SEIZIEME LEÇON
18 JDUI 1858,
SOMMAIRE : Sécrétion gastrique. — Sac gastrique et mucus* — Sue
intestinal. — Action du système nerveux dans les sécrétions intestinales. — Expériences sur les sécrétions gastrique, biliaire, pancréatique et intestinale. — Propriétés des liquides produits de ces sécrétions.
Messieurs^
Nos études de cette année nous ayant conduit à des résultats intéressants au point de vue de Tinfluence qu'exerce le système nerveux sur les phénoniènes chi* miques de Torganisme, je dois m'arrêter sur quelques points de l'histoire des fluides digestifs, qui nous fourniront de nouvelles occasions d'examiner cette influence.
Le suc gastrique nous oflrira peu de considérations nouvelles à exposer après ce que nous en avons dit ailleurs {Leçotis de physiologie expérimentale, t. II, 1856).
On parle souvent de ses altérations; et à ce propos il se fait une confusion dont il est bon d'être prévenu. L'estomaCy en effet, est le siège de deux sécrétions. La première est le suc gastrique, qui a des propriétés relatives à l'acte digestif, et qui ne peut remplir son rôle physiologique que s'il présente une réaction acide, de sorte qu'on ne saurait admettre un suc gastrique actif alcalin. L'estomac est en outre le siège d'une sécrétion alcaline, le mucus, tout à fait indépendante de la sécrétion du suc gastrique. L'alcalinité qui s'observe dans l'estomac, notamment après la section du pneumogastrique^
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tient à la prédominance de la sécrétion du mucus sur la sécrétion gastrique proprement dite.
Lorsque les aliments arrivent dansVestomac, il devient le siège d'une sécrétion acide qui est destinée à l'accomplissement de l'acte stomacal de la digestion. Plus tard, l'estomac se vide des aliments, et présente une réaction alcaline quand il est eu repos. Ces deux réactions ont été observées par W. Beaumont chez le Canadien porteur d'une fistule. gastrique, dont il a publié l'intéressante observation (1).
Quand on coupe les pneumogastriques, on voit cesser la sécrétion acide et prédominer la sécrétion alcaline. Ce changement de réaction ne tient donc pas à un changement de propriétés du suc gastrique , mais à l'excès de la sécrétion muqueuse. Toutes les fois quMl survient un état pathologique qui amène une suspension des actes digestifs, le suc gastrique n'est plus sécrété.
Dans nos leçons sur le système nerveux, nous vous avons signalé des expériences de section du pneumogastrique chez des animaux munis de fistules stomacales, expériences dans lesquelles l'action des nerfs se trouve directement mise en évidence. Nous ferons encore une réflexion relativement k la réaction acide du suc gastrique.
Cette réaction acide est tellement caractéristique du suc gastrique, qu'il suffit de la changer pour faire disparaître instantanément toutes ses propriétés physiologiques. De telle sorte qu'on pourrait dire en réalité
(1) Experand observations on the Gastric Juice and the physiology of digestion» Plattsburg, 1833.
sucs INTESTINAUX. 373
que le suc gastrique alcalin n'est plus physiologiqueraent du suc gastrique.
Si la pepsine, produit caractéristique du suc gastrique, est indispensable à son activité physiologique, la réaction du milieu dans lequel agit le ferment n'est pas moins indispensable. Tous les liquides sécrétés, à réaction fixe, sont dans le même cas : la salive , le suc pancréatique, n'agissent bien qu'autant que leurs ferments agissent dans la réaction normale de leur milieu. Les liquides excrétés qui ne possèdent pas de ferments actifs présentent une réaction mobile, comme nous l'avons dit; de telle sorte qu'il semble y avoir un rapport entre l'importance des liquides et la fixité de leur réaction : ce qui viendrait encore à l'appui de la distinction physiologique que nous avons établie dans les liquides organiques, en liquides à réaction fixe et liquides à réaction mobile.
