CARACTÈRE VITAL ESSENTIEL
les entoure à la façon d’organismes élémentaires. 1s
possèdent tous la propriété de réagir sous l’influence des excitants en manifestant leur activité spéciale.
Puisqu’il n’y a que les éléments anatomiques qu soient vivants, ce sont eux seuls qui pourront nous donner les caractères de la vie. Or, chaque tissu présente des propriétés différentes, et l'on serait ainsi tenté de dire qu’il n’y a pas de caractère vital essentiel. Cependant les physiologistes ont essayé de déterminer ce caractère vital essentiel au milieu des variations de propriétés des tissus , et ils l’ont appelé Y irritabilité, c’est-à-dire l’aptitude à réagir physiologiquement (par un phénomène spécial) contre Y influence des circonstances extérieures, comme l’indique le mot lui-même. Cette propriété n’appartient ni aux matières minérales, ni aux matières organiques. C’est le privilège exclusif de la matière organisée et vivante, c’est-à-dire des éléments anatomiques vivants, qui sont, par conséquent, les seules parties irritables de l’organisme. Tous les êtres vivants sont donc irritables par les éléments histologiques qu’ils comprennent, el ils perdent cette propriété au moment de la mort. La propriété d’être irritable distinguerait donc la matière organisée de celle qui ne l’est pas; et, de plus, parmi les matières organisées, elle distinguerait celle qui est vivante de celle qui ne vit plus. En un mot, l’irritabilité caractériserait la vie.
64 l’irritabilité.
La matière par elle-même est inerte, même la matière vivante, en ce sens qu’elle doit être considérée comme dépourvue de toute spontanéité. Mais cette matière vivante est irritable, et elle peut ainsi entrer en activité pour manifester ses propriétés particulières, ce qui serait impossible si elle était à la fois dépourvue de spontanéité et d’irritabilité. L’irritabilité est donc la propriété fondamentale de la vie.
La question de l’irritabilité est par suite une question extrêmement importante , et l’on peut dire qu’il n’en est aucune qui le soit davantage; cependant elle a donné lieu à bien des discussions, et elle a été quelquefois obscurcie, oubliée même, pour reparaître bientôt ensuite sous une autre forme. Il est arrivé plus d’une fois, et il arrive encore souvent que l'on confond l’irritabilité, qui est une propriété générale de la matière vivante, avec certaines propriétés spéciales de tissus ou d’éléments anatomiques déterminés. O11 applique donc ce mot à des choses souvent très -différentes les unes des autres, et il devient dès lors indispensable d’indiquer le sens qu’il a pris aux époques successives de la science. Pour cela, nous devons faire l’histoire de la théorie de L irritabilité.
Ce mot apparaît pour la première fois à la fin du xvne siècle. Avant cette époque, on essayait d’expliquer la vie par l’animisme de Platon et d’Aristote, ou par le naturisme d’Hippocrate , doctrine qui
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admettait une àme du monde animant et réglant toutes choses, et, par conséquent, la vie comme tout le reste. C’est à la fin du xviic siècle que la question se localise par le mot et aussi par les faits qui lui correspondent.
Glisson (1072) est le premier physiologiste qui attribua aux animaux une force spéciale déterminant les mouvements organiques. 11 appela cette force irritabilité , parce qu’elle était mise en activité par des influences extérieures diverses, qu’il nommait causes irritantes , et qui manifestent ainsi les propriétés des corps organisés. Glisson attribua à toute matière vivante la faculté d’irritabilité, c’est-à-dire une aptitude particulière à percevoir les causes irritantes avec une tendance à réagir contre elles par des mouvements qu'il considérait en général comme des contractions.
Glisson analysa tous ces phénomènes avec soin , et il chercha à séparer nettement la perception de l’irritabilité, de la sensibilité ou de la sensation. Il admit trois manières distinctes de percevoir les causes irritantes, trois sortes d’irritabilités : X irritabilité naturelle , X irritabilité sensitive , et enfin, celle qui dépend de la volonté. La première appartient à la fibre animale, en général, et même au sang et aux humeurs. La seconde s’opère sur la fibre irritable4 par l’intermédiaire des nerfs irrités. Enfin, la troisième appartient à la volonté, c’est-à-dire au cerveau, qui met les muscles en mouvement par une