QUATRIÈME PARTIE
0BSI»¥AT101IIS. •
Assurément les observations de scrofule ne nous manquent pts ; j'en possède plusieurs centaines , et cependant je ne puis utiliser ce chiflire pour la statistique, parce qu'il a été fait un choix des cas les plus intéressants parmi les «crofuleux soignés par nous, et que nos observations les plus nombreuses sont précisément celles des a&ections les plus rares.
Aussi bien, les assertions que j'ai émises dans cet ouvrage sur la fréquence relative dçs diverses affections de la scrofule n'ont pas besoin d'être appuyées par les données de la statistique. Elles sont évidentes, conQrmées par l'observation de chaque jour, et d'ailleurs étayées par les relevés statistiques des autres scrofulographes.
Je me bornerai donc à extraire de la masse de ces faits une observation pour chaque période et pour chaque forme de la scrofule. Autant que cela me sera possible, je donnerai un exemple de chaque variété d'affection qui pourra servir de type pour tous les cas analogues.
Enfin, je rapporterai quelques faits complexes d*associa* lion de plusieurs maladies constitutionnelles et plusieurs faits de transformation in siiu de scrofulides bénignes en scrofulides malignes, qui démontrent clairement la nature scrofuleuse de certains eczéma et impétigo que, pour cette raison, on ne saurait conserver dans la classe des dartres.
Eryikème induré, (ObwnratioB recueillie et rédigée par M. Louis Fournier, interne du service.)
Van Koler (Aimée}, ftgée de vingt ans , blanchisseuse , entrée la 21 mai 4858.
' Sa mère a eu une sciatique qui a duré un an. Bile a deux f^èrea ei Irois sosors qui, sauf le frère aîné, ont tous eu de la gourme ; jamais ils n*ont eu de maux d*yeux ni de glandes engorgées au cou. La sœur aînée a en pendant deux mois des douleurs d'oreilles très intenses, mais sans saintement séro-porulent par les conduits aoriculaires. QuanI à la naïade, elle a eu des gourmes, tous les ans, depuis Tâge de six ans jusqaà seize. A onze ass, elle a eu un abcès au niveau de l'angle de la mâchoire, du côté gauche. Pendant tout le temps que la gourme a per* «Bté, le bord des paupières a été malade ; il présentait des croûtes jao* aàtres et de petits orgeolets.
La menstroi^tion est irrégolière, habituellement peu abondante, suspendue depuis trois mois.
L*affection actuelle a débuté, il y a six mois, par des plaques rouges ao bas de la jambe droite ; ces plaques faisaient une saillie notable el donnaient lieu à des démangeaisons assez vives. Deux mois après, le bas de la jambe gauche a été atteint.
On voit en ce moment, à la partie inférieure et interne de la jambe gaocbe, une plaque irrégulière, de 5 ou 6 centimètres d'étendue, d'un ronge violacé, qui disparaît sous la pression. Le toucher donne la aensatios d'une bande indurée située sous la plaque. En dehors, il exista quelqnes petits points présentant les mêmes caractères, et une plaque allongée qui empiète sur la face antérieure du tibia par son extrémité interne, et offre toujours l'induration sous-cutanée et une couleur d*un ronge violacé.
En dedans et en bas de la jambe droite existe une autre large plaque irrégolière, également d'un rouge violacé, avec sensation de bande indurée au toucher. A la partie externe, ce sont des points disséminés, qui présentent aussi les mêmes caractères.
L'induration des plaquée- est régoiîère, égale, superficielle, non doa-
508 Li!;çuNs suit lk scrofule.
lourease à la pression, ce qui la distingue de l'induration tuberculeuse profonde et douloureuse des plaques de Térythème noueux. En outre, dans cette dernière affection, la couleur n'est pas uniforme, elle présente souvent les diverses nuances jaunlitre, jaune verdâtre de Teccbymoee, ce qui n'a jamais lieu dans la première.
Ttaiumtnt. — Tisane de houblon, sirop d'iodure de fer; bains d'amidon, remplacés plus tard par des bains salfdreaz. La malade sort de rhôpital le vendredi 2 juillet. La rougeur et les indurations sont presque entièrement dissipées.
Nous regrettons le laconisme de celte observation. BIte laisse à désirer plus de détails sur les caractères objectifs di l'érythème, et sur les modifications survenues sous l'iafluence du traitement.
L'influence héréditaire s'exerce plus particulièrement d*un sexe sur le sexe opposé. Le père transmet à ses filles ses pré* disposîUons morbides, la mère à ses garçons» Il eût été plus intéressant de connaître les antécédents morbides du père de la jeune Van Koler que ceux de sa mère. L'observation n*en parle pas : c'est une lacune regrettable.
Remarquons enfin que, pour expliquer la détermination de l'érythème induré ohe/ cette malade, nous avons l'influence de la profession d'abord, et ensuite la suppression de la mensti'uation.
ScroftilMe bénif ne «xsa^atlve.
Ophthalmiê double, — Eczéma impéligineux du cuir ekêvelu ei dit narines. — Adénites cervicalei, (Observation recueillie et rédigée par M. Gratiot, élève du service.)
Hautemulle (Henri), âgé de sept ans, né à Roiien, demearant à Piris, entré ie 4 mars 4957, couché au o* 44 de la salto Saiat-FroBper.
OBSEliVATIONS. 60S
Oo n'a aucun renaeignement sur la aanlé du père ai de la mère. Le petit malade est d'an tempérament lymphatique au plus haut degré ; H est atteint didiotisme depuis fort longtemps, peut-être môme depuis sa naissance. On ignore depoia quand il est malade.
Etat actuel. — Le cuir chevelu est recouvert d'une calotte croùteuae; les croûtes sont d'un blanc jaunâtre ou grises, ici pulvérulentes, là humides, suintantes (/eiyn^ muqueuse). Les cheveux, agglutinés, paraissent QD peu ternes, mais non dégénérés ou de couleur gris-souris, comme dans le fkvus. L'affection croûteuse existe aussi sur la face, notamment sur lea régions auriculaires, labiales, sur le menton. Sur diverses parties du corps, on retrouve les traces de celte éruption squameuse et croûteuse, principalement sur les pieds; les ongles des orteils sont déformés. 11 y a Bor les ouvertures nasales des croûtes noirâtres qui obstruent Tentrée des narines. Le malade ne parait pas ôtre tourmenté par de vives démangeaisons. L*œil droit est perdu par suite d'une taie qui couvre toute la coruée transparente. Du cûté gauche, la conjonctive présente des granulations rouges et des pustules qui rapprochent l'affection de la muqueuse de celle de la peau{ épiphort continuel.
La respiration est très gênée par soite de l'obstruction complète d'une aarine, l'autre étant déjà bien rétrécie par lea croûtes. Il existe sur les parties latérales du cou un chapelet de ganglions engorgés.
Le malade est mis à l'usage de la glycérine {intuê et extra). On donne cet agent à la dose de deux cuillerées par jour, puis on fait des lotions sur les parties couvertes de l'éruption impétigineuse avec un mélange à parties éigalea de glycérine et d'eau de graine de lin.
21 mai, -^ L'éruption du cuir chevelu s'est notablement amendée; il en est de même de celle du corpa. La conjonctivite persisle à peu près au même degré. On prescrit des irrigations froides sur l'œil et sur la face pendant trois heures, matin et soir. Amélioration marquée.
Le 30 octobre, Uautemulle aort de l'hôpital, parfaitement guéri.
Celle observation rsl un exemple de scrofule primitive. L'eczéma impctigineux qui couvrait le cuir chevelu et une partie du tronc réunissait tous les caractères objectifs de la scrofulide exsudative : démangeaisons peu marquées, début par la lêle, sécrélion muco-purulenle, relcnlissement sur les ganglions du cou. L*ophthahnie double dont cet enfant a été
alteint parait avoir été, chez lui, la première maDÎfeslation de la scrofule.
Remarquons, à propos du trailemeQt, que les deux moyens mis en usage n'ont pas toujours autant d'efficacité qu'ils en ont eu sur ce petit malade. Nous avons depuis longtemps renoncé à la glycérine comme moyen interne ; aujourd'hui, c'est uniquement comme topique que nous l'employons.
Quant au?c irrigations froides contre b conjonctivite et Teczémascrofuleux, jene puisque condamner cette pratique, qui, dans la plupart des cas, m'a semblé plus nuisible qu'utile,
OBSBRVÀTION III.
BcMéma de la face, (Observation recoeillie et rédigée par M. Goérard, interne du service.)
Lamy (Maurice), âgé de qninse ans, entré le 4 0 février 4 860, coucbé au n° 57 du pavillon Saint-Matthieu.
C'est nn malade d'une assez forte constitution en apparence. Il n*a jamais fait de maladie grave ; jusqo*à Tâge de douze ans, sa téie était couverte de croûtes qui agglutinaient ses cheveux. Depuis ce temps, dit-il, il a presque toujours eu des clous, et aujourd'hui encore nous en constatons plusieurs dans la région dorsale : engorgements ganglionnaires antérieurs, terminés par résolution. Depuis deux ans, il se plaint de croûtes dans le nez, qui le gênent notablement. Il a eu desotorrhées étant enfant.
Aucun antécédent arthritique ni syphilitique.
Sa mère est morte à trente-huit ans, après une longue maladie. Sa santé ordinaire était faible ; elle toussait beaucoup. Le père vit encore et se porte bien.
Il a un frère et une sœur. Le frère a eu, étant enfant, des gourme» dans la tète ; rien autre chose d'ailleurs ; sa santé est bonne. ^ La «eor est au contraire de faible constilution ; elle a eu des ophthalmiea ré^-
lées, de Dombreox abeto aa coa ; tous ces accideHl8 sont anjourd'Irai disparus.
Il bit femoQter à trois mois ie débat de l*éroption qui l'a amené è rbdpital ; eHe aoraH commencé par ooe petite plaque située au-dessous domenum : eette plaque s'étendit lentement. Le 29 décembre, Il entra dans le service de M. Gibert, et la plaque eczémateuse anit alors le diamètre d'une pièce de cinq francs environ. Il resta six semaines à l'hôpital. Rien ne lui fut donné à l'intérieur, et toute la médication consista en quelques moyens topiques : poudre d'amidon, cérat, bains de vapeur, eanlérisations avec le nitrate d'argent. Le mal augmenta de plus en plos et avec une rapidité ^los grande que jamais, ce que le malade aitriiMeaux cautérisations avec le nitrate.
ÂQjoDrd'hni, 4 4 février, existe à la partie inférieure de la face, dans les légions mentonnière, sus-hyddienne et massétérines. à droite sur- Umt, one large plaque eczémateuse, continue, irrégulière; Tafféction est sortoat accolée au menton. Celte plaque a un fond ronge, dont la colontion est en partie masquée par des produits de sécrétion qui affecteni diflérentes formes : ici c'est un liquide ronssâtre; là, des iiusses membranes ; ailleurs, des croûtes verdâtres, assez épaisses, peu adhérentes. La lésion se trouve d'ailleurs modiâée dans son aspect par les applications émollientes auxquelles on la soumet.
Cette plaque, avons-nous dit, est humide, et la sérosité qu'elle exhale est si abondante, qu'on la voit en quelques instants se rassembler vers les parties déclives sons forme de larges gonttes qui tombent sur les vè(e« méats du malade.
Sur le fond rouge de la plaque, on aperçoit des points plos rouges, des fissures desquelles suintent des gouttelettes de sang, ce qui est dû h la chute ou à rarracbement des croûtes; on distingue, déplus, des pustules d'impétigo, qui font partie constituante de la lésion ; sur le nez et les joues existent quelques-unes de ces postules réunies en petits groupes.
Adroite, les ganglions sons-maxillaires sont manifestement engorgés.
L*oreille droite porte une plaque eczémateuse à la face externe de son pavillon.
Le malade n'accuse aucune espèce de sensation ; il ne sent pas son érnption ; il dit bien que les cataplasmes lui causent un peu de picotement et de légères démangeaisons, mais cela se réduit à si peu de chose, cl est d'ailleurs si fugace, que nous pouvons dire que sa sensibilité locale est à peine mise en jeu par l'affection cutanée.
506 LEÇONS SUR LA SCIiOFULB.
M. Bazin prescrit à rintériour le sirop d'iodure de fer, et, topiques, les cataplasmes de fécale et la poudre d'amidon.
Encore un cas d'eczéma scrofuleux, mais sans accompagnement d'aucun autre accident de la scrofule primitive. Après l'acné, l'eczéma impéligineux est bien certainement la scrofulide bénigne la plus commune. Je ne ferai qu une seule remarque à l'occasion de ce fait. M. Guérard parle de clous que le malade aurait offerts sur le dos ei d'autres régions du corps ; il eût été plus exQct de dire abcès de la peau ou grosses pustules acnéiques furonculaires. Ce sont là, en eflet, des complications ordinaires de l'eczéma chez Ie$ scrofuleux; mais les furoncles proprempot dits sont bien plutôt des manifestations ou des complications de l'arthrilis et de la dartre que de la scrofule.
ImpéUgo de la fao$.
Jeanniot (Abel), âgé de dix-sept ans, né à Dampierre(Haote-SaAoe). garçon marchand de vin, entré au pa?illoa Saiot-llatthiea le 43 man 4 857.
Le malade ne donne aucun renseignement précis sur la santé de w parents. Il habitait un logement humide, mais se nourriaaail bien. U est d*un tempérament lymphatique, de constitation forte ; sa santé est ordinairement bonne .
Il n'a jamais eu, dit-il, aucun symptôme de scrofule : ni gourmes, ni maux d'yeui, ni engorgement ganglionnaire. Jamais il n*a éprouvé le moindre dérangement dans sa santé. Nous nous bornerons donc à décrire raffection qui Tamène à l'hôpital. C'est au 3 mars qu il eo fait reaioot«le début. Sur son menton est apparu un petit bouton rempli de pus, qu*il a écorché avec ses ongles sales. Le lendemain, d autres postules semblables ont envahi la môme région et presque toute la face.
OBëSliVATlOllS. 507
Sua aetml. — Àojoard'boi, douxe joara après le débat, mms codslattNis Tétat suivant. Le malade porte sur toute la face, mais prîn* cipalement sar la partie ioférieure, le menton, la joae et Toreille da côté drtNt, des croûtes jaunes d*impétigo, réuniee par larges plaqaes saillantes, relevées sar les bordsr légèrement suiatantes, d'un jaune doré brillant, aemUablee à de la marmelade d'abhoot ou à de la cire jaune fondoe. L'éruptioD a eavabi le pavillon de l'orsille droite, qui eet rouge, eoilammé. Quelques pustules arrondies se montrent sur le front. On ssQt des tumeurs, quelque peu douloureuses à la pression, sur les côtés du cou; ce sont les ganglions cervicaux engorgés. Il n'y a point de don* loar, aucun sentiment de teosioo sur la partie malade ; la peau est pour- UiitrsQgeet tuméûée.
TraitnMHt. -^ On détacbe les croûtes par des applications de cataplasmes de fécule de pomme de terre et des bsias d'amidoo ; puis les iBcfacss soas-)aeeBtes rouges et enflammées sont saupoudrées d'amidon. Le malade est mis à la tisane de boublon et à Tusage du sirop d'iodure de Isr. Il sort le 24 mars presque ooaplétemont guéri.
ImpéUgodu nez et de la lèvre tupérîêur^. Ophthaîmie$. — Acné du do$, (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)
Dupont (Charles), quinze ans, tourneur en cuivre, couché au n* 20 dapavilioD Saint-Matthieu.
Gourmes daus lenfance, ophthalmies (il est atteint d'une conjonctivite donble depuis trots mois) ; croûtes impéiigineuses dans le nei, gerçores des mains ; étant très jeune, il avait mal derrière les oreilles, qui se coupaient; nous trouvons encore aujourd'hui une lésion croûteuse dans l'intérieur de la conque et jusque dans Id conduit auditif externe ; souvent des glandes engorgées au cou, il en a une volumineuse depuis doq mois ; lèvres grosses, gercées en hiver ; il est sujet aux engelures aox maint et aux pieds, engelures qui s'ulcèrent avec facilité et durent fort longtemps; pendant trois hivers, une ulcération de cette nature, siégeant à un orteil, avait'pénétré jusqu'à la phalange.
508 LbÇONS SUR L4 SCROrULE. .
Un frère, âgé de onie ans et demi, oot one ophthalmie élaai UM jeune \ pendant quinze jonra on désespéra de lui rendra la vue ; geoniMa, glandea volomineùsea.
Mère morte de la poitrine.
Père vivant encore; insomnies, inappétence habituelle.
L*affâction dont ce malade est atteint date de cinq ans; mais cMt depuis quelques mois seulement qu'elle a pris une grande Intensilé; elle siège dans les narines, aux ailes dn nez et à la lèvre supériaoïe. L'intérieur des narines est rouge, humide, suintant; on liquide aboadant s'en écoule, qui se concrète rapidement en croûtes. L'orifice esté* rieur des narines est cerné, en bas surtout, par une exsadation croAlease qui empiète largement sur la lèvre supérieure. Là oà- les eroètei font défaut, les surfaces impétigineuses «ont semées de sqoames minces et Uanch&tres, ou au contraire rouges, humides, ulcérées,
Ophthilmie anx deux yeux, maie surtout à l'œû gauche, qoi art injecté, larmoyant, dépolL
Des pustules d'acné sont abondamment répandues sur lea joues, le menton et le front.
ScroialMe MiiUtte e«Mi««tiva.
Impétigo généraUêé. -« Àlbumimtriê
Petit (Victor), trente-huit ans, entré le 44 décembre 1860, eooebé au n* 37 du pavillon Saint-Matthieu.
Étant enfant, il a été affeeté de gourmes, d'engorgement stromeoi; plus tard, et surtout il y a quelques années, il eut des ophthaliaiei rebelles et assez, graves. Il est sujet aux maux de tète. Pas d autreiotAcèdent de scroftile.
Il n'a jamais eu d*autre affection cutanée que celle qu* il porte aajosr* d'hni.
Aucun antécédent syphilitique.
Les renseignements sur sa famille sont nuls.
L'affection pour laquelle il est entré à Thôpital date de six mois n moins, suivant le malade; mais tout nous porte à croire qn'elle remonte à une époque plus éloignée. Pendant trois mois, dit-il, elle ne dépassi pas les dimensions d'une pièce de 5 francs; elle étaii alors sitoée dans
la réfkm dorsale, e'esi-à-dîre dans an endroit où il n*a pu qoe difflctleneDt en suivre les progrès et la narcbe. Aujourd'hui, cette affection a pris des proportions eitrémemenl considérables, et a , envahi la partie npérieere du dos dans toute sa largeur, de Tuoe à Tautre épaule, d*où elle descend sans interruptioii sur la partie postérieure des membres thoraciques, qu'elle entoure et enveloppe presque complètement dans cirtaiDS points.
L'aspeet de ceM lésion est le suivant. Ce sent de larges surfaces à contours trréguliera, mais esactement et brusquement limités, d'une coloration rouge, violacée, intense; ces surfaces sont recouvertes, en beaucoup d'endroits, de croûtes jaunes, verdfltres, crispées, d'apparence Ibllacée, sèches, tout en ayant un reflet humide qui atteste leur origine; çà et là 00 remarque des exnicérations que les croûtes ont laissées en se détachant, et le derme apparaît ronge, fongueux, épaissi, profondé* méat altéré dans sa structure. Ces exulcérations sont peu humides, et œ D'est que lentement que se forme l'exsudation croûteuse qui les revèl.
Celle aOeclion est d'une indolence complète; le malade n'y ressent aocnoe espèce de douleur, et le prurit n'a existé à aucune époque, caractère important qui, joint k la longue durée de la lésion, à son adhérence à la peau, à l'altération profonde qu'elle y a produite en démontre suffisamment la nature scrofuleuse.
25 jctnvier 4861 . — L'afléction s'est étendue à la plus grande partie de l'enveloppe cutanée ; il est survenu de Tanasarque et de Valbumi* Dorie.
SerofalMe Mnlg ■« cxsndative.
AcM sebaeea de la face et du front. (Observation prise par M. Louis Foumier, interne du service.)
Pauconnu, quarante-deux ans, charretier, entré le 5 ftvrier 4 858. .
Cestun homme doué d'une robuste constitution ; sa santé hahifuelle est bonne. Il n'offre rien d'important à noter sous le rapport des antécédente.
Vers la 6n du mois de novembre dernier, il a vu paraître sur son nez deux petits boutons rouges, présentent un point blanc à leur sommet.
CÎDq OU six jours après, il s'eo est montré un grand nombre qui aea«t tous couverts de croôtes jaunâtres. Le nez, irto roog* el augmenté de volume, était le siège de vives démangeaisons.
Pour tout traitement, le malade faisait des applications de aaiadooi. Les croûtes tombaient, la maladie semblait guérie pendant qasiqaa jours; mais bientôt survenait une nouvelle poussée de boutons, et ]m croûtes se reformaient.
U y a un mois, il a paru sur le milieu du front an grand nombre de petites taches noires, qui maintenant ont envahi toute l'éteodoe do front.
Etat acMl. — Les deux tiers inférieurs du nez sont ronges et colverts de petits mamelons, entre lesquels on trouve de petits trous qsi ne sont autre chose que les orifices dilatés des glandes sébaoées. Ssr ces parties, on rencontre également des croûtes jaunâtres, adhérentes. En enlevant une des croûtes qui siègent sur Taile gauche du nés, qb voit sortir une gouttelette de pus d'un des pertuis signalés plus haot.
Sur les parties des ailes du nez rapprochées des joues, et sur ooe partie peu étendue de ces dernières, on trouve des points noirs d'oew pimptoCa. Sur le front, il y a également des points noirs et des tachas formées par la concrétion d'une matière jaune noirâtre d'aspect gras, et ae roulant facilement en boule entre les doigts.
Traitement. — Tisane de houblon ; cuillerée à bouche, matin et soir, de sirop d'iodure de fer ; application, tous les deux ou trois jours, d'hoile de cade sur les parties malades.
Le malade sort le % mars, sur sa demande ; il n'a plus de croûtM. mais l'état des glandes sébacées est à peu près le même.
L*acné sébacée est une affectioo commune, à la scrofule et à Tarthrilis. Dans la première maladie, raffection existe sans prurit, sans élancements ; la sécrétion sébacée est abondanle et se concrète en croûtes épaisses» assez analogues à celles de rimpéligo; il n'y a pas d'éry thème sur les parties aflectées. Dans la seconde, Tacné sébacée est accompagnée de démangeaisons ou de picotements ; la sécrétion est peu abondante; il existe en même temps du pityriasis sur les parties malades.
Quelquefois, dans Taciié scrofuleuse, il y a rétention de rhumeur sébacée, et, dans ce cas, la partie malade, le bout du oez par exemple, est hypertrophiée, d'un blanc mat, couleur de cire, ou bien la glande sébacée fait hernie et se présente sous la forme d'un boulon ombilîqué {acné varioli forme).
OBSERVATION VIIC.
fiteroffnlldc Mnlf ne exsndAtlve.
Aenéêêbacée du trône. (Observation recueillie et rédigée par U. Pouqaet, interne du service.)
Carra (Henri), né à Lyon, âgé de vingt-deux ans, entré le 40 juillet 4857. Profession, commis épicier.
Ànté€ denti de famille.-^ Père et mère tâen portants ; un frère et une sœar sont également d'une bonne santé .
HygiMqueê. — Logement et nourriture toujours fort sains.
Tempérammt. — Lymphatico- sanguin ; constitution très forte ; cheveu noirs.
AnUeédtnts du ivjet, — Dans son enfance, il a eu quelques ganglions cervicaux engorgés, mais qui n'ont pas suppuré. Les antécédents pathologiques se bornent à ce seul accident.
Au mois de novembre 1853, il s'aperçut quHl lui venait quelques boutons sur le dos et la poitrine. Depuis ce temps, l'éruption n'a pas cessé de se produire. Son apparition date donc de quatre ans. Âujourd'hai elle nous présente les caractères suivants.
Etat actuel, — Au premier coup d'œil, ou est frappé de l'aspect syphilitiqae de cette affection (l'erreur a, du reste, été déjà commise, et le malade a pris, pendant un mois, du sirop de Cuisinier). Les plaquesacDéiqnes sont disséminées sur tout le tronc, et présentent la teinte coivrée caractéristique des afTections vénériennes ; mais, après un examen attentif, on reconnaît que les croûtes, loin d'être formées par une desquamation semblable à celle qui s'observe sur les tubercules ou les papules syphilitiques, sont constituées par une matière caséeusoi que je œ puis mieux comparer qu'à de la mie de pain bis. Ces croûtes s'enlèvent facilement, et laissent à découvert la surface du derme, d'un rouge franc, où l'œil, armé de la loupe, signale la présence des orifices agrandis
des glandes sébacées. Les croates enlevées, il s'en reprodaîi bienlti de nouvelles, avec le mêtne caractère. Les plaques qui guérisseni laissent après elles une pelile cicatrice blanche, semblable à celle du vacchi, et qui paratt indélébile. Si l'on comptait ces plaques, on en irooferait peut-être uent à cent vingt dissémioées iirégHlîAremeDi sur la poitriM •t le dos josqu^à la ceinture, peq sur les bras et le cuir chevelo. Le malade dit n'en avoir jamais eu sur les membres inférieurs. Elles ooi toutes à peu près le même diamètre, environ celui d'une pièce de 50 centimes. Leur forme est ovalaire ou arrondie.
Traitement, — HoubloR, sirop de fer, lotions alcalines, huile de cade, bains alcalins et bains de vapeur alternatifs.
Sorti guéri le 34 juillet 4 S57.
Les manifestations de la scrofule se produisent très fré> quemment sur les glandes sébacées ; ce sont ou des scrofu* Hdes acnéiques bénignes ou des scrofulides acnéîques malignes. Dans les premières, tout se borne à une inflammation delà glande ou même à un épaississement, avec rétention ou excrétion plus abondante de l'humeur sébacée ; dans les secondes» il y a hypertrophie, atrophie ou dégénérescence fibro-plaslique de ces cryptes.
Les formes de scrofulides acnéiques sont très multipliées : je regrette de ne pouvoir donner un exemple de chacune ds ces formes. Aucune maladie n*est plus commune que lascrofulide exsudative sébacée du cuir chevelu , aucune ne compromet plus la chevelure et ne résiste davantage aux agents thérapeutiques. L*aspect de Tenduit qu elle détermine sur la chevelure est très variable, depuis celui d*un fluide glutineux jusqu'à celui d'une couche épaisse de miel ou d'humeur cérumineuse»
L'année dernière, nous avons eu, dans le service, une jeune fille chez laquelle la scrofulide sébacée du cuir chevelu était accompagnée de végétations rougeàtres, charnues, enlou-
ranl la base des cheveux ; végélalions qui n'étaient autre chose que des' prolongements hypertrophiques des papilles pilifères. L'ensemble de ces végétations, que M, Guérard, interne du service, comparait aux colonnettes charnues des ventricules du cœur, donnait au cuir chevelu un aspect tout à fait étrange. Cette malade a été radicalement guérie par répilation. Aujourd'hui sa tète est ornée d'une chevelure bien fournie et d'un très beau noir.
OBSERVATION ÏX.
Serofollde feénlgne bontouieiiAC.
Ery thème papuleux du dos des mains et de la face. (Observation recaeilHe par M. Dumonl, interne do service.)
Miller (Michel), quinze ans, lailleor de limes, entré le 4 mars 1856, cooché an n^ 46 de la salle Saint- Prosper (pavillon Saint-Matthieu).
Le père a quarante-cinq ans, la mère quarante-deux ; tous deux se portent bien. Cinq frères et trois sœurs, qui jouissent, dit le malade, d'une parfaite santé.
Le malade luimôme n*a eu que des blépharites répétées, qui ont laissé les bords des paupières rouges et chassieux.
