SEPTIEME LEÇON
SOMMAIRE : De la suear. — Rapport entre sa sécrétion et celle de Tarine. — De la perspiration insensible, ses variations, ses rapports avec la perspiration pulmonaire. — Analyse de la sueur; sa composition chimique. — La sueur contient-elle un principe toxique ? — Mort des animaux dont la peau a été recouverte d'un vernis imperméable à Pair. — Comparaison chimique de la sueur et de Turine. — La réaction de la sueur est variable. — Conditions physiologiques qui président à la sudation. — Expériences.
Messieurs ,
Nous savons que les liquides organiques physiologiques considérés au point de vue du but qu'ils sont appelés à remplir ont été divisés en deux grandes classes. On a appelé liquides excrétés ceux dont la formation semble n'avoir pour but que leur rejet hors de l'économie, où les produits qu'ils renferment n'ont plus aucun rôle à remplir ; et l'on a désigné sous le nom de liquides sécrétés ceux dont la production est liée à l'accomplissement de quelques fonctions, ceux, en un mot, qui ont un usage physiologique.
Nous avons examiné déjà l'urine qui offre en quelque sorte le type le plus parfait des liquides excrétés; nous passerons aujourd'hui à l'étude de la sueur.
La sueur a toujours été étudiée parallèlement avec l'urine ; de tout temps on a considéré ensemble et dans leurs rapports les fonctions du rein et celles de la peau. Leurs maladies semblent en rapport avec ces fonctions
et sous la dépendance de leur influence réciproque. Ainsi on aurait noté la fréquence plus grande des maladies des reins dans les pays froids^ où les fonctions de la peau sont moins actives ; et celle des maladies cutanées (^dus les pays chauds, où l'élimination excrémentitielle e fait par la sueur avec une grande activité. Ces considérations ne sont pas sans valeur, mais il ne faudrait pas leur attribuer une importance exagérée. Sans doute il y a là deux excrétions capables jusqu'à un certain point de se suppléer ; mais elles ne sont pas les seules voies ouvertes à l'élimination des liquides, et il faudrait tenir compte aussi de l'élimination qui se fait par les voies digestives dans le vomissement et dans la diarrhée qui ont pour effet, comme la transpiration abondante, de diminuer la quantité de l'urine.
Examinons maintenant ce qu'on sait sur la sueur.
C'est un liquide fourni par des organes appartenant r la peau, organes bien déterminés aujourd'hui. Toutefois la sueur n'est pas le seul liquide éliminé par la peau, qui donne passage en même temps à la sueur et à ce qu'on a appelé la perspiration insensible, etc.
La perspiration insensible est une simple élimination d'eau qui s'échappe à l'état de vapeur ; elle est en rapport avec la température du corps, ou plutôt, comme nous verrons tout à l'heure, avec la température de ses couches superficielles. La perspiration insensible est plus considérable l'été que l'hiver. Elle a été, de la part de plusieurs expérimentatçurs, l'objet d'observations indirectes. Sanctorius, puis Seguin, ont cherché à déterminer par des pesées ce que le corps avait perdu en
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vapeur d'eau, et ils ont mis cette perte sur le compte de l'évaporation par la peau. Seguin était arrivé ainsi à admettre que la peau laissait échapper 31 livres d'eau par vingt-quatre heures. Ce chiffre est une moyenne ; il ne saurait d'ailleurs être admis comme expression même approchée de ce qui a lieu dans la perspiration cutanée, parce que Seguin avait négligé de faire la part de l'évaporation par le poumon, qui est considérable.
Admettant cependant le procédé de ces observations comme satisfaisant, il y aurait lieu d'examiner les variations que subissent ces phénomènes chez des animaux d'espèces ou même de classes différentes. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, Magendie avait déjà observé que les chiens n'offrent pas de sueur, et que chez eux cette excrétion paraît suppléée par une perspiration pulmonaire plus considérable.
La perspiration cutanée, aqueuse, étant laissée de côté, occupons-nous de la sueur, produit bien défini, sécrété par les glandes sudoripares, glandes simples, en tube, par lesquelles la sueur vient se verser en gouttelettes à la surface de la peau.
Depuis longtemps l'examen chimique de la sueur a été fait; mais il ne l'a été convenablement que depuis quelques années. En effet, l'analyse, pour être satisfaisante, doit porter sur une assez grande quantité de ce liquide; et il est difficile de l'obtenir.
Thénard^ à qui l'on doit une des premières analyses de la sueur, l'obtenait en tordant un gilet de flanelle. Il est un moyen meilleur qui permet d'en obtenir assez et de l'obtenir pure : ce sont les bains de vapeur.
