ACIDE UR1QUE ET URÉE
expériences, n'est pas arrivé aux mêmes résultats; croyant observer dans les conditions où s'étaient placés les physiologistes allemands, il n'a pas trouvé qu'après l'ingestion d'uratesla quantité d'urée eût augraené dans l'urine.
Un lapin du poids de 1700 grammes offrait normalement 1«%873 d'urée dans ses urines de vingt-quatre heures. Après l'ingestion de 7 grammes d'urate de potasse, on ne trouva dans les urines de vingt-quatre heures que 1^*^,817 d'urée. La différence est sensiblement nulle.
Dans une autre expérience , M. Gallois trouva une différence plus grande, mais toujours dans le même sens. Il l'attribue à ce qu'après l'administration de l'urate de potasse les animaux sont quelquefois malades et rendent une quantité moindre d'urine, qui dans ce cas est plus concentrée. Là peut-être se trouve la cause de la divergence des conclusions. Si l'on dosait l'urée dans des quantités d'urine comparatives, si l'on en cherchait la proportion dans un poids donné d'urine, on arriverait à trouver plusd'urée après l'ingestion de l'urate qu'avant. n faut donc prendre l'urine de vingt-quatre heures, et, sans tenir compte de la proportion, doser la quantité absolue d'urée qu'elle renferme. C'est en se plaçant dans ces conditions, plus satisfaisantes au point de vue physiologique, qu'on trouve que l'ingestion des urates n'augmente pas la quantité d'urée excrétée dans l'urine.
Ce premier résultat ne paraît pas en harmonie avec la théorie de la transformation de l'acide urique en urée; et s'il y a des raisons chimiques de penser que la transformation a lieu , l'expérience directe montre qu'en
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vertu de raisons d'un autre ordre elle peut fort bien ne pas s'effectuer.
Une seconde expérience critique, soulevée par la théorie de Vœhler et Frerichs, consiste à vérifier direoment si l'acide urique peut déterminer dans l'urine \% présence de l'acide oxalique. Cette expérience a été faite en introduisant l'acide urique dans l'intestin et dans la sang; elle n'a donné aucun résultat satisfaisant, Un urate soluble a pu être ingéré dans l'estomac et ingéré dans les veines sans qu'il y ait eu apparition d'acide oxalique dans l'urine. Et cependant, dans une observation faite sur lui-même, M. Gallois a vu l'ingestion d'un urate soluble suivie de l'apparition d'acide oxalique dans l'urine. Nous sommes donc encore en présence de résultats vagues, de questions difficiles à résoudra. Si l'acide urique peut, dans l'organisme, donner nais^ çance à de l'acide oxalique, il est possible que ce ne soit pas dans l'état de santé, mais seulement dans des conditions morbides qu'on ne peut que conjecturer, et qui seraient encore complètement indéterminées.
Jusqu'à ce jour, les expériences directes, sans infirmer précisément les vues théoriques, sont loin de les confirmer I c'est une question àreprendre complètement.
Nous voyons qu'en résumé l'acide urique est un pro^ duit normal de l'urine ; qu'il est éliminé par le rein , qu'il peut, dans des conditions pathologiques, s'accumuler dans le sang, soit par suite d'un arrêt dans les fonctions du rein qui fasse cesser son élimination, soit par suite d'une exagération de sa production dont on a des exemples, dans la goutte notamment.
ACIDE UEIQUE, AGIOS HIPPURIQUE. 09
Rehtïv^mmt à cette accumulation de Tacide urique, une théorie lie sa formation à celle de Tacide oxalique; m»is vous avez vu les idées qui ont été émises à ce sujet, les expériences instituées pour les juger, et rien de dé» qjsif »e ^saurait encore ressortir de cet examen.
D'autres substances existent dans Turine^qui doivent encore nous arrêter. L'acide hippurique a été signalé dans les urines des herbivores.
On ne peut, relativement à son origine, faire dériver Tacide hippurique de Tacide urique, et les rattacher tous deux à l'accomplissement d'une même réaction de la chimie vivante. Nous avons vu l'urée et l'acide urique prendre normalement naissance dans le sang ; il n'est pas démontré qu'il en soit de même pour l'acide hippurique. On en a trouvé dans le sang, mais sans savoir s'il provenait de l'alimentation. Pour élucider ce point, il faudrait enlever les reins à des animaux, les laisser à jeun, et voir si l'acide hippurique s'accumule dans le sang.