, L'affection actuelle a débuté le 3 février par la main droite. On remar* que aujoard'hui, sur le dos des mains, et particulièrement sur celle du côté droit, des papules rouges, saillantes, lenticulaires, accompagnées de faibles démangeaisons ; la peau, dans l'intervalle des papules, est de même couleur que la peau normale ou légèrement rougefttre : cette couleur disparaît, et les saillies papuleuses deviennent dan blanc mat si le bras est élevé. Des papules analogues existent sur la face dorsale des doigts; sur les joues, les boutons sont identiques, mais moins confluents; sur les lèvres et le menton, on voit aussi quelques papules rares ; enGn, il en existe sur les pavillons auriculaires, qui sont rouges, érythémateux et le siège de quelques démangeaisons, surtout vers le soir. Habitude extérieure. — Sujet d'un tempérament lymphatique , de bouue constitution, du moins en apparence ; il tousse un peu, a souvent de la diarrhée, mais n*est atteint d'aucune autre indisposition. BAxnc. 33 *
51 A LEÇONS suit LA SCROFULE.
Traitement, — Baitis simples, tisane de houblon et sirop d'iodnrede fer. Le malade sort au bout d'un mois, n'ayant plus de papules aax mains ; le doigt, promené sur les joues, perçoit encore çà et là de petites indurations papuleuses.
L'érylhème papuleux proprement dit est une affection scrofuleuse qui ne doit pas être confondue avec l'érythème papulo-tuberculeux, affection de nature arthritique. Dans cette dernière, les papules sont plus larges et plus foncées en couleur; on y rencontre en même temps des plaques circulaires, relevées sur les bords, d'éry thème circinéou marginé; enGn, Taffection a une marche plus rapide. Le lichen syphilitique, le psoriasis que j'appelle lenticulairey et l'hydroa, seront facilement distingués, avec un peu d*atteniion, de rérylhème papuleux : les deux premiers ne siègent pas exclusivement sur les parties découvertes, et le dernier offre des vésicules ou des bulles, avec dessiccation centrale caractéristique.
Scrofollde bénigne boatonnenae.
Ltc/ien ierofuleux, (Observation recueillie par M. Colvls, élève du service.)
Guittard (Josepb) , âgé de quinze ans, charbonnier , né à Paris , demeurant à Paris, rue du Ponceau, n'' 49, entré à Saint-Louis le 4 juillet 4 856.
Le père de cet enfant a quarante ans, et jouit, dit-on, d'une excellente santé. La mère est morte à quarante-sept ans, du choléra, il y a deux ans Un frère a huit ans et ne présente aucun signe de acrofale; deux sœurs sont mortes en ba8 âge; une autre soeur a six ans et offre tous les attributs de la scrofule.
Le jeune malade porte depuis longtemps des glandes au cou ; il a sor le front et à la racine des cheveux des traces d'eczéma impétigineux. U lichen existe depuis la première enfance.
OfiSERVATIONS. &15
Guittard habile une chambre humide et dit qu'il se nourrit fort mal.
Cesl un sujet lymphatique, mais qui a toutes les apparences d'une assez bonne santé.
Le corps est littéralement couvert de boutons papuleuz, mais Téroplion est répandue d'une façon tout à fait irrégulière.
Sur les membres supérieurs et sur le dos, les boutons sont isolés, séparés les uns des autres par des intervalles de peau saine (firurigo serofaleiLT) ; sur les jambes, ils sont rapprochés, pressés et confondus. Â la partie interne des cuisses se remarquent deux larges plaques où les papales confluentes sont plus hypertrophiées qu'ailleurs.
Les démangeaisons sont médiocres et n'existent guère que pendant la nuit.
L'épaississemeni de la peau est surtout manifeste sur les membre 9 inférieurs, là où le lichen est très confluent.
Traitement. — Tisane de houblon, sirop d'iodore de fer, bains alcalins, frictions sur tout le corps avec Ihuile de cade pure.
Au bout de quinze jours, le lichen a disparu partout des régions où Hélait diffus; les démangeaisons sont presque nulles. Le 25 juillet, le malade sort de l'hôpital, n'offrant aucune trace de Téruption papuleose.
Dans cette observation, beaucoup trop écourtée, je ne ferai qu'une remarque au sujet du traitement. Qu'on ne croie pas un scrofuleux guéri d'un lichen datant de Tenfance parce qu'en vingt jours on a balayé l'éruption. La récidive est immanquable, et très probablement elle aura eu lieu chez notre malade. Au bout d'un mois ou six semaines, il sera rentré à riiôpital Saint-Louis, chez nous ou dans un autre service de médecine.
Srrornlide bénigne ItouionncuMe.
Acné pustuleuse de la face, (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du service.)
Latou (Jutes), âgé de dix- sept ans, marin, entre à l'hôpital Saint-
Louis, pavillon Saint-Malthiea, salle Saint-Victor, n<> 35, le ht janvier 4864.
Ce jeupe homme n'était âgé que de deux ans quand il perdit son père, et ne peut fournir aucun renseignement sur lui. Sa mère est sujette à I des malaises et à des maux d'estomac, mais d'ailleurs assez bien portante.
I II est juste d'ajouter que, depuis quatre ans, il est complètement séparé
! d'elle, et ne donne sur sa santé que des notions imparfaites. J'en dirai
j autant de ses assertions sur la santé de son frère, santé qui, d'après lui,
I serait excellente. Quant à lui, il n'a jamais été malade et ne se rappelle
pas avoir en d'éruptions ganglionnaires, ni d'ophtbalmies ; il eut seule- I ment, il y a cinq ans, une poussée furonculeuse qui dura deux mois.
Depuis quatre ans qu'il est marin, il a fait deux voyages à la pointe de Galles et on voyage à Calcutta. C'est pendant la traversée des Indes en France(4860}, qu'il s'aperçut que quelques petits boutons apparaissaient sur la face ; ces boutons augmentèrent chaque jour, et se montrèrent sur le front, le menton, couvrirent en un mot toute la Bgnre.
Aujourd'hui, en effet, un examen attentif démontre qu1l existe sur les joues et la partie externe du front de nombreux petits points noirs dos à 1 oblitération des follicules sébacés {acné punclaia) ; d'autre part, snr les deux joues, le front, le menton, de nombreuses saillies coniques, les unes rouges de la base à la pointe, les autres blanches au sommet, à cause de l'existence d'un peu de pus sur ce point (acné pustuleuse^. 11 n'en existe pas sur le nez, ni sur la région sus-hyoïdienne ou tout autre point du corps.
Ces pustules offrent un volume variable; les unes forment iii peine one saillie, tandis que le plus grand nombre offre le volume d'un grain de millet et quelques-unes celui d'un pois. Ces papulo-pusiules sont en certains points, sur les joues particulièrement, tassées les unes contre les autres, cohérentes môme, et ne laissent entre elles aucun intervalle, tandis que, plus loin, elles sont distantes légèrement l'une de l'antre. C*est dans ces points qu'on aperçoit l'acné punctata.
M. Bazin ordonna à ce malade des bains à Thydrofère. du sirop d'iodore de fer et de la tisane de pensée sauvage. Sous l'influence de ce traitement, une amélioration notable s'est produite, et toutes les papulopustulea de cette partie de la face qui avoisine le nez se sont affaissées, au point qu'il ne reste plus que de la rougeur en ce point. Les autres parties ont subi une diminution notable, et tout fait espérer onegnérisoo prochaine (34 janvier 4 864 .)
Serofallde béoicae bontoMwwae.
Acné varioliforme.
Le 4 0 août 4 860 s'est présentée à notre consoltation une femme nommée veaveFonsin, venant noas consulter pour sa fille, âgée de seize mois, atteinte d'acné varioliforme.
Cette femme a eu cinq enfants, qui tons sont en bonne santé ; ellemême se porte bien, mais le père est mort d'une affection de poitrine, et c*est pendant la maladie de son mari qu'elle devint enceinte de l'enfant qu'elle nous amène.
L'affection de cette enfant date de quatre mois ; elle eziste surtout à la face, mais on trouve des postules disséminées sur diverses parties du corpe, notamment à la vulve et aux cuisses.
A la face, les pustules sont nombreuses, et nous en noterons surtout: nne très volumineuse, qui occupe la paupière supérieure droite ; trois situées à la commissure interne de l'œil gauche ; d'autres en6n, variables en volume, disséminées sur la joue et spécialement aux lèvres et au menton.
Une grosse pustule, d'un rouge animé et semblant près de s*ouvrir, existe à la grande lèvre du côté gauche.
Ces pustules, dit la mère, débutent par un petit bouton aplati, circulaire, qui grossit assez rapidement, devient très volumineuz, luisant, blanchâtre, pois très rouge, enflammé ; elles ont un point central par où la pression fait sortir un liquide blanchâtre mêlé de sang. La mère ne les laisse pas crever seuls, mais les presse elle-même quand elle les juge à maturité; ils ne crèvent jamais, dit-elle, avant d'avoir acquis un volume assez considérable. Autour de la pustule qui disparaît, il naît des postules nouvelles, et il ne faut pas moins de six semaines à chacune pour accomplir son évolution entière. Elles laissent après elles une petite tache qui persiste quelque temps, mais jamais de cicatrice.
La description qui précède nous a été inspirée bien plus encore par ce que nous avions sous les yeux que par le récit de la mère ; en effet, nous pouvions voir do même coup, sur cette enfant, des pustules d'acné varioliforme à tous les âges, depuis celle qui commence à naître jusqu'à la pustule arrivée à son complet développement. Elle se présente alors sous la forme d'une saillie hémisphérique, marquée à son centre
&i8 LEÇONS SUR LÀ SCROFULE.
d'un point Doirqui, déprimé en ombilic sur les plus jeunes, devient culminant sur les plus âg^. au moment de leur rupture, et quand leurs parois amincies Buffiaent à peine à contenir le liquide blanchâtre qui les distend.
Un des frères de cette enfant, âgé de onze ans» porte à la face trois pustules d'acné varioliforme, que la mère attribue à la contagion opérée de Tune à Taolre par un baiser.
OBSERVATION Xill.
Serofollde bénigne boutauenac.
Ac9ié varioti forme de la face et du col ; guérison par le» préparaUoM c^calines.
Ravenel (Clémentine-Apolline), vingt-sept ans, passementière, demearant haussée-Clignancourt, 4 0, à Montmartre, née à Beauvais (Aisne), entrée à l'hôpital Saint-Louis le 31 juillet 4849. salie Saint-Thomas. 38.
Mariée depuis neuf ans, Clémentine Ravenel n'a jamais eu d'enfants ; elle a fait deux fausses couches à trois mois de grossesse. Elle est biep réglée, n'a pas de leucorrhée ; elle est grande, maigre» brune, à peau blanche, nette et lisse, et dit n'avoir jamais été malade.
Il y a cinq ans, apparition sous le nez d'un bouton qui a l'aspect d'une verrue ; il se fend, une matière blanche s'en échappe, puis il disparaît sans laisser de traces. Il y a huit mois, bouton semblable soas le menton ; ce bouton, d'abord unique, est bientôt suivi d'éruptico analogue sur le front, sur las joues, sur les parties latérales et postérieures du cou ; partout ailleurs, la peau est parfaitement nette.
La première idée que donne la vue de cette éruption est celle d'aoe varioloîdeeo commencement de dessiccation ; les boutons sont irrégoliè> remeut disséminés : ici, agglomérés comme dans la variole ; là. écartés. laissant entre eux une peau parfaitement saine. Leur volume est très variable : les uns ne sont pas plus gros que des têtes d épingles, les autres ont les dimensions d'une lentille ou d'un pois; on en voit un plus volumineux à la tempe : il est irrégulièrement ovoïde. Tous ces bouloos sont ombiliqués ; leur contour est de la couleur de la peau environoanta; leur base n'est point enflammée ; ils sont durs au toucher comme les tubercules de la varioloïde. En les pressant, après les avoir incisés, oo 0Q fait sortir une matière sébacée blanche. Les plus gros paraissent
évidemment formés de la réunion de plusieurs follicules dont* le produit se dresse à la surface comme autant de pointes blanches, dans Tintervalle desquelles la peau est transparente.
On prescrit les lotions alcalines et les bains alcalins. La malade passa deux fois par jour, sur tous les boutons de la face et du cou, une éponge fine imbibée du solutum ci-dessous :
Eau commune 500 gram.
Carbonate de potasse 2 ^-
Elle prend tous les jours un bain alcalin.
Cette jeune femme, s'ennuyant à l'hôpital, demande sa sortie au bout de quelques jours. Elle ne fait chez elle qu*un séjour de six semaines environ, et rentre à Thôpital Saint-Louis, où elle est de nouveau soumise à notre observation (pavillon Gabrielle).
Depuis un mois, elle est, dit-elle, fortement enrhumée ; elle tousse, crache, a des sueurs abondantes la nuit, est considérablement amaigrie. L'examen de la poitrine nous fait craindre une évolution de tubercules dans le poumon droit. La percussion donne en avant, sous les clavicules, et en arrière, sur l'omoplate, un son beaucoup plus obscur à droite qu*à gauche; nous entendons en avant des craquements secs, et en arrière quelques craquements humides. Nous prescrivons :
4^ Contre l'acné varioliforme, des frictions avec la pommade cidessons :
Axonge 30 grammes.
Carbonate de potasse 3 —
2<> Contre la tuberculisation pulmonaire commençante, une série de vésicatoires volants sur le côté droit de la poitrine ; l'huile de morue, à la dose de 30 grammes par jour et portée graduellement à 4 20 grammes.
Clémentine Ravenel continue ce traitement pendant trois mois à peu près, et sort de l'hôpital, parfaitement guérie de son acné varioliforme et des accidents qu'elle avait offerts du côté de la poitrine.
Scrofallde bénlsne hoiitooBeii««.
Atné varioliforme diêcrète^ mais répandue sur diverseê régions du corps, précédée de gourmes et de scrofules ganglionnaires,
Martellier, vingt-deux ans, garçon boulanger, entré le 97 février
Antécédents de famille, — Mère morle à trente ans de fièvre typhoïde; père âgé de quarante-huit ans, bien portant; un frère, plus jeune de trois ans, est souvent malade, bien que d'apparence robuste ; a eu, dans son enfance, gourmes, et, plus tard, engorgement des ganglions cervicaux.
A ntécédenls du malade. — Â eu des gourmes dans son enfance, plusieurs fois des engorgements des ganglions cervicaux, mais jamais d'ophtbalmies ni d'engelures ; vers l'âge de dix ans, il a eu pendant un an des croûtes dans le nez, et depuis cette époque il a toujours eu le nez sensible, enveloppé de croûtes, surtout pendant l'hiver. Depuis, il s'est toujours bien porté.
Il y a quatre mois, apparition des boutons d acné varioliforme, qui ont motivé son admission à Thôpital. Ils se sont montrés d abord sur le devant de la poitrine, et notamment au-dessous du mamelon gauche, aa nombre de cinq ou six, de volume différent, quelques-uns égalant un petit pois, indolents, sans prurit. Après un certain temps, ces bootons rougissaifînt, se crevaient et étaient remplacés par une petite croule jaunâtre, à la chute de laquelle il ne restait plus qu'une petite sorface rouge; puis des boutons semblables sont survenus sur d'autres régions.
Lors de son entrée, on constate à la face quelques boutons d'acné miliaire; aux deux paupières inférieures, vers l'angle interne de l'œil, deux ou trois boulons varioliformes, du volume dune tète d'épingle ; un semblable à la partie gauche du front. On en observe également vers le milieu du dos, à la partie postérieure du col et des épaules, en avant de l'épaule droite, où il y a un petit groupe de quatre boutons. Tous les boulons sont parfaitement ombiliqués et ne présentent aucune trace d'inflammation. La partie antérieure du tronc, poitrine et abdomen, est couverte d'une soixantaine de boulons variables de grosseur et d'aspect: les uns, et c'est le plus grand nombre, d'un blanc terne, les autres rouges ; quelques-uns sont couverts d'une croûte jaunâtre. Enfio, eo différents points, cicatrices régulières, propres à cette forme d'acoé.
On trouve encore des boulons disséminés sur les membres supérieurs, même sur les mains ; les membres inférieurs, les fesses et la moitié inférieure du dos ont seuls été épargnés. Il n'y a, du reste, aucun déraogement dans la santé générale.
Traitement, — 5 mars. — Quatre boulons sur l'épaule droite ont été touchés avec la teinture d'iode. A part ceux de la poitrine, qui ont été abandonnés ii eux-mêmes, la plupart dès autres ont été incisés cl vidés
OBSEUYATIONS. 521
de leur maUëre sébacée. Bains soifureux, tisane amëre, sirop d'iodure de fer.
40 mars. — Cinq joars après, les boulons touchés avec l'iode ont diminué de moitié ; les incisés ont connplélement disparu ; ceux qu*on a respectés sont en Irain de disparaître sous l'influence de rinflammation dont ils étaient déjà le siège.
Le malade sortie 24 mars, n*ayant conservé que quelques rares boaions en train de disparaître par Télimination spontanée ; les boutons toocbés avec l'iode sont restés les derniers.
H y H deux choses à signaler dans cette observation :
4* Les affections scrofuleuses qui ont précédé ;
V La dissémination des boutons sur la presque totalité de la peau.
Scrofollde bénli^iic boatoanevse.
Acné vanoUforme. — Ulcère êcrofuleux du dos de la main, (Observation recueillie et rédigée par M. Dumont, interne du service.)
Godin (Panny), dix-huit ans, couturière, demeurant à Paris, faubourg Saint-Martin, S33, admise salle Sainte-Foy, le 28 mars 4858.
Le père est mort d'une gastrite. La mère a cinquante-deux ans; elle est de constitution médiocre, et porte deux loupes sur la télé. La grand'mère avait aussi deux loupes sur la tète. Elle a une sœur qui est d'une bonne santé, mais qui a eu des opbthalmies pendant l'enfance.
Notre malade a aussi élé affectée d'opbthalmies ; elle a eu les trois premiers doigts de la main droite couverts de, verrues qui ont aujourd'hui disparu; elle est d'ailleurs d'un tempérament lymphatique très prononcé. A quatre ans, à la suite d'une violence physique, des ulcérations se sont produites sur le dos de la main gauche, qui, malgré tous les soins, se sont étendues et couvertes de végétations, et n'ont pu se cicatriser que partiellement. Aujourd'hui l'ulcère offre l'aspect des scrofulides malignes crustacées-ulcéreuses.
Il ya un an seulement que s'est montrée la scrofulide acnéique par l'apparition successive de petites élevures rouges à la base du cou, sans douleur ni démangeaisons. La plus ancienne, d'abord sessile, s'est ensuite de plus en plus rétrécie à la base, en augmentant de volume, et est devenue pédiculée. L'évolulion de ces petites tumeurs ne s'est accom-
pagnée d'aucun accident général. La malade a de tout tanps cwcbé avec sa mère, qui n*a jamais présenté de tumeurs analogues.
Etat actuel. — Les boutons sont ainsi disposés : deux siègent sar U première pièce sternale. trois sur Tarticulation sterno-clavicuiaire du côté droit; quatre autres dans la région sous-claviculaire gauche. Dans le dos, on voit quelques éievures rouges qui semblent consUluer des tubercules d'acné à leur début. Les plus gros ont le volume et la forme d'un pois ; ils sont pédicules et rugueux à leur surface. Les autres ressemblent, pour la forme, à de petites lentilles dont le centre est déprimé; on peut, par la pression, faire sortir de quelques-uns de ces boutons one matière grasse, offrant un aspect vermiforme. Tous les boutons sont d'un blanc de cire et de consistance molle.
On excise le plus gros tubercule : un liquide lactescent s'en échappe en jet, et dans son intérieur on trouve encore quelques grumeaux.
Traitement. — Tisane de houblon, huile de morue et sirop d'iodore de fer. On cautérise l'ulcère de Ja main avec la teinture d'iode. Tous les tubercules d'acné variolique sont excisés, et les petites plaies qoi succèdent à cette excision sont touchées avec la môme teinture.
Scrofollde malIgMe érythéwamtemmti.
Lufms érythémateux né de ta tran$fomiation^ in silo, d'engektm devenues permanentes,
Michelin (Pauline), trente-deux ans, domestique, née à Vieox-Cbâteau (Côte-d'Or), entre dans le service le %9 décembre 1 956.
Celte jeune fem^ne est douée d'un embonpoint remarquable pour soo âge ; elle a eu des gourmes dans Tenfance, qui ont disparu sans traitement. Puis elle s'est bien portée jusqu'à l'&ge de vingt-quatre ans, oà elle a commencé à voir paraître sur le dos des mains, sur le nez et les joues des engelures qui d'abord ne se sont montrées que pendant l'hiver. Ces engelures disparaissaient l'été, ne laissant aucune trace de leur passage. Au bout de quelques années, elles sont devenues persistantess. De nouvelles taches rouges se sont montrées sur la face et snr le cuir chevelu.
Etat actuel. — Des taches de dimensions Tariables, d*une pièce de 20 centimes à une pièce de. 5 francs, existent sur le nez, les joues,
le front, le cuir chevelu, le dos des mains et des doigts. Quelques-unes, les plus récentes, sont petites, lenticulaires, rouges, chaudes, légèrement saillantes et quelque peu indurées , elles sié2:ent sur les joues, le front et le dos des mains ; elles sont comme érysipélateuses, et disparaissent momentanément sous la pression du doigt.
Sur le cuir chevelu se remarquent trois larges taches rougeâtres, avec quelques points blancs et cicatriciels qui tranchent sur le fond rouge de la plaque. Ces taches sont complètement dénudées ; aucun cheveu ne s*observe à leur surface.
One large plaque couvre le dos du nez ; elle est rouge à la circonférence et couverte de quelques débris épidermiques, mais son centre ressemble à une cicatrice de brûlure au troisième degré.
Au reste, toutes ces taches sont à peu près indolentes; parfois cependant la malade y éprouve un sentiment de chaleur et de brûlure, mais cette sensation douloureuse est surtout le résultat des applications caustiques que Ton fait périodiquement à la surface de ces taches.
La santé générale de la malade est fort bonne : digestions faciles, pas de diarrhée, état normal du pouls et de la respiration.
TraiiemenL — Tisane de houblon, huile de morue, que la malade prend a^ec répugnance et fort irrégulièrement; sirop dModure de fer, bains sulfureux, applications de caustiques divers, teinture caustique d'iode, huile d'acajou, huile de croton, huile de cade, etc.
Ce traitement est suivi pendant deux ans; et n*apporte que de très légères modifications à Tétat du mal. La malade sort du service le 20 décembre 4 858.
Quelque incomplète que soit cette observation, elle n'en est pas moins pour nous palpitante d'intérêt. On y voit une nouvelle preuve de l'identique origine des scrofulides bénignes et des scrofulides malignes. L'engelure, affection artilîcielle produite par le froid, devient, chez cette malade, permanente en toute saison, cVst-à-dîre que d'affection artificielle elle devient affection constitutionnelle [scrofulide érythémateuse bénigne) ; puis, avec le temps, celte dernière se transforme en lupus érythémateux {scrofulide maligne)^ <]ui diffère de l'engelure permanente en ce que les couches
52i LKÇONS SUR L\ SCROFULE.
superficielles du derme s'exfolient et donnent lieu à une cicatrice indélébile analogue à celle de la brûlure.
Sur le cuir chevelu, les taches de lupus érytiiématcux sont dépouillées de cheveux et pourraient être prises pour des plaques de calvitie produites par un favus ancien, pour de la pelade, de rérythème marginé, etc. ; mais le travail de destruction qui s'opère à leur surface et gagne les follicules pileux, donne lieu à de véritables cicatrices qui mettent sur la voie du diagnostic.
Remarquons encore, chez cette malade, le peu d'effet obtenu par un traitement prolongé. Tout le monde sait que le lupus érylhémateux est d'une curation diflicile^ et que, s'il ne mutile pas les parties où il a son siége« comme le lupus tuberculeux ou le lupus exedens, il n'en est pas moins grave sous le rapport de la ténacité et de la résistance opiniâtre qu'il apporte à l'action des agents thérapeutiques.
Comme antécédents scrofuleux, nous ne trouvons, chez Michelin, que des gourmes et des engelures; mais à côté d'elle était couchée, au n° 6 de la même salle, une jeune nile de Bonrbonnc, la nommée Magnien, affectée delà même maladie, lupus érylhémateux de la face et du cuir chevelu, et qui, dans son enfimce , avait eu non-seulement de la gourme, mais des ophthalmies et dos écrouelles, lesquelles avaient marqué leur passage par des cicatrices bridées et difformes sur les parties latérales du cou.
Serofallde nuillKMe érythématease.
Lupui érythémaleux, (Observation recaeillie et rédigée par M. Donioat, interoe du service.)
Lecat (Emile), trenle ans, célibalairet employé de riiôpiul Siiol- Louis.
OfiSERVATIONS. 626
Le père de ce malade avait quarante-cinq ans lorsqa* il a été atteint d*un érysipèle phlegmoneux de la jambe droite, affection qui a causé sa mort.
La mère a soixante ans; elle existe encore, et jouit d'une excellente santé.
Il a deux sœurs : Tune a eu de la scrofule à la main étant enfant ; elle a aujourd'hui vingt-cinq ans ; elle est d'un tempérament lymphatique et aSeetée d'ophtbalmie granuleuse chronique. L'autre sœur a vingthuit ans ; elle est enrouée et se plaint continuellement, accusant des souffrances tantôt sur un point, tantôt sur un autre.
Lecat est d'un tempérament lymphattco-sanguin, d'une constitution assez forte, du moins en apparence; ses cheveux sont noirs, sa barbe noire et bien fournie. Il a eu des écrouelles dans l'enfance qui ont laissé des cicatrices au cou. Il n'a jamais eu d'ophthalmies, ni de maux d'oreilles, ni d'affections exanthématiques.
A dix-huit ans, il s'est engagé et est resté neuf ans au service. A vingt ans, il fut affecté d'un bubon qui n'avait été précédé ni de chancres ni de biennorrhagie (bubon scrofuleux).
L'année suivante (4846), il est en Afrique et n'éprouve aucun déran-* gement dans sa santé. En 4 848, une petite tache rouge paratt à l'angle interne de l'œil gauche, et reste longtemps stationnaire. En 4$i9, une antre tache semblable apparaît sur la joue du môme côté, au niveau du pli qui sépare la paupière inférieure de la convexité de la joue. Six mois après, nouvelle tache sur l'endroit où posaient les lunettes, sur la joue droite.
Ces taches étaient roses, à peine larges comme des pièces de âO centimes, indolentes, sans ulcérations, sans saillies apparentes.
1850. -^ Le sujet contracte un chancre induré ; bientôt le corps et la 6gure se couvrent de pustules. M. Lacauchie le soigne à l'hôpital militaire du Roule, et le guérit de ce mal. Mais, à partir de ce moment, les taches de la Ggure se développent avec activité. En trois ou quatre mois, il en vient de nouvelles qui s'élargissent et se réunissent aux premières.
4 854 . — Entré au Midi (service de M. Ricord). A cette époque, les lèvres et Tintérieur de la bouche étaient remplis d'ulcérations très douloureuses. Traité par la liqueur de Fowler, le malade sort d? cet hôpital au bout de deux mois et demi, parfaitement guéri de ses ulcé« rations.
Mais, sans avoir fait aucun excèi, sans avoir même cessé l'usage de
526 LEÇONS StR LA SCItOPULE.
la liqaeur, quelques jours après sa sortie, il est repris des mêmes accidents. La figure était extrêmement gonflée Revenu au Midi, onrepreod le même traitement, qu'il continue pendant trois mois sans interroptioo. Cependant la tuméfaction de la face semble augmenter sous rinflueoce du traitement arsenical, et oblige M. Ricord à linterrorapre de temps à autre. En6n, les ulcères de la bouche disparaissent, mais il reste au malade un malaise général, une fatigue permanente.