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M. Favre, qui a publié le résultat de ses analyses de la sueur, a pu opérer sur des quantités plus considérables que celles dont disposaient les chimistes qui l'ont précédé, puisqu'il a pu en obtenir AO litres. Le sujet qui lui fournissait ce liquide était couché dans un grand plateau et soumis à l'action d'un bain de vapeur. Un autre procédé, employé par Funcke et Schottin, consiste à recouvrir une partie limitée du corps d'une couche de caoutchouc; la transpiration devient alors considérable, et la sueur s'écoule par un robinet situé à la partie la plus déclive du manchon. On peut considérer la sueur obtenue ainsi comme pure.
Les produits qui se rencontrent dans la sueur sont de deux ordres : des matières salines et des matières organiques animales.
Relativement à ces dernières, nous devons d'abord noter, qu'il n'a pas été rencontré de matière qui fût spéciale à la sueur comme nous en avons trouvé de spéciales aux produits des sécrétions proprement dites. Toutefois on a prétendu qu'une substance de nature spéciale pouvait exister dans la sueur, fondant celte assertion sur l'idée que la sueur était un poison violent , et qu'elle ne pouvait pas être retenue dans le corps sans danger. On a regardé, en effet, quelques affections comme la conséquence de l'intoxication par les produits organiques de la sueur non expulsés. On a aussi attribué le diabète à l'acide de la sueur non éliminé.
Ces opinions, invoquées pour expliquer quelques faits observés, me paraissent difficilement admissibles, avec le sens qu'on leur a donné.
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Chez les diabétiques, par exemple, il arrive souvent que la peau est sèche, surtout quand la maladie est intense; mais ce n'est pas un symptôme constant. On a dit que, dans ce cas, le sang était acide et qu'il devait son acidité à Tacide de la sueur qui y restait non excrété ; ce sont là des idées purement théoriques sur lesquelles nous n'insisterons pas : si certains diabétiques ont la peau sèche, il en est d'autres, au contraire, qui suent abondamment.
La sueur renferme-t-elle une substance toxique telle que son absorption devienne un danger?
Posée dans ces termes et dégagée des développements que je vous ai indiqués tout à l'heure, la question mérite d'être examinée. Et d'abord il est possible que la sueur injectée dans les veines se comporte comme un poison, mais beaucoup de liquides organiques pourraient être dans ce cas ; et leur action délétère nous parait dépendre moins de leur nature que des conditions de leur injection. Je vous l'ai montré pour le sérum qui, pris sur un animal et réinjecté chez le même animal quelques heures après, peut le faire périr avec des symptômes très remaquables. Tous les liquides en voie de décomposition sont dans le même cas ; et il est possible que les accidents provoqués par l'injection de la sueur dans le sang soient dus à la rapidité avec laquelle elle s'al- .tère. Cette expérience ne nous autorise donc pas à regarder la sueur comme douée de propriétés délétères qui la rapprocheraient des venins.
Il est d'autres expériences qui montrent l'importance physiologique et la sécrétion de la sueur*
Lorsqu'on la supprime en recouvrant la peau d'un
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Ternis résineux ou d'huile, on fait périr les animaux mammifères au bout d'un temps qui n'est pas très long. Chose singulière, ceux-ci semblent alors périr de froid; un refroidissement graduel les met de niveau avec la température ambiante; et ils meurent vers 20' ou 22% d'autant plus vile qu'il fait plus froid et que, par conséquent, leur excès de température sur le milieu ambiant était plus considérable.
Dans ces circonstances, on a expliqué la mort autrement que par la suppression de la sueur, la regardant plutôt comme la conséquence de la cessation de fonction de la peau en tant qu'organe respirateur. Il est constant que la peau respire, comme on a pu s'en assurer en recouvrant certaines parties du tégument externe de manchons renfermant des gaz dont la composition variait au bout d'un certain temps d'application. Le phénomène d'absorption de l'oxygène et de rejet de l'acide carbonique, qu'on a montré ainsi, existe également pour d'autres tissus; il est, à l'intensité près, comparable dans la peau aux phénomènes respiratoires. On a donc pu dire que l'animal recouvert d'un vernis imperméable à l'air mourait par défaut de respiration.
Mais, Messieurs, je ne crois pas que cette vue soit exacte ; et voici pourquoi :
Si on prend un cheval, qu'on enduise toute sa peau d'un vernis, il meurt ; mais qu'on laisse sans la vernir une place de quelques centimètres seulement, il ne mourra pas. Que l'ayant verni complètement, on enlève dans un petit espace le vernis, de manière à pratiquer une fenêtre, même petite, l'animal déjà malade re-
Tiendra et peu à peu les symptAmes s'amélioreront. C'est une expérience à refaire ; il y a certainement là un curieux objet de recherches. Quoi qu'il en soit, je crois que cette observation ne permet pas de regarder la mort d'un animal verni comme résultant uniquement d'une diminution d'étendue de la surface qui respire.
