‹ Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations ..., Volume 2Chapitre 22 sur 61 · ONZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

ONZIEME LEÇON

SOMMAIUE : De la salive. — Sa réaction. — Sulfocyaiuire de potassium dans la salive. — Caractères physiques et quantité de la salive. Expériences sur la salive et sur sa sécrétion. — Sur la circulation des glandes.

Messieurs,

Nous passerons aujourd'hui à Texamen des liquides intestinaux : la salive, le suc gastrique, le suc pancréatique, etc. Nous étudierons ces liquides en nous attachant surtout au mécanisme de leur sécrétion. Des expériences nombreuses sur les glandes salivaires nous permettent de vous donner, sur Tinfluence générale qu'exerce le système nerveux sur les sécrétions, des notions du plus haut intérêt.

La sécrétion salivaire est une sécrétion intermittente dont les apparitions et les suspensions sont réglées, comme nous le verrons, par le système nerveux. Les usages physiologiques de la salive sont de deux ordres : chimiques et mécaniques. Dans les conditions pathologiques, l'examen de la salive peut fournir d'utiles indications ; et il est des circonstances dans lesquelles la salive peut offrir des caractères d'une certaine valeur séméiblogique.

La salive est un liquide qui contient beaucoup d'eau, des sels, une matière azotée particulière, la ptyaline. Ce dernier principe rend la salive visqueuse, et peut

s'obtenir par infusion dans l'eau des glandes sousmaxillaire, sublinguale, et des gland ules buccales. J ai longuement insisté ailleurs (t. 11, 1856), sur le moyen de distinguer les glandes salivaires d'après les caractères des liquides obtenus en les faisant infuser à froid. La parotide donne une infusion non visqueuse, .contenant une matière albuminoïde, différente de celle qui existe dans le produit des sécrétions sous-maxillaire et sublinguale. La salive parotidienne du cheval est coagulable par la chaleur, les acides et l'alcool. Chez l'homme et le chien, cette matière coagulable n'existe qu'à l'état de traces.

On a souvent parlé de la réaction qu'offre la salive, et beaucoup d'auteurs ont attribué, à tort, une grande importance aux variétés que présente cette réaction. En mettant du papier de tournesol sur la langue, on obtient tantôt la réaction alcaline et tantôt la réaction acide. Mais cette variété de réaction disparaît quand on examine la salive pure; elle est alors toujours alcaline. La réaction acide que l'on trouve souvent dans la bouche est accidentelle, et appartient non à la salive, mais à la muqueuse buccale. Quand la bouche est sèche, dans la fièvre, la salive est acide; quand on vient de manger, de prendre un sialagogue, on la trouve alcaline. L'acidité de la sahve n'a jamais été observée ; quand on l'a signalée, on voulait parler de la réaction de la cavité buccale.

L'acidité de la salive est toujours le fait d'une altération tenant peut-être à une fermentation qui coïnciderait avec l'état de sécheresse de la bouche. En somme, l'acidité de la bouche ne caractérise aucune maladie,

et cette réaction n'appartient pas à la salive, qui doit être rangée au nombre des liquides organiques à réaction alcaline Bxe.

Une autre confusion peut être faite lorsque, étudiant le caractère chimique de la salive, on les recherche dans les crachats.

Cette confusion a été faite notamment à propos de la question de savoir s'il existe du sucre dans la salive des diabétiques. J'ai, dans les hôpitaux, examiné un grand nombre de diabétiques, sans jamais rencontrer du sucre dans leur salive. D'autres observateurs ont fait les mêmes recherches, et sont arrivés au même résultat. Poursuivant cette question par l'expérimentation, j'ai cherché le sucre dans la salive de chiens rendus artificiellement diabétiques, soit par injection de sucre dans les veines, soit par la piqûre du plancher du quatrième ventricule; jamais je ne l'y ai rencontré.

On a dit cependant avoir trouvé le sucre dans la salive. Je crois que cela tient peut-être à ce qu'on l'a cherché dans les crachats. Lorsqu'on fait saliver un diabétique en lui mettant dans la bouche de la racine de pyrèthre, on ne trouve pas de sucre dans la salive rendue. Mais si l'on prend le liquide du crachoir, et qu'on examine ensuite les crachats qui proviennent des mucosités bronchiques, on pourra, comme l'a constaté M. Wurtz, trouver qu'ils contiennent du sucre. La quantité des crachats est souvent considérable chez les diabétiques ; on sait qu'ils sont d'ordinaire en même temps phthisiques. Chez ces diabétiques, la salive ne contient pas du sucre ; mais s'ils sont phthisiques, leurs crachats en renferment.

