‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivantsChapitre 33 sur 200 · ANIMISME DE STAHL · texte numérisé non relu

ANIMISME DE STAHL

microscopiques de Leuwenhoeck, fut adoptée par Boerhaave et transportée par lui dans la médecine.

Ainsi, on était bien loin alors des idées de Glisson, que tout le monde avait perdues de vue : c’est seulement beaucoup plus tard qu’on devait y revenir.

Stahl (1708) s’en éloigna encore davantage. Ses connaissances chimiques étaient bien plus développées que celles de ses prédécesseurs, ce qui lui permit de faire ressortir le premier, avec toute la netteté désirable, les différences qui séparaient les êtres vivants, et notamment les animaux, des êtres privés de vie. Il reconnut et signala parfaitement les particularités de structure des êtres organisés en rapport avec leurs facultés spéciales, si éloignées des propriétés de la matière brute. Mais il arriva à une différence radicale, en supposant que les forces physico-chimiques tendent sans cesse à détruire l’organisme vivant. Cette idée de Stahl se perpétua longtemps, et l’on trouve encore la même idée dans Bichat, qui définit la vie l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. En effet, ee que Bichat entend ici par la mort, ce sont les forces extérieures agissant sur l’organisme et parvenant à le détruire.

Toutefois Stahl ne voulut pas admettre l’irritabilité de Glisson et regarder l’activité vitale comme inhérente il la matière vivante elle même. En effet, il ne pouvait, dans cette théorie, attribuer aucune spontanéité à cette matière, puisqu’elle était mise en

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mouvement par des causes excitantes extérieures, et il devenait dès lors impossible d’expliquer la spontanéité dont jouissent néanmoins l’homme et les animaux. Stalil imagina donc une force vitale extérieure à la matière vivante, c’est-à-dire une sorte de substance immatérielle, Y âme, qui est la cause fondamentale de la vie et des mouvements qui s’y rattachent ; c’est en elle que résiderait cette résistance particulière aux influences extérieures qui tendent à détruire l’organisme. Quoique Descartes et Van Helmon eussent déjà soutenu des doctrines assez analogues, Stahl développa et poussa si loin cette théorie, qu’il doit être regardé comme le fondateur de l’animisme moderne dans* la physiologie (1).

Ainsi, suivant Stahl, le corps animal, en cette seule qualité, n’a point la faculté de se mouvoir, mais il est mis en mouvement par une substance immatérielle, l’àme, qui n’est localisée dans aucun organe particulier, et qui agit seulement au moyen du système nerveux. Les mouvements musculaires, conscients ou inconscients, sont donc produits par l’âme, et Stahl admettait la même origine pour les mouvements de ton et de relâchement (mouvements nutritifs), ce qui fut pour Frédéric Hoffmann le point de départ de toute une théorie médicale. Toute cause

(I) Nous n’avons pas besoin de dire qu’il n’est ici question de l’âme qu’au point de vue physiologique, et que nous laissons entièrement de côté l’âme des théologiens et des philosophes.

A MM ISM E I)E STAHL.

irritante mise en contact avec un organe quelconque détermine d’abord un changement dans l’âme, et la sollicite à exercer à son tour sur l’organe irrité une réaction qui se manifeste par des mouvements physiologiques.

Les idées de Stahl trouvèrent un grand nombre d’adhérents parmi ses contemporains ; mais elles eurent aussi des contradicteurs qui argumentaient ainsi contre elles :

On ne peut, disaient-ils, s’empêcher de distinguer le mouvement en lui-même de la force qui le produit et le dirige. Ce sont donc là deux choses tout à fait différentes l’une de l’autre. Or, quand on prend un intestin ou un morceau de fibre musculaire et qu'on vient à l’irriter, bien que séparé du reste de l’organisme, il n’a pas perdu la propriété de se mouvoir. Supposer qu’en pareil cas la force motrice est placée dans l’àme, c’est admettre implicitement la divisibilité de celle-ci, doctrine tout à fait incompatible avec la notion qu’on nous en donne, car on dit toujours qu’elle est une et indivisible par son essence. D’un autre côté, on observe dans les végétaux des mouvements déterminés par des excitations diverses, et pourtant personne ne supposait qu’ils eussent une âme. Stahl répondait (pie ce n’était point là des mouvements physiologiques, mais des mouvements purement physiques et mécaniques, explication qui était exacte dans un certain nombre de cas : ainsi, la déhiscence de certains fruits s’opère

L’ IRRITABILITÉ

exclusivement sous des influences hygrométriques. Mais Stahl prenait l’exception pour la règle, car l’observation prouve d’une manière péremptoire qu’il y a également dans les plantes des mouvements vitaux proprement dits. Aussi un de ses partisans, E. Darwin, pour écarter définitivement toutes ces objections, accorda une âme aux végétaux comme aux animaux.

Gorter (17Ü8) reprit l’idée de l’irritabilité de Glisson, et il la développa en agrandissant beaucoup le champ de ses applications. Il admit dans toutes les parties des corps vivants un principe spécial qui produisait des mouvements sous l’influence des excitations qui l’atteignaient et il le distingua nettement de l’élasticité et des forces physico-chimiques. Il admit également ce principe d’activité interne dans les végétaux, et le sépara ainsi de la force nerveuse qui n’existe que chez les animaux.

Win ter, Lups et Gaub développèrent encore les idées de Gorter. Winter considérait l’irritabilité comme une force inhérente à chaque fibre du corps animal, force qui pouvait être mise en mouvement, soit par l’influence des nerfs, soit par l’influence d’excitations de nature et d’origine fort diverses. Lups montra que l’irritabilité appartient également aux végétaux ; il expliqua, par cette propriété, le mouvement des anthères et des pistils. Enfin, Gaub admit que l’irritabilité devait exister dans les liquides

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