Dix jours après sa sortie, deuxième récidive tout aussi aiguë, avec ulcération de la bouche, et, de plus, des croûtes sur les taches de la
figure Le malade entre à Saint-Louis, dans le service de M. De-
vergie, le 4 4 octobre 4 852. On lui fait prendre de Thuile de foie de morue et du sirop d'iodure de fer. Au bout de six mois se déclare un érysipèle qui n'apporte aucune modification aux taches de la figure. Cellesci s'étendent sur le front, et, après être resté neuf mois dans le service de M. Devergie, Lecat le quitte pour entrer dans celui de M. Gibert. le 22 septembre 4 853.
Pendant six mois, il prend Thuile de morue et le sirop anliscorbotique, et pendant cinq mois de la liqueur acide (arséniate de soude.) Od pratique quelques cautérisations avec le nitrate de mercure. Da toa» ces traitements, le malade ne recueille qu'une bien faible amélioration. Aussi, en désespoir de cause, se livre-t-il au médecin noir, le fameai Wriès, qui promet de le guérir en quinze jours, et dont tous les arcanes, au bout de six mois, n'avaient en rien modifié Tétat du mal.
Janvier 4 856. — Le malade est traité par M. Bazin.
Yoici quel était son état à l'époque de son entrée dans le service :
Malgré tous les traitements que le malade a subis, la constituiioo n'est pas détériorée : l'appétit est médiocre, mais les digestions sont faciles, les selles régulières, les urines abondantes, sans dépôt, sans albumine.
Etat local, — La figure est bouffie et couverte de larges plaques de lupus érythémateux, sur les sourcils, le nez, les joues, les lèvres, les favoris, les oreilles, le menton, la face dorsale de la main droite. Sur la peau de la figure et de la main, les taches sont d'un rouge foncé: elles ne font que pâlir légèrement sans disparaître sous la pression da doigt, ne sont le siège d'aucun prurit, offrent çà et là quelques foliote» épidermiques et des points cicatriciels analogues à ceux de la brûlure au troisième degré. Sur le bor.i libre de la lèvre inférieure, il existe des croûtes noirâtres, fendillées, humides, en partie détachées de la membrane muqueuse, analogues aux croûtes de l'impétigo.
OBSEtiVÀTtÔMS. 52*7
Lecat, persuadé que sa maladie devait être attribuée, siuob uniquemeut, du moins en grande partie, à la vérole dont il avail été atteint, ne cessait de réclamer des médications antivénériennes. Pour le satisfaire, on loi fit prendre pendant fort longtemps, et du sirop de biodure ioduré, et de Tiodure de potassium seul, à doses croissantes. Tous ces traitements n'eurent aucun résultat. Il en fut de même des médications antiscrofnleusee, des bains sulfureux, de l'iode, de Tbuile de morue, du chlorhydrate de baryte.
Il sortit de nos salles à peu près dans l'état où il y était entré.
L'observation de Lecal est intéressante sous plus d'un point de vue: comme type de lupus érythémateux, il est, en effet, difficile d'en trouver un plus bel échantillon*, comme preuve de la non-cognation du lupus avec les accidents de la vérole; les lâches érylhémateuses ont précédé Tapparition du chancre induré, elles ont résisté au mercure et à Tiodure de potassium, qui ont fait justice des aflections cutanées de nature syphilitique ; enGn, comme exemple de la ténacité du lupus érythémateux, qui est, de toutes les variétés de scrofulides malignes, la plus rebelle aux agents thérapeutiques.
Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis sa sortie de Saint- Louis, que notre malade, vivement affecté de la mort d'une sœiir qu'il aimait beaucoup, fut tout à coup frappé d^hémiplégie. Des douleurs violentes se firent sentir dans le côté de la tète opposé à la paralysie. L'encéphalite fit de jour eo jour de nouveaux progrès, et Lecat ne tarda pas à succomber.
La famille s'élant opposée à Tautopsie, nous ne pûmes nous éclairer, par le scalpel, sur la nature des lésions qui devaient exister dans les viscères.
La syphilis a-t elle eu sa part dans la production du ramollissement cérébral auquel Lecat a succombé ? Je ne saurais le dire. ,
Scrotalld« nuilIfBe érjîhétmmtmmme.
Lupui aenéique de la face {aené atrophique). (Observation recadUie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)
Rosalie Tellier , vingt et an ans, cuisinière, couchée au n" 5 de la salle Sainte-Foy.
Antécédents. — Cette malade n'a jamais en de gourmes dans soo enfance; elle porte, depuis très longtemps, une glande voluromeose, indolente, stalionnaire, au côté gauche du cou, sous l'angle maxillaire. Elle a une conjonctivite à TcBil gauche et une taie sur la cornée do môme côté; en effet, les ophthalmies ont été très fréquentes chez elle ; les narines ont été longtemps obstruées par des croûtes qui se reproduisaient incessamment. L'hiver dernier, elle fut atteinte d'une affection au pied, d'une engelure, dit-elle, qui persista tout l'hiver àl'éut d'ulcère, et qui la faisait souffrir au point de gêner beaucoup la marche; en même temps, ses mains et ses poignets étaient rouges, tuméfiés: c'était la première fois que pareille affection se présentait chez elle.
II y a cinq ans, lorsqu'on lui perga les oreilles, il se développa aotoor de chaque petite plaie une sorte d'éruption croûteuse qui persista fort longtemps, limitée au lobule.
Elle a presque toujours eu des boutons à la Ogure.
Elle avait cinq ans lorsque son père mourut ; il resta six mois dialade : son corps était, dit-elle, couvert de plaies.
Sa mère vit encore, et en bonne santé ; elle eut, à son retour d'âge, des boutons sur la Ogure et les mains, avec croûtes et pustules qoi durèrent un an environ. Nous ne pouvons en apprendre davantage.
Une sœur, encore très jeune, a eu des gourmes ; une autre, âgée de vingt-quatre ans, a eu mal aux oreilles dans son enfance .
Il y a eu quatre autres enfants, sur lesquels nous n'obtenons que des renseignements fort vagues.
Etat actuel. — Elle a eu presque constamment des boutons à la face depuis l'âge de quatorze ans, autant qu'elle peut s'en souvenir ; mais c'est depuis deux ou trois ans surtout qu'ils existent d'une façon pernuinente.
L'aspect de l*éruption est celui-ci. Sur toute la surface sont diss^
minées en nombre assez considérable de peliles élevures avec on point noir à leur point culminant : c'est de Vacne punclala, Çà et là on trouve des postales plus volumineuses, dures, solides, rouges, on de Vacne induraïa. EnGn, il existe une troisième lésion, que son importance m'oblige à décrire avec détail.
Celte lésion se présente sous forme de plaques assez nombreuses : il y en a deux sur le nez superposées, deux à la joue droite et une de grande dimension à la joue gauche ; d'autres plus petites sont répandues autour des précédentes. Ces plaques sont irrégulières, à contours un peu vagues, mais faciles à limiter cependant, avec un peu d'attention ; leur fond est légèrement blanchâtre, par suite de la rétention de la matière sébacée dans les cavités folliculaires et de la compression exercée par elle SQf les capillaires de la peau ; elles sont recouvertes d'un enduit grisâtre et comme ardoisé, fortement adhérent, et constitué évidemment par des débris épidermiques mélangés à de la matière sébacée; leur surface n'est pas lisse, mais au contraire rugueuse, inégale, et donne au doigt une sensation particulière de rudesse et d'aspérité ; on y voit, à l'œil no, un grand nombre de dépressions cicatricielles, dont quelques-unes sont très profondes et en forme de cupules. Sur la joue droite, à distance égale entre l'œil et le nez, existe une plaque de petite dimension, constituée tout entière par les dépressions dont je viens de parler, en sorte qu elle se trouve située au-dessous du niveau de la peau, sous /orme d'excavation multiloculaire. Chacune de ces dépressions a succédé sans douta à la destruction d'une ou de plusieurs glandes acnéiques, et la malade, par ses paroles, nous confirme pleinement dans cette idée.
Tous ces détails deviennent plus apparents encore, examinés k la loupe, et Ton découvre alors une foule de petits enfoncements et inégalités qui avaient échappé à la vue simple.
Le diagnostic de la lésion que je viens de décrire ne peut être douteux : c'est l'herpès crétacé de M. Devcrgie, l'acné alrophiquc de M. Cbausit, et ce que j'appelle le lupus acnéique. C^tte affection est de nature scrofuleuse.
La malade ne souffre pas: tout au plus existet-il, de loin en loin, de légères démangeaisons; mais elle est singulièrement défigurée par ces plaques d'aspect sale et noirâtre, semées d'enfoncements et couvertes d'un enduit que n'enlève pas le lavage.
Dans le dos et sur la partie supérieure de la {loiirine, on trouve une grande quantité de pustules acnéiques qui affectent surtout les formes punclaîa el indurata.
&S0 LEÇONS SUR LA SCIlOPULfi.
99/«nvi«r 4 860. — La malade offre l'étal suivant : it exisie fleolemeat une papule de la grosseur d'une I6te d épingle à la partie latérale gauche du nez. une autre sur la partie droite du menton, on peu plus volomineuse que la précédente, et atteignaiit les dimensions d'un grain de mil ; quelques aréoles rougeâtres autour des plaques blanches, et enfio an grand nombre de dépressions cicatricielles sur les deux joues et le nez, dépressions à contour irrégulier, dont le fond n'accuse pas en toos points le môme niveau, et dont tes dimensions très variables atteigneot ici celle d'une tôle d'épingle à peine, là celle d'une petite lentille, el plus loin des dimensions plus grandes encore, [l semble que quelqoesunes soient formées de la réunion de plusieurs dépressions primitifement isolées.
Au fond de quelques-unes et dans leur intervalle se voient de petiu points noirs, preuve de l'oblitération des follicules sébacés, de l'exis* tenoe de Vaene fnmelata.
9«ror«llde malien» pnatalo-taberealMiae.
Acné confluente et généralitée êimulant l'éléphantiasii. ^ il/6iMiiiiiirv. — Dégénéreêcetice graineuge du foie et des reùu.
Nous empruntons la première partie de cette observalion à M. le docteur Martin (de Roquebrune) (1), et la dernière i la thèse inaugurale de M. le docteur Lutz, qui l'a recueillie sous nos yeux et dans notre service.
• M. J. Garoute, coiffeur, chemin de Saint-Pierre. 51 , Agé de vingttrois an!^, a toujours joui d'une eicellenle santé, jusqu'à l'fige de diisept ans. Né de parents sains, il exerce la profession de coiffeur dans un magasin situé au rez-de-chaussée et dans des conditions de salubrité convenables.
> Son père a succombé, il y a quelques années, è une affection aiguè de poitrine (pleurésie) ; sa mère, âgée de cinquante ans environ, vit encore^en bonne santé.
• (1) Bulletin dêi travavœ de la Société mpériale de médecine de Êianélle, n» 1 dejaovier 1859.
OfiSBRVATIONS. 5S1
• fl a deux c^œors, dont l*une pst demoiselle et l'autre mariée , Taoe et Tautre itont exemptes de toote affection coostitationDeile diatlièsiqae.
N Loi-mème partageait avec aes parenta cette heureuse Immunité» lorgque, il y a six ans environ. Il contracta une aréthrite peu Intense, de nature probablement non virulente, qu'il traita par des remèdes pris à TiDlérieur, conseillés par un empirique, et sur lesquels il ne peut Toarnir aucun renîieignement.
• Quelques semaine!^ suffirent pour l'en débarrasser, sans qu'il survint, durant ce traitement, aucun phénomène susceptible de fixer son attention.
• Dn an plus tard, il y a maintenant cinq ins, sa peau se recouvrit tout à coup, dit-il, d'élevures. de vésicules ou de petites pustules, cdr il ne peut bien nous en rendre compte, qui apparurent d'abord sur la face et ensuite sur le tronc.
B Cette éruption fut prise p^r lui pour la gale. Il s'adressa de nouveau à des empiriques qui, aussi peu intelligents que lui, admirent ou éta blirent ce diagnostic, et lui conseillèrent divers trailements externes et interne.4, sur la nature desquels il ne peut non plus fournir aucun renseignement précis.
» Ces traitements, plus ou moins régulièrement suivis, n'enrayèrent en aucune manière cette affection, qui continua è faire des progrès lents jusqu'à ces derniers temps.
• Le 23 février derniec, il se présenta i ma consultation.
> Jusqu'à ce jour, je ne dois pas craindre de le dire, je n'avais jamais eu l'occasion d'observer un pareil cas; cependant, en procédant par voie d'exclusion, je ne tardai guère è reconnaître chez ce jeune homme une affection tuberculeuse de la peau, et je crus devoir la rattacher à ïéiépkaniiaM de» Greci, à la lèpre, si commune au moyen âge, et aujourd'hui si rare, que ce fait était le premier qui se présentait à mon observation, après trente-quatre ans d'exercice de la médecine. Les autres membres de la Société, présents à la réunion du 6 mars der* nier, n'avaient pas été plus favorisés que moi; car, à part notre hono« rable président, M. Seux, qui nous a cité un exemple qu'il a eu l'occasion de rencontrer dans un voyage qu'il fit, il y a quelques années, aux eaux des Pyrénées, et M. Roux fils (de Brignoles), qoi, faisiant un appel à ses souvenirs de la Guyane française et de Madagascar, noua a entretenus de cette maladie endémique dans ces pays chaods, aucun de vous n'en avait vu dans sa carrière plna ou moins longue.
B Ce cas était trop curieux, trop remarquable surtout par sa géoéralisalion presque complète, pour que je ne crusse pas devoir vous ie présenter et le soumettre à vos investigations.
» Ck)mme moi, vous avez pu Texaminer avec attention et relever les particularités suivantes.
• Le développement général du corps est celui d'un homme robuste, doué d*un embonpoint assez notable ; la langue n'offre rien de particulier ; les fonctions digestives s'exécutent bien ; la respiration est normale, le pouls est bon, l'intelligence convenablement développée.
• Sur la région zygomato -maxillaire droite, point de départ de la maladie, se voit une tumeur de 5 centimètres de hauteur sur 3 de largeur, de couleur rouge livide, paraissant constituée par une hypertrophie des éléments du derme, et en particulier des follicules sébacés. Sur cette tumeur se remarquent quelques pertuis communiquant dans do petites cavités folliculaires qui fournissent une humeur onctueuse et sébacée. Quelques-unes de ces cavités ont suppuré et ont été remplacées par des cicatrices faciles à reconnaître et de bonne nature.
» Sur la partie gauche de la face et sous la cloison du nez, on voit un assez grand nombre de tumeurs de même nature, mais plus petites, et entre lesquelles existent aussi des cicatrices de môme aspect.
• Le conduit auriculaire gauche en contient une du volume d'une petite aveline, et un peu étranglée à sa base.
» Â la partie latérale gauche du cou existent plusieurs tumeurs indorées, agglomérées, en voie de suppuration, ainsi que des cicatrices très apparentes de tumeurs semblables, qui se sont fondues antérieuremeDt. Le liquide qui s'en écoule est de consistance séro-porulente sans odeor bien tranchée.
» Â la partie latérale droite du cou, le nombre de ces tumeurs et leur volume sont on peu moindres. Un assez grand nombre d'entre elles sont surmontées d'un point noir, comme celui qui résulte de l'action récente du rasoir sur les poils. Ces points n'ont cependant aucun rapport avec ces derniers : ils sont les oriGces des follicules sébacés hypertrophiés. Par la pression on les chasse, et après eux une espèce de vermisseau de matière casénse, bientôt suivi d'un flot de matière blanche, plus liquide.
B Sur les parties supérieures et inférieures du thorax, on voit qoeU qoes tubercules peu nombreux, disséminés et séparés par de très nombreuses cicatrices.
» Sur le mamelon et sur l'auréole du côté droit, on remarque une
hypertrophie très conaidérable do lisso érectile de ces deux organes. Cette production mesure 4 3 centimètres de longueur, de la base à son sommet, 8 centimètres de diamètre à sa base et 5 à son sommet. Sa surface est profondément fendillée, de manière à présenter les caractères d*nne framboise ; elle est pendante au devant de la poitrine, et sa base eierce sur les téguments voisins un tiraillement qui leur donne Tapparence des pattes de crabe.
» Sur l'auréole et sur le mamelon du côté gauche on remarque une altération de même nature, mais à un degré de développement beaucoup moins avancé.
> L*abdomen, sur la plus grande partie de sa surface, est le siège des mômes productions disséminées que nous venons de signaler sur le thorax ; mais, à ses régions hypogastrique et pubienne, celles-ci sont confluenles, très saillantes au-dessus du niveau de la peau voisine. Elles envahissent également la peau du scrotum et celle de la verge, dont le volume se trouve ainsr considérablement augmenté. Sur cette région se remarquent, eu plus grand nombre, les points noirs que nous avons déjà signalés, ainsi que do très nombreuses cicatrices.
» À partir de ces deux régions, le nombre des tubercules diminue graduellement, depuis le haut de la cuisse jusqu'au genou, au delà duquel on n*en observe plus. Sur cette dernière région, les tubercules n'offrent plus les mémos caractères; ils sont remplacés par de nombreuses élevures d'un blanc mat, ressemblant assez à celles de Vacne jmnclataea suppuration, et de formation probablement plus récente.
• Les bras, les avant-bras et les mains sont à peu près vierges de ces altérations ; on y voit cependant très clair-semées quelques petites élevures rouges, miliaires.
9 La partie postérieure du cou, du dos, des lombes, des fesses, des cuisses et du creux poplité est largement occupée par une hypertrophie profonde de tous les éléments de la peau ; là les tubercules sébacés sont largement et profondément sillonnés, et la peau présente les caractères du tissu lardacé. Des points noirs nombreux, des tubercules en suppuration, des cicatrices d'anciens tubercules y sont abondamment répandus. Les tubercules de date adbienne sont plus volumineux que ceux de formation plus récente, parmi lesquels un bon nombre de forme miliaire se sont développés sur les anciens.
» Enfin, et pour ne négliger aucune particularité propre à nous éclairer sur la nature de cette affection, le sujet exhale une odeur nauséabonde, et à laquelle j'ai trouvé une cerlaine ressemblance avec celle que
Ion sent aa voisinage dea fabriques ^e chandelles. — En oolre, le sens .génital est complètement éteint chez lui, circonstance importante à noter, quand on sait que les lépreux d*autrefois se faisaient remarquer, aocootraire, par une exaltation de ce sens, par ce qu'on a appelé le likido ^iMXplelnlis (4). «
Après cette exposition, empreinte d'un esprit d'observation exacte, M. le docteur Martin, abordant la question de la cause à laquelle on doit attribuer l*apparitioQ de cette aiïectien, nMtnifeste sa répugnance à admettre une origine syphilitique, rejette Thérédité, la contagion et la contagiosité. « Nous serions presque tenté, ajoute-t-il , d'admettre que nous n'avons pas affaire ici à une véritable lèpre tuberculeuse des Grecs, mais plutôt à une affection confluente des follicules sébacés de la peau, à une acné confluente. >
Il n'émet cette manière de voir qu'avec réserve, et la soumet à l'appréciation de ses collègues.
L'observation avait conduit M. Martin à la vérité ; mais, peu habitué à la pratique des affections de la peau, et nullement encouragé par ses collègues à persister dans sa manière de voir (selon M. Roux fils, ce malade n'offrait qu'un bel exemple d'élépbantiasis des Grecs), il est resté dans le vague, et a intitulé son observation : Dermatose tuberculeuse.
M. Martin, ne voyant pas se réaliser la guérison qu'il avait espérée, nous adressa ce malade, qui entra dans notre service le 3 avril 1869.
Son entrée nous parut une bonne fortune; car, au premier coup d'œil, nous reconnûmes ce que M. Martin avail
(1) Garoute, inlerrogé par nous sur ce p<»int, nous a potiiivement alllnaé que, pfeu de Jours avant de quitter Marseille, il avait obtenu les raveund'one Jeune fille, et s'était parfaitement et racilement acquitté de ses fouctioM. ^'était-ce qu'une forfanterie de la part de Garouie, et que faut-il croire?
soupçonné, une aneclion acnéique qui, par sa confluence et son extension à ia presque totalité de la peau, nous promettait une éclatante justification de Topinion que nous professons depuis longtemps sur la nature scrofuleuse de Tacné.
Nous annonçâmes dès lors, comme on peut le voir dans la thèse de M. Lutz, que nous verrions survenir de Talbumînurie pendant la vie, et qu'après la mort, qui ne paraissait que trop probable, nous trouverions la dégénérescence graisseuse du foie et des reins. Toutes ces prévisions se sont réalisées.
Peodant les premiers mois de son séjour à Thôpital, raffection ne présenta pas de grands changements, si ce n'est de temps à autre des poussées après lesquelles la tuméfaction était toujours un peu plus considérable. Nous ne décrirons pas cette affection, qui a été si bien exposée par M Martin. Dans les trois derniers mois, son état est devenu des plus graves; Talbumine a été constatée dans l'urine; de l'œdème s*est montré en même temps, surtout aux membres inférieurs et aux parties génitales. L'albuminurie n'a plus cessé jusqu'à U mort, et la quantité d albumine exactement notée par M. Lutz, dans les deux derniers mois delà vie, alla toujours en augmentant. D*abord. il avait trouvé 3 grammes d'albumine pure et desséchée par litre d'urine ; plus lard, par des analyses faites de huit ^ huit jours, la quantité était de 3 grammes, i'SSO, 5S'',75, 7 grammes , et eu6n . dans les derniers jours , S grammespar livre.
Outre l'albuminurie, il était épuisé, dans les derniers jours de son existence, par une diarrhée que rien n'a pu arrêter ; le moindre mouvement suffisait pour provoquer des selles dont la fétidité était extrême. Mort le 2 mars 4 859.
AulopHe. — [nBllration générale de tout le tissu cellulaire souscutané, constatée du reste pendant la vie. La sérosité remplissait également la cavité abdominale et le péricarde. Poumons sains, sans trace de tubercules ; quelques adhérences pleurétiques. Ce que les poumons présentaient de particulier, c'était des noyaux d'emphysème local situés au sommet du poumon droit. Ces noyaux, de la grosseur d*une
noix, adhénoient les uns aux autres, el formaienl ano sorte de chapelet de la longueur de 4 2 centimètres. Les vésicules de ces tumeurs avaient une grosseur variant d'un pois à une aveline ; elles ne provenaient pas de la dilatation des vésicules pulmonaires, mais bien de leur déchirure, et de l'infillration de l'air dans le tissu cellulaire interlobulaire.
Cœur. — Rien.
Fote, — Présentait un aspect gras tout particulier; à la coupe, on voyait manifestement, surtout dans les couches superGcielles, une iofiitration graisseuse entre les lobules; des fragments, traités par le chloroforme, ont laissé une quantité notable de graisse pour résido. A part la dégénérescence graisseuse, le foie ne présentait rien d'extraordinaire, si ce n'est le volume considérable de la vésicule biliaire. L'estomac et les intestins se trouvaient à l'état normal.
Reins. — Beaucoup plus volumineux qu'à l'ordinaire; leur consistance était ferme, mais sans dureté; leur surface était d'un rouge vif, avec des marbrures jaunâtres. Une incision faite sur leur bord convexe montre que la substance corticale a considérablement augmenté d'épaisseur; elle est comme tuméfiée, ce qui, ici encore, était évidemment do à une inâltration et môme à une dégénérescence graisseuse, car la graisse pouvait en être exprimée par une légère pression. La coupe présentait, en outre, un pointillé rouge, tranchant vivement sur le fond jaune de la substance corticale, et provenant probablement de l'injection des corpuscules de Malpigl)i. Les pyramides, comprimées et comme amoindries par le développement de la substance corticale, sont d'on rouge plus obscur, et leurs stries sont moins visibles. Le rein gaocbe présentait de plus, à son extrémité inférieure, un noyau de substance tuberculeuse de la grosseur el de la forme d'une amande.
Peau, — Présentait les lésions que nous avons signalées dans la description de l'acné ; seulement, tout ici a pris des proportions inusitées. Le derme parait considérablement épaissi, a, dans certaines régions, la région inguino-crurale par exemple, une épaisseur de 3 à 4 centimètres: le tissu en est induré, difficile à couper, comme cartilagineux, et crie sous le scalpel ; dans ses couches les plus profondes, on remarque de petites cicatrices, traces d'anciennes glandes sébacées oblitérées. Les aréoles du tissu cellulaire sous-cutané sont distendues par de petites masses graisseuses en très grand nombre.
< Pour pouvoir bien me rendre compte de la structure des tumeurs sébacées, j'en ai choisi une des plus développées; en voici la description . Le diamètre de sa base mesure un centimètre, et son élévatiooau-
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dessus des parties ambiantes h peu près aulaot. Cette tumeur est hémi* sphérique, avec une petite dépression au sommet, d*où sort le poil ; sa consistance est ferme, dore, à cause de la matière sébacée qui la remplit. Tout autour du poil, on voit un petit cercle noir formé par la partie la plus superficielle de la matière, modifiée dans sa Cbloration par le contact de l'air ; c'est ce dont on peut facilement se convaincre par la pression qui fait sortir, à la suite de ce point noir, le vermisseau dont j'ai parlé.
» Par la dissection, on parvient facilement à enlever l'épiderme qui recouvre la petite tumeur ; celle-ci, mise à nu, n'a pas changé de forme, on voit seulement que ses parois sont formées par un tissu extrêmement fin et très mince. Cette enveloppe enlevée avec soin, on voit immédiatement au-dessous la matière sébacée elle-môme; cette matière, d'un blaoc de lait, très consistante, remplissait exactement et distendait énormément non-seulement le canal excréteur, mais encore deux diverllcules qui lui sont annexés. La matière sébacée ainsi durcie, moulée sor les parois internes de la glande, en reproduit évidemment la forme Irèsexactement.Ony distingue une partie centrale et deux parties latérales : la partie centrale a la forme d'un ovoïde très allongé dirigé verticalement à la surface de la peau ; le grand axe de cet ovoïde est formé par le poil, qui n'est séparé de la matière sébacée par aucune membrane appréciable. Le poil sort des deux extrémités, de la supérieure pour s'épanouir librement, et de l'inférieure pour s'enfoncer encore de 3 à i< millimètres dans le tissu cellulaire sous-jacent. Le tiers supérienr de ce noyau central est logé dans la petite tumeur, et les deux tiers inférieurs s'enfoncent dans l'épaisseur du derme, qu'ils ne dépassent cependant pas. Le grand axe a une longueur de 7 millimètres et le petit de 3 millimètres.
> Sur les côtés et vers le tiers inférieur environ de cette masse centrale, on voit deux appendices latéraux également formés de matière sébacée ; ces appendices sont disposés l'un en face de l'autre, et forment comme deux ailes; ils sont fortement aplatis, réniformes, communiquent avec la masse centrale, du côté de leur bord concave, par un pédicule très court; leur bord convexe, verticalement dirigé, n'est pas uni, mais présente un contour légèrement mamelonné.
» Dans d'autres glandes cependant je n'ai trouvé qu'un seul de ces appendices, qui alors n'était pas aplati, et dont la surface ne présentait qoe très obscurément les bosselures dont j'ai parlé, ce qui était dû probablement à la trop grande distension de la glande; quelquefois aussi
je n'ai trouvé aucune trace de ces appendices, et la glande paraianH réduite à son canal excréteur. > [Thèêe de M. LuU.)
llcrofalld« Bfliall|^« •nbercaleosc InlbiHiauit^lffe.
Groupe de tubercules simples sur la fesse du eôlé droit,
Simonin (Auguste), quinze ans, entré dans le service le 21 aoAtl S57.
Ce jeune malade aHirme que son père et sa mère jouissent d'une excellente sanlé ; il a quatre frères et une sœur qui, selon lui, n'auraient jamais donné aucun signe de maladie constitutionnelle.