B. LiQUID. DE l'organ. — lU 16

Au point de vue médical, il importe donc d'établir une distinction entre la salive, le liquide buccal, et le liquide muqueux, qui vient des poumons.

On a encore signalé dans la salive la présence d'une substance particulière, normale suivant les uns, morbide suivant d'autres, le sulfocyanure de potassium.

A ce sujet, toutes les opinions possibles ont été émises, et toujours des faits ont été invoqués.

Ainsi on a dit d'abord que la présence du sulfocyanure de potassium dans la salive rappelait les glandes à venin des serpents venimeux.

D'un autre côté, Eberle, qui a fait beaucoup d'observations sur la digestion, et a appelé le premier l'attention sur la possibilité de faire des liquides digestifs artificiels, a émisa propos du sulfocyanure de potassium et de sa présence dans la salive, des opinions tout à fait singulières. Ainsi il pense que le sulfocyanure de potassium est produit de toutes pièces dans la salive, sous l'influence du système nerveux, qui alors agirait sur la glande d'une manière particulière.

Il prétend que dans la rage, c'est à la présence du sulfocyanure de potassium que la salive doit ses propriétés toxiques. Toutes ces vues sont données sans aucune preuve.

Relativement à la première question que doit se poser le physiologiste sur ce- sujet, celle de savoir si la salive est vénéneuse, quelques expériences ont été tentées.

Wright a tué des animaux en leur injectant de la salive dans le sang.

byGgogle

A cette occasion, il y a lieu de se demander d'abord si la salive injectée n'a pas agi par diverses matières étrangères tenues en suspension. Ensuite, il faut noter que lorsqu'on veut se procurer de la salive pour en étudier les réactions, on l'obtient souvent en fumant; or si l'on injecte, même après l'avoir filtrée, cette salive de fumeur^ on tue les animaux immédiatement. Dans ce cas, c'est la nicotine qui a causé la mort ; car si la salive avait été obtenue par un autre procédé, elle aurait pu être injectée impunément en quantité notable. Cependant, alors même qu'on emploie de la salive pure, elle peut s'altérer rapidement, et il ne faudrait pas attendre au lendemain pour l'injecter.

L'innocuité de l'injection de la salive fraîche nous oblige à conclure que la salive pure n'est pas vénéneuse, et à écarter dès lors la question de savoir si c'est au sulfocyanure de potassium qu'elle contiendrait normalement qu'elle devrait ses propriétés toxiques.

Le sulfocyanure de potassium existe-t-il normalement dans la salive?

On ne peut nier que dans certains cas la salive, donne par le perchlorure de fer, une coloration rouge intense qui a été regardée comme caractéristique du sulfocyanure de potassium. On avait bien objecté que ce caractère pouvait être dû à une réaction autre que celle du sulfocyanure, et qu'il était nécessaire, si l'on voulait pouvoir affirmer la présence du sulfocyanure, d'extraire ce corps en nature. C'est ce qu'ont fait MM. Tiedemann et Gmelin, Bidder et Schmidt.

MM. Magendie et Rayer ont cherché le sulfocyamire dans les salives de chevaux ; ils ne l'ont pas rencontré dans la salive fraîche, mais seulement lorsque la salive avaient été préalablement évaporée à sec.

Tout à l'heure on a essayé ici les salives de plusieurs personnes par le perchlorure de fer. Quelques-unes ont rougi, d'autres non. Il est remarquable que les salives qui ont rougi appartenaient à des fumeurs; la salive des personnes qui ne fumaient pas n'a pas donné la réaction caractéristique du sulfocyanure. Cette observation nous a conduit à ajouter un peu de nicotine aux salives qui ne coloraient pas; la coloration s'est montrée évidente, mais moins considérable que dans quelques salives de fumeurs auxquelles on n'avait pas ajouté de nicotine.

Quoi qu'il en soit, je neveux point croire à une cause d'erreur qui aurait échappé à' tous les observateurs, et puisqu'on a trouvé du sulfocyanure de potassium dans de la salive recueillie dans les conduits salivaires d'animaux, force nous est d'admettre sa présence, sinon comme constante, du moins comme possible.

Admettant que le sulfocyanure du potassium existe dans la salive, nous devons reconnaître qu'il y existe à une dose infiniment petite.

Des expériences que nous avons faites ici l'année dernière nous ont montré, en effet, que le sulfocyanure de potassium est un poison violent, très remarquable comme réactif physiologique, en ce qu'il agit sur les muscles pour les paralyser en laissant intact le . système nerveux moteur.