Or il n'est pas même nécessaire d'enlever les reins pour faire cette épreuve. M. Leconte, faisant des analyses d'urines de chevaux à jeun, a vu que, sous l'influence de l'abstinence, elles cessent de contenir de l'acide hippurique. Il est remarquable que chez le cheval, dont les urines contiennent normalement l'acide hippurique et pas d'acide urique, l'état d'abstinence fait disparaître l'acide hippurique et apparaître l'acide urique. Ce changement est sans doute le résultat de l'alimen-* tation Carnivore que constitue l'état d'abstinence.
Quelle est donc Torigine de Tacide hippurique? — C'est une question qui est difficile à résoudre. Lehmann le fait provenir de l'alimentation, et le regarde comme le résultat de la métamorphose de certains principes. L'ingestion de l'acide benzoïque fait apparaître l'acide hippurique dans l'urine; il se pourrait que, dans les substances herbacées, certains principes existassent contenant de l'acide benzoïque et capables de se changer en acide hippurique. Il est cependant des circonstances dans lesquelles l'acide hippurique paraît se former indépendamment de l'alimentation. Lehmann en a trouvé dans des urines de diabétiques et de fébricitants qui étaient à l'abstinence. Il y a là un fait intéressant qui doit faire suspendre les conclusions qu'on pourrait être tenté de tirer de sa présence habituelle dans les urines des herbivores. Il est constanl cependant qu'il disparaît chez les herbivores quand on cesse de leur donner des aliments, et qu'il ne paraît pas s'accumuler dens le sang. Si sa présence, dans les urines des diabétiques, peut s'expliquer par leur voracité, comment l'expliquer chez les fébricitants? On voit que les résultats sont contradictoires lorsqu'on tente de les rattacher à des conditions connues; il y a là encore matière à de nouvelles recherches. L'acide hippurique paraît, en somme, lié plus que l'urée et l'acide urique aux conditions de l'alimentation; aussi n'a-t-il pas la même valeur comme principe caractéristique de Turine.
D'autres substances se trouvent dans l'urine, non plus toujours comme l'urée, mais quelquefois seulement et^bien moins fréquemment que les acides urique ou
même hippurique. Je ne parle pas des carbonates et des phosphates qui existent partout, et ne sauraient par conséquent rien caractériser.
Voici quelques expériences relatives à l'urée et à divers caractères de l'urine.
Eœp. (15septembrel847.) — Ayant vu dans des expériences précédentes que la quantité d'urée était en rapport avec l'activité de la circulation lymphatique, j'avais été conduit à penser que l'urée était versée dans le sang par la lymphe ; et c'est dans ce but que je tâchai d'établir des fistules sur le canal thoracique, afin de voir si on trouverait de l'urée dans la lymphe, et si, en détournant ce liquide, on trouverait la même quantité d'urée dans l'urine.
Procédé. — Sur un chien vivant, vigoureux et en digestion, pour établir cette fistule :
1* On mit à découvert la veine jugulaire externe dans la partie inférieure du cou, en li^nt soigneusement les branches collatérales.
2® Mettant à découvert le tronc veineux brachiocéphalique gauche, en coupant les insertions d'une partie des muscles grand pectoral et sterno-mastoïdien, on vit que le sang contenu dans cette veine était blanchi par le chyle qui y était versé par le canal thoracique, dont on pouvait voir l'abouchement.
â"* On lia le tronc brachio-céphalique immédiatement en dedans de l'abouchement de la veine jugulaire, puis la veine axillaire, un peu en dehors de la bifurcation, pour ne pas comprendre l'abouchement du canal thoracique.
li"" Ensuite on lia la veine jugulaire externe assez
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haut dans le cou ; et avec un crochet tranchant on détruisit les valvules qu'elle présente dans cette partie.
5" L'abouchement du canal thoracique étant ainsi cerné par toutes ces ligatures, le chyle rie pouvait plus s'écouler, et il remontait dans la veine jugulaire externe, qui avait été coupée, et dont le bout périphérique atait été lié, tandis que le bout central était muni d'un tube par lequel s'écoulait le chyle.
