‹ Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations ..., Volume 2Chapitre 37 sur 61 · SA SÉCRÉTION. S&Â · texte numérisé non relu

SA SÉCRÉTION. S&Â

la sécrétion altérée est continue. Si dans les deux cas le suc pancréatique est alcalin^ cela tient aux matières salines que le sang laisse passer.

Il nous resterait à examiner les caractères physico-» chimiques du suc pancréatique, et le rôle que ce liquide est appelé à jouer dans les phénomènes de la digestion. Nous avons exposé déjà ici longuement les expériences que nous avons faites à ce sujet, et nous ne vous les rappelleront que parce que nous saisirons cette occasion pour vous présenter quelques observations, relativement à des objections que Ton a élevées contre le rôle que nous avons assigné à ce liquide dans la digestion des matières alimentaires en général, et en particulier des matières grasses.

L'année dernière, nous avons développé ici les argu* ments que nous vous exposons aujourd'hui. Le principal intérêt que nous trouvons dans cette revue tient aux idées de méthode expérimentale qu'elle met en lumière. C'est uniquement dans ce but que nous introduirons dans cette circonstance des considérations critiques.

Des objections ont été faites d'abord par M. Bérard, professeur à la Faculté de médecine, et publiées dans un rapport académique sur un travail ayant pour titre : De la digestion et de l'absorption des matières grasses sans le concours du fluide pancréatique {Bulletin de l'Académie de médecine, 1857, t. XXII, p. 659).

Avant d'examiner le rapport du savant professeur, je crois nécessaire de vous résumer brièvement les faits principaux sur lesquels reposent nos opinions relatives

aux fonctions du pancréas, opinions auxquelles s'adressent les arguments de M. Bérard .

C'est en 18/i6, et surtout en 1848, que j'ai fait connaître les résultats de mes premières expériences sur le pancréas.

En donnant à manger de la viande à des lapins, j'avais vu que les chylifères qui partent de l'intestin ne commençaient ordinairement à se montrer blanchis par la graisse émulsionnée que dans un point assez bas de l'intestin, plus bas que chez le chien. Je reconnus en même temps que l'abouchement du principal canal pancréatique dans l'intestin a lieu chez le lapin plus bas que chez le chien. Y avait-il un rapport entre ces deux faits?

Comme tout le monde à cette époque, je n'avais aucune idée arrêtée sur les usages du suc pancréatique; mais après la double observation que je viens de vous signaler, je fus conduit à recueillir du suc pancréatique et à en examiner laction sur les divers aliments.

Je vis alors : l"Que le suc pancréatique émulsionne les corps gras d'une manière permanente; et que seul parmi les autres fluides intestinaux (salive, suc gastrique, bile), il jouit de cette propriété;

2"* Que le suc pancréatique doit avoir pour usage de rendre les graisses absorbables ; car les animaux chez lesquels on a détruit complètement le pancréas^ rejettent la graisse des aliments dans les fèces.

Ces faits ont-ils été détruits par le travail que j'examine avec vous? — Non, car ils n'ont été l'objet d'aucun examen spécial; et l'auteur du mémoire a fait d'autres expériences que nous examinerons plus loin.

DISCUSSION. S/i5

Cependant nos expériences sont faciles à exécuter, et je vais vous en montrer ici quelques résultats, quoique vous les ayez vues déjà bien des fois.

Une fistule pancréatique a été pratiquée hier à ce grand chien lévrier. Un tube d'argent est engagé dans son canal pancréatique principal ; une vessie de caoutchouc recueille, ainsi que vous le voyez, le liquide qui s'écoule par le tube. En débouchant la vessie et la comprimant, nous recueillons une quantité assez notable de suc pancréatique.

En examinant ce liquide dans des conditions variées, j'ai reconnu qu'on ne l'obtenait pas toujours dans un état d'intégrité suffisant pour faire bien juger de ses propriétés. Xu moment de l'opération, on l'obtient visqueux et coagulable à un haut degré. A mesure qu'on s'éloigne de l'opération, il devient en général plus liquide et de moins en moins coagulable : il subit des modifications qui le dénaturent et l'éloignent de plus en plus de son type normal.