EXPÉRIENCES. 2/l5

Le sulfocyanure de potassium est un produit spécial à la salive qu'il pourrait à la rigueur caractériser. On ne Pa trouvé dans aucun autre liquide de Téconomie, pas môme dans le suc pancréatique qu'on avait autrefois considéré comme identique avec les liquides salivaires.

Quand on ajoute de l'acide acétique pour aciduler la salive sous-maxillaire ou parotidienne, et qu'ensuite on ajoute un peu de persulfatede fer, ces salives acquièrent une viscosité extraordinaire. La même chose a lieu avec ledeutochlorure de mercure. L'iodure de fer injecté dans le sang m'a paru parfois également rendre les salives plus visqueuses, même la salive parotidienne, qui ne l'est pas normalement. L'injection d'autres substances métalliques m'a paru également produire ce résultat.

L'iodure de fer, injecté dans le sang, paraît en outre se décomposer en iodure alcalin. Pourrait-on invoquer cela comme preuve de l'existence des carbonates dans le sang?

Nous n'avons pas à revenir ici sur le rôle des salives dans les phénomènes digestifs, ce sujet a été traité ailleurs. Nous vous citerons seulement des expérience relatives à différents points de l'histoire de la sécrétion de la salive.

Les glandes salivaires ne donnent pas toutes une quantité égale de salive, soit qu'on les considère chez des animaux différents ou chez le même animal.

Exp. — Sur un chien on introduisit un tube dans les trois conduits salivaires. Au moment où l'on retira les mandrins de ces trois tubes qui venaient d'être mis en place, \\ s'écoula quelques gouttes de salive, mais

2A6 SALiVE.

seulement par le tube placé sur la glande sous-maxillaire ; rien ne s'écoula par les autres tubes.

On introduisit ensuite du vinaigre dans la bouche de ranimai : la salive coula immédiatement et très abondamment de la glande sous-maxillaire. Ensuite la salive coula de la glande parotide assez abondante. Enfin c'est dans la glande sublinguale que l'écoulement salivaire, excessivement visqueux, parut en dernier lieu. On répéta deux fois l'expérience avec le même résultat, et l'on remarqua qu'après l'excitation par le vinaigre l'écoulement salivaire ne continuait pas également dans toutes les glandes; il cessa d'abord dans la glande sublinguale, ensuite dans la parotide, et c'est dans la sous-maxillaire qu'il persista le plus longtemps. Lorsqu'au lieu d'employer le vinaigre on se servit du carbonate de soude pour exciter la sécrétion salivaire, les trois glandes fournirent également leurs salives en quantité différente, et à peu près dans le même rapport. Peut-être la salive parotidiennecoula-t-elle un peu moins. En faisant respirer de l'ammoniaque au chien, la sécrétion salivaire fut augmentée dans les glandes parotide et sous-maxillaire, bien qu'il n'y eût à ce moment aucun mouvement de déglutition. On coupa ensuite sur cet animal le nerf lingual et l'on pinça son bout central, qui ne paraissait pas d'une excessive sensibilité. Par suite de cette excitation, il s'écoula de la salive, mais uniquement par le conduit de la glande sous-maxillaire. Seulement cette salive parut plus visqueuse que celle qu'on avait obtenue avant par l'excitation gustative portée sur la muqueuse buccale. •

Nous savons que la salive parotidienne est dépourvue de viscosité. Cependant quelquefois elle offre un aspect plus visqueux qu'à l'ordinaire ; particulièrement quand elle est sécrétée sous l'influence de certaines substances injectées dans les vaines. Cette viscosité pourrait peut-être dépendre, dans ces conditions, d'un liquide visqueux fourni par les cellules qui tapissent 1q conduit de Slénon. C'est ce dont on pourrait s'assurer en faisant une infusion avec la membrane muqueuse qui tapisse ce conduit chez les gros animaux, chez le cheval par exemple.

Eoop. — On a soumis au courant électrique de la salive et du suc pancréatique, et l'on a eu le résultat suivant :

L'électricité était fournie par une pile à auge de quatorze éléments. On fit passer le courant successivement :

i^ Dans le suc pancréatique recueilli depuis deu? jours, alcalin et coagulant bien par la chaleur.

Pendant le passage du courant électrique, il se dégagea une grande quantité de gaz au pôle cuivre, tandis qu'au pôle zinc, il se forma un coagulum assez abondant et de couleur verte.

â"" On fit passer le même courant dans du suc pancréatique plus altéré : les mêmes phénomènes se produisirent avec cette différence toutefois que le coagulum était moins abondant au pôle zinc, et qu'il y avait un dég^ement de gaz plus considérable au pôle cuivre.

