SÉCRÉTION GASTRIQUE
Trois quarts d'heure après, Tanimal a été sacrifié, et à l'autopsie on n'a constaté la coloration bleue dans le tissu d'aucun organe. Les urineselles-mèmes, quiétaient alcalines et troubles, n'étaient pas bleues, quoiqu'elles continssent du prussiate de potasse et du sel de fer, car il suflBsait d'ajouter quelques gouttes d'acide chlorhydrique ou sulfurique pour faire apparaître immédiatement la coloration du bleu de Prusse. L'instantanéité de la réaction et son intensité ne permettent pas de confondre cette réaction avec celle qui se produirait lentement par suite de l'action de l'acide énergique sur le prussiate de potasse lui-même. En ouvrant ensuite le canal intestinal, on trouva une coloration bleue sur la surface muqueuse de l'estomac, et particulièrement sur la partie qui répond à la petite courbure de cet organe. Mais cette coloration était tout à fait superficielle ; ce n'était qu'à la surface de la membrane muqueuse qu'existaient des parcelles de bleu de Prusse ; et l'examen microscopique ne permit pas de constater la présence du bleu de Prusse dans les glandules stomacales.
Cette expérience avait été instituée afin de déterminer exactement les glandes qui sécrètent le suc gastrique dans l'estomac. On admet, en effet, qu'il y a deux espèces de glandes dans la membrane muqueuse stomacale, les unes destinées à la sécrétion du mucus, les autres à celle du suc gastrique; mais c'est là une pure supposition anatomique plutôt qu'un fait physiologiquement établi. Or, voici d'après quel raisonnement j'avais institué l'expérience précédente. L'observation nous ayant montré qu'en injectant dans le sang du
lactate de fer et du prussiate de potasse, la combinaison de ces deux substances ne peut pas s'effectuer dans le sang qui est un milieu alcalin, contenant en outre des substances albuminoïdes qui gênent les réactions. Ce n'est que lorsque ces deux substances viennent à passer du sang dans une sécrétion acide que, trouvant les conditions favorables de la réaction, il y a formation de bleu de Prusse.
Or, c'est précisément ce qui a lieu pour le suc gastrique, qui est constamment acide, et dans lequel le sel de fer et le prussiate de potasse peuvent facilement donner du bleu de Prusse après avoir été entraînés par la sécrétion. Si le suc gastrique s'était formé dans certaines glandules avec ses propriétés acides caractéristiques, on devait avoir dans la glande même un précipité de bleu de Prusse indiquant par son siège l'organe sécréteur du suc gastrique. Le résultat de l'expérience n'a pas permis de juger la question, puisque le bleu dePrusse que nous avons rencontré n'existait pas dans les glandules elles-mêmes, mais seulement à la surface de la membrane muqueuse stomacale. Cela permettrait-il de supposer que le suc gastrique n'acquiert ses propriétés qu'en dehors des glandes par son mélange avec les autres liquides de l'estomac ? — Sans entrer à ce sujet dans aucune hypothèse, nous nous bornons à signaler le fait.
Ensuite le lapin, étant ouvert, fut placé dans un bain d'eau acidulée avec de l'acide sulfurique. Ce bain avait pour objet d'agir sur les tissus et de faire apparaître la réaction du bleu de Prusse, là où les sels existaient. Or on vit en effet une formation de bleu de Prusse dans les
ganglions lymphatiques de la partie supérieure du cou, et Ton observa de même une formation de bleu de Prusse à l'oriâce des glandules du pharynx.
Ea>p. — Sur deux chiens on établit des fistules à Testo* mac.
Sur le premier, l'opération fut faite l'animal étant en pleine digestion. On laissa l'animal muselé, afin qu'il ne pût pas, comme cela arrive quelquefois, arracher sa canule avec les dents.
Le lendemain on trouva l'animal mort; et, en en recherchant la cause, on vit qu'il était mort asphyxié, parce qu'ayant eu des vomissements, le lien qui lui serrait le museau avait empêché les matières de passer et amené la suffocation. C'est donc là une cause de mort dont il faut être prévenu quand on pratique des opérations qui peuvent provoquer des vomissements.
Sur un autre chien, on établit une fistule gastrique dans laquelle on plaça une canule d'ai^ent. Là plaie se cicatrisa comme à l'ordinaire.