Je tiens à vous montrer sa coagulabilité, parce qu'elle est due à une matière particulière à laquelle le suc pancréatique doit sa propriété d'émulsionner les corps gras, et aussi parce que les modifications que subit ce liquide tiennent à des variations dans la quantité de cette matière. Vous voyez que le suc pancréatique recueilli hier peu de temps après l'opération est très coagulable. Celui que nous venons d'obtenir l'est déjà moins ; demain, il ne le sera peut-être plus du tout.

Si maintenant nous prenons ces deux liquides, surtout celui du premier jour, et si nous les agitons avec de

rhuile, nous obtenons des émulsions qui seront persistantes.

D'autres émulsions ont été faites dans ces tubes avec delà bile, avec de la salive, et enfin avec du suc pancréatique. Cette dernière seule est persistante; dans toutes les autres la matière grasse s'est séparée plus ou moins rapidement.

Personne n'a nié ce fait de Féraulsion des graisses neutres par le suc pancréatique. Mais, ne tenant aucun compte des développements dans lesquels j'étais entré relativement à la, persistance de l'émulsion.on a invoqué pour expliquer celle-ci un autre mécanisme.

Voyant que les liquides alcalins émulsionnent les graisses, on n'a pas hésité à attribuer l'émulsion par le suc pancréatique à sa réaction alcaline; et Ton a comparé cette émulsion à celle qui se fait par les autres liquides alcalins, la bile, la salive, etc.

En soutenant cette opinion, on oubliait que l'émulsion persistante par le suc pancréatique n'est pas en raison de la réaction alcaline du liquide. Le suc pancréatique conserve ses propriétés émulsives alors même qu'on le rend neutre en y mélangeant du suc gastrique. La bile, la salive ou d'autres liquides alcalins de l'économie, ainsi neutralisés par le suc gastrique, ne possèdent jamais la moindre propriété émulsive.

Voici du suc pancréatique frais de chien, dont la réaction alcaline a été neutralisée par l'addition d'un peu de suc gastrique naturel de chien, qui est acide. Il émulsionne parfaitement l'huile, et cette émulsion persiste. Si nous agitons, d'autre part, de l'huile avec du suc

gastrique, nous obtenons bien un mélange; mais le repos ramène immédiatement Fbuile à la surface. lien est de même de la bile et de la salive que vous nous avez vu neutraliser avec le suc gastrique de chien. La séparation de Thuile, qui se fait alors môme que les liqueurs sont alcalines, s'effectue ici avec une beaucoup plus grande rapidité.

Enfin j'ajouterai, comme caractère spécifique de l'action du suc pancréatique sur les graisses, la propriété qu'il possède, dans ces circonstances, d'acidifier la graisse et de la dédoubler en acide gras et glycérine, résultat qui s'est trouvé confirmé de la manière la plus nette par les expériences de M. Berthelot.

En attribuant à la réaction alcaline du suc pancréatique son action sur les graisses, on oubliait encore que chez les carnivores le suc pancréatique agit dans un milieu acide ; car leur intestin grêle présente toujours pendant la digestion une réaction légèrement acide.

Voilà donc des faits incontestables et incontestés; ce n'était pas sur eux que pouvait porter l'argumentation de M. Bérard. Pourtant ses conclusions les comprennent dans la négation qu'il fait eu bloc de mon opinion.

La conclusion à laquelle m'ont conduit mes recherches était naturellement que le pancréas sert à la digestion des corps gras ; puisque le suc pancréatique possède seul une action remarquable sur les graisses, et que l'ablation du pancréas, ou plutôt sa destruction amène des troubles considérables dans la digestion des graisses que contiennent les aliments. Voici, en effet,

348 USAGES DU suc PANCRÉATIQUE.

de la graisse pure qu'on a retirée sans altération des excréments d'un chien dont le pancréas avait été détruit.