3° On fit passer le même courant dans de la salive parotidienne de chien recueillie depuis quatre jours. On observa également un dégagement de gaz au pôle cuivre ^ mais en moins grande (|uantité que pour le suç

pancréatique. Il y avait au pôle zinc un coagulum moins abondant que pour le suc pancréatique et présentant une couleur bleue.

à^ On fit passer le même courant à travers de là salive de la glande sous-maxillaire de chien, datant de quatre jours et ayant perdu sa viscosité. Il y eut, comme pour la salive parotidienne, dégagement de gaz au pôle cuivre, mais absence complète de coagulum au pôle zinc.

5° On fit passer le même courant à travers de la salive mixte d'homme, datant de quatre jours. Il y eut dégagement de gaz au pôle cuivre , mais moins abondant que pour les salives de chien; il y eut au pôle zinc un faible coagulum de couleur bleue.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces expériences, c'est la différence de coloration du coagulum du suc pancréatique et de la salive, et l'absence de ce coagulum dans la glande sous-maxillaire; ce qui semblerait indiquer que ce coagulum de la salive mixte est dû à la matière albuminoïde que nous avons signalée dans la glande parotide, et qui est très abondante chez le cheval ; toutefois cette matière albuminoïde coagulée par l'électricité se présenterait avec une coloration différente.

Eœp, — 1Ù5%028 de salive sous-maxillaire desséchés ont laissé O^^lSâ; d'où il résulte qu'il y avait 13«',895 d'eau. Les 0«'^,133 de résidu sec ont laissé 08%092 de cendres, ce qui donne pour la matière organique et l'acide carbonique Qs'jOiil.

En analysant ensuite ces cendres, on y a trouvé comme bases, delà chaux, delà magnésie, de la potasse et de la

soude; comme acides, les acides chlorhydrique, sulfurique et phosphorique. La densité de cette salive sousmaxillaire de chien était de 1,003.

La salive parotidienne de chien examinée comparativement, offre une densité de 1,008.

7fi%222 de salive ont laissé un résidu sec de 0,104; d'où Von voit qu'il y avait 7*',118 d'eau.

On a trouvé dans cette salive de la chaux, de la magnésie, de la potasse et de la soude, et les acides chlorhydrique, sulfurique, carbonique et phosphorique.

La salive de chien pure et à l'état frais n'agit pas sur l'eau d'amidon ; mais elle acquiert cette propriété lorsque, abandonnée à elle-même, elle vient à éprouver une certain degré d'altération. C'est ce que prouve l'expérience suivante.

Exp. — Des salives fraîches de chien sou&-maxillaire et sublinguale, très gluantes, ont été séparément mises en contact avec de l'eau d'empois d amidon, et n'ont exercé aucune action pour changer cette substance en sucre.

Au bout de deux jours, ces salives ayant été abandonnées à elles-mêmes par un temps chaud et orageux, avaient complètement perdu leur viscosité, et alors elles agissaient très énei^iquement sur l'eau d'amidon pour le transformer en sucre.

De la salive parotidienne fraîche placée dans les mêmes circonstances n'eut pas d'action sur Peau d'empois d'amidon, et acquit la propriété de la transformer lorsqu'elle eut subi un commencement d'altération : d'où il faut conclure qu'à l'état frais, les salives pures

ne transforment pasTeau d'empois d'amidon. Quelque* fois même on peut laisser le contact durer vingt-quatre heures sans que cette transformation ait lieu- Toutefois il ne faut pas oublier que l'action d'une température douce et prolongée peut à elle seule déterminer la transformation de l'eau d'empois d'amidon et introduire ainsi une cause d'erreur dans l'expérience.

Eœp. (21 juin 1853).— Sur un chien de forte taille on fit une injection dans le conduit parotiden de 4 grammes d'eau contenant 15 centigrammes d'iodure de potassium, et l'on reçut en même temps, par un tube placé sur le conduit salivaire opposé, de la salive dont on détermina l'écoulement par l'instillation de vinaigre dans la bouche.

La salive, recueillie aussitôt après que l'injection avait été faite du côté opposé et le conduit lié, contenait déjà des traces d'iode. Quelques minutes après, elle en renfermait beaucoup, tandis que l'urine recueillie au même instant n'en contenait pas sensiblement.

Trois heures environ après la première injection d'iodure de potassium dans la glande parotide, on enleva la ligature qui avait été placée sur le conduit, et l'on y plaça un petit tube d'argent, après quoi on détermina l'écoulement salivaire, et Ton constata que cet écoulement était beaucoup moins abondant du côté où l'injection avait été faite que du côté opposé ; mais on reconnut la présence de l'iode dans les deux salives recueillies.