Simonin est lymphatique, de médiocre constitution, a eu la variole à deux ans ; il a été affecté de gourmes et d'écrouelles vers l'ftge de hait ou neur ans. L'affection qu'il porte sur la fesse droite a débuté, il y i six mois, par un petit bouton rouge et dur, qui bientôt s*élargit, mais sans donner lieu à aucune souffrance. D'autres boutons s'élevèrent autour du premier, et formèrent un groupe qui, au bout d'un mois, ne prit plus d'extension et resta station naire.
Etat actuel. — Sur la partie interne de la fesse droite s*apercoit nae plaque ovalaire de la largeur d'une pièce de 5 francs environ, à circonférence anfractueuse, c^onstituée par une agglomération de tuber* cules que Ton prendrait pour des élevures acnéiques, ou plutôt pour de petits furoncles, à base dure, non douloureuse à la pression. Ces tubercules sont bien différents, parla couleur peu modifiée de la peau, par la sensation de dureté qu'ils donnent à la pression, des tubercules roogelires, rénitents. élastiques du lupus proprement dit. La peau n*e8t point hypertrophiée ; l'affection est tout à fait indolente.
Traitefnent. — Houblon, huile de morue à dose croissante, sirop de fer, bains sulfureux.
Le malade sort le 18 septembre. La santé générale s'e^ notablement améliorée ; les tubercules sont affaissés.
Lupus tuberculeux fibro'plastique de la face, (M. Guérard.)
Petit (Ëléonore), quatorze ans, entrée le 22 février \ 860, couchée au 0° 87, salle Sainle-Foy.
OBSERVATlOiNS. 5S0
CeU« jeune fille est d*une statare élevée et teat à fait exceptionnelle poar son Age; elieeât d'alliearâ bien proporlionnée ; son teint est clair, légèrement roeé, sa peaa fine ; elle présente, en un mot, tons les traits dont Teneemble conatitoe ce que Ton a appelé la beauté scrofuleuse. Les antécédents et l'affection actuelle confirment pleinement ce diagnostic à priori. ,
Étant enfant, elle a eu des gourmes dans la tète ; il y a sept ans, un abcès se forma à la région cervicale, en arrière et à droite, et Tou vertore en fut faite avec le bistouri ; elle est très sujette aux ophtbalmies, qoi, à une certaine époque, étaient presque permanentes cbez elle ; on trouve, en effet, des taies sur la cornée. Des croûtes existent actuelle* ment dans le nez et gênent le passage de l'air.
Sa santé ordinaire est assez bonne ; ses fonctions s exécutent régu> lièrement; elle est cependant fréquemment atteinte de céphalalgie, de maux d'estomac.
Elle voit ses règles depuis un^n, à des époques assez régulières; elles ont cependant manqué une ou deux fois, dit-elle.
Elle a des engelures ou plutôt des crevasses aux mains.
Le père se porte bien ; il serait sujet aux furoncles et aux érysipèles. La mère est de faible santé : migraines fréquentes. Elle a un frère et une âœur beaucoup plus âgés qu'elle, et qui ne présenteraient rien d'analogue i Taffection dont elle est atteinte.
L'origine de cette affection remonterait à sa première enfance, à l'Age de trois à quatre ans; elle daterait donc de dix ans. Elle l'attribue à un coup de pierre qu'elle reçut à cette époque à la joue droite; peut-être ce coup a-t-il été en effet la cause déterminante. Le mal, nous dit-elle, a commencé par un point, et s'est ensuite peu à peu étendu excentriqaement.
Aujourd'hui existe à la joue droite une large plaque tuberculeuse qui occupe au moins la moitié de la surface ; cette plaque est irrégulière dans sa forme, et se refuse à toute comparaison géométrique ; on y trouve des lignes droites et sinueuses, des courbes, des angles saillants et rentrants, des prolongements, dont le principal se place entre l'œil droit et le nez.
Sa couleur est caractéristique : elle est jaune roogeàtre, sucre d'orge, avec une sorte de reflet translucide ; çà et là elle est masquée par des croûtes d'épaisseur variable, jaunâtres ou blanchâtres, adhérentes.
Elle forme une saillie notable au-dessus du niveau de la peau, et
5Â0 LbÇONS SUR LA SCROFULfe:.
aagmeDle d'une manière sensible le volume de la jooe droite. Celte saillie n*est pas uniforme, mais comme granulée et formée par une agglomération de tubercules plus ou moins fusionnés à leur base. Ctsi à la circonférence de la lésion que les tubercules sont surtout évidents et tendent à s'isoler.
La jeune malade affirme que son affection a complètement change d'aspect depuis environ un an, elle est aujourd'hui sèche partout; autrefois, nous dit-elle, il en suintait un liquide très abondant; des croules se formaient, au travers desquelles sourdait un produit de sécrétioa morbide. Ces phénomènes trouvent sans doute leur explication dans les applications topiques irritantes qui ont été faites à cette époque.
La malade a été soumise au traitement antiscrofuteux, et raffecti<Hi s*est améliorée d'une fagon sensible.
Aujourd'hui 29 janvier 4 860, elle offre l'état suivant :
Les tubercules que j'ai décrits sont complètement affaissés, et la sorface sur laquelle ils reposaient se continue insensiblement avec les parties Voisines : c'est à peine si l'on peut constater une légère élévation en promenant le doigt des parties saines aui parties malades ; et c'est plutôt à l'exfolialion épidermique dont la surface malade est le siège, et qui reconnaît pour cause les applications de teinture d*iode que l'on a continuées jusqu'à ce jour, c'est plutôt à cette exfoliation, dis-je, qu'on reconnaît le point où elle commence. Bien plus, un examen atteotif démontre manifestement que certains points sont déprimés. D'aillears, toute la surface malade est recouverte d'un tissu cicatriciel et est le siège d'une exfoliation épidermique. Il n'existe pas d'adénites sousmaxillaires.
OBSERVATION XXÏI.
Serofollde mallgno tabercnleiise flbro-plastlqve.
Lupus généralisé. (Observation recueillie et rédigée par M, Pouquet. interne du service.)
Redouté (Auguste), trente-six ans, entré le 21 mars 4857, pavillon Saint-Matthieu, n** 80.
Les parents n'ont jamais présenté, dit-il, d'affection semblable, oi même de lésion, quelle qu'elle soit, dénature scrofulense.
Il est d'un tempérament sanguin, d'une constitution forte, et jooit d'une santé ordinaire fort bonne; toutes ses fonctions s'exécutent régulièrement.
Dans son enfance, il était très sujet aux engelures. En 4848, il fut atteint d'une opbihalmie chronique assez grave, qui le priva longtemps de la vue.
L'affection actuelle débuta dans le cours de Tannée 4 854 : les pre-miers tubercules apparurent au cuir chevelu et aux oreilles : puis de là ils se sont répandus avec profusion sur la face, quMIs ont envahie dans 8a presque totalité.
En effet, toute la face, à l'exception du nnenton et des parties latérales do front, est recouverte d'une éruption tuberculeuse qui lui donne l'aspect le plus singulier ; ces tubercules sont rouges, un peu aplatis, demitransparents et comme ambrés, et surmontés çà et là de petites écailles blanchâtres qui leur adhèrent intimement; le derme qui les supporte a subi une véritable hypertrophie, surtout remarquable au lobule du nez, aux lèvres et aux oreilles, qui ont doublé et même triplé d'épaisseur. Sur tous les points où siège cette éruption, les poils sont tombés, et la sécrétion pileuse paraît à tout jamais arrêtée. Toute la partie antérieure du cuir chevelu est dépouillée de cheveux, et offre une cicatrice blanche, luisante, entièrement glabre. Les paupières sont hypertrophiées, comme le nez et les lèvres, et ont perdu leur souplesse et leur mobilité, d'où suivent un rétrécissement notable et une rigidité insolite de l'ouverture qui résulte de leur écartement. La cornée ne présente aucune altération, mais on remarque sur la conjonctive de petites granulations rouges et une injection assez prononcée de ses vaisseaux.
La cuisse gauche est atteinte de lésions de même aspect et de même nature ; à sa face interne se voit une large surface cicatricielle blanchâtre, entourée à sa circonférence par une zone tuberculeuse de coloration brunâtre. Les téguments de la jambe sont également transformés, dans une bonne partie de leur étendue, en tissu cicatriciel.
La partie interne du pied gauche et sa face plantaire présentent nne ulcération avec engorgement des tissus voisins; la malléole interne est tuméfiée, rouge, douloureuse ; les os du tarse sont euxmêmes manifestement gonflés et malades : en un mot, tout porte à croire que les altérations ne se bornent point aux surfaces tégumentaires, et que le squelette de la région est également en cause, bien que sur aucun point le stylet n'ait révélé la présence d'une surface osseuse dénudée.
U traitement a consisté en tisane de houblon, huile de foie de morue, sirop d'iodure de fer, bains alcalins, et le malade est sorti
54 'i LEÇONS SIR L\ SrnOFL'LE.
le 8 juillet 4867, radicalement gnéri de son affectioo, dont on m voit plus qne les vestiges cicatriciels.
fler^felide lallife tnbere«lc«ac
Lupus du nez, des lèvres et des joues. (Observation recaeîllie et rédigée par M. Pouquel, interne du service.)
Daru (Auguste), dix-sept ans, entré le 22 février 1857, couché an n®404 du pavillon Saint-Matthieu.
Son père et sa mère n'ont jamais eu, qu'il sache, d'aflection scrofo* leuse ; une sœur, à TAge de quatre ans. a eu des gourmes daus la léie; son frère, Âgé de neuf ans, tousse continuellement depuis plosieur» mois.
Lui-même a été atteint, à l'Age de onze ans, d'une ophthalmie rebelle: en même temps apparurent à la région sous-maxillaire de petites tnmeors ganglionnaires dont on ne trouve plus aucune trace aujourd'hui. , Vers TAge de douze ans, un petit bouton rouge se développa sor l'aile gauche du nez; ce bouton, dont Tindoleuce était complcte, s'étendit peu à peu et envahit toute Taile du nez; sous l'influence éei grattages, il se transformait en une petite plaie qui sécrétait du pus, et se couvrait de croûtes jaunAtres.
En janvier 4 854, ce malade entre dans le service de M. Bazin, qui le soumet au traitement antiscrofuleux. Il sort au mois d'août complètement guéri.
Au mois de novembre suivant survient une récidive ; le malade i remarqué que son lupus revenait constamment au commencement da l'hiver, et qu'il préludait par un coryza, si bien qu*il l'attribue a o contact des matières fluides sécrétées par la pituitaire enflammée.
Après avoir consulté un médecin, qui n'entrava en rien la marche de l'affection, il entre pour la seconde fois, en décembre 4 855, dans le service de M. Bazin. Les tubercules couvraient alors la moitié inférieure du nez, la lèvre supérieure et une grande partie de la région des jooes- L'huile de morue et le sirop de fer sont de nouveau ordonnés, et le 9 juin 4 855, il est, pour la seconde fois, débarrassé de son affection.
En décembre 4 856, il a une seconde récidive, et il entre, le S2 février 4 857, dans le service de M. Bazin. Or, voici à cette époque ce que oouà observons :
La lèvre gopéneore ne présente de tubercules qu'au niveau de la commissure ; la joue droite est recouverte d'on grand nombre de tubercoles rongefttres . demi-transparents , indolents , et cette éruption occupe une surface large comme la paume de la main.
La moitié inférieure du nez et la partie voisine de la joue gauche sont également couvertes de tubercules présentant les mêmes caractères.
L*aile gauche du nez est revêtue d'une croûte jaunâtre, épaisse.
13 avriL — Les parties malades ont été cautérisées trois fois avec la teinture d'iode ; Thuile de foie de morue est continuée.
Le 30 mai suivant, érysipèle des deux côtés de la face ; on suspend l'hoile de foie de morue.
Le 10 juin, amélioration sensible survenue après la disparition de Térysipèle.
Le 22 août, le malade a éprouvé quelques doulears de tète ; il y a de rinappétence, ao malaise général. Il sort pour recouvrer au dehors sa santé habituelle.
Le lupus est une a(Teclion qui récidive fréquemmenl ; celte observation ne le démontre que trop.
9crofall40 mallcne tabcreateose flbro-plastl«|ae.
iMpuu de la face provoqué par une cause traumatique. (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, interne dn service.)
Bertrand (Jean-Baptiste), âgé de cinquante-sept ans, entré le 4 6 mars
Il avait six ans quand son lupus a commencé ; la cause détermmante aurait été, selon lui, un coup de pierre qu'il reçut alors au front, et il nous semble, en effet, en distinener quelque trace au-dessus de Tœil droit. Cest là, et sans doute sur la cicatrice même, que débuta le lupus. D'abord très petit, il s'étendit peu à peu, mais avec une certaine lenteur, si bien qu*à TÂge de vingt ans, c'est-à-dire dans l'espace de douze i quatorze ans, il avait à peine acquis les dimensions d'une pièce de 5 francs.
Après avoir interrogé attentivement le malade, nous n'avons rien
5&A LEÇONS SUR L\ SCtlOFUL£.
troavé de scrofaleux dans les anlécédenls. Il dit bien qu*élant très jeune, il eut mal aux yeux, mais il le dit vaguement, et d'ailleurs ce signe perd toute importance, étant complètement isolé.
Il n*est pas sujet aux maux de tête, pas plus qu aux maux d'estoinac. Il n'a ni hémorrhoïdes ni varicosités aux jambes.
Il nie absolument tout antécédent blennorrhagique ou syphilitique, et ses réponses à nos diverses questions en ce sens s*accordeot avec ses dénégations.
Il n'a jamais confiu ses parents.
Ses enfants jouissent d'une excellente santé, et n'ont rienqoiressemble à son affection ou que l'on y puisse rattacher, de loin ou de
près.
Aujourd'hui, ce lupus que nous avons vu commencer paruncoopde pierre, et acquérir à vingt ans le diamètre d'une pièce de 5 francs, a envahi la presque totalité du front, d'où il descend, par un triple prolongement, au milieu sur les deux tiers supérieurs du uex, et latéralement sur les régions temporales.
Nous ne nous étendrons pas en nombreux détails dans la description de la lésion ; nous retrouvons ici la physionomie de tous les lupus tuberculeux fibro-plastiques. Sa couleur générale est rougeâtre, avec ce reflet translucide qui Ta fait comparer au sucre d'orge ; sur celte teinte assex uniforme se détachent, par leur blancheur, ici des squames assez minces d'ailleurs, là de simples lamelles épidermiques ; les bords sont très irréguliers, découpés, festonnés, et paraissent plus épais sous le doigt que ne l'est la partie médiane de la plaque; on sent là une sorte de bourrelet circonférenciel, constitué par des groupes tuberculeux plus ou moins considérables. C'est par la formation lente, mais incessante, de ces tubercules que la lésion se propage et envahit de nouvelles surfaces. Au nez, nous trouvons le même aspect à l'altération cuUnée les tubercules y sont peut-être plus manifestes encore; au-dessous de l'oeil droit, ils forment un prolongement à l'extrémité duquel on observe un élément qui s'en isole, prolongement qui semble aller à la rencontre d'un prolongement analogue venu de la région temporale du même côté, en sorte que l'œil est presque complètement entouré d'un cercle rouge de lupos. N'oublions pas de dire que les sourcils ont complètement disparu da côté malade.
On fait au malade des applications locales d'huile de noix d'acajou ; il prend un bain sulfureux tous les deux jours, et à l'intérieur 60 grammes d'huile de morue, avec 30 grammes de sirop d'iodure de fer.
Ltiptti de la face, — lehthyoBe,
LogDon (Georges-Raphaël), soixanle-buit ans, entré le 30 mars 4 S60, couché an n* 40 do pavillon Saint-Matthieu.
Les antécédents peuvent se résumer en peu de mots ; ils sont presque complètement négatifs.
Quelques gourmes dans son enrance ; aucune autre affection scrofu* leose.
Aucun accident arthritique ni dartreux.
Il n'a ni frère ni sœur, et ne peut nous renseigner sur ses parents.
Ce malade porte deux affections : un lupus au front et une ichthyose.
Le lupus siège au-dessus de l'œil gauche; il le fait remontera une époque très éloignée, vingt ou trente ans ; il aurait commencé par un petit bouton qui resta longtemps stationnaire, et qui le démangeait beaucoup. Ce mode de début ne doit évidemment ôlre accepté que sous toutes réserves. Ce n'est, dit le malade, que depuis cinq ou six mois que la lésion a acquis ses dimensions actuelles, et il attribue cette aggravation du mal à une plaie qu'il se fit à l'orbite vers la môme époque.
Aujourd'hui, le lupus s'étend, dans le sens transversal, de la racine dunes jusqu'à l'apophyse orbitaire externe, et de haut en bas il descend de deux travers de doigt au-dessus du sourcil jusque sur la paupière supérieure, en empiétant un peu sur celle-ci; ses bords, légère ment sinueux, sont nettement tracés et figurent une ligne courbe concentrique à la courbe orbitaire ; la coloration générale est rougeâtre, mais elle va s'affaiblissant de la circonférence de la lésion à son centre, où l'on remarque une teinte blanchâtre, comme cicatricielle, et qui résulte en effet de la disparition des tubercules du lupus, dans les points où elle existe. La consistance est parcheminée ; les inégalités tuberculeuses sont à peine appréciables, môme à la circonférence, Les poils des sourcils sont rares, clair-semés, comme atrophiés, et contrastent, par leur couleur blanche et leur petit nombre, avec ceux du côté opposé, qui sont bruns et forment un sourcil épais ot bien fourni.
On trouve de petites écailles épidermiques répandues cà et là sur la
M0 LEÇONS sui\ ^^^ scrofule.
lésion, et le malade noas dit qae, dans le mois d'avril de chaqae année, son lapus se recouvre de pfoOte^ q\i ^q«9q)§§(|pi tombent Thiver, pour ne reparaître d*une manière sensible que Tannée suivante. Il dit, en outre, y ressentir de yjvfis démangeaisons à l'époque deâ cbalwrs.
La deuxième affection est plus ancienne encore que la première ; le malade la fait remonter k 9op enfonce. Ce qq*il peut nous apprendre à ce sujet, c*est qu'autrefois elle n'était pas généralisée comme elle Test a^jpt1^d'h^i■ Il s'agit dunoichtbyoae perpentiq^dep miem caraetérisées, surtout aux jambes et aux cqjs^ef, Qù |a pe^D rappellq parfaitoment l'Qipect quadrillé d9^ pi^lt^g ()e gallipa6é#.
0B8BRVATI0N XXVI.
Serofollde maligne Ivheiwileas^ flbvo-plMlMiiie.
(««filia dM nQ9 iMonmire, rapidement nuidifié par un éryiipèU inUfrcurreni.
Verdun, seize ans, emballeur, entré Iq 4 0 mara 4 857, couché aa n** 6 de Saint-Matthieq.
Aniécédents dû famille, — Père, mère, une sœur bien portante ; quatre frères, qui tous ont eu de Teczéioa impétigineqx au cpir ch^ velu.
Antécédents du sujet, — Gourmes dans son enfance, rhumes fréquents, engelures.
L'affection pour laquelle il est entré à Thôpiul a débuté, ij y a quatre ans et demi, par un bouton à l'intérieur des fosses nasales, que le malade a écorché, et qui n'a fait que s'accroître pour prendre les proporlioni que noMS lui voyons aujourd'hui. Cette affection a été promptement accompagnée d'engorgement sympathique de quelques ganglions cervicaux.
Etat aclueL — Tout le nez est hypertrophié, à partir de la racine i sa forme n'est plus symétrique; sa peau est lisse, rouge et couverte eo partie de pellicules sèches et blanches ; çà et là on voit de petit» tttbe^ cules violets, qui ne montrent aucune tendance à l'ulcération, et disparaissent par desquamation. L'aile droite a été ainsi emportée et la gauche est raboteuse et couverte de tubercules plus gros. L'affection s'étend dans les fosses nasales, dont la cloison est en grande partie détruite ; les tubercules des cavités nasales forcent le malade i respirer
par la boache. BnBii notoiiB que la lôvre supérieare est aa partie eoa« ?arta égalemenl de petits tuberoalea grenus, roage&tres.
L*état général est bon.
TraHêmtht, -«- Sirop d'iodare de fer, huile de morue. L'afibotion reste à peu près stationnaire jusqu'au 9 juin, où se déclare un érysipèle de la face s'étendaot au cuir chevelu, derrière les oreilles et au cou. Il saccompagne dune fièvre intense. Après la disparition de Térysipèle, qui a régulièrement parcouru son évolulion, on s*aperçoit que l'affec-» tioB scrofuleusa en a ressenti une heureuse influence; les tubercules se sont affaissés, la cicatrisation s'est opérée, et le malade quitte l'hôpital presque complètement guéri le 26 juin, vingt-quatre jours après le début de l'érysipèle.
OBSERVATION XXVU, Scrofallde maltame flbro-plaatl«|ae.
Lupus suivi de carie des os sous-jacents, — PMhisie scrofuleuse,
Paris (Gaspard), vingt-cinq ans, entré le t6 février 4 858 au pavillon Saint-Matthieu, n*" 36.
Rien à noter du côté du père et de la mère; une de ses sodurs est morte après avoir eu des hémoptysies abondantes; trois autres soaiirs vivent et sont en bonne santé.
il ne se rappelle pas avoir eu des gourmes ni des ophthalmies. A l'âge de sept à huit ans, il eut la petite vérole, à la suite de laquelle ae sont développées au cou des glsndes qui ont abcédé et ont été ouvertes avec la lancette; ces glandes étaient très nombreuses et constituaient, à leur début, de petites tumeurs roulant sous |a peau.
Vers l'âge de douze ans commença à se développer au cou un lupus qui fit dea progrès tels, qu^au bout de d^ui ans il avait entouré presque complètement tonte la région cervicale.
Le malade vint alors à Saint^Louis, pavillon Saint-Matthieu, an 48i9s et son affection fut traitée par l'huile do morue à Tinlérieur et par l'ap" plteation topique de teinture d'iode. Il sortit de l'hôpital au bout de quatre mois, mais pour y rentrer huit mois après, dans le service de M. Cazenave, qui le traita par des applications de pommade an bliodure ei des bains sulfureui. Il sortit do nouveau, après quatre mois de séjour, avec une cicatrice trèi apparente et semée, dit-il, dépeints violacés.
Neos trouvons aujourd'hui, sur toite la région cervicale et sur la
6ft8 LEÇONS SUR Lk SCROFULE.
poitrine, d*iMiec1avicale à Taulre, des surfaces cicatricielles plissto qui,
I à gauche, remontent sur la joue correspondante dans une étendue assn
i considérable ; des tubercules violacés et recouverts d'une desquamatioa
blanchâtre sont disséminés sur les contours du tissu cicatriciel, doat ils
I marquent les limites et la tendance à l'envahissement.
Au niveau du coude existe une large plaque de couleur violacée, qui j ' présente çà et là des indurations fibro-plastiques très manifestes ao
toucher.
Sur la face dorsale de Tavant-bras, du côté gauche, en deux endroits, la peau est violacée, décollée, et présente une ulcération par où se fait jour le pus résultant de la fonte du tissu cellulaire. Une lésion semblable existe à la face interne du bras droit; il s'agit là bien évidemment de scrofule cellulaire.
Sur le dos du pied, au niveau du métatarse, on trouve deux fistules qui, explorées avec le stylet, conduisent à dos surfaces osseuses dénudées et cariées.
L*au8Cultation et la percussion ont fait reconnaître du gargouillement et de la matité sous les clavicules.
Traitement. — Tisane de houblon, huile de morue et sirop d'iodore de fer mélangés.
Sorti le 4 4 mai.
Il D*y a plus que quelques points tuberculeux sur le pourtour des plaques cicatricielles que nous avons décrites au cou et à la face; les ulcères, avec décollement du bras et de Tavant-bras, sont cicatrisés, mais la plaque de lupus du coude est restée stationnaire, et les oover' tares fistuleuses du dos do pied sont encore ouvertes.
Seriifallde naUgae tateerralevae flbvo-plMtf^ac.
Lupus de CoreiUe qui a succédé à une scrofulide exsudalive bénigne,
Oémentiue Tessier, âgée de vingt ans, piqneuse de bottines, née et demeurant à Belleville, couchée salle Sainte-Foy, n« 4 1 .
AniécédenU de famille, — Bons.
AnUeédents de la malade. — A eu des gourmes dans son enfaoce, puis des ophthalmies opiniâtres. A treize ans, scrofule ganglionnaire à la partie latérale droite do col, qui a suppuré et a laissé une cicatrice
OBSEKVATIONS. 6A0
alloogée do baul en bas de 4 2 cenlimôtres, blanche en haot, et dans son tiers inférieur d'un ronge jaunâtre. (On a appliqué hier de la tein* tore d'iode.) Ordinairement cette partie inférieure de (a cicatrice est blanche comme le reste. La cicatrisation est complète depuis cinq ans.
Consécutivement à la scrofnle ganglionnaire et avant sa cicatrisation, roreille droite est devenue le siège d'une scrofulide exsuda tive occupant la région post-auriculaire et tout le contour de Toreille ; exsudation peu abondante, se changeant en croûtes jaunâtres. La menstruation s'est établie ; elle a eu un enfant il y a un an.
ADJoord*hui on trouve, derrière l'oreille et en bas» une surface laissant suinter une sérosité incolore. Tout le pavillon de Toreilleest notablement hypertrophié, sans induration notable, d'une coloration rouge jaunâtre; çà et Jàon y voit de petites écailles blanches. En pressant entre les doigta le pavillon ainsi affecté, on éprouve la sensation que donnerait une lame parcheminée, sèche, rugueuse, et qui ne s'appliquerait qu'imparfaite • ment sur les parties sous-jacentes. La roogeor hypertrophiqoe post*» auricolaire descend, en s'avancant sur la joue, à 3 centimètree plus bas que roreille, et forme une petite tuméfaction allongée, ovalaire, saillante, mais peu résistante k la pression. Plus bas encore existe ooe plaque semblable, légèrement saillante, arrondie^ grosse comme «m noyau de cerise, isolée, à 2 centimètres au-dessous de la grande plaque , dont elle est séparée par un intervalle de peau parfaitement saine.
Cette malade est sortie de riiôpital et vient a la consultation réclamer nos conseils ; elle continue le traitement delà scrofulide maligne. On ne saurait ici révoquer le caractère scrofuleux et. malin de raffection auriculaire; l'hypertrophie de Torgane sur lequel siège TafTection cutanée, la sensation toute spéciale dé rénilence élastique que donne au toucher cette dernière, son aspect rouge jaunâtre, sa surface en partie cicatricielle, en partie couverte de squames minces, sa persistance opiniâtre, tout nous prouve qu'il s'agit bien ici d'une affection fibro-plaslique qui est venue remplacer une scrofulide bénigne suintante, exsudalive, du pavillon de l'oreille.
560 Lr:çoNS suu la scrofule.
Scrotallde malignes iubercalenae abro*plA«tl^a«.
Lupus né de la Iransformalion in silu d*une scrofuUde bénigne impétigineuse,
Guillemain (J6an-Bapli8ie)i Agé de seize ans, coaché ao n*l5da pavillon Saint-Matlhieu, entré le 90 Juillet 4 860.
Son affection da nez date de trois ans en?ironi Au débol, c'était, ditil, «ne lésion qoi suintait beaacoup et se recouvrait de croûtes, léiioa qui commença au nez, et ne s*étondil à la lèvre qu'ensuite, il ]r a uft sa att plus. Cette sffection guérit el récidiva plusieurs foi», mais une §Bf> face rouge persiêtait toujours, qoi se recouvrait, au ttiomeut des poÊS» sées, de croûtes nouveliea. Les narines étaient presque ooostamoieat obetroées par des croûtes.
A son entrée à rbôpital^ il y avait encore une exsudation eroftlettil {il était alors chez M . Oibert) ; puis les croûtes disparurehl, et la lésiofl m transforma, devint sèche et tendit à prendre respect qu elle a auJoQfd'bul. M. Gibert ordonna des lotions avec l'eau chlorurée, du sirop sbU* scorbutique, de l'huile de morue, etc.