Bientôt le chyle se coagula dans la sonde. Alors (m enleva la sonde €rt on laissa le chyle s'écouler par le bout pendant de la veitid. Mais bientôt le chyle s'est encore coagulé dans la teine. Cette coagulation avait été probablement favorisée par la rupture de^ valvules; car on fit bientôt une incision à la veine sotis-claVièfé, et le chyle coUlà beaucoup mieux.
On observa, pendant cette opération, un phénomène singulier.'
Au moment où Ton découvrit l'abouchemettt du candi thoracique, ce conduit contenait un chyle blanc, très laiteux, et le sang de la veine axillaire en apparaissait blanchi à travers les parois de la veine. Quelques instants après, lorsque la ligature des veines fut faite, et sans dbute par suite des souffrances causées par l'opération, on vit le chyle devenir transparent comme delà lymphe à peine opaline, et la couleur du sang cesser d'être blanchâtre. Cela tient probablement à l'arrêt de la digestion et de l'absorption chylifères, par suite de la douleur, ainsi que je l'ai souvent observé pour d'au-^ très opérations, à la suite, par exemple, de l'ouverture du canal vertébral.
EXPÉftiÊNGE. 63
Six jours après Topération, le chien mourut des suites de celle-ci, sans qu'on ait pu retirer une quantité de lymphe suflBsante pour l'examiner, parce que la plaie s'était enflammée dès le lendemain, et avait empêché de continuer l'observation.
L'autopsie montra une pleurésie de tout le côté gauche de la poitrine et une oblitération par inflammation de la moitié supérieure du canal thoraciqtie. Le canal thoracique contenait dans cette partie du sang noir coagulé, qui peut-être avait reflué malgré les val* Yules dont les orifices d'abouchement sont munis.
Les urines de cet animal, recueillies dans la vessie, renfermaient très évidemment de là matière colorante, de la bile et peu d'urée.
Chez les animaux misa l'abstinence, l'urée augmente d'abord dans Turine; puis, vers la fin de l'inanitipn, lorsque l'animal devient malade, l'orée diminue. Ce fait est encore en rapport avec ce que nous avolis dit de la lymphe, car on a observé que la circulation lymphatique, qui est très active dans les premiers moments de l'abstinence, et montre des vaisseaux gorgés de liquides, finit par diminuer et laisser les vaisseaux lymphatiques vides et à peine visibles. L'anatomie comparée vient encore àj'appui de cette proposition, car les oiseaux et les reptiles écailleux qui n'ont pas d'urée ont le système lymphatique excessivement peu développé.
Ewp. (28 novembre 1850.) — Un gros chien but 500 grammes de lait et d'eau, dans lesquels on avait fait dissoudre 5 grammes de prusstate jaune de potasse. Deux heures après, on sacrifia l'animal par la section
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. du bulbe rachidien. On ne put constater la jw^ésence du prussiate de potasse ni dans le chyle^ ni dans les vaisseaux chylifères, quoique Turine contînt cette substance et que les bassinets donnassent avec le sulfate acide de fer une coloration bleue.
Exp. — A un petit chien, à jeun, on donna 1 00 grammes de lait, 2 grammes et demi de prussiate jaune de potasse. Deux heures après, on tua l'animal par la section du bulbe rachidien, et Ton constata une légère coloration bleue en humectant de sulfate acide de fer les chylifères du duodénum ; mais cette réaction était très peu évidente. Cependant l'urine de l'animal contenait beaucoup de prussiate, de même que les reins qui donnaient une coloration bleue avec le réactif ferrique.
L'intestin contenait beaucoup de prussiate de potasse daus toute sa longueur. Sur un autre chien à peu près à jeun, on injecta dans l'estomac 20 grammes de prussiate de potasse dissous dans 200 grammes de lait.
Deux heures après, l'animal fut sacrifié par la section du bulbe rachidien ; on recueillit son chyle dans le canal thoracique, on y constata visiblement la présence du prussiate de potasse, ainsi que dans les vaisseaux chylifères de l'intestin.
Eœp. — Sur un chien vigoureux et en digestion, on ingéra 10 grammes de prussiate de potasse dissous dans 200 grammes de lait.