Après le suc gastrique vient le suc intestinal. VA d'abord il y a un liquide sécrété par des glandes qui forment dans l'intestin une espèce de collier autour du pylore; glandes bien décrites par Brunner, qui leur a donné son nom. Le liquide des glandes de Brunner est visqueux et présente plus ou moins les caractères de la salive. On peut s'en assurer en prenant cette couche glandulaire et la plongeant dans de l'eau tiède. L'eau prend bientôt une viscosité considérable, ce qui n'a pas lieu pour les glandules pancréatiques dont on peut ainsi les distinguer. Chez les grenouilles, il existe dansle duodénum, immédiatementaprès le pylore, une sorte de collier formé par des villosités glandulaires
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qui disparaissent pendant l'hiver, lorsque Tanimal est à jeun. C'est donc là un nouvel exemple de ces organes glandulaires temporaires qui s'observent chez les animaux dont les fonctions digestives sont intermittentes.
Le suc intestinal est sécrété par les glandes deLieberkûhn et par les glandes duodénales. Il offre quelques caractères qui lui sont communs avec le suc pancréatique. Il doit ces caractères à son mélange avec ce produit de sécrétion. I^e suc intestinal est alcalin, et se sécrète au moment de la digestion en quantité plus ou moins considérable, suivant des circonstances qu'on ne saurait actuellement préciser. Sa production peut être considérable; mais c'est là une question qui n'est pas encore suf&samment étudiée.
Nous avons ensuite dans le caecum et dans le gros intestin un liquide alcalin encore peu connu. J'avais tenté autrefois d'établir des fistules de l'appendice cœcal pour étudier le liquide qu'y versent les glandules nombreuses qui s'y rencontrent. Mais ces recherches n'ont pas été poussées assez loin pour que je puisse avoir sur ce sujet des résultats suflSsamment précis à vous indiquer. Je puis seulement dire que le liquide a une réaction alcaline, et que la réaction acide que présentent quelquefois les matières contenues dans le caecum dépend d'une altération du résidu alimentaire qu'il renferme.
Ce qui nous intéresse le plus, c'est, je vous l'ai dit, l'action du système nerveux sur les sécrétions intestinales.
Je vous ai montré comment la paralysie du grand sympathique, par son action sur la circulation, influence
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lessécrétions. Cette paralysie du sympathique oe semble exister pour un organe que lorsqu'on coupe le synipa^ tbique entre cet organe et un ganglion. En coupant te sympathique au cou entre le ganglion cenrical supé« rieur et la glande sou&-maxillaire^ nous avons activé la circulation dans cette glande; mais en le coupant audessous du ganglion, nous n'avons pas produit le même effet. Il semble donc que les ganglions soient des centres d'où partirait une influence modératrice de la circula* tien. Il ressort clairement de là que les ganglions ont des usages nets et définis. Reste maintenant à savoir si cette influence tient au ganglion même ou à ses anastomoses avec la moelle. Ce sont là des études à poursuivre.
Si donc au lieu de couper le sympathique dansiez filets qui émanent des ganglions semi-lunaires, ou coupait les origines médullaires qui se rendent aux ganglions, on ne devrait pas produire les mêmes effets.
Pour terminer ce que nous avons à dire sur les sucs intestinaux, nous vous rapporterons quelques expériences qui, bien qu'elles aient rapport à des faits déjà indiqués ailleurs, méritent cependant d'être encore signalées; car il est toujours bon d'accumuler le plus de faits possible sur un même sujet, chacun pouvant présenter des particularités qui mettent plus spéciale*jnent en lumière un des côtés de la question.
EXPÉRIENCES SUE LE SUC GASTRIQUE (janvier 1850). — Sur un lapin ayant peu mangé, on a injecté dans la veine jugulaire une dissolution de lactate de fer, puis une dissolution de prussiate de potasse ; les deux disso* lutions étaient tièdes*