Dans le cours de ces leçons, lorsque nous avons examiné les caractères sur lesquels on se base pour diviser les liquides organiques en liquides sécrétés et liquides excrétés, je vous ai indiqué comme le caractère qui me paraissait le meilleur, celui qui se déduit des analogies ou des différences que présentent avçc les éléments du sang les éléments des liquides fournis par les organes glandulaires. Nous avons désigné les liquides excrétés en disant que leurs principes existaient tout formés dans le sang, d'où ils étaient seulement séparés.
La sueur, examinée à ce point de vue, nous offre de l'acide carbonique, de l'urée et des sels minéraux qui viennent évidemment du sang.
Je vous ai dit, à propos de l'urine, que l'urée avait été considérée pendant longtemps comme un produit appartenant exclusivement au rein. On a vu plus tard qu'elle se fait partout, et que le rein n'est pas la seule voie par laquelle elle est éliminée. Après l'ablation des reins, l'urée est éliminée par le canal intestinal. La peau supplée aussi à l'action des reins pour éliminer l'urée; et Ton en rencontre dans la sueur, non plus accidentellement, mais normalement.
Dans les premières analyses de la sueur on n'avait
pas signalé Purée; ce qui tient sans aucun doute à ce qu'on n'opérait pas dans des conditions convenables et à ce que l'urée se détruit avec une facilité telle que, quelle que fût la délicatesse du procédé chimique, on devait obtenir des résultats défectueux. Theuard et d^autres avaient rencontré dans la sueur des sels ammoniacaux qui provenaient certainement de la décomposition de l'urée. Opérant dans de meilleures conditions et sur de grandes quantités, M. Favre a trouvé pour 1000 parties de sueur 0,428 d'urée, environ un demimilième. C'est peu si l'on compare cette quantité à celle qu'on trouve dans l'urine; néanmoins elle est très appréciable, surtout lorsqu'on opère sur de grandes quantités de sueur, comme l'a fait M. Favre.
Récemment Funke, recueillant la sueur à l'aide de manchons dont il coiffait des membres en mouvement, a trouvé aussi de l'urée; il en a rencontré 0,038 pour 100.
La sueur renferme donc de l'urée, produit excrémentitiel existant dans le sang, excrété surtout par le rein.
On rencontre dans la sueur d'autres produits qui lui sont spéciaux. M. Favre a, comme les autres observateurs, trouvé les acides lactique et phosphorique; mais il y a rencontré de plus un acide particulier, azoté, auquel il a donné le nom d'acide hydrotique ou sudorique. Cet acide, qui n'a pu être rencontré dans aucun autre liquide animal, se rapproche de l'acide urique.
L'acide lactique et l'acide hydrotique sont, dans la sueur, combinés à des bases : potasse et soude. On y
trouve de plus des chlorures, des sulfates, des phosphates, substances qui existent dans les liquides.
Comparant les produits de la sueur à ceux de T urine, M. Favre est arrivé à constater entre eux de grandes ressemblances ; mais lorsqu'on cesse de s'attacher à leur nature pour ne plus tenir compte que de leur quantité, on trouve de très grandes différences.
Examinant, comparativement à ce point de vue, !& litres de sueur et 14 litres d'urine recueillis en même temps et chez le même individu, M. Favre est arrivé aux résultats suivants :
Sueur, 14 litres. Urine, 14 litres.
Chlorures 3û8r,639 ô7gr,018
Sulfates 08^,160 2ler,709
i'hosphates traces ôc^SSl
Les sels minéraux sont donc éliminés par la sueur en proportion beaucoup moindre que par l'urine.
M. Favre a noté, en revanche, que la proportion de soude et de potasse éliminée par la sueur à Tétat de combinaison avec les acides organiques, dépasse beaucoup la proportion que Ton pourrait rencontrer dans l'urine.
Telles sont les données que la chimie nous fournit relativement à la sueur : ce doit être un liquide plus ou moins analogue à l'urine, et, comme elle, simplement excrété.
