, vous ne pouvez pas déduire raisonnablement cette conséquence que les abeilles ont été faites pour lui, comment vous serait-il permis d’affirmer que les betteraves ont été créées en vue des animaux, et vivent pour leur plus grand prolit parce que ces animaux se nourrissent du sucre qu elles produisent ? Des deux côtés, la situation es! identique. Chaque être vit pour son propre compte, et porte sa fin en lui-même, bien qu’il occupe sa place dans l’ensemble du monde sans en troubler f harmonie. Mais, comme conséquence de son autonomie, tout être vivant, quel qu'il soit, peut produire les principes essentiels à son existence, au moins en général.

Ainsi, on avait soutenu bien des fois que les animaux ne produisaient jamais de graisse, et qu’ils n’en pouvaient fixer dans leurs tissus qu’autant que leur en fournissaient leurs aliments. Le rôle de romanisme animal dans la formation de la graisse

se réduisait donc, en quelque sorte, à filtrer cette substance pour la séparer de toutes les autres qui s’y trouvaient mélangées; mais on le jugeait incapable de produire aucune combinaison nouvelle, et le beurre que nous retrouvions au milieu du lait avait du nécessairement exister, sous la forme de matière

Zi 08 l’élément nerveux.

grasse, dans le foin ou l’herbe mangée par la vache. Aujourd’hui cette théorie exclusive est tout à fait disparue, et l’erreur en a été démontrée trop manifestement pour qu’elle compte encore un seul adhérent.

ïl en est de même pour le sucre. On croyait aussi qu’il se formait exclusivement chez les végétaux. Mais c’était encore là une théorie trompeuse qui s’est écroulée devant les faits comme la précédente. Il ne serait plus possible de nier aujourd’hui que les animaux forment du sucre comme ils en détruisent. J’ai clairement démontré par mes travaux que les animaux forment du sucre, et qu’ils le font ensuite passer par toutes les transformations qu'il peut subir, jusqu’à sa décomposition en alcool et acide carbonique qui fait rentrer une partie de ses éléments dans le monde minéral. Le mécanisme de cette opération est fort analogue à celui qui amène la production de la pepsine, de la ptyaline, de la pancréatine, ainsi que des autres humeurs spéciales aux sécrétions et jouant un rôle quelconque dans l'organisme. La formation du sucre a lieu du reste dans une cellule animale absolument comme dans une cellule végétale. D'un côté comme de l’autre, il se forme d’abord de l’amidon qui se dépose au milieu de la cellule , ainsi qu’on peut le voir notamment dans le foie des animaux; puis cet amidon se transforme en dextrine, et cette dextrine devient ensuite du sucre ordinaire.

ACTION DU SYST. NERVEUX SUR LES VAISSEAUX. /l09

Tous ccs faits successifs peuvent parfaitement se produire sans qu’il y ait de système nerveux, ou tout il fait en dehors de son action .

Ce système joue pourtant un rôle tort notable dans les phénomènes qui nous occupent; seulement son influence n’est pas une influence directe: elle s’exerce toujours pai* l’intermédiaire du système circulatoire. Quand l’amidon se transforme en sucre dans une cellule végétale, c’est grâce il l’action de certains ferments et aussi à des conditions particulières de température ou de milieu que la plante réunit alors. Dans le corps des animaux, nous retrouvons ces mêmes conditions ambiantes et ces mêmes ferments. Il n’y a qu’une différence: chez les végétaux, le phénomène se produit sous l’influence de la sève, de la germination, etc. ; chez les animaux, au contraire, il est dominé par le système nerveux; seulement ce système n’agit directement que sur le système vasculaire, et ce sont les modifications ainsi produites dans ce second système qui réagissent à leur tour sur les phénomènes chimiques.

Mais le système vasculaire est soumis à l’influence de deux systèmes nerveux plus ou moins distincts : le système du grand sympathique et le système cérébro-spinal ; cherchons donc quel est le rôle de chacun d’eux et quelle part doit légitimement leur revenir dans les faits que nous étudions. Le premier, c’est-à-dire le grand sympathique, joue le rôle de

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modérateur des vaisseaux; en l’irritant, on produit un resserrement plus ou moins considérable de ces vaisseaux, resserrement qui apporte une certaine entrave à la circulation, et, par conséquent, la ralentit. Au contraire, en excitant les fdets du cérébrospinal, on provoque la dilatation de ces mêmes vaisseaux. Voilà tout le mécanisme de l’influence nerveuse. Avec ces deux seuls modes d’action, resserrement ou dilatation des vaisseaux, le système nerveux gouverne tous les phénomènes chimiques de l’organisme.

Ces deux genres d’influence correspondent euxmêmes à des faits que nous connaissons déjà.

Le resserrement des vaisseaux, c’est la contraction des fibres musculaires qui les enveloppent, contraction déterminée parles filets du grand sympathique; leur dilatation , au contraire , c’est l’action paralysante du système cérébro-spinal sur le grand sympathique, action dont nous avons parlé récemment en exposant le mécanisme des sécrétions.

Pour augmenter l’activité des phénomènes chimiques, il suffit de paralyser le grand sympathique; mais il n’est pas absolument nécessaire de le couper pour cela : on peut se contenter de suspendre son influence, résultat qu’il est facile d’obtenir par l’action d’un nerf sur un autre. Montrons d’abord qu’on peut produire cet effet par une section des filets nerveux. En coupant un filet cervical du grand sym-

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