Une heure après, l'animal fut sacrifié par la section du bulbe rachidien et l'on recueillit le chyle du canal thoracique. On le recueillit successivement en trois portions, et l'on constata ce fait singulier que la première
portion de chyle ne contenait pas de prussiate; que la seconde en contenait une faible quantité ; que la troisième en contenait une proportion très évidente. Ce qui semblerait indiquer que l'écoulement du chyle favorisait l'absorption intestinale. Pendant l'écoulement du chyle, la poitrine était ouverte, mais l'abdomen ne l'était pas.
Eœp. (25 septembre 1 847.) — Deux lapins, très bien portants et sensiblement de même poids, ont été mis chacun dans un petit compartiment percé dans son plancher de manière que les urines pouvaient tomber dans des vases séparés. L'un des animaux fut mis à jeun et Tautre fut nourri avec des carottes à discrétion.
On recueillit vingt-quatre heures après la totalité de . l'urine rendue pendant ce temps. On la fit évaporer pour extraire l'urée, qu'on trouva beaucoup plus abondante, d'une manière absolue, dans l'animal mis à jeun que pour celui qui était nourri avec des carottes. L'urine de ce dernier lapin^ abandonnée dans une assiette, offrait à sa surface une pellicule blanchâtre, constituée sans doute par du carbonate de chaux.
Le second jour, l'animal a été nourri avec des choux, et on a, encore recueilli les urines qu'il a rendues pendant vingt-quatre heures, puis on l'a laissé à l'abstinence pendant les vingt-quatre heures suivantes, recueillant également les urines qu'il rendit pendant ce temps.
Après cela, l'animal mis à la diète avait les oreilles froides et n'offrait plus que vingt^cinq respirations par minute, tandis qu'elles étaient beaucoup plus fréquentes pendant qu'il était en digestion.
B. LtQUID. DB L'ORGAIf. — II* 5
On analysa ensuite les deux urines du même lapin : celle provenant de l'alimentation par les choux, et celle provenant des vingt-quatre heures d'abstinence, et oa constata que les urines de l'abstinence contenaient une proportion d'urée beaucoup plus grande que les autres.
En sacrifiant les animaux, on trouve toujours que les vaisseaux lymphatiques sont beaucoup plus remplis chez les animaux à jeun que chez les animaux en digestion. La quantité d'urée, dans l'urine, a toujours paru eft rapport avec cette activité plus grande de la circulation lymphatique. Magendie est le premier qui ait observé ce fait de l'augmentation du calibre des vaisseaux lymphatiques pendant l'abstinence.
D'après ces expériences, quoique la quantité d'urée n'ait pas été déterminée d'une manière absolue, on a pu, pour les urines de vingt-quatre heures, reconnaître la prédominance de cette substance chez l'animal à jeun. De sorte qu'il semble qu'un animal herbivore fait à peine de l'urée pendant la digestion, et que c'est surtout pendant l'abstinence, comme je l'avais démontré depuis longtemps, c'est-à-dire pendant que l'animal devient Carnivore, que l'urée prédomine.
Chez les chiens à jeun, l'urée existe également en très grande proportion dans l'urine. Toutefois, cette proportion d'urée paraît être due à la nutrition, car chez les animaux malades, quoique à jeun, l'urée disparaît en grande partie, ainsi que le prouvent les expériences qui suivent :
Eœp. (20 octobre 1847.) — Sur un chien à jeun, ayant eu quelques heures auparavant le canal vertébral
ouvert pour constater les propriétés des racines rachidiennes, j'ai constaté qu'il y avait un passage de la matière colorante de la bile dans l'urine, car l'acide nitrique donnait lieu à la succession de colorations bleue, verte et rouge, qui caractérise la bile. Cette urine évaporée ne donna pas de nitrate d'urée. Cinq grammes de lymphe, pris dans le canal thoracique et évaporés, ne { donnèrent pas non plus les caractères de l'urée.
L'opération, chez cet animal, avait été très laborieuse et très longue, après quoi il avait été empoisonné par le curare. Est-ce à la souffrance causée par l'opération qu'il faut attribuer l'absence de l'urée ?
