‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 183 sur 200 · ACTION PROPRE DU GRAND SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

ACTION PROPRE DU GRAND SYMPATHIQUE

pathiq ne, j’ai observé du côté correspondant de la tête une augmentation notable de sensibilité, un afflux de sang bien plus considérable, et une température plus élevée que dans l’autre moitié de la tête. Tout cela peut tenir d’abord à la plus grande quantité de sang qui arrive alors dans cette région; cependant il doit y avoir autre chose encore, et il est probable que le sang n’y est pas seulement en quantité plus considérable, mais qu’il y acquiert aussi une température plus élevée. J'ai du reste constaté la même chose sur d’autres parties, dans le foie par exemple : le sang en sort plus chaud qu’il n’y était entré. Ainsi, en détruisant l’action du grand sympathique sur un organe, par la section des filets de ce système, on provoque une exaltation considérable des phénomènes chimiques.

Mais nous avons dit que le même effet peut s’obtenir sans couper le grand sympathique. Il faut alors exciter un nerf sensitif du système cérébro-spinal, de telle sorte que ce nerf puisse réagir sur les filets du grand sympathique et arrêter leur influence. Ainsi, quand on pince une partie quelconque du corps, elle devient rouge par suite de l’action paralysante exercée sur les muscles des vaisseaux qui prennent ainsi un volume plus considérable et contiennent par conséquent beaucoup plus de sang. De même, quand une glande entre en fonction, de pâle qu’elle était, elle devient turgescente, et le sang y afflue de toute part, par suite delà même

AI 2 l’élément nerveux.

modification dans l’état des vaisseaux. Ainsi, partout où les actions chimiques augmentent d’intensité, il y a paralysie du grand sympathique, et, par suite, dilatation des vaisseaux sanguins. Au contraire, quand ces phénomènes diminuent, la tonicité du grand sympathique augmente parallèlement, et son action sur la tunique musculaire des vaisseaux, devenue plus énergique qu’auparavant, resserre notablement leur calibre.

Nous pouvons choisir tout de suite parmi les phénomènes ordinaires de l’organisme des exemples de ce genre d’action. Dans l’état normal, le sang arrive aux capillaires sans aucune impulsion propre, parce (pie l’impulsion cardiaque primitive a été complètement détruite par les frottements considérables que le sang a rencontrés tout le long des artères. Mais si l’on paralyse, à l'aide d’un des moyens que nous venons d’indiquer, l’action du grand sympathique sur les vaisseaux sanguins, ceux-ci se dilatent aussitôt, et la colonne liquide trouvant un bien plus large espace ouvert à son passage, les frottements qu elle subit dans son trajet diminuent notablement. lien résulte que le sang, en arrivant dans les capillaires, n’a plus perdu toute sa force d’impulsion initiale, et l’on observe alors des battements, non pas seulement dans les capillaires, mais aussi dans les veines. Nous avons souvent observé ces phénomènes sur le cheval, et voici comment il faut disposer l’expérience pour arriver à ce résultat. On examine ce

PARALYSIE DU SYMPATH. PAR LE CÉRÉBRO-SPINAL. l\ \ 3

qui se passe dans les deux branches de l'artère faciale allant à la lèvre supérieure, avec les veines correspondantes; et, en ouvrant ces veines, on voit le sang tomber goutte ii goutte. Mais coupez alors les filets du grand sympathique sur un côté seulement, et la veine correspondante laissera s’échapper aussitôt un véritable courant sanguin, tandis que l’autre côté ne présentera aucune modification du phénomène. Enfin, si l’on met le manomètre différentiel sur les deux artères, le mercure sera soulevé du côté où fou a pratiqué la section du grand sympathique.

D’après ce qui a été dit plus haut, vous savez que le système cérébro-spinal agit sur le grand sympathique pour le paralyser; et, en parlant des sécrétions, nous avons déjà vu un exemple remarquable de ce genre d’influence dans l’action qu’exerce la corde du tympan sur les filets nerveux du grand sympathique qui se distribuent à la glande salivaire sous-maxillaire. L’afflux du sang présente alors une importance considérable au point de vue du phénomène fonctionnel qui doit s’accomplir. Nous trouvons en effet dans la glande des cellules contenant certains principes chimiques particuliers; la paralysie du grand sympathique amène au milieu de ces cellules une quantité de sang considérable, et ce sang dissout la glande, ou plutôt les principes qu’elle contient. Voilà comment peut s’accomplir le phénomène si mystérieux des sécrétions. L’étude de la constitution intime des

41 û l’élément nerveux.

vaisseaux capillaires va encore nous fournir sur ce point des lumières nouvelles, et elle nous permettra peut-être cV expliquer l’intermittence de cette grande fonction.

Il est démontré aujourd'hui que les vaisseaux capillaires sont très-contractiles, contrairement aux opinions qui ont longtemps régné sur ce point. La description de ce système capillaire va nous le prouver clairement. 11 y a d’abord des vaisseaux continuant les

artères et présentant la même constitution ; leur enveloppe est donc formée par trois membranes superposées : à l’intérieur une membrane séreuse, à l’extérieur une membrane contractile, et entre les deux une membrane élastique. Cette membrane élastique, très-épaisse dans les grosses artères, s’amincit progressivement à mesure qu’on s'avance dans les petites, de telle sorte que c’est de plus en plus la membrane contractile qui devient la partie importante et relativement prédominante de la tunique vasculaire. Ces petites artères aboutissent elles-mêmes à d’autres vaisseaux capillaires qui n’ont plus de membrane contractile, et sont formés uniquement par une enveloppe excessivement mince, avec des noyaux décrits par tousles anatomistes. Puis viennent les veines, d’abord fort étroites, et qui s’embranchent successivement dans des canaux plus considérables ramenant le sang au coeur d’où il était parti. Mais les artérioles capillaires ont aussi avec les veines des communications directes, grâce auxquelles le sang peut arriver

Page 1