LIQUIDES INTESTINAUX
le chien dont la di(i;estion intestinale n'était pas commencée.
3* Enfin ces expériences prouvent clairement que le suc pancréatique frais a précipité abondamment par le chlore sans donner de coloration rouge le jour même de l'opération et le lendemain, tandis que les jours suivants le chlore manifestait la coloration rouge.
Exp. — Sur un certain nombre de limaces en digestion, on recueillit le liquide contenu dans l'estomac. Ce liquide était sucré comme toujours, et il coagulait abondamment par la chaleur. Ce liquide stomacal, abandonné à lui-même pendant quelques jours et traité par le chlore, n'a pas donné de coloration rouge. Mais le liquide de macération du foie des limaces étant soumis à Tébullition trois ou quatre jours après, la décoction filtrée donnait par le chlore une coloration rouge intense.
Eœp. — Sur deux écrevissesà jeun, la décoction du foie laissée en macération pendant vingt-quatre heures dans l'eau donnait par le chlore une couleur rouge très évidente.
Sur une langouste encore vivante, on enleva avec soin le foie et l'intestin. Le foie laissa couler une grande quantité de bile noire qui, examinée le lendemain, présentait au papier de tournesol une réaction acide très évidente. La réaction de la bile ne fut pas examinée le jour même, aussitôt après la mort de l'animal. On la fit cependant bouillir ce jour-là : elle coagulait en grande partie, mais le liquide filtré ne rougissait pas par le chlore.
Cette bile, mélangée avec de l'huile, neTémulsionnait
ElPÉRFENCES. 365
pas du tout. Chauffée jiisqu à rébullitioiî, cette bile
Le lendemain elle présentait les mômes caractères ; seulement le liquide filtré rougissait par le chlore. La décoction du foie, faite vingt-quatre heures après la mort de l'animal, rougissait également par le chlore. Le liquide de macération de l'intestin et de l'estomac, bouilli, donnait par le chlore une coloration rouge très forte.
Ces expériences, que nous avons multipliées considérablement avec les mêmes résultats, montrent que chez des animaux chez lesquels on ne rencontre pas un pancréas anatomiquement distinct, on trouve cependant la réaction d'une matière qui peut servir jusqu'à un certain point à le distinguer dans les animaux supérieurs.
Le brome comme le chlore a la propriété de développer une coloration rouge dans le suc pancréatique en voie d'altération.
Exp. — Dans trois tubes on plaça du suc pancréatique de vache, alcalin.
Dans un premier tube, on le mit avec du sucre de raisin ;
Dans le second^ avec du sucre candi ;
Dans un troisième, avec du sucre de lait.
Les trois tubes furent laissés sur le poêle à une chaleur douce mais variable.
Le lendemain, la fermentation était en pleine activité dans le tube au sucre de misin. Elle commençait à peine dans le tube au sucre candi, et il n'y en avait aucune trace dans le tube au sucre de lait. Mais les jours suivants la fermentation flnit par s'établir dans totts les
B. LiQUIO. DE L'OiGAN. -^11. 25
886 sucs INTESTINAUX.
tubes, et Ton constata que le gaz dégagé était absorbable par la potasse.
Quand on mit de l'empois d'amidon avec du suc pancréatique, il y eut d'abord transformation de Tamidon en sucre; mais si on laissait le mélange à une douce chaleur, il s'y développait bientôt une fermentation comme il a été dit précédemment. Il faut pour cela que la fécule ait été réduite à l'état d'empois, car le suc pancréatique n'agit pas sensiblement sur la fécule crue.
Suc PANCRÉATIQUE INJECTÉ (8 février 1851.) — Sur un lapin de taille moyenne, on injecta dans la veine jugulaire, avec précaution, environ 2 grammes de suc pancréatique de chien, frais et émulsionnant parfaitement la graisse. Au moment de l'injection le lapin ne parut pas éprouver de symptôme fâcheux. Examiné pendant les deux heures qui suivirent, il ne fut pas dans un état anormal. — On prit de l'urine une demi-heure après, elle était trouble et alcaline.