Alors on injecta dans la glande salivaire droite, qui avait déjà reçu l'injection de l'iodure de potassium, /i centimètres cubes d'une dissolution de prussiate

EXPÉRUSNGES. 251

jaune de potasse, et aussitôt après Tinjection, on boucha Textrémité du tube avec une petite boulette de cire pour empêcher le liquide injecté de s'écouler.

Environ cinq minutes après, on fit sécréter par du vinaigre la glande salivaire du côté gauche; on y constata toujours la présence de l'iode, mais pas du tout la présence du prussiate. Vingt minutes après l'injection du prussiate dans la glande salivaire droite, on enleva le petit bouchon de cire et Ton fit sécréter de la salive par le vinaigre. On observa encore cette fois que la glande salivaire droite, qui avait reçu les deux injections, fournit beaucoup moins de salive que la glande salivaire gauche. On constata, dans les premières gouttes de salive qui coulèrent de la glande salivaire droite, des traces de prussiate de potasse qui provenaient sans doute du lavage du tube d'argent; car dans les quantités de salive qu'on recueillit ensuite, on ne trouva pas de traces de prussiate de potasse, maisl'iodure de potassium existait toujours dans cette salive. A ce moment même l'iode ne se trouvait dans l'urine qu'à l'état de traces, tandis que le prussiate de potasse s'y constatait d'une manière très évidente.

La salive recueillie de la glande salivaire gauche contenait de l'iode, mais point de prussiate.

Après toutes ces expériences, on injecta dans la glande parotide gauche de cet animal une petite quantité d'huile, après quoi on lia le conduit, afin de voir si l'eflet serait ici le même que sur le pancréas.

Le 28 juin, sur ce même animal qui n'était plus sensiblement affecté par les expériences précédentes, et

qui , deux heures avant, avait fait un repas de viande, on mit à nu le conduit pancréatique qui était caché sous un vaisseau qu'on fut obligé de diviser pour arriver jusqu'à lui. Le pancréas était d'une couleur rosée peu intense, comme cela arrive au commencement de la digestion. Le tube étant introduit dans le conduit et fixé, la plaie fut fermée comme à l'ordinaire.

Aussitôt après l'expérience, il apparut une goutte limpide de suc pancréatique dont on constata la réaction alcaline, après quoi on appliqua la petite vessie de caoutchouc pour recueillir le liquide. Il n'y eut pas de vomissements ni de symptômes de péritonite générale à la suite de l'opération. L'expérience avait été faite à dix heures.

A midi, on retira de la petite vessie de caoutchouc un demi-gramme de suc pancréatique visqueux, alcalin, coagulant très bien. I^ sécrétion du suc pancréatique, qui était d'ailleurs peu abondante, cessa vers la fin de la journée ; pendant la nuit, elle recommença pour se montrer très abondante pendant la journée suivante. Alors on introduisit dans l'estomac de l'animal une dissolution contenant environ 2 grammes d'iodure de potassium, et une heure après on constata le passage de l'iode dans la sécrétion pancréatique. Le suc pancréatique coagulait encore assez bien pendant cette seconde journée (29 juin).

Le troisième jour (30 juin), le suc pancréatique coulait et contenait encore de l'iodure de potassium. Ensuite le tube tomba et l'on cessa les observations.

Le 7 juillet, le chien était à peu près guéri de son

opération , et la plaie était en voie de cicatrisation ; il servit aux expériences suivantes, relatives aux modifications qu'éprouve l'absorption de l'estomac après la ligature des nerfs vagues.

On fit la section des deux pneumogastriques dans la région du cou. On lia ensuite l'œsophage et le pylore, et l'on fit dans l'estomac l'injection d'une dissolution de prussiate jaune de potasse et d'iodure de potassium. Ensuite on introduisit un peu de vinaigre dans la gueule de l'animal et l'on recueillit de la salive cinq et dix minutes après l'ingestion du mélange dans l'estomac, et l'on n'y constata que des traces douteuses d'iode.

