Objet et caractère de la Mécanique physique
Il a donc été absolument nécessaire de fonder une mécanique où, même au prix d^une complication plus grande, et aussi d^un appel plus fréquent à l'observation pour suppléer parfois à Tinsuffisance de l'Analyse, on tînt compte des petites déformations intérieures des solides et des petites résistances qu'éprouvent les fluides à changer de forme. C'est cette mécanique, plus en harmonie avec les faits, basée sur des hypothèses en quelque sorte moins rudimentaires, qu'on appelle la Mécanique physique.
Le but spécial de la Mécanique physique lui impose donc l'obligation de moins s'abandonner à la tendance spéculative, et de se tenir plus près des faits d'observation, que ne le fait la Mécanique rationnelle. Elle devra, par conséquent, recourir un peu moins rarement à l'expérience. Mais ce ne sera que pour établir quelques principes très simples, presque évidents à un premier coup d'œil attentif jeté sur les choses. Et elle gardera le caractère dominant de science mathématique ^ car elle déduira de ces quelques faits primitifs, grâce au principe fécond de la continuité avec lequel nous a familiarisés l'Analyse infinitésimale, tout un vaste ensemble de lois particulières et précises que les phénomènes confirmeront. C'est ainsi qu'elle édifiera ce qu'on peut appeler la Géométrie de la Nature, non moins belle, même au point de vue abstrait, que la Géométrie tout idéale des analystes purs.
Malgré ces difl'érences, les principes les plus essentiels de la Mécanique rationnelle, ou qui forment ce qu'on a quelquefois nommé la Mécanique générale, serviront également de base à la Mécanique physique. Mais, comme la manière de les y considérer et les conditions de leur emploi se trouveront assez diflerenles, il nous sera utile de consacrer d'abord quelques Leçons à en faire une revue d'ensemble.