Un nouveau point d'analogie entre la sueur et l'urine ressort de l'examen comparé des réactions que présentent ces deux liquides. Vous savez que Berzelius avait proposé de baser la division des liquides en excrétés ou sécrétés, suivant qu'ils présentaient une réaction acide
ou alcaline. Nous avons vu que ces caractères ne répondaient pas à la division physiologique qu'avait en vue Berzelius, et nous avons proposé, attachant une autre signification aux caractères fournis par la réaction, de diviser les liquides sécrétés ou excrétés, selon qu'ils présentent une réaction fixe ou une réaction variable. Nous ne prétendons pas présenter cette distinction comme une loi ; elle est seulement plus exacte que celle formulée par Berzelius. Ce sera, même si l'on veut, un moyen mnémonique. Quoiqu'il en soit, la variabilité de réaction que l'urine nous a offerte au plus haut degré se retrouve dans la sueur.
La sueur est généralement acide chez l'homme et chez les carnivores; elle est ordinairement alcaline chez les herbivores.
Je vous ai déjà signalé cependant la réaction alcaline de la sueur coïncidant avec une réaction acide des urines chez un cheval à jeun. A ce propos, j'ai dû vous signaler une cause d'erreur qui eût pu faire croire à l'alcalinité de la sueur : c'est l'imprégnation des poils du cheval par de l'ammoniaque dégagée dans l'écurie.
M. Favre a constaté, sans en rechercher la cause, une variation de réaction de la sueur assez singulière : che? le sujet qu'il observait, la réaction variait avec les périodes d'une même sudation. Il a pu constater que sur 9 litres, par exemple, obtenus pendant une épreuve, le premier tiers recueilli est toujours acide, le second neutre ou alcalin, le troisième toujours alcalin. M. Favre a noté, en outre, que la sueur perdait dès les premiers mom6nts de la vaporisation sa réaction alors acide,
qui faisait eusuite place à une réaction fortement alcaline. Voilà un certain nombre de faits assurément très curieux à expliquer et qui devront être Tobjet d'expériences intéressantes.
Examinons maintenant quelles conditions physiologiques président à la sudation.
La température paraît tenir le premier rang. Elle peut coïncider avec une augmentation d'activité de la circulation qui vient agir sur le phénomène par son influence physique. Les conditions qui dominent les sécrétions de la sueur sont celles qui se rattachent à la circulation.
On ne peut admettre que la sécrétion se fasse sans qu'un changement soit survenu dans la circulation ; d'autre part, les modifications de la circulation sont intimement liées à la manière d'être du système nerveux; on peut, en agissant sur un nerf, faire sécréter la sueur; on peut de même l'empêcher en agissant sur un nerf.
Ce fait nous a apparu dans une expérience très simple instituée dans un autre but. Chez les chevaux qui suent facilement, si l'on vient à couper d'un côté le sympathique dans le cou, la température de la tête s'élève, et bientôt le côté de la tête auquel se rend le nerf coupé se couvre d'une sueur abondante, en même temps que la température de la peau a augmenté. Nous avons dans ces conditions constaté une augmentation de la pression avec l'élévation de la température, les phénomènes étant exactement limités à la région du nerf coupé. La sécrétion de la sueur est hi^u ftlors sous l'in-
ISk SUEUR.
fluence des modifications que nous lui assignons^ puisque la galvanisation du nerf coupé la fait cesser en même temps que les vaisseaux se rétrécissent et que la température baisse. Dans tous les cas^ c'est sur la contractilité musculaire des vaisseaux que l'on agit par l'intermédiaire du système nerveux.
Dans ces expériences, j*ai pu faire une observation assez intéressante en ce qu'elle montre, chez des chevaux d'espèces difiiérentes,une très grande différence de délicatesse du système nerveux. Les chevaux bretons résistent mieux que les autres aux actions nerveuses qui provoquent la sudation ; ce n'est que longtemps après la section du sympathique qu'il est possible de voir apparaître chez eux une transpiration faible, tandis que chez les chevaux, anglais ou percherons , l'apparition de la sueur est prompte et abondante. Relativement à cette impressionnabilité, le système nerveux ne paraît dans aucune espèce différer autant suivant les races que chez les chevaux et chez les chiens.
La section du nerf sympathique qui, chez le cheval, active la circulation et élève la température de la peau, ne produit pas chez les chiens et chez les lapins la sudation de ces parties. Cela est en rapport certainement avec l'organisation de la peau de ces animaux chez lesquels la sudation n'a pas été constatée.
Voici les détails d'une expérience que nous avons faite autrefois sur la réaction comparée de l'urine et de la sueur.
Eœp. (25 août 1846.) — Cheval vigoureux considéré comme morveux, à jeun depuis onze jours d'aliments
solides. On lui donnait tous les matins à boire à discrétion.