Or, nous avons vu que M. Bérard soutient une opinion ainsi formulée: De la digestion et de l'absorption des matières grasses sans le concours du fluide pancréatique. C'est donc exactement la contre-partie des conclusions que je viens de vous rappeler.

D'après ce titre, les résultats de mes expériences devraient être complètement détruits. Toutefois ici il est intéressant de noter qu'aucune de ces expériences que mon contradicteur croit ruinées n'a été répétée par lui.

Dans le Rapport de M. Bérard, nous ne trouvons, en effet, que deux expériences, quoiqu'il dise que c<?6 chiens, 3 chevaux, 5 taureaux, 4 vaches, aient été sacrifiés. »

De ces deux expériences, la première ne vaut rien. M. Bérard lui-même en (convient.

Il s'agissait d'un chien sur lequel on avait lié le canal pancréatique. Trois jours après, une fistule établie au canal thoracique donnait un chyle bien émulsionné.

Après avoir rapporté cette expérience, la seule à laquelle ait assisté la commission de F Académie de médecine, M. Bérard ajoute :

c< L'expérience paraissait concluante, lorsqu'un des commissaires, qui n'avait pas encore oublié ce qu'il avait écrit et fait imprimer sur l'appareil excréteur du pancréas y rappela que chez les chiens cette glande avait deux conduits excréteurs ouverts séparément dans l'intestin.».

Il y a dans cette phrase un passage qui est complètement obscur pour moi : c'est celui qui est relatif à la

dëcoiiverle du double conduit paucréatiq^iie du chien. Cette découverte appartient à Régnier de Graaf, qui, le premier, a décrit cette disposition. Toutefois le (îiit signalépardeGraafayantétéperdude vue, je l'ai rappelé dans mes mémoires (1 ), où j'ai donné des figures de ce détail anatoffiique. J'ai en outre insisté sur les conséquences de cette communication relativement à l'impossibilité d'empêcher le suc pancréatique de pénétrer dans l'intestin par la ligature du plus gros des deux conduits. M. Bérard n'ignorait aucun de ces faits, et je ne vois pas à quel membre de la commission peut se rapporter ce qu'il dit.

Nous abandonnons donc, avec l'auteur lui-môme, cette expérience qu'il regarde avec raison comme sans valeur, et nous passons à l'examen de l'autre expérience du mémoire, fait unique sur lequel reposent toutes les conclusions de ce travail.

Cette expérience consista à prendre un herbivore et à lui lier le « conduit pancréatique » . Après quoi on engagea dans ce canal un tube destiné à faire écouler au dehors le suc pancréatique. Alors l'animal recevait des aliments sur la nature desquels j'aurai à revenir; on lui ouvrait ensuite le canal thoracique. par lequel on recueillait un liquide blanchâtre.

Et c'est de là qu'on a conclu que la graisse peut être émulsionnée et absorbée chez un animal qui ne reçoit pas une goutte de suc pancréatique.

(1) Mémoire sur le pancréas et sur le rôle du suc pancréatique dans les phénomènes digestifs (supplément aux Comptes rendus de l'Académie des sciences ^ Paris, 1856).

FiG. 9 (1).

(1) Pancréas supplémentaires du bœuf, — Fig, 1. — P, grand pancréas; ce G", grand condait pancréatique s'oufrant dans Tintestin par le côté C ; — d\ petit condait pancréatique s'ouvraut largement dans le canal cholédoque CEI en D, et s^anastomosant avec le grand conduit pancréatique cT; — P', petit pancréas supplémentaire s'ouvrant dans le canal cholédoque; — Cfl, canal cholédoque ouvert; — I, extrémité intestinale du conduit cholédoque; — F, petite portion de foie.

Fig. 2. — Cil, conduit cholédoque dans lequel s'ouvrent trois peiits pancréas supplémentaires P, P', P" ; — f , extrémité intestinale du condait ; — HHHIl, division du conduit à son entrée dans le foie.