Une heure et une heure et demie plus tard on en recueillit de nouveau qui offrait les mêmes caractères. On filtra toutes les urines mélangées ensemble et l'on obtint un liquide clair et alcalin.
Une portion de ces urines chauffée à la lampe coagula manifestement.
Une deuxième portion de la même urine fut mise en contact avec de l'eau d'amidon récente, et presque immédiatement la transformation de Famidon en sucre eut lieu et devint bientôt complète.
Une troisième portion de la même urine fut mise en
BXPÉRIBNGE9. 987
contact avec une goutte d'huile et il y eut une émulsion qui s^opéra aussitôt.
Tout ceci paraît prouver clairement que le suc pancréatique avait été éliminé avec toutes ses propriétés ordinaires.
Les jours suivants le lapin était dans son état de santé ordinaire.
Eœp. (â obtobre 18â9.) — Sur un jeune chien (espèce de caniche) d'assez forte taille, j'appliquai un appareil à canule pancréatique permanente, formé par un double tube analogue à celui que nous avons décrit pour la bile.
Je le plaçai en passant en arrière de l'intestin duodénum.
Les jours qui suivirent l'opération , l'animal eut des symptômes de. péritonite et une suppuration assez abondante. Le chien but du lait et mangea un peu.
Lorsqu'on ouvrait la canule, le liquide intestinal acide sortait avec violence, et au moment de la contraction des muscles abdominaux il y avait issue de beaueoup de bile. Quelquefois cependant, le chien étant à jeun, il sortait abondamment un liquide clair, incolore, aqueux, acide, et en tout semblable à du suc gastrique. Quand ensuite on mettait le double tube pour boucher l'orifice de l'intestin et laisser couler le suc pancréatique, il ne sortait d'abord qu'un hquide purulent et seulement quelques gouttes, quelquefois mélangé de bile^ Mais au bout de dix à douze jours, lorsqu'on mettait le double tube, il sortait un peu d'un liquide alcalin, k cette époque le chien fut laissé en repos pendant cinq à six jours sans toucher à
â88 sucs INTESTINAUX.
la canule, et alors en plaçant le double tube (ou tube interne), il sortait assez abondamment du liquide alcalin gluant et ayant tous les caractères du suc pancréatique; seulement il n'émulsionnait pas la graisse d'une façon entière et il ne coagulaitpas en masse complète, mais cependant il coagulait nettement. Le lendemain je retirai encore par le même moyen du suc pancréatique, et il était alcalin, mais je le trouvai moins bon que la veille, c'est-ànlire coagulant moins et émulsionnant beaucoup moins encore. Le soir du même jour, 17 octobre, je revins prendre encore du suc pancréatique et je le trouvai plus mauvais que le matin , c'est-à-dire trouble (la veille il était clair), fluide, ne coagulant et n'émulsionnant pas du tout. Cependant le chien mangeait bien mais avec voracité; il n'avait pas de dévoiemenl, mais il était très maigre. Deux ou trois jours après, je présentai le chien à la Société de biologie (20 octobre 1849), il parut fatigué de faire ce trajet, depuis le collège de France, et en montant les escaliers, il se plaignait comme si sa canule l'eût fait souflrir. En remettant ensuite le tube intérieur, je ne pus retirer aucune trace de suc pancréatique. Le lendemain dimanche, 22 octobre, j'emmenai le chien chez moi, et soit qu'il fût fatigué de monter et descendre les escaliers, le chien paraissait souffrir, il toussait (il avait pris un bain l'avant-veille), et je ne pouvais en retirer qu'à peine quelques gouttes de suc pancréatique très alcalin, mais ne valant rien et ne coagulant pas. .