Mais, au bout de quelques jours, le suc gastrique ayant attaqué la soudure qui unissait le rebord interne de la canule avec son tube, la canule tomba, ne conservant que son bord extérieur ; Tanneau plat qui formait le rebord intérieur resta dans l'estomajc. Quelques jours après, l'ouverture de la fistule était cicatrisée; mais Panneau métallique, n'ayant pas pu franchir le pylore, resta dans l'estomac.
Six semaines plus tard, l'animal fut sacrifié, et l'on trouva dans l'estomac le rebord de la canule noirci. Ce qu'il y avait de remarquable, c'est que toute la mem-
brane interne derestomac était noire, bronzée, comme si elle eût été colorée par du sulfure d'argent. Les ganglions lymphatiques environnants étaient noirs, probablement par absorption du sulfure d'argent produit dans Testomac.
J'ai souvent observé cette coloration noire à la suite du séjour prolongé de tubes d'argent dans l'intestin. Ainsi, en voulant pratiquer des fistules pancréatiques permanentes, le séjour prolongé d'un tube d'argent dans le conduit amenait une coloration noire du pancréas , coloration qui s'étendait à la muqueuse du duodénum et aux ganglions lymphatiques du mésentère.
Eœp. (8 juin 185â). — Un chien porteur d'une fistule gastrique avala environ â grammes d'iodure de potassium dissous dans âO grammes d'eau.
Vingt-quatre heures après, on retira de l'estomac de ce chien du suc gastrique qui contenait évidemment de l'iode.
Quarante-huit heures après, on recueillit encore du suc gastrique dans lequel on constata de nouveau la présence de l'iode. L'urine du chien, examinée à ce moment, n'en renfermait pas sensiblement.
Le 1& juin, on constatait encore la présence de l'iode dans le suc gastrique. Mais, ayant purgé l'animal, on ne trouva plus d'iode le lendemain dans le suc gastrique.
Eoop. (juin 1853). — On avait pratiqué sur un chien une fistule biliaire avec un appareil tellement disposé qu'on pouvait faire couler à volonté la bile dans l'intestin ou au dehors. Cet appareil consistait en un tube d'argent qui, après avoir pénétré dans l'intestin, était
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fixé par son extrémité supérieure ouverte et munie d'un petit rebord dans le conduit cholédoque. Le tube présentait en outre une ouverture latérale dans sa portion comprise dans l'intestin. Pour obtenir l'écoulement de la bile dans l'intestin, on bouchait avec un mandrin plein l'ouverture extérieure du tube ; pour obtenir l'écoulement de la bile au dehors, on engageait au contraire dans le lube un autre tube creux qu'on poussait jusqu'au-dessus de Torifice latéral s'ouvrant dans l'intestin.
Au bout de quelques jours, la plaie étant cicatrisée, ou fit cette première observation que, lorsque la bile s'écoulait par le tube, elle était constamment accélérée quand l'animal était joyeux ou qu'on le caressait. Parfois, lorsque la bile ne coulait pas du tout, la joie de l'animal suffisait pour en déterminer l'écoulement.
On fit sur ce chien l'expérience suivante :
On lui donna 2 grammes d'iodure de potassium dissous dans du lait. Très peu d'instants après, on constata facilement la présence de l'iode dans la bile. Mais le lendemain on n'en retrouva plus, de même que les jours suivants.
Cinq jours après, on répéta la même expérience, et cette fois l'iode n'apparut dans la bile qu'une heure et demie après l'ingestion dans l'estomac (probablement parce que l'animal se trouvait à une autre période de la digestion). Le lendemain et les jours suivants, l'iode ne se retrouvait plus dans la bile, tandis qu'on en constatait la présence dans un peu de liquide intestinal acide qui s'écoulait sur les côtés du tube par où sortait la bile.
Trois jours après, le chien porteur de cette fistule
biliaire se sauva du laboratoire, et Ton ne put pas continuer 1 'observation .
Expériences sur le suc pancréatique et le» autres LIQUIDES intestinaux. — Lorsqu'oH a du sang très altéré, on peut y trouver la matière colorante qui rougit par le chlore, matière qu'on rencontre très abondante dans le pancréas. Ceci prouverait que cette matière n'appartient pas exclusivement au pancréas. La fibrine altérée donne également cette coloration.