Alors l'animal fut pris d'efforts de vomissements accompagnés d'accès de suffocation et d'une grande agitation. Ces symptômes durèrent environ vingt minutes, et l'animal mourut suffoqué. On fit ensuite l'autopsie : on trouva dans la vessie une grande quantité d'urine qui contenait du prussiate de potasse d'une manière très évidente. La présence de l'iode ne put pas y être décelée. Le pylore était bien lié, et l'on constata que les veines grande et petite coro* naires de l'estomac n'avaient pas été comprises dans la ligature. L'animal était en digestion, et il y avait dans le péritoine des traces de péritonite locale résultant de l'opération sur le pancréas. Dans le thorax, les poumons ne s'affaissaient pas, il y avait un emphysème très marqué dans le médiastin postérieur. La partie supérieure de la trachée était rempliç d'écume qui avait étouffé l'animal On retira du sang

054 SALIVÉ.

du cœur droit et du cœur gauche. De ces deux sangs il se sépara un sérum opalin qui renfermait du sucre. La bile contenait, du prussiate [de potasse.

On disséqua ensuite la glande oii avait été faite, le 24 juin, Tinjection d'huile, et on la trouva transformée en une espèce de poche remplie d'un liquide rougeâtre. Les parties de la glande les plus rapprochées de l'oreille avaient échappé à cette destruction et conservé leur aspect normal. On découvrit ensuite la glande du côté opposé dans laquelle avait été faite l'injection de prussiate de potasse et d'iodure de potassium, elle présenta son aspect normal.

Eœp, (30 octobre 1853). -~ Sur un petit chien, on injecta dans la veine jugulaire une partie d'un mélange de 2 grammes d'iodure de potassium et de prussiate de potasse dans 60 grammes d'eau.

Pendant l'injection, on recueillit de la salive par une fistule pratiquée du même côté : on y constata très manifestement la présence de l'iode, tandis qu'on n'y trouva pas de prussiate de potasse.

Quelques minutes après on injecta vers la tète, par l'artère du même côté, 7 centimètres cubes de la même dissolution. On remarqua pendant cette injection des mouvements violents et des efforts de vomissement qui chaque fois arrêtaient la sécrétion de la salive.

Dansla salive recueillie après cette injection, ou décela laprésence du prussiate de potasse qu'on n'y avait pas pu trouver après l'injection par la veine ; ce qui prouverait que ces défauts d'élimination ne sont que des choses relatives aux quantités de substance injectées.

EXPÉRIENÔES. 255

Bœp. — Sur un cheval morveux, à jeun, chez lequel on avait isolé le conduit salivaire parotidien, on injecta dans la veine jugulaire une solution de 2 grammes de prussiate de potasse dans 50 grammes d'eau. Une ouverture avait été pratiqué à la veine avec la flamme, et Ton y introduisit un sonde de gomme élastique ajustée à la seringue, de telle sorte que l'injection fut faite sans interrompre la circulation.

On donna ensuite à manger à l'animal, et, au moment où il aperçut la luzerne qu'on lui apportait, il tendit le cou, et aussitôt des gouttelettes de salive coulèrent par le conduit parotidien.

On recueillit la salive qui s'écoula pendant dix minutes environ après l'injection.

Elle ne contenait pas de trace de prussiate. On prit du sang de la veine jugulaire, et on le laissa se coaguler jusqu'au lendemain.

Au bout de quatre heures on recueillit de la salive parotidienne chez le même cheval : elle ne contenait pas davantage de prussiate de potasse. L'urine recueillie à ce moment renfermait de très grandes quantités de prussiate de potasse.

Le lendemain, on examina le sérum du sang recueilli la veille, et en y ajoutant du sulfate acide de fer, il se manifesta une coloration bleue très nette. Alors, sur le même cheval, on répéta l'expérience de la veille, en injectant cette fois 5 grammes de prussiate de potasse dissous dans 50 grammes d'eau. La liqueur était concentrée et cristallisait sur les parois du vase par la simple évaporation. Il n'en résulta cependant aucun accident à

la suite d'une injection faite dans la jugulaire par le procédé suivi la veille.

Aussitôt après l'injection , on donna à manger à l'animal; et, comme la veille, la vue seule de l'aliment détermina l'écoulement salivaire. On recueillit la salive pendant dix minutes après l'injection, et cette salive, essayée par le sulfate acide de fer, dégagea abondamment des gaz, mais elle ne contenait pas de trace de prussiate. On avait recueilli un demi-litre de salive.

Une heure et demie après, on donna encore à manger au cheval. Cette fois encore la vue seule de l'aliment détermina l'écoulement salivaire. Pendant la mastication, la salive coulait à jet continu; on en recueillit de nouveau un demi-litre, qui ne contenait pas de trace de prussiate de potasse.

Exp. — Sur un chien adulte, un peu affaibli par des expériences antérieures, étant en pleine digestion, on piqua le plancher du quatrième ventricule, pour le rendre diabétique. La piqûre détermina des accidents cérébraux graves, et les yeux de l'animal étaient agités par des mouvements convulsifs, et les mouvements respiratoires étaient accélérés.