Alors je remarquai vers ce temps un symptôme qui n'avait pas fixé mon attention jusqu'alors, c'est que le
chien avait la diarrhée et rendait des excréments totalement blancs et décolorés ; quand on ôtait le bouchon de la canule, il sortait des matières alimentaires de l'intestin non colorées par la bile et étant acides. Cependant le chien ne présentait pas la moindre teinte ictérique dans les conjonctives. Il mangeait énormément, mais il maigrissait de plus en plus.
Ne sachant à quoi attribuer cette impossibilité d'avoir du suc pancréatique, et pensant que c'était peut-être l'air ou le contact du liquide intestinal qui irritait le pancréas, je laissai le chien en repos deux ou trois jours. Le suc pancréatique était toujours aussi vicié, très alcalin, ne coagulant pas du tout et par conséquent très mauvais. Le chien présentait toujours le même état, mangeant beaucoup, rendant des excréments blancs, avec un peu moins de diarrhée toutefois, ne rendant pas de bile avec les matières intestinales, de sorte qu'il semblait y avoir obstacle au cours de la bile. Cependant le chien ne présentait pas de teinte ictérique des conjonctives ; alors je ramenai de nouveau le chien au collège de France, et là il présentait toujours les mêmes symptômes, savoir : maigreur extrême, décoloration des excréments, grande voracité, œil vif néanmoins, puis suc pancréatique très alcalin, mais aqueux et ne coagulant aucunement. Je laissai le chien reposer six jours et le suc pancréatique n'était pas meilleur. Alors le 2 novembre le chien toussait davantage, il mangea beaucoup de tête de mouton comme à l'ordinaire, mais il rendit considérablement de pus par les narines eu toussant.
890 sucs ÎIfTESTWAUX.
Le lendemain le chien toussait toujours, rendit encore du pus par les narines et surtout par celle du côté gauche. Le chien ne paraissait pas aussi vif que la veille. Alors on pensait que ce pus provenait du ventre, parce que, à dater de cette évacuation de pus par les narines, la bile recommença à reparaître dans les excréments. De sorte que l'on fit la théorie qu'il s'était produit un abcès vers le foie qui d'abord mettait obstacle au cours de la bile, et puis, que peu à peu cet abcès s'était ouvert dans la poitrine en perçant le diaphragme (la toux persistante du chien semblait indiquer qu'il y avait vers la poitrine un état pathologique). Puis, qu'en s'évacuant, le foyer purulent aurait cessé de comprimer les voies biliaires et que la bile aurait repris son cours.
Le il novembre , le chien était toujours de même, il mangeait considérablement et maigrissait toujours. Les excréments étaient redevenus colorés, noirâtres et de consistance normale.
Les jours suivants, le chien fut toujours bien nourri; il fut mis au bouillon gras, mais il dépérissait de plus en plus; il devint de plus en plus faible, il paraissait toujours vif cependant, il crachait toujours du pus et toussait.
Enfin le 12 novembre le chien mourut.
Jutopsie. — Quelques heures après la mort, pas de rigidité, maigreur extrême, pas de trace de graisse nulle part.
Ventre. — Beaucoup d'adhérencas entre les intestins qui étaient rétrécis en quelques points. Maigreur très grande des intestins et du mésentère, trace de péritonite
aDcienne et teinte noire ardoisée du mésentère, de la face inférieure du foie et de la face stomacale, de la rate. Les organes abdominaux, foie, rate, intestins, contiennent à peine du sang fluide et rose très séreux ; les intestins sont pâles et décolorés, très minces, émaciés et offrant des taches ardoisées en divers points, surtout dans les plaques de Peyer. L'estomac est plein d'aliments en voie de digestion. L'intestin grêle est vide et contient beaucoup de gaz. Le gros intestin contient des matières fécales dures et très colorées en noir.
Au niveau de la canule, il y a des adhérences qui fixent le duodénum à la partie correspondante de la paroi abdominale.
Les intestins ouverts ne présentent nulle part de signes d'inflammation aiguë.