Les vapeurs de chlore coagulent très énergiquement le suc pancréatique frais. Le suc pancréatique normal, frais et visqueux, paraît moins alcalin au papier de tournesol que lorsqu'il a été abandonné à lui-même pendant deux ou trois jours et qu'il a perdu de sa viscosité. Ici la viscosité paraît diminuer avec l'alcalinité, tandis que dans d'autres liquides organiques la viscosité augmente avec cette propriété : c'est le cas du pus qui devient visqueux lorsqu'on y ajoute de l'ammoniaque, etc.
Exp. — Sur un gros chien à jeun depuis vingt-quatre heures et ayant mangé de la tète de mouton cuite deux heures avant l'opération, on mit à nu le duodénum, qui présentait déjà des vaisseaux chylifères pleins de chyle blanc. On introduisit un tube dans le conduit pancréatique, et le suc pancréatique commença à couler quelques instants après l'opération en présentant les caractères du suc pancréatique normal.
Le lendemain de l'opération, le suc pancréatique coulait encore très abondamment ; mais il coagulait beaucoup moins que la veille, comme cela se présente d'ailleurs ordinairement.
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On ooDstata que le suc pancréatique frais, aoit celui du jour, soit celui du lendemaiD de ropératioo, ne rougissait pas par le chlore. On conserva les liquides pancréatiques pour les examiner plus tard.
Sur un autre chien à jeun depuis quatorze heures, et qui avait mangé de la tripe deux heures avant Topération, on mit le duodénum à nu. Il était peu injecté et ne présentait aucun vaisseau chylifère, comme cela avait lieu dans le cas précédent; ce qui indiquait que la digestion intestinale n'était pas encore commencée. Le suc pancréatique coula aussitôt après l'opération en présentant les caractères du suc pancréatique normal. Bientôt après Topération, l'animal vomit ses aliments, dont la digestion n'était pas encore commencée.
Le lendemain, le suc pancréatique coulait moins abondamment que la veille et offrait cependant une faible coagulabilité. On a constaté également chez ce chien que les sucs pancréatiques frais du jour et du lendemain de l'opération ne rougissaient pas le chlore. Seulement le chlore déterminait dans le suc gastrique, chez les deux animaux, un précipité floconneux, blanc, très abondant.
On examina les sues pancréatiques conservés les jours suivants.
Le deuxième jour après l'opération, les sucs pancréatiques commencèrent à rougir par le chlore.
Le troisième jour après l'opération, cette coloration ix)uge était encore plus évidente.
Du suc pancréatique frais avait été mélangé, aussitôt après avoir été recueilli, avec de l'huile, ce qui avait
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produit une émukioD persistante qui, examinée le troisième jour après Topération, donnait une réaction acide. Si Ton traitait cette émuteion par le cblorO) elle donnait une coloration rouge très intense, ce qui prouvait que la réaction acide qui s'était développée sous Tiniluence de rhuile n'avait pas empêché la matière pancréatique de s'altérer et de présenter la coloration rouge.
Une partie de la même émulsion fut étendue d'eau et filtrée sur un filtre à plusieurs reprises. Il finit par passer un liquide transparent qui dounait par le chlore une coloration rouge.
Une partie du suc pancréatique frais dans lequel on avait versé du chlore qui n'avait pas produit de coloration rouge fut laissée pendant deux jours abandonnée à elle-même; et, en ajoutant alors une nouvelle quantité de chlore, il se manifesta une coloration rouge très évidente. Ce qui prouve encore que la présence du chlore n'avait pas empêché la matière pancréatique de s'altérer et de présenter ultérieurement sa coloration caractéristique.
D'après les phénomènes comparatifs qu'ont présentés ces deux animaux, on pourrait encore conclure :
1* Que la digestion de k tète de mouton cuite a été plus rapide que celle de la tripe (panse de mouton simplement écfaaudée) ; à moins qu'on ne suppose que la digestion plus rapide chez le preniier animal ait tenu à ce qu'il était dans un état d'abstinence plus prolongée.
2° On peut voir que ohes le chien dont la digestion intestinale était commencée, la sécrétion pancréatique a duré plus longtemps et a été plus abondante que chez