£a^. — Sur un autre chien adulte, auquel on avait également ouvert le canal vertébral, et qui, deux ou trois jours après, était mort des suites de l'opération, j'ai recueilli l'urine qui était contenue dans la vessie. On la fit évaporer, et on n'y a pas trouvé d'urée. L'animal était cependant à jeun depuis l'opération, et se trouvait, sous ce rapport, dans les conditions où l'urine aurait dû contenir beaucoup d'urée. Mais il est probable que c'est à la maladie de l'animal qu'était due cette absence de l'urée.
J'ai recueilli dans différetits cas des urines dans la vessie de malades venant de succomber à des maladies diverses. Dans ces urines de l'agonie, je n'ai généralement pas trouvé d'urée ou seulement des traces de cette substance. Cela indiquerait que la formation de l'urée coïncide avec un travail de nutrition normale.
Eœp, (23 octobre 1847.) — Sur un cadavre encore chaud, appartenant à un homme de cinquante ans,
mort de phthisie avec une longue agonie asphyxique, j'ai pratiqué le cathétérisme el obtenu environ 50 grammes d'urine opaline, assez épaisse, jaune orangée et très fortement acide au papier de tournesol.
Je constatai dans cette urine à peine des traces d'urée, mais des proportions énormes d'acide urique. Traitées par le liquide cupro-potassique, ces urines réduisaient par une forte ébullition; mais cela tenait, ainsi qu'on s'en est assuré, non à la présence du sucre, mais à celle de l'acide urique.
Eœp. (19 octobre 1849). — Un jeune chien, auquel on avait enlevé la rate, mourut au bout de quatre jours dans une espèce d'allanguissement et avec une péritonite particulière, analogue à celle que j'avais déjà remarquée dans certains cas d'ablation des plexus solaires. Il faut noter encore qu'avant l'ablation de la rate, on l'avait galvanisé pendant longtemps pour voir sa contractilité.
Pendant les deux premiers jours, l'animal avait mangé un peu de viande et bu du lait.
On recueillit l'urine ; on la fit évaporer, et on y constata très nettement la présence de l'urée et de l'acide urique malgré l'ablation de la rate.
Eœp. (25 mars 1851). — On a enlevé la rate sur une chienne, qui guérit. Le 6 avril, l'animal étant parfaitement rétabli et mangeant de la viande, on recueillit de ses urines qui, évaporées, contenaient énormément d'urée et d'acide urique, dont on reconnaissait parfaitement les cristaux au microscope.
Le 11 avril, on fît à l'animal une fistule pancréatique.
L'expérience, faite à ce point de vue, a été rapportée aiUeurs (t. H, 1856).
La matière colorante de la bile se rencontre, en général, très évidente chez les animaux à abstinence, ainsi que le prouvent les expériences suivantes:
Eœp. (14 septembre 1847). — Un lapin fut mis à jeun. Le lendemain, l'urine de cet animal était acide, . donnant par Toxalate d'ammoniaque un précipité abondant de chaux, insoluble dans le chlorhydrate d'ammoniaque.
Deux jours après, les urines sont toujours très acides, renferment moins de chaux que la veille et contiennent beaucoup d'urée.
Le 18, on examine l'urine de l'animal, qui est claire, limpide, gluante, acide, et se prend en masse par le refroidissement, comme de la lymphe. En ajoutant un peu d'acide nitrique nitreux, il se produit la coloration bleue, verte et rouge, caractéristique de la bile, et le nitrate d'urée se prend en masse sans refroidissement.
Le 19, le lapin, sans paraître encore malade, présente un pouls considérablement ralenti. Son poil est hérissé et ses oreilles froides. L'urine est claire, limpide; laissée quelque temps dans le verre, elle devient gluante et gélatineuse. Par Tagitation, on fait disparaître cette apparence gélatineuse, et l'urine devient comme huileuse. En ajoutant de l'acide nitrique nitreux, on obtient les colorations caractéristiques de la présence de la bile avec précipitation directe et en masse de nitrate d'urée.
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Le 20, l'animal était mort, et l'on trouva à l'autopsie la vessie distendue par une grande quantité d'urine acide, mais contenant moins d'urée que précédemment, car l'addition pure et simple de l'acide azotique ne dé* termina pas de précipité ; il fallut, pour en obtenir, faire concentrer l'urine.
