LES PSOROSPERMIES DES ARTICULÉS
OU MICROSPORIDIES
Il me reste à examiner un dernier groupe, une dernière famille de Sporozoaires, mais j’avoue que je ne sais au juste quel nom lui donner, et pour vous faire comprendre mon embarras , il me suffira de vous retracer l’historique de nos connaissances sur ce sujet.
En 1853, Leydig (Zeitschrift f. wiss. Zool., t. Y) signala dans le Coccus hesperidum , Insecte hémiptère bien connu des horticulteurs et que l’on trouve dans toutes les serres , des corpuscules brillants , ovalaires , libres , très réfractaires aux réactifs' chimiques , acide acétique , soude caustique , etc. 11 les avait rencontrés dans la cavité du corps et, sans décrire chez eux aucune organisation, il les compara, pour l’aspect, aux pseudonavicelles des Grégarines, et ne leur donna pas de nom particulier.
De 1855 à 1863, il retrouva ces corpuscules chez beaucoup d’autres Articulés, des Araignées, une Abeille, une Tipule des prés, des Crustacés ( Daphnia ). Ces corpuscules, semblables aux précédents, étaient répandus dans tous les organes du corps et présentaient la même résistance aux réactifs. Leydig revient sur leur ressemblance
LES MICR0SP0RÏD1ES.
avec les pseudonavicelles ou les Psorospermies, c’est le terme dont il se sert, car on doit se rappeler que Leydig et Lieberkühn désignaient sous le nom de Psorospermies les pseudonavicelles des Grégarines. D’ailleurs Leydig considérait ces corpuscules comme des végétaux.
Pendant ce temps, d’autres auteurs les trouvaient dans les animaux les plus différents : Hermann Munk, dans le tube génital de Y Ascaris mystax, un Ver nématoïde ; Bischoff, chez ces mêmes animaux, et cet auteur commit même, à ce sujet, une erreur restée célèbre dans la science, car, à un certain moment , il prit ces petits corps pour les corpuscules séminaux des Nématoïdes. Une discussion importante s’était alors élevée entre les naturalistes relativement aux éléments fécondateurs des Nématoïdes : c’est dans cette discussion que Bischoff intervint avec un fait faux en représentant les corps qui nous occupent comme des corpuscules séminaux. Vlacovich , professeur à Padoue, les trouve chez un Reptile , le Coluber carbonarius et les signale encore chez un Insecte orthoptère , le Grillus campestris ou Grillon des champs ; Lebort et Frey, chez un Insecte coléoptère, Y Emus olcns. Mais le fait le plus important fut la rencontre de ces corpuscules chez les Vers à soie, alors décimés par une cruelle maladie qui dévastait les magnanneries de l’Europe entière, la galtina des Italiens, qu’on appelait en France pêbrine , maladie des petits, h. cause de la petite taille qu’atteignaient les individus malades , étisie , et plus récemment maladie corpusculeuse (Pasteur).
Rien de plus différent que les opinions des auteurs sur la nature de cette maladie, et ceux qui ont signalé la présence des corpuscules chez le Ver à soie sont très nombreux : Cornalia, Filippi, Ciccone, Vittadini, etc. On les appela alors corpuscules de Cornalia ou corpuscules vibrants , en raison d’un mouvement d’oscillation très remarquable dont ils sont animés et qui n’est qu’un mouvement brownien. De tous côtés on se mit à les étudier : les Italiens les considéraient comme résultant d’une métamorphose régressive des cellules, et telle était aussi l’opinion de Chavannes , (de Lausanne), qui les prenait pour les nucléoles des globules sanguins détruits.
Guérin-Méneville, qui avait été chargé par le gouvernement français d’étudier la maladie , considéra les corpuscules comme des hèmatozoïdes parasites du sang ; Nægeli , de Munich , en fit des Champignons schizomycètes , le genre Nosema , et ceux des Vers à soie furent le Nosema bombycis. Pour Lebert, de Breslau, c’était aussi un végétal, une Algue unicellulaire, le Panhistophylon ovaium. E. Rallier, d’Iéna, les désigne comme les stylospores d’un Champignon très commun, qu’on rencontre sur des plantes très diverses, le Pleospora herbarum , opinion combattue par Gibelli , Maestri et Colombo, qui nourrirent des Vers à soie avec des feuilles infectées de Pleospora sans que ces Vers contractassent jamais la pébrine. D’autre part, les corpuscules eux-mêmes n’ont jamais présenté de germination, et, cette observation négative , je puis la confirmer , car j'ai eu l’occasion de la faire : jamais les corpuscules ne germent comme ils le feraient s’ils représentaient les spores d’un Champignon.
M. Pasteur a beaucoup varié dans son opinion sur ces corpuscules. D'abord il les avait assimilés à des cellules cancéreuses , mais en 1866 {Comptes rendus de V Académie des Sciences ), il les regardait comme des productions ni animales ni végétales, incapables de se reproduire et qu’il fallait ranger « parmi ces corps réguliers de formes que les physiologistes distinguent sous le nom d 'organites », et il cite comme appartenant à cette classe les globules du sang , les globules du pus , les grains d’amidon et les spermatozoïdes. C’est là , certainement , une définition qu’un biologiste n’eût pas donnée.
En 1870 ( Études sur la maladie des vers à soie) , il se range à l’opinion de Leydig et classe les corpuscules de la pébrine parmi les Psorospermies. En faisant cette assimilation, Leydig avait dit lui-même qu’il ne cédait qu’à une simple impression relativement à la ressemblance de ces êtres, et, en effet, il ne s’était pas assuré le moins du monde delà nature psorospermique des corpuscules (Müller’s Archiv 1863). Cependant, dès 1867, je publiais plusieurs Mémoires, d’abord dans les Comptes rendus de V Académie des Sciences , puis un peu plus étendus et accompagnés d’une planche dans le Journal de l Anatomie