‹ Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations ..., Volume 2Chapitre 9 sur 61 · SUCRE · texte numérisé non relu

SUCRE

ne s'effectue pas plus que pendant la première période de la vie embryonnaire.

On a pu, d'un autre côté, s'assurer directement que la destruction physiologique du sucre avait parfaitement lieu chez des animaux rendus artificiellement diabétiques par le procédé que j'avais autrefois indiqué, et qui consiste à leur piquer la moelle allongée. Pour cela on enfermait les animaux piqués dans des appareils dis* posés de telle façon qu'on pût mesurer l'oxygène absorbé et l'acide carbonique rendu. M. de Bœcker, qui a fait ces expériences, a vu que chez les animaux ainsi rendus diabétiques, la dépense d'oxygène et le rejet d'acide carbonique étaient aussi et même plus considérables que chez les mêmes animaux observés dans les conditions normales.

Toutes les tentatives faites dans le but d'établir expérimentalement la théorie du diabète par insuflSsance de la respiration lui ont été contraires. Nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps.

Un seul cas doit maintenant nous occuper : c'est celui où le sucre est en excès dans le sang, où il figure pour t rois pour cent au moins du résidu sec ; alors il est éliminé par les reins.

Cette présence du sucre dans le sang ne peut être expliquée que parce qu'il aura été introduit du dehors, ou par sa formation dans l'économie. Pour juger entre ces deux explications de la saturation sucrée du sang, nous aurons recours à l'expérience, nous adressant immédiatement au cas le plus simple, celui où des matières sucrées n'ont pas été ingérées dans les voies di-

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gestives. Le cas où le sucre apparaît dans les urines sans être venu du dehors est d'ailleurs ordinaire. Quelle que soit Talinientation des diabétiques, leur urine est toujours sucrée quand la maladie est intense.

Or, il est un organe qui verse constamment du sucre dans le sang : c'est le foie. Il peut y en verser tantôt plus, tantôt moins; les variations de cette sécrétion suffisent à tout expliquer.

Le mécanisme de la glycosurie est , vous le voyez , très simple. Il n'en est plus de même des influences qui y donnent lieu ; elles peuvent être très variées, comme cela a toujours lieu en pathologie. Essayant de remonter des causes les plus prochaines de cette affection à celles qui sont plus éloignées , nous devons maintenant nous demander quels sont les cas dans lesquels le sucre sort du foie en quantité plus considérable qu'à l'prdinaire.

Expliquer ce qui se passe alors par une exagération de la fonction normale du foie, c'est rester dans des termes bien vagues, et il importe de préciser davantage et de rechercher le mécanisme de cette formation exagérée.

Normalement, la production du sucre présente des oscillations constantes qui coïncident avec les oscillations observées chez les diabétiques. Ainsi on a vu des diabètes intermittents chez des malades dont les urines ne contenaient de sucre qu'à certains moments de la journée. Cette apparition du sucre dans les urines coïncidait avec les circonstances dans lesquelles, chez l'individu sain, la plus grande quantité de sucre est versée par le foie dans le sang. Le matin , à jeun, le

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sang renferme le moins de sucre possible en santé , comme chez les diabétiques ; c'est à ce moment que Ton peut, chez des diabétiques, ne rencontrer de sucre ni dans le sang ni dans l'urine. Plus tard le sujet mange, la circulation abdominale est activée, il sort du foie plus de sang et plus de sucre ; dès lors un excès de sucre peut passer dans le sang artériel. Chez l'individu en santé, cela ne suffit pas encore pour que le sucre apparaisse dans les urines, mais chez un sujet légèrement diabétique cette cause peut suffire pour produire de la glycosurie. On a cité beaucoup de malades qui étaient dans ce cas, et j'ai pu moi-même en observer. Cette intermittence s'observe au déclin de la maladie, chez les diabétiques qui guérissent, alors qu'au milieu de la maladie l'augmentation du sucre était telle que les urines en renfermaient toujours. L'état de digestion constitue donc une prédisposition passagère à la glycosurie.

Mais cette influence serait insuffisante s'il n'y avait dans les diabétiques exagération de quelques-uns des phénomènes de la digestion. Les influences qui amoindrissent les actes digestifs peuvent amener une cessation temporaire des symptômes du diabète. Qu'une maladie fébrile, la variole, la rougeole, une pneumonie, vienne intercurremment frapper un diabétique, le sucre pourra disparaître de l'urine pour y réapparaître lorsque le malade reviendra à la santé. C'est donc là une afiection chronique singulière en ce qu'elle exige pour se manifester une sorte d'intégrité fonctionnelle qui est d'ordinaire Fapanage de la santé.