Fig, 3. — P, plaque pancréatique contenue dans Pépaisseur même de la paroi du canal cholédoque GH ; — I, extrémité intestinale du coDduit ; — IIHH, sa division en entrant dans le foie ; — F, coupe du foie.

Fig. û- — Coupe de la plaque pancréatique de la figure précédente grossie ; — P, coupe du tissu glandulaire ; — C, face interne du conduit cholédoque ; — mm\ épaisseur de la paroi du conduit cholédoque.

Avant de risquer une assertion aussi radicale, il faudrait savoir si réellement, dans l'expérience en ques-

Fl6. 10 (1).

tion, le canal intestinal ne reçoit pas une goutte de suc pancréatique.

(1) Pancréas supplémentaires du bœuf. —Fig. 1. — P, grand pancréas ;

— ce' C", grand conduit pancréatique s'ouvrant en C dans Tinleslin ; — P', petit pancréas qui ne tient plus que par des tractus de substance glandulaire au grand pancréas, et qui ne communique plus avec les conduits du grand pancréas que par des communications capillaires. Ce petit pancréas s'ouvre en D dans le canal cholédoque CH ouvert ; — I, extrémité intestinale du conduit ; — F, extrémité hépatique du conduit.

Fig. 2.-— Conduit cholédoqne recevant deux pancréas supplémentaires, PP', assez volumineux et complètement isolés du grand pancréas;

— HH H, division du conduit entrant dans le foie;— F, portion de foie; — i, extrémité intestinale du conduit cholédoque.

352 USAGES DU suc PANCRÉATIQUE.

Or vous allez voir que ce n'est pas admissible. Eu effet, chez le bœuf il y a deux conduits pancréatiques, et quelquefois plus. Un de mes élèves, M. le docteur Poinsot, avait déjà signalé cette disposition, dont il est indispensable de tenir compte. Il a montré que quand on injecte de l'eau dans le conduit pancréatique principal du bœuf, celte eau sort par d'autres conduits qui s'ouvrent dans le canal cholédoque.

On a cru tenir compte des observations de M. Poinsot en disant que ce conduit n'existe pas toujours. Nous allons voir que s'il n'affecte pas une disposition anatomique constante, le résultat physiologique est toujours le même (voyez fig. 9, 10, Il et 12).

Dans un grand nombre de cas, si Ton injecte, du côté du pancréas, de l'eau dans le conduit pancréatique principal C (fig. 9) qui s'ouvre dans le duodénum, cette eau vient sortir dans le canal cholédoque CH par un conduit qui s'anastomose avec le grand canal. Vous voyez (fig. 9) un exemple de cette communication sur une pièce fraîche. Une injection étant poussée par le grand canal pancréatique au moyen d'un irrigateur Éguisier, vous voyez le liquide ressortir dans le canal cholédoque par le second conduit.

Voici d'autres pancréas de bœuf sur lesquels on peut constater d'autres dispositions anatomiques qui ne changent rien au mécanisme physiologique.

La première pièce, qui reproduit la disposition que vous avez vue sûr le pancréas frais que nous venons d'examiner (fig. 9), représente une disposition qui nous a paru la plus fréquente.

Ici, sur celte seconde pièce (fig. 10-1), un conduit secondaire D, assez volumineux, s'ouvre dans le canal cholédoque ; maison poursuivant ce conduit, on le voit se ramifier, et sa communication avec le grand canal ne se faire que par des radicules à peine perceptibles. Ce qui force toute la quantité de suc pancréatique sécrétée par la portion du pancréas F, dans laquelle se rend ce conduit secondaire, de se verser dans le canal cholédoque, indépendamment du liquide fourni par le grand conduit pancréatique.