Le pancréas s'est comme résorbé et est excessivement petit, et ce qui en reste a pris une teinte très noire de même que les ganglions mésentériques.
Le foie est petit et exsangue, la vésicule contient de la bile très jaune qui coule facilement dans l'intestin.
La rate est petite et exsangue.
I^s reins présentent des petits kystes.
Dans l'intestin grêle, au niveau de la canule, il y a des lombrics.
Le foie donne une décoction jaunâtre limpide, et par les réactifs pas de trace de sucre.
Les matières fécales par l'eau bouillante donnent une décoction qui se trouble par le refroidissement.
Réaction de l'urine acide ; pas de sucre.
La poitrine présente un peu de sérosité et d'infil-
3ft2 sucs INTESTINAUX.
tratioD séreuse dans les poumons. Les organes thofaciques offrent également une grande émaciation. Point de graisse vers l'origine des vaisseaux du cœur.
Dans la trachée et les grosses bronches, il y a du mucus purulent en grande quantité. Cependant les poumons ne présentent pas les caractères d'une vraie pneumonie. Ils offrent une infiltration séreuse , spécialement le poumon droit qui est un peu infiltré de sang aussi, et ce mucus purulent se trouve aussi dans le pharynx et dans les fosses nasales.
Cœur. — Le ventricule gauche est vide. Le ventricule droit et Toreillette droite offrent un peu de sang noir et un gros caillot de fibrine pure, qui se prolonge dans la veine cave supérieure. Dans la veine cave inférieure, sang séreux et un petit caillot.
Les matières fécales trouvées dans le gros intestin sont colorées et ne présentent pas de graisse visible à l'extérieur.
En résumé, ce chien équivaut à un chien dépancréatisé.
Il est probable que cette altération résorbtive du pancréas est due à ce que les matières intestinales extérieures ont pénétré dans les conduits pancréatiques et ont fait altérer le suc et par suite enflammé le pancréas, etc.
1° Le suc pancréatique chez ce chien a donc offert, dans les premiers jours, le caractère de suc pancréatique assez normal, puis il a été mauvais pendant tout le cours de Texpérience.
2» Cette expérience qui équivaut à une ablation ou
du moins à une altération du pancréas, a montré comme symptôme un amaigrissement très grand avec nue grande voracitéy puis une mort par épuisement. La suppression du pancréas aurait-elle produit le même eflFet?
3* Les matières grasses étaient mal digérées. Il y avait de la graisse dans les matières fécales.
Exp. (14 avril 4854.) — Sur un jeune chien en digestion, bien portant, quoique l'animal eût un peu de diarrhée et qu'il semblât être un peu sous l'influence de la maladie des chiens.
On introduisit un tube comme à l'ordinaire dans le conduit pancréatique, après avoir lié préalablement le petit conduit pancréatique. Au moment de l'ouverture de l'abdomen, il s'écoula une assez grande quantité de sérosité qui était renfermée dans la cavité péritonéale; il y avait des chylifères blancs pleins de chyle.
Le suc pancréatique coula bientôt après par le tube d'argent; il se coagula sans toutefois se prendre en masse; il émulsionnail bien la graisse.
Le chien eut quelques vomissements et rendit ses aliments.
Le 15 avril, on recueillit le suc pancréatique, qui était assez bon, c'est-à-dire coagulant assez bien, alcalin, et émulsionnant bien l'huile. Avec le temps, l'acidification du mélange se fit comme à l'ordinaire.
On donna au chien un peu de saindoux fondu, environ quinze centimètres cubes à l'aide d'une sonde. Le chien ne mangea pas autre chose.
1^ 16 avril, le chien rendit le matin des excréments solides luisants à la surface et couverts de graisse
89& sucs INTESTINAUX.
fondue qui imbibait le papier Joseph et était très facile à constater. On donna au chien trente centimètres cubes de beurre et de saindoux mêlés, fondus et tièdes. Le tube d'ai^ent était tombé de la plaie probablement pendant la nuit. Le chien ne paraissait pas malade plus que ne le comportait son expérience ; il mangea même un peu de viande crue qu'on lui donna après l'ingestion d'huile.