Chez cet animal, on examina la réaction de la surface interne du canal intestinal. L'estomac n'était pas vide ; il contenait encore une certaine quantité de matières herbacées, avec lesquelles se détachait une espèce de couche épitbéliale de la paroi stomacale, ainsi que cela a lieu particulièrement chez ces animaux à jeun. La réaction de l'estomac esttrèsacide. Dansle duodénum, il y aun liquide jaunâtre, grumeleux, à réaction manifestement alcaline. Le caecum contient une bouillie herbacée. Ayant fait bouillir ces substances pour mieux voir la réaction, on constata qu'elleétaillégèrement alcaline. La bile qui rem* plissait la vésicule du fiel était verte, offrait une consistance gélatineuse et une réaction très nettement acide. Lorsque la bile est concentrée, elle tache le papier comme un corps gras; mais lorsqu'on Tétend avec de l'eau, cela n'a plus lieu, et la réaction acide devient plus évidente. Le canal pancréatique, humide, présentait à son em-bouchure une réaction alcaline. Les organes splanchniques n'off'raient rien de particulier. L'aorte était pleine d'un sang noir.
D'autres substances très nombreuses se trouvent dans l'urine qui existent dans le sang habituellement ou passagèrement. Leur présence dans l'urine est accidentelle; je n'insisterai que sur un petit nombre d'entre elles. Ces
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substances sont le sucre, l'albumine, les sels qui, dans des conditions données, peuvent apparaître en beaucoup plus grande quantité, les globules sanguins, la fibrine, la graisse, enfin le pus et l'épithélium qui appartiennent au rein et non au sang.
Abordons Tétude de ces substances par celle du sucre , élément normal de l'économie , mais non de l'urine.
Le sucre existe constamment dans le sang, où il se décomposerait incessamment en acide carbonique et en eau, qui sont expulsés par le poumon* l'urine, etc.; il ne peut donner naissance qu'à ces produits. Le sucre peut cependant passer dans l'urine. Par suite de quelles conditions ?
On sait aujourd'hui que le sucre ne peut venir dans l'urine que par le sang; c'est là un fait parfaitement établi. Mais voyons comment il se fait que dans certaines circonstances le sucre passe dans l'urine, tandis que dans d'autres il n'y passe pas.
Pour que le sucre passe dans l'urine, il faut qu'il soit en excès dans le sang ; et il y a excès toutes les fois qu'étant produit en quantité plus grande qu'il n'est détruit, il s'accumule dans ce liquide.
Dans les conditions ordinaires, on ne trouve pas de sucre dans le sang des veines superficielles, mais il n'en est pan de même chez les diabétiques, et depuis long* temps déjà un chimiste anglais avait vu que chez eux on trouve du sucre en même temps dans le sang et dans l'urine. Lorsque ces faits ont été observés, on admettait que le sucre qui apparaît dans l'urine, bien qu'ayant
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passé par le sang, provenait de Talimentation. On le considérait comme un produit venu de l'extérieur, admettant simplement qu'il n'était pas détruit et expliquant ainsi son accumulation dans le sang et son passive dans l'urine.
Ces idées ne trouvèrent pas de contradicteurs, et cependant un fait avait été signalé qui aurait pu faire reconnaître qu'elles ne devaient pas être exactes. En 1847, Garod avait vu que chez les diabétiques à jeun ou nourris de viande, il y a du sucre dans le sang. Â l'époque où elle fut faite, cette observation n'avait frappé personne; et je ne m'y suis arrêté moi-même que lorsque d'autres raisons m'eurent mis à même d'expliquer ce qu'elle pouvait avoir de singulier. Avant d'aller plus loin, je dois encore vous prévenir que cette objection à l'ancienne théorie du diabète est loin d'être unique; nous aurons occasion de signaler d'autres faits qui étaient incompatibles avec elle.
Mais revenons au diabète et à son mécanisme. Le sucre ne peut passer du sang dans l'urine que de deux manières : ou par suite de sou accumulation dans le sang où il n'est plus détruit, ou bien parce qu'il se forme en plus grande quantité. Les deux cas sont possibles.
Cependant, rien jusqu'ici ne prouve que la destruction du sucre puisse être ralentie, tandis qu'une foule de circonstances nous montrent que la production peut être activée.
On peut rendre un animal diabétique en lui injectant dans le sang une quantité de sucre plus ou moins