L'animal était très gras, très vif et méchant avant Texpérience. Après ces onze jours d'abstinence, il n'était pas très amaigri ; il était resté vigoureux et toujours très méchant. Ce cheval urina peu ; son urine était acide ; depuis cinq jours il n'avait pas rendu d'excréments. Depuis qu'il était soumis à l'abstinence, on le faisaitt pro« mener tous les jours.
On le fit trotter au soleil pendant une demi-heure environ. Il paraissait transpirer difficilement; cependant, au bout de ce temps de la sueur s'était montrée sur le poitrail, dans la jointure des membres. La réaction de cette sueur au papier de tournesol était très alcaline.
Le M août, dix-septième jour d'abstinence, l'animal buvait toujours, mais irrégulièrement; c'est-à-dire qu'il y avait des jours où il ne buvait pas, tandis que les autres jours il buvait trois à quatre litres d'eau. On le menait encore tous les jours à la promenade; il avait toujours conservé son caractère ombrageux et ne se laissait approcher que difficilement.
Le cheval était toujours vigoureux et résistait bien à l'abstinence.
On le fit, ce jour-là, trotter pendant une demi-heure à trois quarts d'heure afin de le faire suer. La sueur, prise au poitrail et sur le dos, était très alcaline ; les urines étaient très acides. Un peu de mucus clair qui s'écoula par les narines présentait également la réaction alcaline.
Le ft septembre, vingt et unième jour, le cheval était toujours vigoureux, très méchaat, et ne se laissait que
difficilement approcher. Il buvait toujours de temps en temps et allait tous les jours à la promenade. Il avait rendu la veille des excréments durs et noirâtres. On avait recueilli de l'urine de ce cheval ; elle offrait les caractères suivants :
Au moment de l'émission, elle était claire, jaunâtre, filante, présentait l'odeur particulière à l'urine du cheval. Quelque temps après son émission, cette urine devenait louche parle refroidissement. Portée à TébuUition dans un tube, il s'y formait un trouble qui n'était pas dû à de l'albumine, car il se dissolvait dans l'acide azotique en même temps que l'urine se colorait en brun.
Lorsqu'on ajoutaitdel'acidenitriqueordinaireàrurine froide, il se passait des modifications de coloration qui appartiennent à la bile, ce qui indique, comme nous l'avons déjà vu dans d'autres cas, la présence de la matière colorante de la bile dans l'urine concentrée des animaux à jeun. La densité de l'urine était de 1,023.
Le lendemain, 5 septembre, on prit un demi-litre d'urine du cheval ; on l'évapora à sec au bain-marie. Il se forma, par l'évaporation, à la surface du liquide une pellicule épaisse, grisâtre, en même temps que le liquide était toujours trouble. Par l'évaporation, il resta un résidu jaunâtre, gommeux, acide au papier de tournesol et très adhérent aux parois de la capsule. L'analyse qualitative de l'urine, faite d'une manière complète, a donné des quantités considérables d'urée , des phosphates , point d'acide urique, point d'acide hippurique et point de carbonates.
Nous avons récemment, à l'école vétérinaire d'Alfort,
répété avec M. le professeur H. Bouley une expérience semblable sur la réaction de la sueur chez un cheval à jeun depuis plusieurs jours. Les urines de Tanimal devinrent acides; mais, en faisant courir le cheval, la sueur présentait néanmoins la réaction alcaline.
On sait que chez l'homme la sueur, de même que Furine, devient alcaline sous Tinfluence des alcalis introduits dans Torganisme. C'est ce qui arrive lors de l'administration des eaux de Vichy.
D'après les expériences, on voit que la réaction de la sueur, quoiqu'elle soit mobile, ainsi que nous l'avons dit en parlant de la sueur de l'homme, ne semble pas soumise dans ses variationsauxmêmesinfluencesquerurine. En effet, chez le cheval, l'abstinence qui a rendu l'urine acide n'a pas changé la réaction de la sueur. De même l'alimentation qui rend les urines alcalines ne modifie pas la sueur lorsque celle-ci est primitivement acide ; c'est ce que j'ai constaté sur moi- même : m'étant soumis à un régime végétal qui rendît mes urines alcalines, ma sueur continua à présenter sa réaction acide. De sorte qu'il faudrait admettre que la réaction de la sueur, qui est habituellement acide chez l'homme, offre ordinairement une réaction opposée chez le cheval, et que cette différence ne tient pas à l'alimentation comme cela a lieu pour l'urine.
Dans la prochaine séance, nous étudierons un liquide qui a tour à tour été regardé comme sécrété et excrété, sans que la question soit encore aujourd'hui complètement élucidée : je veux parler de la bile.