Quand le malade vint dans notre service, on voyait encore lai traçai de l'impétigo, mais rafTeclion avait pris, dans la plus grande partie de son étendue, l'aspect des scrofulides tuberculeuses fibro-plastiques, aspect qu'elle a complètement conservé aujourd'hui.
Il y a donc eu, de toute évidence, transformation sur place d'one scrofulide bénigne impétigineuse en scrofulide maligne libro-plastiqae, ou lupus.
La lésion occupe plus de la moitié supérieure du nei et presque toute la lèvre supérieure ; elle est nettement circonscrite et formée essentiel* lement de tubercules jaunâtres, semi-transparents, ocrés; elle n'est le siège d'aucune sensation douloureuse. Le traitement antiscrofoleox l'a modifiée d'une manière très heureuse (aidé d'applications de teiatore d'iode), et les tubercules tendent à s'effacer de jour en jour; cependant on ne trouve encore aucune trace bien visible de tissu cicatriciel.
Du reste, tout, chez notre malade, révèle h maladie scrofuleose: l'aspect bouffi de la face, les engorgements du cou, qoi ont presqoe toujours existé, l'acné punctata répandue sur le visage. Il a eu fréquemment des croûtes dans la tète, des opbthalmies rebelles, des darrrti sur
OBSEIlV.\TIO?rS. bM
la Bgdre et sur les UAihs, etc. Enflh, le petit doigt de la ttiflin gauche a été amputé dand 8é totalité, à cause d'urio aftëcllon prôrundd dont il était atteint.
Il no peut nous donner sur sa Tamille que des renseignements très vagues.
OBSEhVATlON XXX.
Serofallde inallgiie eroAtacéc-nleérease Inflamniatolre.
Impétigo ukératifde la face et du cou. (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, inlorno du sef-vlco.)
Uat\é Sattlnier, tingtetun ans, entrée le 7 décembre 4 860, coUôhée au n"" 4 , salle Sainte-Poy.
Jeune Olle d'une cdnstiiblion appafehtë aSSéS Krt6; elle a eu de l'impéligo B la IdVrë supérieure et aux narines peftdant longtemps ; Jamais degbdfhHiaf dit-elle, bi âifgorgeméhts Sifdmetift.
■Ile a pett/onilu sa mère, qUI lerait morte de Rèvfe ijftbMê) sMt père vit encore; il tousse habituellement.
Ses frères et sœurs se portent bien et n'ont rien eu d'analogue ; son affirmation sur ce point est positive.
C*est à la région sus-hyoïdienne qu'a débulô son affection il y a sept ans environ ; on y trouve aujourd hui une large plaque ovalaire, rougeàtre, Inégale» limitée par un rebord pustuleux et croûteuxi el parse* mée, sur toute sa surface, de points durs, cicatriciels, formés de tissu kétoîdien.
Presque simultanément apparaissaient et se développaient de^ tétions asalegoea k la \<mé gauche^ au net et à la commissure droite des léfvres.
Ao net, tout le Mule et une bonne partie des ailes sont envahis par les éléments pusitfleat et cotlverlis en une surface rotagë, granuleuse, sèehe, reeotTerte Qà et la de petites croûtes, les uftes noirâtres, d'àd* très d*un jaune luisant, d'autres enflb blanchâtres et wmtM pSoff*« siques. •
Même aspect pour la plaque de la joue gauofae } on toit cépendaui plus neUemwil «oeere lee élémenia pustuleux qui se détoobentf parfiHlem<$nt distincts par leurs sommets purulents, sur le fond rouge de la pla^M } celle-ei est irrégulière dans sa forme et très étendue; partie du tdialliago de Taile do nez, elle reoeovr0 «Ni partie de la joue el deeeend^ par an
552 LEÇONS SUR LA SCROFtLE.
large prolongement, jusqo^à la plaqoe aas-hyoîdienne. dont % centimetrea à peu près la séparent. Au toocber, elle donne la sensation de duretés et d'inégalités dues an tissa cicatriciel qu'elle renferme et à HafiltratioQ dans les tissas d'ane lymphe plastique solidiBée.
La jooe droite» plus épargnée que la gauche, présente de petiieB tumeurs dures, saillantes, scléro-dermiques.
Au début, et pendant fort longtemps, laffection n'avait ni l'aspect ni les caractères que je viens de décrire ; c'était une lésion cutanée saintante, se recouvrant de croûtes épaisses, caduques, fréquemment renoaveiées; le nez en particulier était revêtu presque en entier d'une enveloppe croûleuse ; la joue gauche était, il y a cinq ans, le siège d'one vaste ulcération dont le produit se concrétait sous forme de croûtes : il s'agissait bien évidemment alors d'une scrofulide exsudative, dont Taffection actuelle n'est qu'une transformation m situ.
Notre malade n'a jamais souffert en aucune façon de son afltetioD cutanée, ce qui suffirait presque à en démontrer la nature scrofolaose.
Elle fut traitée, à deux reprises et pendant six mois cbaqœ fois, dans le service de M. Devergie, et n'obtint qu'une amél|pratioa passagère.
OBSERVATION XXXÎ.
Scrofallde mallgae emstoeécHileéreaae laflaBiaiatolfe.
Impétigo et tuhereutas ukératifs de la face. (M. Gaérard.)
Slarie Ferrant, Agée de vingt ans, entrée le 25 mars 4 860, coodiéa au n* 4 8, salle Sainte -Foy.
4 Jamais aucune maladie sérieuse, jamais de boutons ni roogears sur le corps. Jusqu'à l'ftge de dix-sept ans, sa tète était couverte de goaroies; elle n'eut ni opbthalmies, ni otorrbées, ni croûtes dans le nés. On trouve de chaque côté, dans la région cervicale, des ganglions volumineux, et, en outre, une large cicatrice pllssée, rougefttre, indice certain d'adénites strameases terminées par suppuration.
Fonctions régulières ; la menstruation est peu abondante.
Sa mère est morte à la suite de couches»
Le père a des rhumatismes ; il vit encore et jonit d'one assez bonne santé.
L'une de ses sosurs a été atteinte, comme elle, d'un abcès cervical; elle a perdu les autres de vue depuis fort longtemps.
obsbuVatioms. 553
L*affection cutanée qui l'amène à Thôpital daterait de six mois, et aaraitélé précédée» si Ton en croit la malade, d'un érysipèle qui occupait tonte la tète. Le premier bouton apparut à la joue droite, près du nez; ce bouton rendit un peu, pour employer son expression, persista, et peu après d'autres boutons analogues se formèrent : si bien qu'en fort peu de temps, le mal en arriva au point où nous le trouvons aujourd'hui.
Ce sont des plaques croûteuses, isolées les unes des autres, el disséminées sur le nez et les deux joues.
Le nez est surtout affecté^ il est recouvert d'une plaque qui le déborde en quelques points, et ne laisse de peau saine qu'à Taile droite et sur sa racine*
Outre cette large plaque qui étreint le nez comme dans une enve* loppe crustacée, nous en trouvons sept autres, quatre sur la joue droite, trois sur la gauche, beaucoup plus petites, atteignant à peine le diamètred'une pièce de 20 centimes ; toutes ont d'ailleurs le même aspect, la même structure, et nous allpns les comprendre dans une description commune.
L'exsudation croûteose est le caractère le plus apparent de Taffeotien, celui qui frappe tout d'abord ; les croûtes ne sont pas partout identiques, et les diflérences qu'elles présentent résultent bien évidemment de leur plus ou moins grande ancienneté ; les unes sont jaunfttres, sèches, dures, comme faviques ; d'autres sont luisantes, vernissées et ont quelque chose d'humide dans leur aspect.
Le côté gauche du nez. qui est le plus affecté, est recouvert d'une croate mixte qui participe aux deux caractères précités.
Ces croûtes, à leurs bords, sont comme encbftssées dans la peau, d'où Ton ne peut les détacher sans une certaine violence. M. Bazin en enleva un fragment assez large, à l'aide d'un stylet, et nous pûmes voir une snriace ulcéreuse, ronge, granuleuse, mamelonnée, à peu près sèche, d une sensibilité obscure. Cette surface ne tarda pas à se recouvrir d'une croûte nouvelle.
Sur quelques points de la lésion, l'exsudation croûteuse n'existe pas, et l'on trouve l'élément primitif qui constitue l'affection à son début, c'est-à-dire le tubercule inflammatoire.
Cette affection fut assez rapidement amendée par le traitement, qui consista dans l'administration interne de Thuile de morue et du sirop d'iodnre de fer, et dans l'application topique d'huile de cade.
56A LCÇOKS suit LA SCnOFtLC.
0«r«AilMe UM^Ign» «f IÉftlileé««ttlcértt««e
Tubgfcules ulcératifs, granulatitmÈ suppurahiet de la facê él ai Vavant'bras,
Annette Leriche, âgée de dix -neuf ans, ehtfdè le 94 fttari 4 860, ooil* chée au n« 49, aallo Sainte-Fov..
Cette malade est atteinte d*ane double affection, Taite ilégeant aa nez et datant de deux ans, l'autre siégeant à l'avant-bras gancbe el ddttttit de dit ânâ.
La léaiOli dtt nel fut précédée par nû gonflement généfftl de oei organe, avec gène au passage de l'air dans la narine droite; pals le trtt¥ftil morbide aurait envahi Ténveloppe cutanée. Dans le pHncipe, dit la malade, c*6lait an point rouge, un bouton qui sembla peu k peu s'étaler et gagner en surface. Jamais elle n'a souffert de cette lésion, et maiiH tenant enCorë elle n'y éprouva aucune sensation ddulourabse.
Toute raiie droite dd nez et la portion eulminante de cet (f> gane sont anvahiea par raliération ; ati nlteati de Tailo du net, aa trodve nne production niorbldè qnl constitue Una véritable tumeor da ▼oltfftio d'tine petite cerise. Cetta tonieur eat implantée par une larsa base; une croûte brun noirâtre, dt qu'ft prethiêre vue on dfoirlU fifrl épaisse, la reMbvra et la inasqde entièremant.- La malade boôa dit que cette croûte est au contraire fbrl hilnco, qu'elle ae dêucha et laisse ainsi k ati des surfaces saillantes, rouges, tnatnelonnées, granulifases, ce qtte nous âvdna pu Mnstater notts-mème par l'ablation d'un fragmaël da cetM ctBodation eroûteose.
L'affeatien de rataaMbraa gaueha date de dix ans, ainsi que noai l'avons dit ; ca fut un abcès, selon touta apparence, symptomatiqoe d*ona carie du cubitus, qui en marqua le début. Cet abcès rflBla lengteaipi fistoleux, et c'aat autour de eeUa ÛsMie que s'établit la lésion que oaos allons déorire.
Vers la partie inférieure du cubitus, el non loin do poignet, eaialiol laa traces indélébllea d'une léaion oseeoae amérieure ei déjà toeieMie ; on eoitatale une cioatrioe mince, déprimée^ atUrée vers 1*08 j Mutaaiaar et au loin la peao aal prof^délftent tAodiflée dons sa stroetare, Ma&châtre, lisse, transformée, en un mot, en tissu cicatriciel. Cette altéra-
OBHBKVATIONS. 56 A
UoD, qui siège snrtoot k la face dorsale de t'avant-brasi detieni de pldi en plus accusée, ou plutôt de plus en plus récente, à mesure qde l'on s'ipproehe de rarlicolation radio-carpienoe { elle prend une ooulour FoageAlre, et gradoellemeot on arrive à une surfaoe oroûteuae qui pfé« senle avec la lésion du nea la plus grande analogiei C'est une oroûlo bnioAiret peu épaisse^ qui tombe pétiodiquemeiit li peu prM tooi lei qttioze jours, et qui laisse voir au-dessous d'elle, quand elle se détache, uo ulcère bourgeonnant» fongueoxi saignant ateo fiioilité.
La santé de la malade n'a jamais été sérieusement compromise.
Bile a dee antécédente sorofuleux d'uUe grande importance : une ophthalmie de longue durée à l'œil gauche i une otite h gauobe, qol parait avoir eu une marche asses aiguë t une gangliite ft gauche, terminée pir suppuration, etayaht laissé au-dessous du mentoni prés de Ib ligne médiane, une oicatrice plisséoi autour de laquelle on trouve la même ittératîon qu'au net et ft Tavant^bras. Les ganglions sons^maxillaired sont encore engopgés et volumineux, d'où résulte une déformation tfèi visible de la région.
Notons enfin la carte du oubitus gauche et un abcès de l'aisselle du méoie côté« qui survint il y a sii ans enviroui
Bile noua donne, sur ses parents, des renseignements négatifé \ Ile sefiortent, dit-elle, parfeitement bien<
Cette malade est sortie de rhépital presque ooroplétement guérie» aprts dent moie environ de traitemeat par l'huile de morue et leé appli* cations d'huile de eade et de teinture d'iedoi
OBSERVATlOPl XxXltL Serofatl^e maligne érttatacée-ateèrëiiM IttllAttMuilOlee.
Eupia scrofuîeux. (Observation recueillie et rédigée pa^ tt. Dumont, interne du service.)
Jopitt (Alexandre), Vingt et Un dus, entré le 9tt avril 48ig| éoUcbé ann* 407 do pavillon Saint- Matthieu.
AniéeéAenià.'-'Le père et la mère vivent eneore; eelle^l n ett des ophtbalmies; elle se pofte bien dn reste.
Il a trois frères el trois sœers. L'on dé ses frères, le plos jeitne, aurait été atteint d'accidents scrofuleux dont il ne peut nous donner qu'une Mée fort incomplète. Une somf , ftgée de vingt^einq ans, o eu «ne ■*>•
556 LEÇONS SUR Là SCROFULE.
Dite suppurée» dont elle porte encore les cicatrices; une aatre a étécoaverte de dartres.
Il a été atteint de goarmes dans son enfance ; de plos, il aurait en la teigne, pour laquelle on lui fit, à l'HôteUDieu, l'application de la calotte. En 4 846, une adénite sous-maxillaire, qu*il attribue à une chaie, fot ouverte avec le bisloari. Vers la même époque apparurent aox avantbras des lésions cutanées scrofuleoses qui ont laissé des cicatrices très visibles. La cuisse droite fut également le siège d'une affection boateoneuse à laquelle le malade donne le nom de clous, et cette affectioo, qui a occupé un espace fort étendu, n'a point encore disparu aujourd'hol. fin 4849, il eut des croûtes dans le cuir chevelu; on en obtint la guérison au moyen de cataplasmes de fécule. En 4 854 , il fat pris d'une ophlbalmie intense, attestée par la présence d'une taie sur la cornée. Il a, dit-il, les yeux tendres, et l'impression du Croid, d'une lumière un peu vive, etc., suffit aussitôt pour foire rougir lei conjonctives. •
Il n'a jamais eu de maladie vénérienne.
EM actuel, — La constitution du malade n'offre rien de spécial à noter dans son ensemble, mais les diverses affections dont il a été atteint ont laissé des stigmates dont il est facile d'apprécier la significatioo; sous le bord inférieur du maxillaire droit, on trouve la trace cicatricielle d'une suppuration ganglionnaire ; aux avant-bras se voient les traces déjà signalées de lésions scrofuleuses légumenlaires ; enfin, à la cuisse droite existe une large surface malade, occupant les deux tiers de la face externe et une partie de la face postérieure. La peau a pris, dans toute son étendue, une apparence cicatricielle, blanchâtre, plissés, glabre, en un mot, tout à fait distincte de celle de la peau normale. Là s'est opéré évidemment un travail de longue durée, aujourd'hui sar son déclin. Sur ce fond cicatriciel se dessinent en relief et par leur coloration toute différente sept plaques ulcéreuses, avec cro&tes saillantes, fendillées, brunes, au-dessous desquelles suinte un liquide icboreux rouss&tre ; ces plaques, qu'environne une zone irrégulière d'os ronge foncé, ont évidemment débuté par la bulle du rupia ; Tune d'elles est située à la face interne de la cuisse. A la face postérieure, oo rencontre une tumeur lobulée qui présente à son centre un point fluctuant; une ponction donne issue à du pus mêlé de sang.
Le traitement a consisté dans Tadministration de l'huile de foie de morue, donnée à haute dose, et unie au sirop d'iodure de fer. Soa$ son influence, une grande amélioration s'est produite, et le malade sortira à
OBSBftVATIONS. 667
|»a près guéri le 26 jaillel 4 856, c'est-à-dire trois mois après son admis- 8100 dans nos salles.
Cette observation est incomplète. On ne peut affirmer qu'une chose après Tavoir lue, c'est que Jupin était atteint d'une scrorulide maligne crustacée-ulcéreuse. Quant i la question de savoir si cette scrofulide est an impétigo ou un rupia, une écrouelle cutanée ou cellulaire, il est impossible de la résoudre avec les seules données de l'observation. La coexistence d'une tumeur fluctuante avec l'afreclion croûteuse serait une raison de penser qu'il n'existait chez ce sujet que de l'écrouelle cutanée et cellulaire.
Ser^falide maligne cjrastacée-nlcérvwie laflunaMUolre»
Impétigo ulcératif ayant succédé àxm impétigo simple, (M. Gaérard.)
Lucie Dominés, quinze ans, entrée le 4^ juin 4 860, couchée au n* 38 de la salle Sainte>Foy.
Pas de gourmes, dit-elle, dans son enfance, mais elle a eu pendant fort longtemps mal aux yeux, surtout à rœil droit, il y a deux ou trois ans; impétigo des narines et croûtes dans le nez ; taches de rousseur très nombreuses sur la face.
Elle ne peut nous renseigner sur ses parents; une sœur a eu des goormes.
Lorsqu'elle entra à l'hôpital, il y a trois mois, le nez était bourgeonnant, croûteux, comme étalé et transformé, à droite surtout, en une plaie suppurante, mamelonnée. Cet état résultait eu partie, selon toutes probabilités. d*applications topiques intempestives ordonnées par un pharmacien. L'affection datait déjà, à son entrée, de trois mois environ ; elle avait débuté par des boutons qui suppuraient et se recouvraient de croûtes. La malade nous dit encore que, six mois avant ce début, elle avait été atteinte d'une lésion semblable, qui s'était guérie spontané^ ment et d'une manière assez rapide. Il s'agissait évidemment, dans les
5^8 LEÇONS ftun Là scrofule.
deai (^9i d'un imp4(igO. mais cet impétigo devail, eo réeidifaiii, $% transformer en une scrofalide maligne.
Aujoard'Eui 8 septembre, sous l'influence du traitement par Thoile de mQPOQi I99 cataplasmes de f^ale et les appUcatioDS de teintare d'iode, Taffection s'est beaucoup améliorée ; le nez a perdu son exagéntion de volume, son aspect ulcéré et comme meurtri ; la lèvre supérieure, qui était attaquée dans une grande partie de son étendue, eit à peu prè4 guérifi. Voioi, du reste, en quelques noU, l'état aetuel de la lésion, opposé à celui que nous avons décrit plus liant.
Toute l'aile droite du nez est couverte d'une croûte jauiièire, atsti peu épaisse, incrustée dans les téguments ; sur le dos du nés, s«r le lobe, ainsi que sur la lèvre supérieure, existent des surfkcee ronges, aomées de tubercules uq peu jaunâtres et jusqu'à un certain point seav blables à ceux du lupus fibro-plastique ; ces surfaces rouges ae rétré* cissent et se limitent de jour en jour. Le nez a repris une forme tout à fait normale. *
Cette amélioration s'est continuée, et aujoupd*bui 29 janvier 4864, nous constatons l'état suivant :
Il existe une cicatrice au-dessous de l'aile droite du nez, cicatrice complète, et dont la surface blancbe annonce qu'elle dato de plusieurs mois. La malade nous apprend, eu effet, qu'il y a plus de trois mois qu elle a débuté. L'ailo droite du nez est aussi le siège d'une cicatrice parfaite, plisaée, déprimée, et dont la partie centrale, rouge encore, montre qu'elle date d'une époque plus rapprochée; en effet, elle n'a été eoipplétement terminée que depuis trois semaines. Le nei a d'ailleurs ses dimensions normales, et l'état général de la malade est Qgflellent.
SerofalUle nmllgne «riistiMé^-iil«erem«e MNuhiimi|*Iv«.
Rupia proemtnens, précédé de tumeur blanche et de cariç, (Observation recueillie par M. Dumont, interne du service,)
Maiot (François), âgé de vingt-olnq ans. maçon, entré le «9 janvier 4856, pavillon Saint-Matthieu, n« 72 de la salle Saint- Victor.
Antécédenli de la famIUô, •— Le père est mort à soixante ans, il était d'une faible constitution ; la mère est âgée de cinquante-neuf ans, elle n'a jamais eu d'autre maladie que des fièvres intermittentes.
Une sœar, âgée de vingUsii ans, n'a j&mais fuit, qu'il sache, de maladie i^érieuse.
Antécédents du sujet, rr-r II habitail un logement humide; sa nourritare était mauvaise et«ouv9iit insuffî«aute ; à peine raangeaii^i! une ou d^QS fais p9r mii de la viande ; l'eau constituait aa boisson habituelle ^ pr^iqtlO exclusive,
Il n'aprait ou, dau$ son enfance, aucune alfeotion révélant la maladie lOrofttleuie, ni goqrmeâ, ni opbihalmiea, ni otorrhées; c'eal à l'âge de quatorze ans, nous dit-il, que débuta la série des accidents, par suite d*qqe imprudence ; il traversa, iout en nage, un ruisseau dent Teau lilî niontiiit jqsqu'à mi*-j<>^^! presque aussitôt il ressentit de vives doutearp, et fut obligé de prendre le lit. Les articulations des membres inférieurs, e( particulièrement les genoux, devinrent le siège d'inflam* Q^tioqs chroniques, qui peu à peq dégénérèrent en tumeurs blanches; V^rs la QOÔme époque, les jambes se tuméfièrent, et le long du tibia gauqbe s'établirent des abcès fistuleux par où furent éliminés un grand nombre de séquestres appartenant à cet os. La guérison de cette aflèelion se fit attendre plus de deux ans. Tels sont les renseignements d'ailleurs un peu vagues que peut nous donner le malade sur les pre« mières n^anifestations de sa maladie, On voit qu'une cause occasionnelle, le froid , en aqrait été le point ie départ et l'agent provo« cateor.
L*origine des lésions actuellement existantes ne remonterait pas à plus de trois ans ; elles siègent sur le tégument externe : une large vésicule apparut d'abord à la région sternale ; cette bulle était gonflée par uq liquide sanguinolent, qui se dessécha peu à peu et subit la transformation croûteuse. Toqt autour de cette bulle et dans son voisinage s'en développèrent d'autres offrant lu mènie aspect et les mêmes méta« iDOrphoseSi 6t la région sternale se trouva ainsi peu t peu envahie dans one grande partie de son étendue. Bientôt Téruption, franchissant ces limites, atteignit la partie droito de la poitriqe, puis se répandit successivement sur le braggaqphe, sur le bras droit, sur l'abdomen, sur la partie postérieure du tronc et sur le^ membres inférieurs: en un mot, qéeil y a trois ans près du sternum, elle aurait parcouru, dans sa marche lente et progressive, presque toute la surface du eorps, dispa-* raissant sqr certains points pour reparaître sur d'autres; et c'est elle encore que nous retrouvons aqjoufd'hui, ici dans son état, là sur son déclin, et pilleurs sons fornne de traoe cicatricielle. Ie9 biilles, dit le maiitdo» étaient remplapôea par de» écailles qni laisaaieni, en tomkMmt,
des excoriations irrégolières que recoavraient bientôt de noofelles croûtes i^nBn, une cicatrice indélébile venait marqaer à tout jamais la place qu'avait ocapée l'élément morbide dispara. Aucun traitement n'a été opposé à cette affection. Etal actuel. — Ce malade est d'une faible constitution , d*un tempe* rament lymphatique ; sa peau est terne et jaunâtre ; ses principales fonctions s'exécutent régulièrement, la nutrition est intacte; jamais il n'a de fièvre; il exhale une odeur fétide, due aux lésions cutanées que je vais décrire.
Sur la partie antérieure de la poitrine, on trouve des plaques ronges, surmontées de croûtes larges, isolées, ayant la forme d'écaillés d'holtres, épaisses en leur milieu, et s'amincissant à leurs bords, où elles se confondent peu à peu avec Tépiderme épaissi et comme exfolié ; ces éléments sont disposés en deux séries qui s'étendent, à la manière de bretelles, du sternum à l'une et l'autre épaule. Si Ton vient à sonlever les croûtes, qui paraissent incrustées dans la propre substance de la peau, on découvre au-dessous d'elles une ulcération profonde, taillée en capsule, et pleine d'un pus fétide ; le fond de ces ulcères est rouge ou gri* sÀtre, sanieux ou saignant.
Dans le dos sont répandues en grand nombre des pustules ecthyma^ tiques ou des bulles de rupia ; Qk et là existent quelques surfaces violacées en voie de cicatrisation .
Au bras gauche se voient : 4<* des croûtes écaill^uses ; 2* des ulcérations; 3^ des cicatrices blanchfttres, rétractées, représentant l'affeclioa à sa dernière période.
La face externe du bras droit est en partie recouverte par une large plaque croûteose qui résulte de la réunion de plusieurs bulles développées à des époques différentes ; sur quelques points où cette plaque est dépourvue de croûtes, on voit sourdre quelques gouttelettes d'un liquide purulent.
La main droite porte une cicatrice.
Mentionnons encore, à l'épigastre, deux larges plaques ovalaires, Tune de 3 et l'autre de 6 centimàires, dans le sens de leur grand diamètre ; à l'abdomen et à l'épigastre, des croûtes isolées ayant socoédé, selon toute apparence, à des bulles de rupia.
Enfin, nous constatons aux jambes la présence de nombreuses cicatrices qui se rattachent, les unes aux lésions osseuses dont nous avons parlé plus haut, les autres à l'évolution de bulles identiques avec celles du tronc et des membres supérieurs ; les caisses n*en sont pasexemptes,
OBSeUVATIONS. 661
noo plus qae les genoux , legenoo droit est aokylosé et offre les traces d one ancienne taroeor blanche ; au-dessous de l'interligne articulaire sont deux trajets fistuleux, au fond desquels l'os est à nu. Le genou gauche est affecté d'une luxation incomplète en arrière, survenue spontanément et par désorganisation lente des parties constituantes de Far* ticle ; Tarticulation tibio-tarsienne do côté droit est également ankylosée.
^ malade est sonmis au traitement suivant : tisane de houblon, huile de foie de morue, 90 grammes; sirop d'iodure de fer, 60 grammes; bains d'amidon, poudre d'amidon et de cachou, cataplasmes de fécale laodanisés. vin de Bagnols.
Dès les premiers jours de ce traitement, une amélioration sensible se manifeste dans l'état local et dans l'état général.
Le 34 mars, les croûtes qui hérissaient la région dorsale sont tom« bées, et au-dessous d'elles s'est formée une cicatrice lisse et un peu proéminente. Les épaules se nettoient également ; la sécrétion purulente n'existant presque plus, l'odeur fétide qu'exhalait le malade a beaucoup diminué. Il ne reste plus sur le ventre que des fragments croûleux disséminés sur des plaques violacées en voie de cicatrisation.
Le 24 avril, on enlève les croûtes qui persistent encore, et au-dessous d'elles on découvre des surfaces rouges à peu près cicatrisées. La guérison est presque complète.
Le malade sort le 29 mai, dans un état très satisfaisant; les croûtes de rupia ont cessé de se former depuis deux mois environ ; quelques cicatrices sont encore cependant légèrement rouges et saillantes.
Les ouvertures fîstuleuses du genou droit ne sont pas entièrement fermées, mais elles sont assez rétrécies pour admettre difficilement un slylet très fin ; il ne s'en écoule qu'une très petite quantité de pus. L'état général est fort bon, et le malade peut, sans inconvénient, reprendre son travail.