On pourrait encore répéter la même expérience en faisant à un animal une fistule gastrique et une fistule intestinale au commencement de l'intestin grêle. Ensuite on donnerait à l'animal des aliments très gras. On retirerait après, par la canule stomacale, la graisse qui aurait séjourné quelque temps dans l'estomac ; puis on injecterait cette graisse dans le bout inférieur de l'intestin, de manière à ne pas lui avoir permis de se mettre en rapport avec le duodénum, et par conséquent avec le suc pancréatique. On trouverait alors que les excréments de l'animal contiennent la graisse non digérée. Tandis que quand on laisse passer la graisse par le duodénum, elle ne se retrouve plus dans les excréments. Pour rétablir la continuité de l'intestin, il faut préalablement avoir eu soin, en faisant la fistule intestinale, de munir chacun des bouts d'une petite canule d'argent. Ensuite, à l'aide d'un petit tube de caoutchouc, on fait communiquer ces deux bouts de façon à rétablir la continuité. C'est par le même procédé qu'on peut arriver à faire une fistule biliaire établie de telle façon qu'on puisse faire couler la bile tantôt dans l'intestin et tantôt au dehors, afin d'étudier sur le même animal
les effets de la soustraction de la bile et ceux de sa restitution.
Pour établir une fistule intestinale à la fin du duodénum, il faut faire une incision immédiatement audessus de la crête iliaque droite, en arrière, dans l'angle qu'elle forme avec la colonne vertébrale. On trouve là la courbure que le duodénum fait pour remonter et s'aller jeter dans l'intestin grêle. Ce coude de l'intestin est très près de la peau, facile à atteindre et à fixer sur les parois abdominales sans déranger les rapports naturels de l'intestin.
Dans le milieu de sa portion descendante, le duodénum est en dehors en rapport immédiatement avec le câBCum, de telle façon qu'on pourrait établir une fistule qui ferait communiquer entre elles ces deux parties de l'intestin.
Voici maintenant une tentative de fistule pancréatique qui n'a pas réussi, mais qui met en lumière les propriétés irritantes du suc pancréatique :
Eœp. — Sur un jeune chien bien portant, préalablement chloroformé, on fit l'opération par le procédé suivant :
1* Sur la ligne médiane entre l'ombilic et l'appendice xiphoïde et sur une ligne transversale qui joindrait le bord inférieur des côtes, faire une incision verticale de ft à 5 centimètres et n'intéressant que la peau.
2° Déjeter la peau à droite et faire une incision verticale sur le milieu du muscle droit abdominal jusqu'au péritoine qui doit être ouvert.
3o Retirer l'anse du duodénum qui est placé du côté
396 sucs INTESTINAUX.
droit, et chercher le conduit pancréatique comme à Fordinaire.
!• Alors inciser l'intestin vers l'abouchement du conduit , de manière qu'il soit sur le bord de section de la plaie, et introduire la canule en forçant Touverture.
5"* Passer un fil dans les bords de la plaie intestinale; au^essous et au-dessus de la canule, les mêmes fils seront passés dans les bords correspondants de la plaie du muscle droit abdominal, de manière que, en les serrant, on rapproche la surface péritonéale de l'intestin de celle de la paroi abdominale. Les ligatures seront modérément serrées.
&" Alors on fait un trou à la peau extérieure en la ramenant à sa position normale et en la faisant passer au-dessous du bord externe de la canule.
T Coudre la plaie de la peau.
Résultat. — Le premier jour (le 13 août), l'animal est assez bien, il prend du lait; mais on remarque déjà qu'il s'écoule une grande quantité de liquide sur les côtés de la canule.