Aussitôt on plaça une sonde dans la vessie pour recueillir l'urine.

L'animal avait été piqué à deux heures, et quarantecinq minutes après, l'urine, claire, acide, renfermait déjà du sucre. A quatres heures trente-cinq minutes, la quantité de sucre de l'urine avait augmenté, et à ce moment on découvrit les conduits salivaires sous-maxillaire et parotidien, et l'on y introduisit des tubes.

Il s'écoula par le tube sous-maxillaire une salive limpide^ peu filante, alcaline, et ne contenant pas de sucre.

Alors on injecta dans la veine jugulaire 0«',5 de prussiate de potasse dissous dans 20 grammes d'eau distillée. Sept minutes après, cette substance avait apparu dans les urines et Ton n'en constatait pas de traces dans la salive sous-maxillaire, qui coulait cependant avec abondance et continuellement, tandis que la salive paroti-» dienne donnait seulement quelques gouttes, lorsqu'on employait le vinaigre, que l'animal paraissait très peu sentir; le chien avait d'ailleurs une sorte detrismus qui l'empêchait de faire des mouvements de mastication.

A quatre heures deux minutes, on injecta par la jugulaire 2 grammes d'iodure de potassium dans 30 grammes d'eau. Douze minutes après, on constata très nettement la présence de l'iode dans la salive sous-maxillaire, qui coulait continuellement. Alors on mit du vinaigre dans la bouche de l'animal, et l'on obtint huit à dix gouttes de salive parotidienne dans lesquelles on ne constata pas la présence de l'iode ; tandis que dans deux gouttes de salive sous-maxillaire étendues d'eau ou décelait facilement la présence de l'iode. La salive parotidienne était alcaline, non filante, et devenait facilement trouble à l'air par la précipitation du carbonate de chaux.

Seize minutes après l'injection de l'iodure de potassium, on n'en constata pas dans l'urine qui s'écoulait d'une sonde placée à demeure dans la vessie. Cette urine contenait toujours beaucoup de sucre et de prussiate de potasse, tandis que la salive sous-maxillaire contenait

B. LlQUIO. DB k'ORGAll. — U* il

S6S SALITE.

beaucoup d'iode et point de prussiate ui de sucre. L'aDÎmal fut tué par hémorrhagie.

L'autopsie montra qu'il était en digestion. Le foie donna une décoction laiteuse sucrée. La bile dans la vésicule ne paraissait pas contenir d'iode; mais on y constatait la présence du prussiate jaune de potasse.

On constata dans la région pylorique de l'estomac la présence du prussiate de potasse; mais il faut remar-- €[uer qu'il y avait eu dans cette région reflux d'une certaine quantité de bile.

Dans la décoction du foie on ne constata pas la présence de riode, non plus que dans la décoction des glandes salivaires.

La décoction de la glande sous-maxillaire était opaline ; celle de la parotide transparente.

Le rein donna une décoction trouble, jaune, qui ne contenait ni sucre ni iode.

L'autopsie du cerveau montra que la piqûre siégeait un peu au-dessus de l'origine des pneumogastriques, et qu'il y avait eu dilacération de la substance nerveuse avec épanchement sanguin.

Eœp. — Sur un gros chien ayant déjà servi à beaucoup d'expériences physiologiques, mais néanmoins se portant bien, et ayant fait son dernier repas de viande depuis trois ou quatre heures, on mit, le 47 avril, pour la seconde fois, un tube dans le canal pancréatique, qui était parfaitement refermé depuis la première opération, qui avait eu lieu un mois auparavant. Ënsuitp on découvrit du côté gauche les iDonduita salivaires de la glande parotide sous-maxil*

£X1»ÉR1ENCES. 259

laire et sous-lioguale, et dans chacun d'eux on introd uisit UQ petit tube. (Le chien avait subi la même opération «ur les conduits salivaires du côté droit, quinze jours environ auparavant, et les fistules étaient cicatrisées.)

Après avoir mis des tubes dans les trois glandes salivaires, et dans le conduit pancréatique, on instilla du vinaigre dans la gueule du chien ; aussitôt il y eut écoulement par les tubes saUvaires. Le tube de la glande soui^maxillaire coulait plus fort, ensuite celui de la pa* rotide, et enfin celui de la glande sous-linguale coukit le moins. La salive était limpide et apparaissait plus vite pour laglandesous-maxillaire. La sécrétion y durait aussi I^us longtemps. Dans la glande sous-linguale la salive était visqueuse et coulait en très petite quantité.