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En même temps que les fonctions du foie, celles du rein sont actives : il y a de la polydipsie. Cette réunion de l'exagération fonctionnelle du foie, du rein, des organes digestifs, est la règle. Les actes qui la caractérisent peuvent bien se montrer isolément, mais c'est rare; et il n'est pas commun d'observer, bien qu'on en ait des exemples, le diabète sans polydipsie et sans augmentation de l'appétit.

Une expérience dont je vous ai souvent entretenus doit ici vous être rappelée, parce qu'elle est très propre à montrer l'influence que peut avoir le système nerveux sur le diabète. Souvent le diabète peut être l'expression d'un état de souffrance de certaines parties des centres nerveux. Vous savez que la piqûre du plancher du quatrième ventricule produit un diabète temporaire. Comment cela peut-il se faire î

11 y a là intervention du système nerveux sympathique dont M. Jacubowitch a suivi les origines jusque dans la partie du centre nerveux que nous avons blessée dans nos expériences. Or, nous savons que la lésion du grand sympathique peut avoir pour effet d'activer la circulation dans certaines parties. Lorsqu'en piquant le plancher du quatrième ventricule, nous avons blessé les origines des nerfs qui vont au foie, nous produisons une augmentation notable du courant circulatoire qui traverse le foie: nous produisons aussi le même effet sur le rein ; presque toujours les deux résultats s'obtiennent en même temps. Il nous est cependant arrivé quelquefois, en produisant des délabrements peu étendus, de déterminer isolément le diabète ou la poly-

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dipsie, et de démontrer ainsi la possibilité, déjà reconnue par les pathologistes, de l'existence isolée ou concomitante de ces deux expressions morbides.

Voici quelques expériences relatives au passage du sucre dans l'urine.

Eœp. (20 janvier 1846). — A un gros lapin à jeun depuis plusieurs jours, on donna à manger des carottes à discrétion. Trois heures et demie après, les urines étaient devenues troubles, alcalines et jaunâtres, et elles contenaient très évidemment du sucre.

Alors on coupa les nerfs vagues chez cet animal. Une demi-heure après, les urines étaient devenues légèrement acides et ne contenaient plus de sucre; deux heures après, les urines étaient très nettement acides et ne contenaient point de sucre.

Le lendemain l'animal était mort, et sa vessie conte^ nait de l'urine très acide, non sucrée.

Nous avons souvent constaté que la section des pneumogastriques chez un animal en digestion ayant les urines alcalines, les fait devenir acides, plus vite si l'animal était au début de la digestion. Cela a lieu parce que la section des nerfs vagues arrête la digestion et rend l'animal à jeun quoiqu'il ait l'estomac plein. Cela pourrait servir de preuve pour établir que la section des pneumogastriques arrête la digestion.

Exp. — Chez un lapin nourri avec de la luzerne, on injecta sous la peau du dos 30 grammes d'eau tenant en dissolution 15 grammes de glycose.

Les urines préalablement retirées de la vessie étaient alcalines, troubles et ne contenaient pas de sucre.

B. LiQOlD. DB L*OBGAV. — U. 6

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Après un quart d'heure, l'urine était trouble, alcaline et ne contenait pas encore de sucre. Après vingt-cinq à trente minutes, l'urine présentait les tnômes caractères ; mais on y apercevait évidemment des traces de sucre. Après cinquante minutes, on examina de nouveau l'urine, qUi était toujours trouble et alcaline, et qui contenait des quantités très considérables de sucre,

Après deux heures et demie, l'urine présentait toujours une grande quantité de sucre ; mais elle était devenue claire et acide. Ce changement de réaction ne saurait être actuellement expliqué.

Exp. (22 août 1848). — Sur Un gros lapin, très vivace et très bieti portant, nourri d'herbe et de pain, on injecta dans la. veine jugulaire i décigratnme de sucre de lait dissous dans 7 centitnètres cubes d'eau. Le liquide était tiède et rinjéctiôti fut fttite lentement ; il n'en résulta aucun accident manifeste. L'urine était trouble et alcalide, et ne réduisait pas d'une manière évidente le liquide cupro-potassique. Exaitiinée une demi-heure et trois quarts d'heure après, l'uriiie ne réduisait pas sensiblement, de sorte que le sucre dé lait ne parut pas élimibé.

Le lendemain, sur le même lapitl, toujours vivace et nourri de môme, on fit par la noiôme veine une injection de 5 centigrammes dissous dans h centimètres Cubes d'eau ordinaire tiède. L'injectiotl fut faite lentement et sans accidetit ; seulement après, comme cela avait eu lieu déjà la Veille, Tanimâl s'était retiré dans ùh coin où il est resté pendant quelqtie temps triste et les poils hérissés. Les urines troubles, blanchâtres et alca-

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linës, eîathinées deux heures et demie après, donnèrent |)ai' ëbiiîlition, avec le liquide cupro-potassique, une réduction faible, après ctu'on eut transformé par un acide le Sucre de canne en sucre de raisin.