C'est à tort que l'école de Willan a défini le rupia une aflectien de peau caractérisée par la production de petites bulles aplaties, groupées, renfermant un liquide sanieux, séro-puru* lent, qui, à peine formées, se crèvent et donnent lieu à une croûte noirâtre plus ou moins épaisse.
Ainsi défini , le rupia n'est autre chose qu'un pemphigus partiel.
BAzm. 36
6dS LEÇONS SUR LÀ SCROFULE.
Ori ne doit ap(>eler rupîaque raffeclion de peau qui débute par une large pustule d*ecthyma, autour de laquelle se produisent successivement des bulles circonféren délies de plus en plus éloignées du centre. Ur, cette affection est tantôt scrofuleuse, tantôt syphilitique ; il ne faut pas la confondre avec rhydroa, qui est une affection constamment de nature arthritique.
Dans l'observation que Ton vient de lire, le rupîa était évidemment d'origine scrofuleuse ; les cafactères propres des croûtes et des ulcérations sous-jacentes, l'aspect des cicatrices, les antécédents du malade et les résultats du traitement mis en usage ne peuvent laisser aucun doute sur la nature de l'affection, et cependant nous devons dire qu'elle avait été prise par un dermatologiste distingué pour une affection syphilitique.
La tumeur blanche et l'ostéite sont des accidents de la troisième période. Comment se fàil-il qu'ils se soient montrés chez notre malade avant te rupia, qui est une affection de la scrofule secondaire? Cette apparente anomalie dans la succession régulière des accidents de la scrofule s'explique par rîtîtèrvention des causes physiques.
OBSERVATlOxN XXXVI.
Serotaltd« mallsne cra»Uicée-Blcérease flbro-plaMtIqae.
Lupus hypertrophique du pied et de la jambes de la main et de la [ace, — Succession de cicatrisalions et de récidives. [Observation recueillie par H. Pouquet, interne da service.)
Corna, vingt ans, journalier, entré le 6 mars 1 857, pavillon Saint- Matthieu, no 82.
Antécédents de famiUe. — Père odort aliéné à cinquante-cinq ans, mère bien portante, un frère mort phthisique, deux sœurs qui ont eo
OlISfeRVATlOttS. S6S
goannes« engelures, coryzas, mais qui maintenant paraissent jouir d'une bonne santé.
Antéeédenîê du êujet. — Gourmes, engelures, engorgements gangtionriaires, courbure d'une jambe.
Début de Taffection actuelle vers l'&ge de dix ans. Sur le dos du gros orteil, ii est survenu comme une engelure qui s'est ulcérée, a envahi rapidement le dos du pied, la plante, puis la partie inférieure de la jambe; gonflement graduel des parties malades. Un an après, la main droite est envahie à son tour ; Taffection commence à la base du pouce, do côté de la face palmaire, et s*étend aussi à la face dorsale* EnGn, peu de fcemps après, une affection semblable se montre à la partie inférieure de la face.
Entre à l'hôpital, pour la première fois, à Tftge de treize ans. Sirop de fer, bains alcalins. Sort guéri après six mois de séjour.
La guérison s'est soutenue pendant trois ans. Après ce temps, déchirure des cicatrices, avec induration et hypertrophie des parties autrefois malades, et extension de l'affection à la cuisse.
Entre une seconde fois à l'hôpital. Huile de morue, bains sulfureux, alcalins, badigeonnages avec l'huile de cade. Sort au bout de huit mois guéri de nouveau.
Enfin, après trois ans, deuxième retour de Taffection, troisième entrée ft Thôpital.
Ëial actuet, — Au dos de la main droite et en dehors, large surface cicatricielle, tout à fait semblable aux cicatrices de brûlure superficielle ; au ihembre inférieur gauche, hypertrophie considérable commençant au genou pour finir à l'extrémité du pied, et frappant même les ongles. Certaines cicatrices ont résisté, d'autres se sont ulcérées sur divers points, et notamment sur le dos du pied, où existe une large surface ulcérée, rouge, granuleuse. La partie inférieure de la face est également hypertrophiée, présente des cicatrices rouges, rappelant celles des br*û> lures récentes. Sur les deux joues il existe encore des ulcérations plus larges et recouvertes par une croûte squameuse.
Traitement. — Huile de morue, sirop de fer, tisane de houblon, bains sulfureux, etc.
Sort le 6 avril. Tous les ulcères sont cicatrisés, l'hypertrophie de la jambe a beaucoup diminué. La guérison sera-t-elle plus solide celte fois? On peut l'espérer, car le malade n'est pas revenu à l'hôpital qn'il a quitté depuis quatre ans.
S«rofallde malli^ae ernstaeée-aleéreiise flbro-f^liMtlqae.
Lupus du nez, — Tubercules pulmonaires. (Observation recueillie et rédigée par M. Dumonl, interne du service.)
Goudel (Edouard), vingt-huit ans, couché au n**%2 du pavillon Saiot- Matthieu, entré le 34 mars 4 856.
Son père est affecté d'une carie vertébrale et d'une lésion analogue du maxillaire inférieur ; il a des glandes au cou. Rien à noter du côté de la mère.
Il a eu trois enfants : une fille est morte à Tâge de six mois, les deux autres se portent assez bien, quoique d'une constitution faible et délicate.
Le lupus du nez remonte à Tâge de vingt ans ; il commença par oo petit boulon. Nous ne trouvons rien, antérieurement à cette époque, qui ait trait directement à la scrofule.
Depuis trois ans, il porte sous les angles maxillaires des glandes assez volumineuses, mobiles, sans changement de couleur à la peau, du côté gauche, où Tune d'elles présente une mollesse presque fluctuante ; à droite, un certain nombre de ganglions engorgés sont comme soudés ensemble, de manière à constituer une masse assez volumineuse.
A la partie moyenne du storno-cléido-mastoldien se voit une cicatrice adhérente au muscle, et qui résulte, selon toute apparence, de la fonte purulente d'un ganglion.
Gomme antécédent vénérien, le malade aurait eu, à l'âge de vingt ans, une blennorrhagie que l'on fit aussitôt avorter à l'hôpital militaire de Lille, au moyen d6s injections au nitrate d'argent. Aucun autre accident ne s'est manifesté depuis qui puisse faire croire à l'infection syphilitique.
Le lupus a débuté, ainsi que je l'ai dit, il y a huit ans environ, par un petit bouton qui s'est peu à peu étendu, ou plutÂt autour duquel se sont développés de nouveaux boutons. Aujourd'hui, la lésion a envahi toute la portion cartilagineuse de Téminence nasale, qui est d'un rooge violacé, inégale, augmentée dans son volume ; les ailes sont le siège d'ulcérations recouvertes de croûtes sèches et peu épaisses, La marche lente de cette affection, son aspect son indolence et les antécédents da
malade, tout concourt à démontrer qu'il s*agit bien là d'un Inpns scrofuleai. Les accidents jusqu'alors méconnus qui devaient bientôt éclater du côté de la poitrine, ont ensuite apporté une preuve nouvelle en faveur de cette opinion. Lorsque, en effet, notre attention fut attirée de ce côté, nous trouvâmes les signes non équivoques de tubercules pulmonaires ; à droite et vers l'angle de l'omoplate, la sonorité était diminuée, des râles sous-crépitants se faisaient eptendre dans les deux fosses susépineuses et dans toute l'étendue du poumon droit ; à droite et au sommet en avant, on percevait d'une façon très distincte un gros craquement hamide, voisin du rftie caverneux ; la toux était assez modérée, mais le malade était faible, sans force; il fut, à plusieurs reprises, pris d'une diarrbée qu'on ent de la peine à arrêter.
Dans le cours du mois de juin survient une amélioration notable, tant du côté de la poitrine que des voies digeslives ; la toux, les crachats, la diarrhée ont beaucoup diminué. Mais le 28 du môme mois, il s'aperçoit que ses jambes soodématient, à leur partie inférieure; il se plaint en outre de douleurs dans le ventre, qui donne au toucher une sensation d'empâtement mollasse.
Le malade sort du service pendant quelque temps et rentra très abattu ; l'œdème devient de l'anasarque ; de la sérosité s'épanche dans Fabdomen ; la maigreur est extrême ; enfin, une hémoptysie abondante se déclare, et il succombe le 27 juillet 4856, dans le marasme le plus complet.
Autopsie, — Aspect extérieur : Maigreur extrême, infiltration des extrémités supérieures et inférieures, voussure anormale du ventre.
État du nez : Les cartilages des ailes sont détruits, les autres cartilages sont à peu près complètement respectés.
Cavité thoracique : Adhérences des plèvres des deux côtés extrêmement intimes, surtout à la partie supérieure; pas d'épanchement séreux.
Le poumon droit présente à son sommet une large caverne qui a les dimensions d'un œuf de poule de la plus forte grosseur. Les parois de cette caverne sont lisses et sans prolongements vasculaires ou celluleux; en un point seulement, on remarque deux tubercules saillants, mamelonnés à leur sommet. Au-dessous de cette caverne en existe une autre plus petite, ainsi que des excavations très variables dans leurs dimensions.
Le poumon gauche, à son sommet, a également subi des pertes de substance assez considérables.
56â LEÇONS SUR LA SCROFULE.
Si l'on fait ouvrir largement la bouche, od aperçoit, à la partie antérieure de la voûte palatine, une ulcération de dimension moyenne; le voile du palais présente un aspect cicatriciel qui indique assez qu'il a été pendant longtemps le siège d'une ulcération qui a dû, en un certain moment, mesurer presque toute l'étendue de sa surface ; un troove d'ailleurs, "aujourd'hui encore, en arrière, une petite surface non cicatrisée et sécrétant du pus. Enfin, k la partie postérieure du pharynx se détache très nettement une troisième surface ulcéreuse, de couleur grisâtre, à bords mous, non taillés à pic, et dont l'étendue est assez considérable.
M. Bazin rejette toute idée de syphilis, et institue le traitement antiscrofuleux : tisane de houblon, huile de morue et sirop de fer, bains sulfureux, etc.
Sous l'influence de ces moyens se manifeste une amélioration rapide, et le malade sort le 28 mai 4868, presque complètement guéri; il ne reste plus qu'un petit point ulcéré à la paroi postérieure du pharynx et un autre à la voûte palatine. Il n'est pas douteux que la cure radicale ne saurait se faire attendre, si le malade continue le traitement qui lui a été ordonné par M. Bazin.
Co bel exemple de scrofulide maligne des membranes muqueuses nous prouve qu*il faut établir son diagnostic non sur un caractère unique, mais sur l'ensemble des caractères que nous offre raffection tégumentaire.
J'ai dit, en effet, que la syphilis, plus souvent que la scrofule, débute par le fond de la gorge, pour ne se transmettre que plus tard à la peau. Or, le fait rapporté ci-dessus est une exception à cette règle, puisque la scrofule de Donec ne s'est montrée sur le nez qu'après avoir fait des ravages sur le voile du palais et sur l'isthme du gosier.
8crof«l« priaililve aoai|pllqiié« de syiplillls.
Ecrouelleê cervicales. — Otorrhée. — Roséole syphilitique. — Eczéma impétigineux de la face et du cuir chevelu, — Erysipèle intercurrent. (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du service.)
Le 40 janvier 4 859 entre à Thôpital Saint^Louis, service de M. Bazin, salle Saiulo-Foy, n" 37, Ernestine Périer, âgée de trois ans, demeurant rue de la Roquette, n® 89.
Cette enfant, à l'époque où elle entra à l'hôpital, avait encore son père, mais sa mère était morte d'une maladie qu'elle ne connatt pas. Elle offrait alors, sur la surface du corps, des taches dont la nature syphilitique ne parut nullement douteuse. Son père d'ailleurs était, en ce moment, à l'hôpital Saint-Louis, où il subissait un traitement antisyphilitique pour des affections cutanées. Peu de temps après son entrée, elle fut atteinte d'un écoulement de Toreille qui succéda à des abcès ganglionnaires du cou, et ne discontinua pas depuis cette époque, sans amener néanmoins de surdité.
Etat actuel. — Cette enfant présente un développement physique en rapport avec son âge ; sa peau est blanche et fine, ses lèvres et son nez sont assez volumineux, et elle est douée d'un embonpoint ordinaire. On observe à la partie latérale droite du cou une cicatrice longue de 7 à S centimètres, commençant à 3 centimètres au-dessous du lobule de l'oreille et se dirigeant vers la partie interne du cou, cicatrice consécutive à des abcès ganglionnaires. A la partie gauche de la région sousmaxillaire existent des ganglions engorgés. Toute la lèvre, d'une narine à l'autre, est recouverte desquames blanchâtres, remplacées au niveau des orifices du nez par des croûtes d'un jaune brunâtre, qui, par leur présence à l'intérieur des narines, les rétrécissent et gênent l'entrée de * l'air et la respiration. En ce moment, le nez et toute la partie de la joue gauche avoisinante sont le siège d'un erysipèle dû à l'irritation produite par les croûtes, et datant de deux jours. A la partie postérieure de la tète existe une plaque d'eczéma sur laquelle se voient on ce moment des croûtes d'un jaune brunâtre, et, en certains points, un liquide également brunâtre et peu abondant. Sur le reste de la tête, on observe des squames blanchâtres de dimension variable. Celte enfant
avait des pédicuU qui ont nécessité la coope de ses cheveux. Enfin» il existe un écoulement purulent assez abondant par ie conduit auditif externe, écoulement dont le début avait suivi son entrée à rbôpital.
OBSERVATION XL 8croftilld« de» aieiiibraiies inoqii«oaes.
Ophtkalmm êerofuleu$e9. (Observation recueillie par M. Guér?rd.)
Prudbomme (Adrien], vingt et un ans, entpé le 4 0 août 4 856, coacfaé au n"" 7 du pavillon Saint-Matthieu.
Ce malade n*a pas connu son père ; sa mère vit encore en bonne santé ; deux sœurs sont mortes en bas âge.
Sa constitution est faible, son tempérament lymphatique. Les lésions oculaires ont débuté dans la première enfance, à la suite d'une rougeole, et depuis cette époque elles n ont jamais complètement disparu. Parfois survenait une notable amélioration, mais bientôt, sous Tinfluence de la cause la plus légère, se manifestait une exacerbatioo qui remettait toat en question. Cependant les yeux ne sont réellement malades d'une façon sérieuse (jue depuis trois ans à peu près ; les paupières sont rooge», gonQées à leurs bords libres, et presque dépourvues de cils ; les conjonctives sont injectées ; sur l'œil droit, la cornée fait une saillie notable; elle est déformée et opaque dans la plus grande partie de son étendue; on ne trouve, au niveau du champ pupillaire, qu'un seul point transparent par où puissent se glisser jusqu'à la rétine les rayons lumineux ; la vision est très affaiblie, et le malade ne peut lire fans le secours de l'autre œil : à peine distingue-t-il les objets un peu volumineux.
L*œil gauche est beaucoup plus malade ; on y trouve une taie, et près de celle-ci une légère exulcération qui peut faire craindre que Topacité ne s'étende et n'envahisse peu à peu tout le champ pupillaire ; la vision est d*ailleurs loin d'être intacte de ce côté, et un brouillard est comme répandu sur les objets extérieurs.
Le traitement consiste en bains sulfureux, huile de foie de morue, sirop d'iodure de fer; un collyre au sulfate de cuivre est instillé dans les veux.
OBSEBVATIOMS. 671
telide dc« ■i«nibraiies mvqvciiscs*
Opmkaltnie 9crofuleu$ê. — Double kératite. — Staphylome de la cornée du côté gavehe. — Tache mtr la cornée droite. (M. Loais Foarnier.)
Tbab(KiiIk>t (Lociea), Agé de douze ans, eo(ré le 1 2 mars 4 858, coqché aa q* 83 da pavillon Siiiot-MaKbiea.
Le malade ne peut donner aucun renseignement sur sa famille.
Il D'à, dit-il, jamais eu de croûtes dans la léte. 11 y a un mois, il vit apparaître à la lèvre supérieure et aux narines des petits boutons qui se soDt ulcérés et recouverts de croûtes jaunâtres; ces croûtes existent encore aujourd'hui, et se propagent jusque dans la cavité des narines, qu'elles obstruent presque complètement; la lèvre supérieure ellemême est ronge, impétigineuse. L'afiection oculaire qui ramène à Tbôpilai date de sa première enCance ; à l'Age de deux ans il fut pris d'une blépbarite que l'on qualifia, nous dit-il, de glandulo-ciliaire, et qui dura fort longtemps. Vers sa onzième année, ses paupières se tuméOèrent considérablement, et il entra à Thôpital des Enfants malades. Là fut iastitué qn traitement anliscrofuleui^ par l'huile de morue, en même tfoops qu'on lui Qt des instillations d'uq collyre au nitrate d'argent. Son aflection commençait à disparattre quand il fut atteint, huit jours après 8P0 entrée, d'une ophthalmie purulente, qui régnait alors épidémiquement dan^ les salles. La plupart des altérations que nous allons mentionner toute l'heure sont consécutives à cette ophibalmie, pour laquelle on dut prolonger pendant sept mois son séjour à l'hôpital des Enf^jnt^ malades.
EiatactueL — Le bord libre des paupières présente les traces d'une blépbarite ciliaire , il est rouge, recouvert çà et là de croûtes jaunAtrçs et presque entièrement dépourvu de cils.
La cornée du côté gauche a la forme d'un cône tronqué, obliquement dirigé en bas et en dehors, opaque et d'un blanc laiteux ; son sommet, qui 8*9vance entre les bords libres des deux paupières, offre une légère cicatrice; la vision est è peu près abolie de ce côté; \§ conjonctive est encore rouge et injectée, surtout à la partie inférieure.
Sur la cornée gauche, on distingue en dedans et empiétant uo peu
sar ta partie interne da champ de la pupille une tache ronde, d*anhlaiic laiteux ; dans le reste de son étendue, cette cornée offre une leinle générale légèrement blanchâtre, mais elle n'a subi aucune déformatioo appréciable, et les rayons lumineux paraissent la traverser en quantité suffisante pour l'exercice de la vision ; Piris est normal ; la conjooclîTe oculaire est saine.
On ordonne de la tisane de houblon, du sirop d'iodure de fer, et oo collyre au nitrate d'argent.
Le 46 avril, le malade sort de l'hôpital; il y a moins de roogeor, l'améliora lion est des plus notables, mais, comme bien Ton pense, le staphylome et les taches cornéales n'ont subi aucune modification.
OBSERVATION XLIl.
Serotallde des ne
Ophthalmiê êcrofuleu$e double , précédée et (wcompctgnée de wcmpik ganglionnaire cervicale.
Lemaire, treize ans, entré le 30 mars 4 856, pavillon Saintn° 88.
Aniéeédents de famille, — Père mort jeune de maladie inconnue, mère forte et bien portante, deux sœurs, une de dix-neuf ans bien portante, une de sept ans chétive.
Antécédents du eujel, ^Ni gourmes, ni teigne, ni olorrhée. Sa scrofule a débuté par un engorgement ganglionnaire cervical, qui a laissé des cicatrices à droite et est resté induré à gauche. L'ophthalmie est survenue consécutivement il y a quatre ans, et a résisté au traitement de plusieurs oculistes.
Etat actuel, — L'œil droit est affecté de conjonctivite palpébraleel oculaire, avec rougeur et vascularisation anormales ; la cornée a perdo sa transparence ; elle présente quelques petites ulcérations et des taies qui obscurcissent le champ de la pupille ; les cils sont agglutinés par do pus ; photophobie très vive ; le seul écartement des paupières suffit poar provoquer un écoulement de larmes abondant. Cet œil dislingue le joor de la nuit, mais ne reconnaît pas les objets. L*œil gauche est très malade aussi, conjonctivite intense, mais la cornée n'a pas perdu toute sa transparence; elle est le siège d'une petite taie ; la vision existe, affai-
OBSBRYATIONS. 57S
blie et courte. Les deux yeox sont doalooreox, de temps à aotre seolement.
Ao-desaoas da nez, roageor provoquée par an éoooiement nasal ; an eoo» engorgement ganglionnaire à gauche, cicatrice à droite.
Rien aillears. Tempérament éminemment lymphatique^ teint blanc, bouffissure, taille 6ne, peu développée pour son Age ; membres grêles, jambes déviées.
Traitement. — Vésicatoires derrière loreille, collyre au borax, huile de morae, sirop d'iodure de fer, puis calomel à dose faible, chlorhydrate de baryte, de 20 à 50 centigrammes ; alcoolature de ciguë, 4 grammes par jour.
Le malade suit ce traitement pendant un an, et sort le 46 mai. Amélioration ; non encore guérison complète.
OBSERVATION XLIil.
Serofalid« dmm ■—bran— nraqvevaes.
Otite êcrofuleuse profonde. — Surdité. (M. Pouquet.)
Sarancy, dix-neuf ans, bijoutier, entré le 46 janvier 4857, pavillon Saint-Matthieu, n<*6d.
Antécédents de famille, -^ Père mort d*une affection organique de Testomac, mère vivante, deux frères et trois sœurs tous bien portants.
Antécédents du sujet, — Pas de gourmes, ni de scrofules ganglionnaires, ni d'opblbalmies ; bonne santé habituelle, constitution robuste. Il y a six ans, est entré à l'hôpital Saint-Antoine pour Taffection qui ramène aujourd'hui à Saint-Louis. Il en sort au bout d'un mois non guéri, ayant conservé une surdité complète du côté malade, et des bour* donnements et chatouillements fréquents, qui ont duré ainsi jusqu'à il y a quinze jours , que de nouveaux accidents ont apparu à la même oreille : douleurs plus fréquentes, plus vives, plus profondes ; retour de l'écoulement par l'oreille ; continue néanmoins à travailler, conserve l'appétit; peu de sommeil.
Etat actuel. — L'oreille droite est, à l'extérieur et en bas, rouge, couverte de pus à peu près desséché (la rougeur parait due à l'action irritanle du pus) ; plus profondément, les parties sont cachées à la vue par ce même pus épais ; Toriûce du conduit auditif externe est si rétréci par le
57A LEÇONS St]R LA SCROFULE.
gooQemeoi des parois, que k vue rie peut pénéMr plus attst» L*od«âr
da liquide qui s'écoule est fétide, Taspectest celui du pus de i nature, mêlé de striea rougeàtres. Le malade af6nne qo'il n'est jamais rien sorti qui ressemblât à un os. Point d'engorgement gangUoBiiaire, douleurs continuellesi vives, sartool la noil ; céphalalgie légère. Mot d'autres troubles fonctionnels.
TrailemenL — Purgatif, injections dans Toreille, puis huile de morae à doses croiS8antes.
Sorti le 6 février. Il y a moins de douleur, oiaia l'éceolemeut pir Toreille a toujours lieu.
OBSERVATION XLîV.
Scrofallde des membraneii maqneMM**.
Otite scrofuleuse profonde. — Perforation de la membrane du fympan. — Sortie du pûk par lé tùndûtt auditif exierHâ et par la trompe d'Eustache,
Lemoine, vingt ans, layetier-emballeur, entré le 42 mars 4858, pavillon Saint-Matthieu, n" 3.
Antécédents de familU. — Père bien portant, mère d'une santé délicate, deux frères morts jeunes, une sœur Agée aujourd'hui de vingt deux ans, a eu, à dix-sept ans, scrofule ganglionnaire qui a laissé des cicatrices.
Âniécédentis du sujet. — A deux ans, abcès à la fbsse; à six dos. croûtes dans la tête, avec engorgement gahglionnairë an cou. \\j à cinq ans, en 4 853. commencé & ressentir dès élancements qtaf, do rorbflle droite, s'étendaient aux régions frontale et temporale. Bn 4^54, séjoor dedeux mois à Thôpital Lariboisière : injection^ dans l'oreille, qui, dit le malade, tombaient dans la gorge et le forçaient aussitôt à cracher. Depuis cette époque^ il a toujours craché do pus, notl pas d'une mteière continue, mais do temps en temps; il a aussi continué à 9oaffl*ir dans le côté droit de la tète.
ilu/ouruL'^uf . — Par le conduit auditif externe a lieu un soinlemeot purulent peu abondant ; un stylet explorateur arrive profondément sor ilne masse qni (>aratt fongueuse ; de temps en temps le malade ét>itKiTe dans le pharynx une sensation désagréable, et rend des crachats pora-
OfiSERVAtlON!». 596
iMis ; dootoon de léle caraetériBées par de la loordanr et dei élançamepts intermittents.
Êiat général satisfaisant.
Traiiemenl. — Tisane de houblon, haile de morue à doses croissantes, Tésicatoires à la tempe droite, bains sulfureux.
BxetU le 1 4 mai, après deux mois de séjour. Les doateors de tète ont beaucoup diminué, ainsi que Técoolement purulent par l'oreille ; mais il eoDtinoe à rendre de temps à autre do pos par expuitioo.
On voit, par cette intéressante observation, combien sont longues et difficiles à combattre les scrofulides des membranes muqueuses; non-seulement elles peuvent se prolonger pendant plusieurs années, mais encore récidiver quand on les croit depuis longtemps guéries.
EerowlUi eerviealêê iuppurétê. (M. Guérard.)
Lefort (Pierre), maçon, vingt et un ans, entré le 5 février 4857, coaché au n' 77 du pavillon Saint -Matthieu.
Son père, ftgé de quarante ans, a toujours élé bien portant ; sa mère est morte à vingt^cinq ans ; elle était presque toujours souffrante et maladive ; elle avait en plusieurs abcès sur le thorax ; elle toussait beaacoup. Il avait un frère qui est mort Tannée dernière, à l'âge de dix-huit ans ; il était d'une constitution très faible et toussait depuis longtemps.
Lui-même s'est bien porté, dit^il, jusqu'à l'âge de six ans ; alors apparoreat, dans les régions sous-maxillaires, des ganglions engorgés qui donnèrent lieu à des abcès et à des fistules. Ces lésions ont été guérieSi dans l'espace de deux ans, au moyen de l'huile de foie de morue, et 0008 o*en retrouvons plus aujourd'hui qne les traces cicatricielles. A partir de cette époque jusque, dans ces derniers temps, sa santé ne fut trooblée par aucun accident, et il pouvait se croire radicalement et à tout jamais guéri, lorsqu'il y a on mois environ se manifesta, dans la
570 LEÇONS St}R LA 8CR0PULE.
région cervicale, une nouvelle poussée ganglionoairep bientôt suivie de la fonte purulente des parties engorgées ; plusieurs abcès se sont covetts, et nous-môme avons ponctionné l'un d'eux, situé à droite, lors de l'entrée du malade à l'hôpital.
Nous constatons aujourd'hui, à la région sous-maxillaire de l'on et l'autre côté, plusieurs cicatrices déprimées ; au-dessous de ces cicatrices, et à droite, deux ouvertures fistuleuses, dont l'une, à peu près oblitérée, est située au centre d'une surface d'un rouge sombre; à gauche et à la partie inférieure du cou est une autre ulcération, de la largeur d*nne pièc^ de 50 centimes, arrondie, et dont le fond est constitué par le tissu ganglionnaire ; un cercle rouge s'étend irrégulièrement autour d'elle. Toutes ces ulcérations donnent issue à une petite quantité de pus, et l'on sent au-dessous d'elles, surtout à droite, une tuméfaction profonde, dont il est impossible de préciser les limites. Ces lésions causent d'ailleurs fort peu de souffrances. L'état général do malade est assez bon, et les principales fonctions s'exécutent régulièrement.
Le traitement consiste en boissons alcalines, sirop d'iodore de fer, tisane de houblon, ciguë à doses croissantes.
Il sort presque complètement guéri le 4 3 mars 4857.
OBSBRVATION XLVI.
Seroffal« ffangllonnalre.
Ecrowlles de la face et du cou rapidement guéries par le traiUnent de M. Barrier, médecin inspecteur des eaux de Celles, (Observation recueillie par M. Dublanc, élève du service.)
Cassier (Jean), vingt-cinq ans, maçon, entré le 45 février 1856, cooché au n" 85 du pavillon Saint-Matthieu.