Voici une troisième pièce (fig. 10-2) sur laquelle se rencontre une autre disposition : ici il n'y a plus du tout de communication entre le grand conduit pancréatique qui s'ouvre dans le duodénum et les pancréas surnuméraires PP' qui s'abouchent dans le canal cholédoque ; de telle sorte qu'on peut injecter de l'eau ou un autre liquide par le grand conduit pancréatique sans qu'il passe de là dans le canal cholédoque. Mais on ne saurait conclure de là, comme l'a fait M. Bérard, qu'il ne pénètre pas une seule goutte de suc pancréatique dans l'intestin, car on voit, dans ce cas, autour du canal cholédoque, plusieurs lobes isolés du pancréas, dans lesquels ne pénètre pas l'injection . Ces lobes sont de véritables pancréas secondaires qui s'ouvrent isolément dans le canal cholédoque, tantôt par dçs conduits extrêmement ténus (fig. 11 et 12), tantôt par des conduits volumineux (fig. 9-2,3).

Le canal cholédoque contient même parfois dans son épaisseur des plaques glanduleuses appartenant au pancréas (fig. 9-4).

En résumé, on voit qu'il y a toujours des conduits

B. LlQUID. DE L'ORGAN. — 11. 23

pancréatiques qui viennent s'ouvrir dans le canal cholédoque. Seulement, ilscommuniquent quelquefois avec le grand conduit pancréatique; d'autres fois ils ne corn-

CP

Fio. li (i)t

muniquent pas avec lui. C'est dans ce dernier cas qu'on a pu croire qu'ils n'existaient pas.

Le procédé auquel on avait recours pour constater leur existence supposait que cette coraraunication était

(I) Pancréas de vache dont le condait principal s'ouvre en CP dans le duodénum I, maU rextrérolté supérieure p du pancréai entoure le conduit cholédoque CB, et des canaux secondaires t'ouvrent en ce point dans le conduit biliaire. Souvent ces canaux pancréatiques secondaires communiquent avec le grand conduit pancréatique CP, et quand on hijecte de Peau par ce dernier, on la voit revenir dans le canal biliaire. •«^G, extrémité de la caillette; — aia« vaisseaux sanguins coupés; -^ p, corps du pancréas*

nécessaire ; là donc où Ton a cru avoir démontré que le second conduit n'existait pas, on avait simplement prouvé que les conduits ne communiquaient pas entre eux.

Enfin, ajoutons qu'il peut y avoir encore dans le du o dénum des glandules de la nature du pancréas.

L'argumentation de M. Bérard repose donc sur une

erreur anatomique manifeste que chacun peut constater, et sur laquelle il ne peut vous rester aucun doute après l'examen du grand nombre de pièces qui sont ici som vos yeux, et dont nous vous avons signalé seulement quelques-unes» Il faut donc rayer du rapport de M. Bérard cette assertion inexacte et inadmissible, que les animaux sur lesquels a été faite son expérience «ne recevaient pas me goutte de suc pancréatique dan$ leur tube digestif,» Ils en recevaient constamment; seulement la quantité

(i) Canal biliaire de la figure prijcédeote ; l'intestin «t Je canal biliaire sont ouverts. — GB, canal cholédoque ouvert pour montrer les petits pei'tuis pp qui constituent les orifices des conduits pancréatiques secondaires, par lesquels on voit sortir les injections faites par le grand canal çh, quand il y a communication entre eux; — 1 , duodénum; ^ G, caillette* >

356 USAGES DU suc PANCRËATIQUË.

en était diminuée. Elle était cependant encore plus grande qu'il ne faut pour donner au chyle une teinte blanchâtre. Je vous ai souvent montré ici que l'absorption d'une quantité de graisse extrêmement faible suffit pour injecter les chylifères d'un liquide parfaitement laiteux. C'était à propos d'expériences sur l'éther, dans lesquelles nous avions injecté de ce liquide dans l'estomac de chiens à jeun. A la suite de cette injection, en sacrifiant les animaux, nous trouvions les chylifères et le canal thoracique blanchis par une très belle émulsion graisseuse. Recherchant quelle pouvait être la cause de cette injection blanche des chylifères. nous avons reconnu qu'elle tenait à l'injection de la quantité de graisse extrêmement faible que l'éther enlevait au piston de la seringue ou à la sonde de gomme élastique (huile de lin desséchée) qui servait à faire l'injection. En eflety en substituant une pipette et une sonde de métal aux instruments dont nous avions fait usage, nous n'avions plus aucune trace de vaisseaux blancs par l'injection de l'éther.