Deuxième jour (le i 4 août), il s'écoule toujours une grande quantité de liquide sur les côtés de la canule ; l'animal est triste cependant et prend encore un peu de lait.
Troisième jour, toujours même état. L'animal dépérit. Il faut ajouter que dès le second jour le liquide qui s'écoulait des parties latérales de la canule a irrité la peau qui est devenue rouge, saignante et très sensible au point que le lavage avec une éponge était très dou-
EIPÉRIENGES. 397
loureux. L'animal se levait roide sur ses jambes, et la peau était ainsi rouge et excoriée jusque dans les aines et les aisselles. Mort dans la nuit du 15 au 16.
Autopsie. — La peau du ventre est rouge et excoriée, n n'y a pas du tout de péritonite générale: seulement, autour de la plaie, il s'est formé quelques petits foyers purulents disséminés dans le tissu graisseux ; le pancréas est sain.
En examinant avec soin la plaie autour de la canule, voici ce qu'on remarque :
i° L'adhérence est parfaite entre l'intestin et la paroi abdominale dans la demi -circonférence opposée à l'insertion du conduit pancréatique. De ce côté les bords de la plaie intestinale sont enflammés, n'adhèrent pas à la paroi abdominale, et c'est de ce côté qu'on remarque les petits foyers purulents indiqués plus haut.
Tout ceci s'explique en sachant que le liquide pancréatique sécrété avait plus de tendance à tomber par en bas qu'à remonter dans l'intestin par les trous latéraux de la canule situés plus haut ; c'est ce qui a empêché la cicatrisation de se faire et a produit l'irritation de la peau, etc.
2» La poitrine et le ventre étaient sains.
Un chien à jeun depuis la veille fut Tobjet de l'expérience suivante :
Eœp. (vendredi, 8 février 1856.)— On prit l'intestin grêle à 63 centimcHres au-dessous du pylore. Le chien était d'assez forte taille, et ce point de l'intestin correspondait à peu près au milieu du jéjunum. On fit une ligature sur l'intestin et l'on injecta par la partie inférieure une petite quantité de saindoux fondu.
598 sucs lOTEsrmAUx.
Od a ensuite laissé l'animal en repos pendant deux heures , puis on Ta sacrifié par la section du bulbe rachidien.
On a examiné aussitôt Tintestin, et on y a vu des vaisseaux chylifères d'une manière très évidente, quoique cependant ils ne fussent pas très remplis.
On a pris alors, en les raclant avec le dos d'un bistouri, les matières qui étaient à la surface du tube intestinal, au-dessus et au-dessous de la ligature, afin de voir si ces matières rougiraient par le chlore.
Essayées le 12, elles rougissent toutes deux par le chlore. L'acide azotique ne donnait pas de coloration.
Eœp. — Un autre chien d'assez forte taille, également à jeun depuis au moins douze jours, bien portant du reste, subit la même opération, et l'intestin fut ouvert à 60 centimètres environ au-dessous du pylore.
Le chien paraissait très affamé, et au moment où Ton ouvrit l'intestin il s'écoula un liquide transparent, cilrin, dont on recueillit une certaine quantité en introduisant dans l'intestin un tube de verre. Ce liquide était alcalin. Il émulsionnait (pas très fortement, mais cependant très évidemment) la matière grasse. Il coagulait faiblement par la chaleur, et il transformait l'eau d'empois d'amidon en sucre.
On fit dans le bout inférieur et dans le bout supérieur de l'intestin de ce chien, une injection d'une certaine quantité de saindoux fondu, après quoi on lia l'intestin , et puis on laissa l'animal en repos environ vingt minutes.