Pendant que la sécrétion salivaire était excitée par ie vinaigre, la sécrétion du suc pancréatique, qui avait déjà commencé à se faire goutte à goutte, ne s'est pas irouvée modifiée, d'où il faut conclure qu'il n'y a pas de sympathie directe entre la sécrétion salivaire et la sécrétion pancréatique.

On a ensuite mis dans la gueule de l'animal de l'extrait alcoolique de coloquinte; l'animal a éprouvé la sensation désagréable, et il s'est produit de la salive qui a coulé en bien moindre quantité que parle vinaigre, et qui a encore été plus abondante pour la salive sousmaxiilaire que pour les deux autres.

Alors on introduisit un morceau de bois entre lesdents de l'animal, muselé de façon à le forcer à des mouvements de mastication. Par suite de ces ûianœuvres, la salive parotidienne coula beaucoup plusénergiquement

que la salive sous-maxillaire. On a vu précédemment que le contraire avait lieu alors qu'on employait l'excitation gustative du vinaigre, qui déterminait un écoule-^ ment plus abondant dans la salive sous-maxillaire que dans la salive parotidienne. Alors, en effet, l'écoulement de cette salive était si abondant, qu'elle s'échappait quelquefois eu un jet projeté au loin. Nous avons remarqué également que lorsqu'on employait le vinaigre, la salive sous-maxiliaire commençait toujours à couler avant la salive parotidienne.

On a recueilli une certaine quantité de ces salives pour faire des expériences que nous avons rapportées ailleurs, et qui sont relatives à l'action digestive de la salive sur les aliments simples.

Le suc pancréatique coula en très grande abondance; il servit à des expériences comparatives avec la salive du même chien. Le suc pancréatique, dont la sécrétion se montra très active, acquit bien vite une grande fluidité.

Le 18 avril, le même chien servit à faire l'expérience qui suit : On remit les tubes dans les conduits salivaires de la glande sous-maxillaire et parotide (on n'en mit pas dans la sous-linguale), puison introduisit du vinaigre dans la gueule de l'animal, et il y eut écoulement considérable de salive qui, comme la veille, coulait plus abondante dans la glande sous-maxillaire que dans la parotide.

La saUve sous-maxillaire coulait limpide et abondante et très peu filante.La salive parotidienne était claire et pas filante, et par le refroidissement elle devenait légère-

ment opaline, avec une couche semblable à celle qu'on voit sur Feau de chaux,

La veille, 17 avril, la salive ne présentait pas aussi manifeste cette précipitation par le refroidissement.

Après avoir fait ces expériences, on coupa le nerf lingual qui se trouvait dans le fond de la plaie, et déjà en partie recouvert par des bourgeons charnus qui commençaient à se former. Ce nerf paraissait, dans ces conditions, plus sensible qu'à l'ordinaire. On le pinça et on le coupa en produisant une très vive douleur.

Après la section, on pinça les deux bouts. Le pincement du bout périphérique ne donna lieu à aucune sécrétion et à aucune douleur; tandis que le pincement du bout central détermina une vive douleur, ainsi qu'une sécrétion salivaire abondante dauslaglande sous-maxillaire. La salive parotidienne ne coulait pas du tout quand l'animal ne faisait aucun mouvement de mastication. On observa également, à plusieurs reprises, ce fait singulier que la salive sous-maxillaire qui s'écoulait sous l'influence du pincement du bout central du nerf lingual était beaucoup plus visqueuse et plus filante que celle qui s'était écoulée sous l'influence de l'impression gustative du vinaigre.

Après tout cela, on introduisit du vinaigre dans la gueule de l'animal, et aussitôt il y eut salivation abondante par la glande sous-maxillaire et par la parotide. Mais, ce qui est remarquable, c'est que la salive coula alors en apparence plus abondamment qu'avant la section du nerf et qu'avant l'excitation de son bout central par le pincement.

S62 SÂLITE.

L'écoulement de là salive sous-maxillaire^ après la section du nerf lingual, montre évidemment que la section de ce nerf avait été pratiquée au-dessous du point d'émergence de la corde du tympan. De sorte que rimpression gustative qui faisait sécréter cette glande salivaire était produite sur le nerf lingual du côté opposé, à moins que quelques filets émanés plus haut du nerf lingual n'eussent échappé à la section ; et cependant on voyait que la sécrétion salivaire, loin d'avoir diminué d'intensité, semblait au contraire avoir augmenté. Cette augmentation viendrait-^lle de ce qu'on avait préalablement pincé le nerf, qu'on aurait rendu ainsi plus excitable?

Page 1