Le lendemain, 24 août, sur le même lapin, nourH Se même, bieii rétabli et vigoureux, on fit, toujours par lu iliême veinfe, line injection de 5 grammes de sticre de diabète purifié, dissous dans 12 granjmes d'eau tiède. L'injection fut faite sans accident; seulement l'animal fut un peu triste après.

Après une heure et demie, l'urine examinée contenait ëhofmément de sucre. Trois heures après, elle n'en feontënait plus; ce qui prouve que l'élimination s'était faite t^apidement, et que probablement une grande Quantité de sucre avait été détruite.

25 àdât : même lapin, Tivace, toujours nourri de même.

On injecta par la veine jugulaire, du côté opposé, H grammes dé sucre de diabète dans 12 grammes d'eau ordinaire tiède. L'injection ne produit pas d'accident. Les urines, examinées une heure et demie après et trois heures après, étaient alcahnes, un peu moins troubles qu'avant l'injection, mais ne contenaient point desufcre, ce qui prouve que les 8 grammes de sucre de diabète avaient été détruits dans le sang.

Le 27 août^ sur le même lapin bien portatit et vivaee, toujours nourri de même, on fit par la même veille jugulaire une injection de 1 gramme de sucre de fécule dissous dans 8 grammes d'eau ordinaire tiède, t^'injection fut faite lentement et sans aucun accident. Les

SA SUCRE DANS L'CftllIE.

urines examinées une demi-heure, une heure et demie et deux heures après, contenaient seulement des traces de sucre ; ce qui montrait que le sucre de fécule, injecté à la dose de 1 gramme, n'avait pas été tout à fait détruit.

Le 29 août, on injecta de même un demi-gramme de sucre de fécule dans 6 grammes d'eau ordinaire. On trouva également, après Tinjeclion, que les urines contenaient du sucre, ce qui prouvait que, dans ce cas, un demi-gramme de sucre n'avait pas été complètement détruit. Le lapin pesait 1900 grammes.

Malgré toutes ces injections, le lapin avait paru assez bien portant et mangeait bien. Mais cependant il prit alors Tair maladif, el le 2 septembre il ne mangeait plus. Les oreilles étaient froides, son poil hérissé ; on le sacrifia par la section du bulbe rachidien. À l'autopsie, on trouva des altérations singulières. Il présentait une néphrite purulente double ; de plus, une pleurésie. En effet, pendant les derniers jours, il avait pissé du pus. Cette néphrite paraît devoir être attribuée aux injections répétées de sucre qui avaient été faites chez lui. Toutefois son foie et son sang contenaient du sucre.

Ecop. — Sur un lapinmalade, on injecta dans la jugulaire 1 gramme de sucre de raisin en dissolution.

Avant rinjection, l'urine était trouble et acide. En y ajoutant de l'acide chlorhydrique, le trouble disparaissait, mais il n'y avait pas effervescence. Trois quarts d'heure après l'injection, l'urine était toujours trouble, mais elle était devenue alcaline et contenait beaucoup de sucre.

Eœp, — Chez un chien, on prit du sang des veines sushépatiques; ce sang était sucré. On y fit passer un courant d'acide carbonique pendant sept à huit heures, ôri maintenant le sang à une douce température. En traitant ensuite ce sang par le sulfate de soude comparativement avec une portion du même sang qui n'avait pas été traitée par l'acide carbonique, on trouva du sucre dans les deux sangs , de sorte que le passage de l'acide carbonique n'avait pas fait disparaître le sucre.

On remarqua seulement cette particularité que la décoction du sang dans lequel avait passé le courant d'acide carbonique était opaline, tandis que l'autre était transparente.

Une autre portion du même sang qui avait subi l'action de l'acide carbonique, fut soumise à un courant d'oxygène pendant trois heures. On constata après cela que le sucre n'avait pas encore disparu.

On abandonna alors le sang à lui-même; et, le surlendemain, le sang qui était tout à fait noir et avait perdu la propriété de devenir rutilant, ne contenait plus de sucre.

Dans d'autres expériences sur la destruction du sucre dans le sang, faites en dehors de l'animal, il a toujours semblé que le sucre disparaissait au moment où le sang devenait noir d'une manière définitive, c'est-à-dire en perdant la propriété de devenir rutilant à l'air. Voici comment les choses se passent :

Quand on retire du sang chez un animal diabétique, le sang artériel et le sang veineux se coagulent, puis

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