Après on reprit l'animal ; on rouvrit la plaie et on
EXFÉRIENGEâ. ^99
alla chercher le conduit pancréatique, dans lequel on mit un tube, et le conduit biliaire dans lequel on en mit un également. Aussitôt que le tube fut placé sur le conduit pancréatique, il apparut à l'extrémité du tube une goutte de suc pancréatique.
n n'apparut rien dans le tube placé dans le conduit de la bile ; alors on injecta dans la gueule de cet animal, avec une sonde, une pleine pipette d'éther pour voir si l'éther exciterait la sécrétion du suc pancréatique et de la bile. Aussitôt après l'injection, le suc pancréatifère coula plus abondamment, cette sécrétion paraissait évidemment influencée. Il ne parut qu'une goutte ou deux de bile à l'extrémité du tube placé dans le canal cholédoque. L'écoulement de la bile ne parut pas sensiblement provoqué.
La plaie avait été recousue, et on laissa à l'animal environ une heure ou une heure et quart de repos; puis on le sacrifia par la section du bulbe rachidien,et Ton fit l'autopsie pour constater l'état des chylifères. On trouva que l'intestin grêle était turgide comme pendant la digestion , beaucoup plus que chez le chien sujet de l'observation précédente. Les vaisseaux chylifères qui émanaient de l'intestin étaient très remplis, très nombreux, et s'étendaient jusqye vers la fin de l'intestin grêle. Le réseau radiculaire de ces vaisseaux lymphatiques était extrêmement riche et s'apercevait à travers les parois de l'intestin. D'où venait cette richesse des vaisseaux chylifères? L'éther y avait-il été pour quelque chose, bien qu'il n'eût pas pénétré dans l'intestin grêle, empêché qu'il en était par une ligature?
&00 StJGS INTEStlHAUX.
Dans le bout supérieur il y avait également des chylifères, mais beaucoup moins riches que dans l'intestin grêle, ce qui tenait sans doute à ce que ce bout avait été maltraité lors de la recherche des conduits pancréa* tique et biliaire. Il y avait dans l'estomac une certaine quantité de graisse mélangée avec Téther.
A Tautopsie de l'animal, on recueillit la partie liquide qui était dans l'intestin gréle et qui contenait beaucoup de graisse en émulsion.
Exp. — Les propriétés digestives de la «ilive comparées à celles des autres liquides nous ont donné les résultats suivants :
1* Le suc pancréatique mis en contact avec de l'albumine d'œuf cuite, de la caséine retirée du lait par l'acide acétique et lavée, et du gluten, ont entraîné la décomposition putride de toutes ces substances, excepté la caséine qui conservait au mélange une réaction acide. On a remarqué que la décomposition putride était d'autant plus rapide que le suc pancréatique était plus normal.
2" L'addition de bile n'a empêché dans aucune expérience la putréfaction.
â« La salive sous-maxillaire mise en contact avec les mêmes substane^îs a déterminé une odeur putride, tandis que la salive parotidienne n'a entraîné la décomposition putride dans aucun cas.
4* L'albumine cuite n'a été complètement dissoute dans aucun cas, excepté dans une expérience où l'on avait employé du suc pancréatique très normal et contenant beaucoup de matière coagulable,
5" Le gluten cuit ou cru n'a été réellement dissous dans aucun cas.
6" La caséine a été dissoute complètement dans le suc pancréatique seul, dissoute incomplètement dans le suc pancréatique mélangé à de la bile, et restée entièrement indissoute dans la salive et dans la bile pure.
Eœp.— Chez des lapins qui avaient souffert par suite d'opérations sur les nerfs, le suc intestinal était devenu sanguinolent. La même chose a lieu lorsqu'on coupe les nerfs de l'intestin ou qu'on enlève les ganglions cœliaques. De sorte qu'il semble qu'il y ait une sorte de paralysie des nerfs intestinaux à la suite des souffirances éprouvées par l'animal.
Sur des animaux dont les intestins sont noirs et gorgés par le sang, à la suite de la ligature de la veine porte, on ne voit pas de mouvements péristaltiques. Ces mouvements ne surviennent que lorsque les intestins se dégorgent.
U. LlQUlD. DE LOnCAN. — 11*