Vous voyez donc qu'il suffit d'une très faible quantité de graisse émulsionnée pour blanchir le liquide chyleux. Et il est facile de comprendre que l'opération rapportée par M. Bérard laisse encore arriver dans le duodénum assez de suc pancréatique pour émulsionner plus de graisse qu'il n'en fallait pour produire ce résultat.

Nous trouvons donc dans le suc pancréatique qui reste dans l'intestin la raison de l'absorption d'une quantité notable de graisse. Mais dans le rapport de M. Bérard on a encore aidé au résultat en nourrissant les

animaux de manière à avoir dans Talimentation même une nouvelle source de graisse émulsionnée et directement absorbable.

En effet, on donnait aux animaux en expérience des boulettes de tourteaux de plantes oléagineuses dans lesquelles la graisse est tout émulsionnée. Il n'est pas étonnant dès lors qu'on en ait trouvé de grandes quantités dans les chylifères : on avait dans cette alimentation de quoi suppléer à ce qu'on avait enlevé au pancréas.

J'arrive enfin à un autre défaut de l'expérience que nous examinons ensemble.

Ici ce n'est plus une erreur anatomique, ce n'est plus un choix irrationnel de l'aliment; l'erreur est d'un autre ordre : elle accuse un vice de méthode dans l'expérimentation.

On a noté les quantités de graisse trouvées dans le chyle mélangé de lymphe qu'on a recueilli. Or il est impossible de savoir ce que cela prouve, parce que M. Bérard ne saurait trouver même dans le «formidable recueil d'expériences » dont il parle les termes de comparaison auxquels il faudrait rapporter les données de l'observation.

En effet, on a pris un bœuf, recueilli ce qu'on appelle son chyle, et trouvé qu'il contenait 0,/i50 pour 100 de graisse. Cela prouve-t-il que cette graisse venait toute de l'intestin ? — Pas du tout ; car si Ton regarde toutes les analyses qui ont été faites par divers observateurs sur la quantité de matière grasse contenue dans le chyle et dansla lymphe, on la trouvera plus grande, tantôt dans le chyle, tantôt dans la lymphe, ce qui dépend évidem-

358 USAGES DU suc PANCRÉATIQUE.

ment des états d'alimeutation différents dans lesquels étaient les animaux dont on a analysé les liquides. Il est donc impossible ici, comme d'ailleurs dans la majorité des expériences physiologiques, d'établir une oonclusiou absolue sur un seul résultat* Pour que le^nombres donnés par M. Bérard eussent un sens physiol^que, il aurait fallu savoir combien le liquide extrait du oanal thora* cique du même animal à jeun contient dégraisse ; combien en contient ce même liquide chez le même animal en digestion d'une alimentation déterminée, son pancréas étant intact ; et enfin quelle variation éprouve cette quantité de graisse pour une même alimentation, lorsqu'on vient à faire écouler le suc pancréatique au dehors.

Trois observations, au moins, étaient nécessaires pour avoir les points de comparaison indispensables pour permettre de tirer une conclusion de cette expérience. Ces observations n'ayant pas été faites, on ne saurait tirer aucune conclusion du fait qu'on rapporte.

A ces considérations se borneront ce que j'ai à vous dire pour aujourd'hui du rapport de M. Bérard ; et cela peut se résumer ainsi :

l*' Une erreur anatomique pour point de départ;

2<* Expérience mal exécutée en raison du choix des aliments;

3*" Résultat incomplet en ce qui manque de termes de comparaison.

Je ne vois donc pas quelle conclusion on pourrait tirer de là contre les expériences que nous vous avons rappelées et montrées tout à l'heure.

Page 1