Le sujet n*a pas souvenance d'avoir eu d'autre offection scrofuleose que celle qui l'amène à l'hôpital. Celle-ci a commencé il y a deux ans et demi environ. Entré dans le service de M. Bazin en août 4855, il fol traité au moyen de la pommade à i'iodure de plomb, de l'huile iodée, des bains sulfureux, etc., et sortit sans amélioration notable, i caose de la réparation de la salle.
Nous trouvons actuellement toute la région parotidienne droite envahie et déformée par des tumeurs ganglionnaires, depuis le pavillon de
0B$BRVATI0MS. 577
roreille, qui est repoussé en haut et ea arrière, jusqu'à la partie moyenoe de la région cervicale latérale du môme côté ; en avant, la toméfactioD déborde le maiillaire inférieur et englobe dans sa masSe mamelonnée la glande sous-maxillaire.
An -dessous du lobule de l'oreille se voient des cicatrices incomplètes, irrégolières, déprimées, adhérentes aux tissus sous-jacents, et qui sont les vestiges de suppurations extérieures.
A gauche, la région parotidienne est empâtée et volumineuse, sans présenter toutefois des noyaux d'engorgement aussi distincts qu'à droite ; mais au-dessous, le bord du maxillaire est garni de noyaux indurés disposés en forme de demi-collier ; au niveau de l'angle de la mâchoire existe en outre une tumeur qui s'avance dans les tissus de la joue; cette tumeur, d'un volume assez considérable, jouit d'une grande mobilité.
Des frictions furent faites sur les glandes, deux fois par jour, avec une pommade plombo-cuivrique réactionnée par les résidus alcalins de la fontaine de Celles. Le malade prit en outre, trois fois par jour, avec du sucre, quatre à cinq gouttes d'une dissolution plombo-argentique réactionnée par les mêmes sels.
Soos rinfloence de ce traitement, une amélioration rapide se prononce. Le 9 mars, le paquet glanduleux qui enveloppait le maxillaire du côté droit a cessé de faire corps avec lui, et a diminué considérablement de volume ; les tumeurs ont perdu leur sensibilité, on peut les malaxer et les comprimer dans tous les sens sans occasionner la moindre douleur. Peu à peu leur résorption s'est opérée, et le 20 juin le malade, dont réiat général est excellent, sort de l'hôpital complètement guéri.
OBSBRVATÏON XLVII.
Sucees»i<m d'écrouelles cervicales depuis VoreUle jusqu'au sternum . (Observation recueillie par M. Dublanc, élève du service.)
Henri Faugueosberg, vingt et un ans, entré le 4 4 mai 4 856, an pavillon Saint-Matthieu, n"" 76.
Le père est mort à cinquante-deux ans de tubercules pulmonaires. La mère est morte d'une affection du foie. Il a eu trois frères ; deux sont
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morts de maladies qai lui sont inconnues. Sur quatre sœurs, il en a perdu trois, dont une paratt avoir succombé à une phthisie pulmonaire; celle qui vit encore Jouit d'une bonne santé.
Lui-môme a eu, dans son enfance, des gourmes au cuir chevelu pendant plusieurs mois ; vers l'âge de quRlorze ans. une glande apparut â la partie latérale gauche du cou ; cette glande abcéda et suppura pendanl plus de six mois. L*ulcère était sur le point de se fermer lorsqu'une nouvelle tumeur se manifesta dans le voisinage. Il suivit alors plusieurs traitements à Hasbruck, à Lille, et prit de l'huile de foie de morue, ainsi que d'autres médicaments dont le nom lui échappe. Néanmoins, la maladie continua son cours ; la partie latérale droite du cou se prit, et trois glandes s'y développèrent 'successivement et se transformèrent eo abcès, l'une dans la région parotidienne et les deux autres au niveau de Taqgle maxillaire. Cette succession d'abcès ganglionnaires, tant du côté droit que du côté gauche, ne dora pas moins de six années, et on peut môme ajouter qu'elle dure encore, puisque tout récemment, en janvier 4856, le malade vit se Tormer une nouvelle tumeur au-dessous de la fourchette sternale, tumeur qui a suppuré et a donné lieu à une fistule. Il entre le 44 mai 4 856 dans le service de M. Bazin.
Il porte à la partie latérale gauche du cou trois cicatrices, traces manifestes de suppurations ganglionnaires; une fistule existe sur le trajet du sterno-cléido-mastoldten ; au-dessous du menton et à droite se voient quatre cicatrices imparfaitement formées, rougeàtres, inégales ; une ouverture fistuleuse est située à la partie supérieure du sternum.
Il est soumis immédiatement au traitement antiscrofuleux (fer et ciguë à rintérieur, bains sulfureux à l'extérieur), qui amène dans son état une rapide amélioration.
Scrofule i^nglIonnAlre.
Eerouelleê cervicales. — Abcès multiples. (Observation prise par M. Dublanc, élève du service.)
Tournier (François), trente ans, couché au n^ 69 du pavillon Saint- Matthieu, entré en mars 4 856.
Son père est mort paralysé, à l'âge de soixante-dix-huit ans; sa mère a sucooffibé à soixante^inq ans, à une affection aiguë de poitrine qo il
appelle pneumonie. Ilaea trois frères, dont l'un est mort à quarante-cinq ans de phthisie pulmonaire ; les deux autres vivent encore; tous trois ont eu ée^ gourmes dans leur enfance. Il a eu également trois sœurs qui toutes ont eu des gourmes ; Tune d'elles a succombé à une affeclion dont il ignore la nature.
Notre malade est le seul de sa famille qui n'aurait jamais eu de croûtes dans tes cheveux : il s'est bien porté jusqu'à l'âge de quinze ans. C'est alors qu'il vint à Paris. Six mois après, les glandes cervicales s'engorgeaient en masse ; quelques abcès sont ouverts par le bistouri, d'autres s'ouvrent spontanément, et pendant huit mois il demeura constamment avec un ou plusieurs foyers de suppuration au cou. Depuis cette époque, déjà fort éloignée, le même travail morbide n'a presque pas cessé de s'accomplir dans la région cervicale, et tous les ans, à des époques en quelque sorte critiques, de nouvelles poussées inflammatoires survenaient dans les ganglions, qui se tuméfiaient et donnaient lieu à des fistules d'une durée de plusieurs mois. Cet état existe encore, et d'ailleurs tes nombreuites cicatrices dont est couturée toute la région sont une suffisante garantie de la véracité du malade.
Kn 1854, les ganglions de l'aisselle droite se prennent à leur tour, et subissent, dans t'espace d'un mois à peu près, les mêmes transformations.
Le malade n'a suivi aucun traitement rationnel, et s'est borné à l*asage de lotions et de cataplasmes, dont il ne peut nous dire la nature.
Bn 4856, une poussée phlegrooneose se manifeste à la lèvre supérieure: il entre alors dans le service de M. Bazin.
Sa constitution est faible, son tempérament lymphatique; il est d'une intelligence très obtuse et ne répond qu'à grand'peine aux questions qu'on lui adresse. Sa santé générale est d'ailleurs assez bonne. ■ Nous lui trouvons dans la région cervicale quinze à vingt cicatrices, la plupart soulevées par des engorgements ganglionnaires auxquels elles adhèrent intimement ; deux Bstules existent encore en pleine suppuration; dans la région axillaire, du côté droit, se voit une cicatrice qui présente des caractères identiques avec celles du cou.
La lèvre supérieure est épaisse, tuméfiée, douloureuse, et le 10 mars on a fait l'ouverture d'un abcès.
Traitemenl, — Houblon, fer et ciguë, bains sulfureux.
11 sort le 2î août 4 856, aussi bien guéri que possible.
8erofal« gaDglIowialre.
Ecrouelles cervicales. — Àcne punctala et indurata sur la face. (M. Gttérard.)
Charpentier (François), vingt-lroid ans, couché aa n" 79 da pavîlk» Saint-Matthieu, entré le 4 7 janvier 4 860 .
Son père, homme très robuste, est mort à cinquante ans de douleurs articulaires; sa mère est morte à quarante-cinq ans, après une maladie de deux ans. II a eu trois frères et trois sœurs, dont il ne lui reste qu'on firère et une sœur ; tous deux se portent bien. Le frère aurait été affecté de gourmes dans son enfance. Quant à ceux qui n'existent plus, la plupart sont morts d'accidents ou de maladies aiguës, si ce n'est une sœur qui a succombé, à l'âge de dix-sept ans, «i une phthisie pulmonaire.
Notre malade aurait été le plus faible de toute sa famille ; son enfance a été très maladive et traversée par une fouie d'affections qui, jusqu'à sa dixième année, se sont succédé sans relâche : des gourmes, des éruptions aux oreilles, des coryzas, des bronchites, des ophthalmies longues et opiniâtres, des engelures douloureuses, etc.
Vers l'âge de dix ans, les ganglions sous-maxillaires commencèrent à se prendre, et depuis cette époque ils ont disparu et reparu un certain nombre de fois ; mais ces alternatives furent remplacées, il y a cinq ans, par une période d'accroissement continu qui dure encore aujourd'hui.
Divers traitements ont été suivis par le malade : il prit du mercure, et eut même une stomatite ; puis on lui conseilla les ferrugineux, et enfin l'huile de morue (qui ne fut continuée que deux mois}, avec une pommade iodurée. Il y a trois ans, il fut atteint du choléra, et pendant le cours de cette maladie ses ganglions engorgés diminuèrent de moitié, mais bientôt après ils reprirent rapidement leurs dimensions primitives.
Ce malade n'a jamais eu aucune affection vénérienne ; il a vécu jusqu'à ce jour dans de mauvaises conditions hygiéniques, au point de vue de l'habitation et de la nourriture, mais il n'a jamais fait d'excès dans
aucun genre. Il porte les traits de la constitution scrofuleose et du tempérament lymphatique exagéré; ses principales fonctions s'exécutent d'ailleurs régulièrement, si l'on excepte une constipation habituelle et de fréquentes céphalalgies.
Voici quel est son état actuel :
Les lèvres et les ailes du nez sont gonflées et plus épaisses que dans l'état normal ; sur la face sont répandues de nombreuses pustules d'acne punctala et indurata ; le nez est comme criblé de petits points noirs. A gauche, et au niveau de l'angle de la mâchoire, est une tumeur très volumineuse et saillante, formée par la réunion de plusieurs ganglions hypertrophiés; cette tumeur envoie on arrière un prolongement considérable.
Dans l'aisselle droite, on trouve également des masses ganglionnaires indolentes, qui existent depuis fort longtemps à l'état station naire.
On donne le traitement antiscrofuleux, consistant dans l'administralion du sirop d'iodure de fer (30 grammes par jour), de l'alcoolature de ciguë, depuis 4 gramme jusqu'à 4 2 grammes par jour, en augmentant graduellement les doses ; enfin, dans l'emploi des bains sulfureux et des /rictioos avec la pommade de ciguë, et le malade sort le 24 mars, en bonne voie degoérison.
Remarquons, dans lobservation qu*on vient de lire, la coexistence do Tacné et des glandes, Tinefficacilé de l'huile de morue dans le traitement de la scrofule ganglionnaire, et enfin les bons effets que Ton obtient de la cigud à doses croissantes.
Serofole sABslIoniialrc.
Eerouelle cervicale et acné indurée, (Observation recueillie et rédigée par M. Pouquet, interne du service.)
Ferrier (Henri), dix-huit ans, papetier, né à Vpiron (Isère), demeurant rue de Bièvre. 3S entré le 8 août 4856. (Observation prise le 7 janvier 1 857.)
AntécédenU de famille. — Père et mère bien portants, ainsi qu'un frère et une sœur ; mais Ferrier a appris que son grand- père avait été
5i(2 LEÇONS ^VR hi SCROFULE.
affecié dans sa jeunesse, de oeaf à quatorze ans, du mâai^e mal que Ipi (abcèi froidd, abcès ganglionnaires, ulcères aux jambes).
Antécédents du malade, — N a poinl été malade dans son eofance, point de gourmes ni d'ophthaimies. D'ailleurs élevé à la campagne, où il est demeuré jusqu a Tâge de seize ans , il vivait dans des conditions hygiéniques assez bonnes (logement sain, nourriture des gens de la campagne, c'est-à-()ire presque entièrement végétale). Venu à Paria il y a deuf ans, il a sourfert un peu, pendant un an, de privation de nourriture ; mais déjà, avant son arrivée à Paris, il avait eu, à l'angle de la mâchoire de Tun et de l'autre côté, des engorgements glanduleux, et même un abcès, succédant à ces engorgements, s'était déjà ouvert; une ulcération s'en était suivie; mais la cicatrisation s'étant faite rapide*ment, était complète quand il est venu à Paris. Après deux moia de séjour dans la capitale, la cicatrice des depx côtés était envahie par un travail ulcératif. Un an plus tard, la cicatrisation s'étant faite de nouveau, d'autres ganglions se sont hypertrophiés de chaque côté, à deux pouces environ en arrière et au-dessus des premières cicatrices ; des at)cès se sont formés, se sont ouverts, et la cicatrisation s'opéraii, pendant que du côié gauche et au-dessous du maxillaire inférieur, un nouvel abcès gan* glionnairese manifestait, mais beaucoup plus petit que les précédents. La deuxième plaie à gauche 'était presque complètement fermée, quand est survenu un érysipèle sous l'influence duquel la cicatrice a été rapidement détruite ; la plaie s'est même beaucoup agrandie, l'ulcération s'étendant en bas et en dedans jusqu'à un pouce environ de la fourchette sternale En même temps, nouvel abcès, non précédé d'hypertrophie ganglionnaire.
Pendant toute la durée de ces phénomènes, aucun trouble des fonctions digeslives, appétit conservé, peu d'amaigrissement ; mais, depuis deux ou trois ans, ophlhilmies, coryza accompagné de tuméfaction du nez survenant surtout au printemps, et ayant une durée d'un mois et demi à deux mois.
L'aspect du malade est le suivant :
A droite, cinq cicatrices rouges, violacées, sous lesquelles le doigt sent des points indurés, mobiles (il semble que ce soient des ganglions). A gauche, les diverses plaies se sont réunies et affectent une disposition en Y dont la branche inférieure arrive jusqu'aux environs de la fourchette sternale, tandis que les deux branches supérieures embrassent l'extrémité supérieure du muscle sterne mastoïdien ; on voit encore quelques points en suppuration.
Enfin, 8or tonte la figare, mais principalement sur le front et sur le nez, existent des boutons d'acné un pea durs, et dont le malade s'est peu occupé.
Depuis son entrées rhôpital, le malade a été soumis au traitement suivant, sous l'inQuence duquel Tamélioration (une amélioration gra* duelle) s'est manifestée : eau iodée, puis'alcuolature de ciguë, enfin solution iodo-phospbatée; tous les deux jours, les petites plaies et lea cicatrices récentes sont touchées avec la teinture d'iode. On applique de la benzine sur les parties couvertes d'acné.
Sorti le 1 6 janvier à peu près guéri ; plus de plaies ; l'acné persiste, quoique améliorée.
La coexistence de Tacné et de récrouelle cervicale est un fait très ordinaire, qui ne surprendra nullement ceux qui, comme nous, admettent la nature scrofuleuse de l'acné. En général, cette lésion des glandes sébacées est d'une curation longue et dii&cilc On triomphe facilement de rafTection par les bains à Thydrofère d'eau de mer ou d'eau salée, ou mieux encore par ceux de Kreuznach ; mais si Ton se borne, ainsi que le conseille M. Hardy, à un traitement exclusivement local, à peine l'adection est-elle guérie qu'on la voit reparaître, au grand mécontentement du malade et au grand désappointement du médecin.
Scrofule j|«iiclloiiii«lr«.
finboM Mcrofuleux éveillés par un eczéma de nature artUriliquê, (Observation recueillie par M. Guérard.)
Castel (Joseph), cinquante et un ans, entré le 4 6 décembre 4 85d, coQché au n° 33 du pavilloh Saint-Matthieu.
Constitution bonne; aucune maladie sérieuse, qu'il sache, dans son enfance ; il n-a eu ni gourmes, ni ophlhalmies. ni engorgements ganglionnaires En 1835, il fut atteint d'une affection qu'il attribue à an
refroidissemenl, et qui le rolint deux mois à l'hôpital ; il était très oppressé, à ce point que le décubllus dorsal lui était devenu, sinon impossible, du moins extrêmement pénible ; en même temps il toussait beaucoup. Tout cela dura environ deux ans ; mais il resta asthmatique, ne pouvant ni courir ni monter des escaliers sans aussitôt perdre haleine. En 4848, il eut, dit-il, une fluxion de poitrine qui dora uu mois; on le saigna, on le fit vomir, un vésicatoire fut appliqué sur la poitrine. Or, celte dernière affection aurait emporté avec elle ce qui lui restait de sa dyspnée. 11 tousse bien encore tons les hivers, mais sa respiration e«t aujourd'hui et depuis ce temps aussi libre, aussi facile qne jamais.
Jamais de rhumatismes, ni douleurs articulaires, ni maux de tète, oi douleurs d'estomac ; les digestions se font bien. Aucun antécédent syphilitique.
Les renseignements sur les parents sont vagues ; ils sont morts depuis longtemps, le père à un ftge avancé, la mère jeune encore, mais épuisée par des aooouchements nombreux ; elle eut sept enfants, dont deux seulement survivent. Notre malade parait savoir fort peu de chose sur ce qui les concerne, et ne peut nous donner la raison d*une si grande mortalité dans sa famille.
L'éruption pour laquelle il est entré à Thôpital date de cinq mois environ ; elle a commencé dans les régions inguino-crarales des deox côtés et sur les bourses; puis, assez longtemps après, et vers tes premiers jours de décembre 1859, une éruption semblable se manifesta au cou et è la face.
C'étaient de larges plaques rouges, sans aucune saillie, dilToses et se recouvrant de petites écailles blanches furfuracées, peu adhérentes, semblables à celles du pityriasis. Jamais, nous assure-l-il. le suintement ne fut assez abondant pour mouiller ou empeser les linges ; cependant ces surfaces étaient un peu humides. Il insiste surtout sur les vives démangeaisons dont elles étaient le siège, démangeaisons parfois intolérables aux cuisses et aux bourses principalement.
L'éruption, localisée aux parties que nous avons nommées, a passé par de fréquentes alternatives en bien et en mal, tantôt pâlissant et semblant prête à s'éteindre, et tantôt reparaissant avec toute soo intensité.
Elle offre cl parait avoir toujours offert un aspect assez singulier, aa point de vue de sa forme, qui aurait pu faire croire à un pityriasis, bien qu'il s'agisse évidemment d'un eczéma de nature arthritique.
Dans ces derniers temps survint un phénomène curieux, qu'il est
important de signaler ici. Le malade 8*est aperçu, depuis une quinzaine de jours, que dans Taine droite apparaissait une petite tumeur doukmreode qui peu à peu prit du volume ; bientôt Taine gauche se tuméfia également; en même temps Téruption pâlit, les démangeaisons s*apaiaèrent, et les phénomènes cutanés parurent marcher vers une guérison rapide, an fur et à mesure que les tumeurs inguinales prenaient de raccroiasement. Était-ce une simple coïncidence » ou le fait d'une sorte de balancement, ou bien encore une répercussion de la lésion tégumentaire sur les ganglions sous-jacenls? Quoi qu'il en soit, nous constatons dans les régions indiquées, au-dessous de l'arcade de Pallope, des ganglions tuméGés, douloureux spontanément et à la pression, et formant ooe saillie considérable, surtout à droite ; là existent des noyaux indurés« agglomérés, et au-dessus une sorte de corde ou chaîne ganglionnaire solide, parallèle au ligament de Poupart, et qui semble s'enfoncer dans les profondeurs de la région, du côté de la fosse iliaque interne. A gauche, la tuméfaction est moindre, de date plus récente, mais son siège est évidemment le même.
Sur ce malade, on olwerve de chaque côté, au niveau du pli génitocmral, une plaque de vitiligo des mieux caractérisées.
OBSERVATION LIL flcrofole f»ngll«aa«lrc.
Bubon serofuleux^ ftrécédé de tubercules du testicule, (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du service.)
Le nommé Chtreff (Alexandre), âgé de trente-sept ans, menuisier, demeurant rue Bichat, 64 , est entré à Saint- Louis, service de M. Bazin, salle Saint-Laurent, n^ 58, le 8 février 4 864 .
Ce malade est né de parents encore vivants jouissant d'une bonne santé, et âgés l'un et l'autre de plus de soixante ans.
Il ne se rappelle pas les avoir vus malades ; mais depuis près de vingt ans il a quitté la maison paternelle pour n'y faire que des séjours peu prolongés depuis cette époque. Son frère a eu^des gourmes pendant sa jeunesse, mais n'a jamais été malade depuis; il habite son pays natal. Sa sœur est morte à l'âge de vingt-cinq ans, d'une inflammation d'intestins, dit-il ; elle avait eu également des gourmes pendant son enfance.
586 LKÇONS SUR LK SÔROFCJLE.
Quant à lui, il eut des éruptions plus abondantes et plus proloogées que sa sœur, des maui d'yeux depuis l'âge de trois à quatre ans jusqu'à l'âge de six ans. mais jamais d'engorgements ganglionnaires soos* maxillaires. Il vint k Paris à 1 âge de dix-sept ans, et dix-buit mois après son arrivée dans cette ville, il retourna dans son pays. A peine y était-il depuis quelques jours, que le testicule droit devenait volumineax^ douloureux, rouge à la surface, et bientôl apparaissait une tumenr fluctuante, qui s ouvrit et donna issue à du liquide dont il ne se rappelle pas les qualités physiques. Depuis cette époque, Touverture des bourses a toujours donné écoulement à un peu de séro-pus.
II y a trois ans apparut à l'aine une tuméfaction de la grosseur do pouce, qui perça quatre à cinq jours après son apparition, mais ne disparut pas complètement, et depuis lors jusqu'au mois de juillet 4860 donna deux ou trois fois issue à du pus. Il y a huit mois il contracta un écoulement oréthral qui ne dura que quelques jours, mais détermina un engorgement des ganglions de l'aine beaucoup plus considérable que les précédents, ce qui le décida à entrer dan$> le service de M. Gibert(27 août 1860). Ce médecin lui ordonna des cataplasmes de farine de lin, du sirop de biiodure, des frictions avec l'onguent napolitain à la partie interne des cuisses, et un emplâtre de Vigo sur l'engorgement ganglionnaire. Ce traitement n'ayant produit d'autre résultat qu'une gingivite intense, M. Gibertle cessa et ordonna de l'eau de Sediitz tous les deux jours et de l'eau d'Enghien. Pendant son séjour à Saint-Louis, la tumeur s'ouvrit et donna issue à une quantité assez considérable de pus. Il sortit au mois de novembre, conservant encore un engorgement assez cousidérable, qui augmenta sous l'inQuencedu travail et le força à entrer de nouveau à l'hôpital le 8 février.
Etat actuel, — Ce malade a la barbe et les cheveux roax, an embonpoint plus que médiocre. Les deux testicules existent encore, mais le droit est plus petit que le gauche, et l'on aperçoit près du repli une fistule qui donne issue à un peu de pus à des intervalles variables. Le» appétits vénériens sont ordinaires. A la région inguinale drcMte existent quelques ganglions du volume d'une noisette, et isolés les uns des autres: on y aperçoit une petite cicatrice, indice d'une suppuration antécédente Au niveau de la région lAguinale gauche existe une tuméfaction faisant relief à la surface des téguments, et s'étendant depuis les bourses jusqu'à 2 centimètres de l'épine iliaque antérieure et supérieure, et depuis l'arcade crurale jusqu'à 3 centimètres au-dessous de ce ligament. Enfin, â la partie interne de la région inguinale, l'engorgement se. continue le
loog de U face interne de la cuisse jusqu'à 6 ceotimèlres au-dessous. On aperçoit deux cjcalrices à la surfdCtf (ie cet(^ tumeur. Le foie ne déborde pa4 les fausses côtes. Quant au système pulmonaire, un eiamen attentif liémoQtre qu'il existe a peine une dilTêrence dans la matité et un peu d expiration prolongée au sommet du poumon droit. Ce malade ne loust^e d «iilieurs que depuis cinq ou six fi^emaines. il o'exiàle pas d'albumine dans les urines.
^ Scrof0l« f «nftiiopvfiire.
Ecroaede ceroiC'ile t'ibercufease,^^ fnfliAmce nnlle d'un muguet confluent sur l'a/ffction »cro(ut0U$fi'
Girin, seize ans, enlré ip II juin 4857, pavillon Saint-Matlhieii, 0- 60.
AulécédmU de familh, — ? Père bien constitué, mort dq choléra à cinqaanle-cioqans; mère vivante, chélive, sujette à des catarrhes bronchiques; plusieurs frères morts jeunes, une sœur p&le, boufBe, lymphatique.
AntécéfUttts du $^iet. — Jusqu'à l'âge de sept ans, faible, maladif; il est coQlinuellecpent entre les lOdins des a)édecins ; de sept à dix, «est mieux porté, a été envoyé à la campagne, où il a repris. Placé, à &0Q retour à Paris» à l'âge de treize ans, dans un atelier où il travaillait debout, il lui survint des coliques, dérangements intestinaux, etc.; une glande sous la mâchoire, déjà engorgée, a pris rapidement de l'eitt^Dsion, et au bout d'un mois avait déjà le volume qu'elle a aujourd'hui. En môme temps, une autre glande s'est développée derrière et au-dessous de l'oreille, puis une troisième au-dessous do la précédente.
âûjttiA. — Ouverture par le bistouri de la preoiière glande; issue d'une médiocre quantité de sérosité sanguinolente, mêlée à un peu de pui^i fluctuation dans la glande post-auriculuire; on n'a pas eu besoin de l'ouvrir. Le malade s'est aperçu qu'en pressant dessus, elle se dégorgeait dans la glande ouverte. EnHn, la troisième glande s'est ouverte spunlanémeni et a fourni une suppuration abondante.
Etat général, — Respiration normale; au cœur existe un léger soufQe
588 LKÇOiNS SUR LA SCROFULE.
anémique se prolongeant dans les carotides. Les trois glandes existent toujours dont deux ouvertes au dehors ; celle qui a été ouverte avec l'iostrument tranchant présente, sur un bord de l'ouverture, un bourgeon charnu; celle qui s'est ouverte spontanément a les bords fort élevés: toutes deux suppurent abondamment.
Tfailement. — Tisane de houblon édulcorée, sirop antîscorbutiqoe, alcoolature de ciguë, bains sulfureux.
9 juillet. — Apparition de muguet très confluent, qui disparaît rapidement par l'administration du chlorate de potasse, sans avoir exercé une influence appréciable sur l'affection scrofuleuse.
Le malade continue son traitement et sort le 4 9 février, ne préseotant plus qu'une ulcération à la région sus-clavicuiaire, l'aotre élanl cicatrisée.
Serofole yogltoaaalrg.
Ecrouelks généraliséei. — Anémie. — Mort. (Observation reco^llie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)
Le 6 juillet 4 860 est entré le nommé Lefebvre (Camille), écrivain, Igé de vingt et un ans, couché au n® 38 du pavillon Saint-Mathieu.
Ce malade s'est présenté à la consultation dans un état d'afbibhssèment extrême ; il était pâle, anémié, comme exsangue : le moindre mouvement suffisait pour le faire tomber en syncope ; les muqueuse» extérieures étaient presque aussi blanches et aussi décolorées que ii peau; tout enfin révélait en lui l'anémie portée à son plus haut degré.
Nous trouvâmes le pouls régulier, sans fréquence, mais faible ; aocoa symptôme aigu, aucun phénomène réactionnei, mais toutes les fooctàms paraissaient languissantes et s'exécutaient avec une extrême lenteur; inappétence complète, fatigue musculaire ; rien du côté de la poitrine, si ce n'est un léger souffle au cœur au premier temps, indice de TaltératioQ profonde du sang.
La seule lésion bien évidente que nous pûmes constater pendant son séjour à rhôpital (à part Tanémie) fut Tengorgement de presque Ums les ganglions périphériques, cervicaux, axillaires, inguinaux, lesqoeb faisaient, dans ces régions, des saillies considérables, dures et ind^ lentes.
0B8BRVAT10«S. 689
Ce misérable état se prolongea six semaines environ, 8*aggravant de pltsen plus, malgré on traitement approprié, sans que da reste aucan phénomène aiga se manifestât ; l^inappétence , la prostration devinrent absoines ; toutes les actions organiques paraissaient enrayées à leur source, mais, au milieu du silence de toutes les fonctions, nous n'observ&mes ni toux, ni diarrhée, ni délire, rien, en un mot, du côté des principaux organes, rien que l'altération ganglionnaire généralisée que j'ai signalée tout à Theure, et l'anémie manifestée par le souffle cardiaque et la décoloration des surfaces tégumentaires.
Cependant, à une époque rapprochée de la mort, on put constater quelques accès fébriles intermittents et un peu de diarrhée. Il succomba doucement, sans secousse, sans délire.
Les antécédents de ce malade se bornent à peu de chose : il a toujours été pâle, anémique, faible; déjà une fois, il y a deux ans environ, les phénomènes actuels se sont présentés avec une moindre intensité, et il prit le dessus, sans toutefois se rétablir complètement ; les engorgements ganglionnaires du cou datent de très loin ; il ne peut nous en pré* ciser l'origine.
Â-t-il eu d'autres accidents scrofuleux ? Ses réponses sont négatives ; ses antécédents de famille ne loi sont pas connus.
Le 25 août eut lieu l'autopsie.
Nous trouvâmes presque tous les ganglions du corps tuméfiés et dégénérés en masses tuberculeuses, avec des points purulents disséminés dans leur intérieur; les ganglions périphériques étaient énormes, et leur coupe faisait voir une surface granulée, jaunâtre, évidemment formée par la matière tuberculeuse ; les ganglions bronchiques et oiésentériques, étaient dans le même état ; en on mot, tout le système lymphatique était, chez ce malade, altéré de la manière la plus profonde. Les poumons étaient sains et crépitants dans toute leur étendue, si ce n'est au sommet droit, où se voyaient quelques tubercules durs, peu volumineux; la plèvre du même côté était adhérente dans une grande partie de son étendue.
Les reins étaient pâles, anémiés, comme graisseux ; la ligne de démarcation entre les deux substances était vague et mal accusée.
Foie normal. Aucune lésion dans T intestin.
Ce fait est intéressant à plus d'un titre ; il nous présente d'abord une manifestation assez rare de la scrofule, une affection profonde et généralisée de tout le système absorbant ; il nous fait connaître ensuite les symptômes morbides qni résultent de cette affection, symplômes
660 LEÇ0N9 «UR La ^(rdoFuLE.
graves, chroniqaeâ dans lf>or marché, et (fai peuvent aé rhumtr dans ces quelques mots : ddbllitMtion extrême, cachette à son pA^ haot dfgré, prostration de foateîi les forces vives de T^nomie. langueur de toutes les actions organiques, amaigrissement progfes<f et mort.
Je ii'ajouleraî rien aux réflexions qu'a suggérées â son auteur Tobservalion ci-dessus; il est à regretter seulement que M. Guéraril ail oublié de parler de Télal des urines^ qui, à coup sûr, devaient être albumineuses. On peut regretter aussi qu'une analyse exacte du sang n'ait pas été Faite pendant la vie.
liorofato («ogUonnalre.
Engorgement des glandes eervicalest précédé et oeeompagné iVécrouelle» cutanées et sou^^utanées simulant une scrofutide maUgne.
I.upon, dix-huit ans, peintre, entré le S2 janvier 4 856 an pavilloo Saint-Matthieu.
Ses parents vivent encore en bonne santé, et n'ont jamais eu, q« il sache, d'affection scrofuleuse.
Aucun accident scrofuleui n'aurait signalé son enfance jasquà l'âge de onze ans, mais il avait passé ses premières années dans des coodîtioos hygiéniques très mauvaises (mauvaise nourriture, habitatioB insalubre).
C'est au mollet droit qu'apparut, il y a sept ana environ, la première manifestation de scrofule, sous forme d'une tumeur qui aoppora peudant plusieurs mois, et dont on retrouve encore la cicatrice; puis les . mêmes phénomènes se seraient manifestés succeesivement sur différeats points du corps, notamment au niveau de la malléole externe do côté gauche, à la cuisse du même côté, à l'aisselle droite, au bras droit et sur chacun de ces points, pris isolément, la suppuration n'aurait pas duré moins de cinq à sii mois. Entré à l'hôpiial d'Angers, on l'y soumit a un traitement ionique.
OBSERTAÎIONS. ftOi
Qoelqoe Tagoes qoe dotent ces renseignements an point de vue de Di lésion locale, il n'est pas difficile de reconnaître qu*il 8*agit bien, dans ce cas, de manifestations scrofuleuses. L^examen de Tétat actuel vient d'ailleurs militer puissamment en faveur de celle opinion.
Noua trouvons en effet, dans la région soos-mazillaire droite, une plaque rouge, allongée dans le sens transversal, de 4 décimètre de longueur sur 4 à 5 centimètres de large. Cette plaque est rouge, tuberculeuse et parsemée de petites postules qui se groupent sur certains points pour constituer des ulcérations que baigne un liquide purulent ; autour de cette lésion cutanée profonde proéminent des ganglions engorgés, dont quelques-uns ont donné lieu à des fistules.
Sur le dos du pied droit existe une plaque du diamètre d'une pièce de 5 francs, et dont l'aspect est sensiblement le môme que celui de la plaque cervicale ; même lésion se rencontre au nivean do creux poplité du côté droit.
EoBn, sur diverses régions sont dispersées des cicatrices blanchâtres, plus ou moins étendues, irrégiilières, et toutes ayant pour caractères d'être très enfoncées dans les téguments, et d'adhérer fortement aux tissus sous-jacents ; ces cicatrices , vestiges indélébiles de lésions anciennes, se voient à la région sous-maxillaire gauche, à la région sus^laviculaire droite, dans Taîsselle et ë la face postérieure du bras droit, à la région inguinale gauche, à la partie inférieure du mollet droit.
Le malade dont je fais en ce moment Thistoire est d'un tempérament lymphatique; sa constitution parait assez bonne ; son étal général est satisfaisant, et toutes ses fonctions s'exécutent avec régularité.
On lui ordonne de l'huile de morue, du sirop d'iodure de fer et des bains sulfureux.
Le 24 février, les fistules ganglionnaires du cou ne sont pas cicatrisées et suppurent presque autant qu'à son entrée. D'autres tumeurs sont apparues le long du sterno-cléido-mastoîdien gauche; la plaie do pied ^ten bonne voie de guérison.
Le 4 2 avril, le malade cesse les bains, qui paraissent mettre obstacle à la cicatrisation des plaies en ramollissant les tissus ; celles-ci sont cautérisées chaque malin avec la teinture d'iode.
Le 20 avril, les plaies du cou, celles de la cuisse, sont complètement fermées, et Ton supprime tout pansement.
L'ulcération du pied subsiste encore.
Le 26, le malade sort en permission et va voir une femme atteinte
de varioloTde; après 6tre demeuré une heure environ à son chevet, il se sent pris de malaise et de nausées. Rentré le soir même à rhôfûtal» il ne peut prendre qa'un potage. Le dimanche 27, dans la matinée, il vomit son huile de foie de morue, qu'il tolérait très bien d*ordinaire. Le soir, la fièvre se déclare ; il esi abattu, courbaturé.
Lundi 28, diète; fièvre avec alternatives de frissons et de chaleur.
Dans la nuit se manifeste une éruption de pustules varioliques.
Mardi 29, éruption de varioloîde discrète ; quelques pustules sont disséminées sur le front et les joues, sur les avant-bras, la poitrine ; ose légère moiteur couvre le corps ; la bouche est mauvaise, la langue blanchâtre, avec piqueté rouge ; il y a une légère angine : les garderobes sont régulières.
Le 8 mai, Téruplion est à la période de dessiccation ; on permet une portion d*aliments.
La variole a eu une heureuse inOuence sur les lésions scrofuleuses ; on ne trouve plus aujourd'hui, sur tout le corps, un seul point en sopporation.
Il sort le 29 mai, complètement guéri.
L'afTection scrofuleuse de Lupon a débuté par des abcès froids qui se sont ouverts à la surface de la peau, et ont laissé des cicatrices adhérentes sur certains points -, ailleurs, sur d'autres points, des Qstules aux environs desquelles se sont produits de petits abcès comme furonculaires, avec tendance hypertrophique et ulcéreuse, d^où la formation de ces plaques tuméfiées, rouges et suppurantes qui intéressent la peau et les parties sous-jacentes, el que Ton confond si souvent avec les serofulides malignes. L'engorgement des ganglions ne s'est montre que consécutivement à la scrofule cellulaire el cutanée.
O&SERVATIONS. 598
Scroffole ganKlIoniialrc.
Ecrouellei inguinale» précédées de scrofules osseuses. — Probabilité de tubercules pulmonaires. [Observation recueillie par M. Pouquet, interne do service.)
Roger [Jules}, divsept ans, entré le 23 février 4 857, n° 56, pavillon Saint-Matthieu.
Ce malade, d'une constitution moyenne, n'a eu dans son enfance ni goormes, ni ophtbalmies, rien en un mol que l'on puisse rattacher à la scrofule; il était, dit-il, aussi fort et aussi bien portant que tous les enfants de son âge ; il a vécu à la campagne jusqu'à lâgc do seize ans, au milieu de bonnes conditions hygiéniques, habitant un logement sain et aéré, et faisant usage d'une nourriture abondante, mais peut-èlre un peu trop exclusivement végétale.
Les premiers symptômes de la maladie scrofuleuse se sont manifestés il y a cinq ans environ; alors apparut au pied gauche, à la partie antérieure et externe du métatarso, une petite tumeur indolente, qui se ramollit lentement, et Gnit par s'ouvrir, d'abord à la face plantaire, et plus tard du côté de la face dorsale du pied ; ainsi s'établirent des pertois fistuleus qui, pendant trois ans, donnèrent iss^ie à une petite quantité de pus sanieux; le malade ne suivit aucun traitement, et se contenta, pendant tout ce temps, de fixer un linge sur la région affectée; néanmoins, et par les seuls efforts de la nature, les deux ouvertures fistaleuses se cicatrisèrent; mais déjà s'étaient produits, dans Taine du même côté et sur d'autres points encore, des engorgements ganglionnaires, qui abcédèrent au bout de quelques mois, et devinrent le point dé départ de âslules dont la guérison devait être fort longue et difûcile à obtenir.
Un an plus tard, les mêmes phénomènes se passaient dans l'aine droite : adénopathie, abcès, Gstules.
Depuis six mois, le malade maigrit et pâlit, bien que l'appétit soit conservé; dans ces derniers temps, il tousse, et le soir, un léger mouvement fébrile se déclare ; il a des sueurs pendant la nuit ; deux petites tumeurs ont apparu tout récemment, l'une au creux poplité et l'autre à ■Azm. 38
59i LEÇONS SUR LA SCROPULB.
la partie exlenie de rarticulalioo du genou ; ces lumears se sont tranâformées en abcès et ouvertes à l'extérieur.
Etat actuel. — Au pied gauche existent deux cicatrices sur les points indiqués plus haut; dans l'aine gauche, on remarque des surfaces roageàtres, un peu foncées, saillantes, soulevées par une chaîne de ganglions hypertrophiés ; deux de ces surfaces, situées au-dessus du ligament de Poupart, sont irrégulièrement elliptiques , contiguës, et offrent des ulcérations superficielles ; deux autres, plus petites, sont placées audessous «te ce ligament ; leur forme est plutôt circulaire, et sur Taoe d'elles, la plus interne, se voit une ulcération profonde, arrondie, à bords taillés à pic, et ressemblant, à s'y méprendre, aux ulcérations qui succèdent aux gommes ; mais elle en diffère, et par l'aspect de son fond et par le décollement de ses bords; ajoutons que la pression fait sentir profondément et à une grande distance des ganglions engorgés qai semblent plonger dans la cavité abdominale. — Notons enfin deox ulcères superficiels, arrondis, siégeant l'un au creux poplilé et l'autre à la partie externe du genou.
L'auscultation de la poitrine donne les résultats suivants : un léger bruit de souffle cardiaque au premier temps et se propageant dans tes gros vaisseaux du cou; au sommet du poumon droit, respiration un pea rode, avec expiration prolongée et quelques craquements; ces derniers signes stéthoscopiques, joints aux symptômes généraux que nous avons mentionnés, à savoir, l'amaigrissement progressif, la pâleur, l'anémie, la fièvre le soir et les sueurs nocturnes, rendent à peu près certaine l'existence de tubercules pulmonaires en voie d'évolution.
6 mars. — L'état général est meilleur, et les plaies prennent on aspect plus satisfaisant; depuis le jour de son entrée, le malade est soumis au traitement antiscrofuleux.
4 0 mars. — On ouvre un abcès ganglionnaire; il s'en écoule do pus mêlé à du sang.
Le malade sort le ^0 avril ; les affections locales extérieures ont été modifiées de la manière la plus heureuse , mais l'état général est resté à peu près le même.
Il doit continuer son traitement au dehors.
t>BSBRVATIOMS. MU
EcrouêUes cenoieales et axillairei. — AUmminuriê, — Hémoptyiie,
Ménescloo (Pierre], vingt ans, entré le 22 février 4 856, oouché aa n* 7 du pavillon Saint -Ma tthlea.
Les antécédents du côté de la famille sont nuls ou incertains.
Le malade n'a eu lui-même ni gourmes, ni ophthalmies, ni otorrbées; il n'est point sujet aux bronchites ni aux angines. Il y a seize OH>is, il prit une blennorrhagie qui dura quatre mois, et qui fut traitée par le cubèbe et les injections. Cest pendant le cours de cette blennorrhagie que les glandes cervicales ont commencé à s'engorger, et le fait de celte coïncidence en imposa suffisamment au médecin pour qu'il crût devoir ordonner des pilules mercurielles et de l'iodure de potassium. Le malade est persuadé lui-même qu'il est sous l'influence de Tinfection syphilitique.
Etat actuel. — La constitution est assez bonne, le tempérament lymphatique; les fosses nasales sont habituellement obstruées par des exsudations croûteoses ; les organes thoraciques n'offrent rien de particulier à noter.
La région cervicale est défoimée par des ganglions engorgés et proéminents, disposés de la manière suivante : vers les insertions supérieures du sterno-mastoïdien du côté droit existent des tumeurs dont le volume égale, en moyenne, celui d'un œuf de pigeon ; une chaîne ganglionnaire descend de là le long du sterno-mastotdien et vient se confondre inférieurement avec un paquet énorme qui occupe le creux susclavîculaire, débordant par une partie de sa masse l'attache claviculaire du oQuscIe.
Parmi ces glandes, il en est qui ne sont qu'engorgées, d'autres ont été envahies par la suppuration et ont donné lieu à des abcès Ûstuleux au nombre de trois, qui se sont établis, l'un le 43 janvier dernier, et les deux autres dans le courant du mois de mai de l'année précédente; ces derniers sont situés dan^ l'espace sus-claviculaire et en voie dd cicatrisation.
. Une large cicatrice existe au niveau de Toccipital du côté gauche,
attestant rexistence anténeore, dans cette région, d'engorgements ginglionnaires terminés par suppuration.
Dans Taisselle du côté gauche, on trouve une glande assez volomineuse.
Le traitement a consisté, depuis le 23 février, en bains alcaline, alcoolature de ciguë, tisane de houblon et sirop antiscorbutique. Le 1 4 mars, Tengorgement ganglionnaire ne diminuant pas, on ordonoe des frictions avec une pommade à Textrait de ciguë et à l'iodure de plomb.
Le 20 avril, un point fluctuant se montre à droite ; le malade se plaiot de tousser, et il expectore des crachats spumeux.
Le 25 avril, le malade, après avoir travaillé au jardin de ThôpiUl, s'apergoit que ses pieds enflent ; il ne s'en plaint que le 6 mai, jour oo nous constatons de rœdème à la face et aux extrémités inférieures. L'examen des urines y révèle une quantité assez considérable dalbumine.
Le 7 mai, une hémoptysie se déclare; le malade expectore environ un verre de sang. A l'auscultation, nous trouvons à gauche en avant, au-dessous de la clavicule, une expiration prolongée très manifesle; la respiration est restée normale à droite.
Le 8, le 9 et le 10 mai, les urines continuent d'avoir une coaleor lavure de chair, et d'être albumineuses.
Quelques jours après, le malade sort sur sa demande.
OBSERVATION LVIH.
Scrofule cangUoaaalrc.
Eerouelles cervicales coexistant avec une syphilide pustuleuse miliaire, (Observation recueillie par M. Dublanc, élève du service.)
Morizot (Alexandre], âgé de seize ans, entré le 1'^ février 1836, couché au n^ 4 du pavillon Saint-Matlhieu.
Le malade a été atteint de gourmes dans la tête, vers l'âge de hait à neuf ans ; puis serait survenue une éruption de furoncles sur diverses parties du corps; vers la môme époque, il eut un écoulement par l'oreille gauche, écoulement qii dure encore; il est très sujet aax coryzas; enfin, c'est en mars dernier qu'il s'est aperçu que les glandes cervicales prenaient un volume inusité.
L*habîlade extérieure du malade n'offre rien de bien remarquable à noter; il est blond de cheveux, sa peau est blanche, fine, injectée; sa constitution est assez faible, son tempérament lymphatique.
C'est à gauche surtout, et au-dessous de la mâchoire inrérieure, que siège Tengorgement ganglionnaire ; il est constitué principalement par quatre tumeurs assez volumineuses, autour desquelles sont éparses des glandes plus petites, et qui paraissent en voie de développement ; on remarque sur un point une plaie récemment faite en ville par un médecin, plaie qui donne encore issue à du pus ; les régions paroti* diennes et cervicale postérieure sont saines.
Rappelons que Toreille gauche est affectée d'une olorrbée de longue date.
Ce malade porte en outre une autre affection d'origine et de nature bien différentes, je veux parler d'une syphilide pustuleuse miliaire répandue abondamment sur les régions dorsale, lombaire, épigastrique et thoracique antérieure ; sur la face se voient aussi quelques pustules facilement reconnaissables ; cette éruption, dans son ensemble, a une teinte d*un rouge violacé, tirant sur le jaune dans certains points; les éléments qui la composent sont de petit volume, acuminés, et disposés en groupes plus ou moins arrondis qui rappellent assez bien la forme de grappes ; chacun de ces groupes est séparé de ceux qui l'avolsinent par un intervalle où la peau est exemple de toute altération ; ils ne sont le siège d'aucune démangeaison ; une légère exfoliation épidermique recouvre un certain nombre d*éléments pustuleux.
Un traitement mixte est ordonné; d'une part, la tisane de houblon, de Teau iodée, une pommade iodée et des bains sulfureux, contre Taffection scrofuleuse; et d'autre part, des pilules de proto-iodure do mercure, une par jour de 0,025, contre l'éruption syphilitique.
Le 4^ avril, quatre pilules ont été prises, et Téruption a pâli très notablement.
Le 9 avril, elle s'est effacée en grande partie.
Le 5 mai, on en retrouve à peine quelques traces.
Cependant l'affection scrofuleuse s'est améliorée en même temps; les glandes ont diminué de volume, et le 30 mai, jour de la sortie du malade, une bonne cicatrice ferme la fistule que nous avons mentionnée plus haut.
608 LEÇONS 8tJH LA SCROFULE.
Serofnle gaa^ llonitalre.
Ophthalmie chronique et engorgement gangUmnaire du ooti. (Obsemtioo recaeillie par M. Dutnont, interne du service.)
Martin (Paul), seize ans, couché au n« 89 da pavillon Saint- Matthieu, entré le 44 mars 4 856.
Il ne nous donne aacun renseignement de quelque valeur sur son père et sa mère, qui sont morts il y a longtemps déjà.
Lui-même n'a été atteint ni de teigne ni de gourmes, mais depuis Tàge de quatre ans son œil gauche est affecté d'une ophthalmie chronique (conjonctivite et kératite scrofuleuses), qui existe encore aujourd'hui. Vers la môme époque, il eut, en outre, desganglites supporéesà la région cervicale. Notons encore que depuis longtemps les narines soot le siège d'un impétigo qui les obstrue par une production incessante de croûtes. Son ophthalmie a été traitée par M. Sichel, qui a employé it cautérisation. Pendant deux ans, il prit de la tisane de houblon et de rbuile de foie de morue.
Etat actuel, — Ce malade ne présente rien de particulier dans sa constitution ; ses diverses fonctions s'accomplissent régulièrement ; il tousse un peu, mais l'auscultation ne révèle aucun signe de tuberculintion pulmonaire.
L'ceil gauche présente une conjonctivite intense ; il est injecté, lar* moyant; les capillaires s'avancent jusque sur la cornée, qui a perdu en partie sa transparence et au centre de laquelle on aperçoit une tache blanche de petite dimension. La vue est très mauvaise de ce côté; il distingue et reconnaît à peine les objets qui l'environnent. L'œil droii. sans être très bon, n'offre cependant pas d'altération bien notable.
Le nez, la lèvre supérieur» et la cavité des narines sont recoaverU, ici d'ulcérations, là de croûtes impétigioeuses. et le malade attribue ces lésions au contact des mucosités nasales.
Le cou porte les stigmates des abcès ganglionnaires dont nous avons parlé plus haut; de plus, à droite et à gauche on sent de petites tumeurs adénoïdes mobiles, roulant sous le doigt, et situées au milieo de tissus parfaitement sains.
Aux aines existent des tumeurs de même forme et de même nature.
Le malade sort le 45, amélioré par le traitement aDtiacrofaleoz ; • nécessité de faire place à de plus aoafTranta qae lai a motivé son renvoi.
Serefole (ascH^analre.
EcroueUe cervicale et acné punctata, (Observation recaeillie par M. Pouquet, interne du service.)
Bonnemère (Maurice), dix-huit ans, entré le 6 novembre 1 857, couché an n* 59 du pavillon Saint-Matthieu.
Les parents n'ont présenté aucun accident de nature scrofuleuse on syphilitique, du moins à sa connaissance ; il a trois frères et une sœur, qui tous ont eu des gourmes dans leur enfance.
Le malade, d'une constitution assez robuste, d'un tempérament lymphatico- sanguin, déclare qu'il n'a été atteint ni de gourmes, ni d'ophthalmies, ni d'otorrhées dans son enfance.
L'affection qu'il porte a débuté à l'âge de quatorze ans ; de chaque côté du maxillaire inférieur se formèrent alors des tumeurs ganglionnaires qui se sont converties en abcès fistuleux ; ces fistules, après une durée assez longue, se cicatrisèrent, mais d'autres ganglions se prirent à leur tour dans la région parotidienne, qui donnèrent lieu à la même série d'accidents, et c'est pour s'en faire traiter que le malade est entré à l'hôpital Saint- Louis, service de M. Bazin. Je dois ajouter que la partie postérieure du cou est également le siège de ganglites suppurées, dont le début remonte à peu près à la même époque.
Etat actuel, — Sur la joue droite se voient deux ulcérations ovalaires, d'une coloration roogeàtre, et desquelles s'écoule incessamment un pus fétide et de mauvaise nature; à gauche, et en arrière de la branche maxillaire existent également deux surfaces ulcéreuses assez étendues, ayant succédé manifestement à des ganglites suppurées.
Le malade porte en outre sur la face, et particulièrement sur le menton, des pustules nombreuses d'acne punctata dont les sommets noirâtres simulent assez bien des grains de poudre qui auraient pénétré dans les couches les plus superficielles de la peau.
Après un traitement antiscrofuleux approprié (tisane de houblon, sirop antiscorbutique, sirop d'iodure de fer, alcoolature de ciguë, appli-
cation de leinlure d'iodo sur los ulcères}, le malade sort le mercredi 42 février, complètement guéri ; les ulcérations sont recouvertes d'ooe cicatrice violacée, lisse, plissée, adhérante aux ganglions.
Ncrofale gancllonniilre.
Ecrouelles cervicales cl pityriasis arthritiqueifibsersàtÀon recueillie par M. Dumont, interne du servic-e.)
Armand Bourdon, dix -sept ans, couche au n*' 75 du pavillon Saint- Matthieu, entré en février 1856.
Anlécédents. — Son père est mort à Tâge de cinquante-sept ans d^ooe affection des reins.
Sa mère, qui vit encore, a eu deux affections de poitrine assez graves.
Il a eu quatre sœurs, dont deux sont mortes. Tune en bas âge, Tautre à vingt-cinq ans, d'une péritonite ; les deux qui vivent encore jouissent d'une assez bonne santé ; la plus jeune a le visage constamment couvert de boutons.
Le malade actuellement en observation n'aurait été atteint, jusqu'à Tâge de sept ans, d'aucune affection scrofuleuse. A cette époque, il vit apparaître sur la joue gauche un petit abcès dont nous trouvons la trace cicatricielle. A rage de neuf ans, les glandes du côté gauche du cou s'engorgent, et il entre à rhospico de T Enfant-Jésus, où il reste six mois. U, on lui ouvre plusieurs abcès cervicaux, et on lui fait prendre des tisanes amères, de l'huile de foie de morue et des bains sulfureux. Huit jours après sa sortie de l'hôpital, il est pris d'une conjonctivite intense, et rentre à TEiifant-Jésus, où on le retient pendant cinq mois ; on lui fait des instillations dans l'œil avec un collyre, et il sort de nouveau, en conservant sur la cornée une taie que nous retrouvons aujourd'hui.
Sis mois après, une seconde conjonctivite se déclare, et après s*étre soigné chez lui pendant quelques mois, ne voyant aucune amélioration, il se décide à retourner à l'hôpital, où, après Un mois de séjour, il se trouve à peu près complètement guéri.
En 1854, quelques ganglions cervicaux s'engorgent des deux côtés; ces tumeurs disparaissent peu à peu sans aucune médication, mais de
nouvelles glandes ne lardenc pas à se montrer au-dessous du menton. Celles-ci disparaissent à leur tour vers la fin de l'année 4 855, et à la même époque se développe, à la partie latérale droite du cou, une tumeur qui acquit en peu de temps des dimensions considérables.
Au mois de juin 4 855, il est admis à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Devergie, pour un érytbème noueux qui dure cinq mois entiers.
En février 4 856, il vit apparaître sur la partie antérieure du tronc des taches rouges qui s'eiïaçaient en laissant à leur place une légère exfoliation farineuse. Cette affection s'étendit peu àr peu sur toute la poitrine, et c'est alors qu'il se présenta à la consultation de M. Bazin, qui le reçut dans ses salies.
Voici ce que nous observons à son entrée :
Sur le côté gauche du cou se voient cinq cicatrices, traces non équi- \oqnes de ganglites soppurées; le côté droit est déformé par une tumeur volumineuse, résultant de l'engorgement d'un certain nombre de ganglions.
Sur la partie antérieure de la poitrine, on observe de larges plaques pityriasiques, recouvertes de squames très ténues; des plaques semblablés existent dans le dos et sur l'abdomen, mais beaucoup plus prononcées et conQueutes sur la première de ces régions.
Le traitement a consisté en tisane de houblon, sirop antiscorbutique, solution minérale iodée, bains d'amidon et bains alcalins, frictions avec la pommade à l'iodure de plomb.
Le 25 mai, le pityriasis a complètement disparu ; les glandes cervicales ont considérablement diminué de volume ; elles sont plus mobiles, et rien ne fait présager que la suppuration puisse s'en emparer.
Les jours suivants l'amélioration continue, et le malade sort complètement guéri de son affection cutanée; la glande du côté droit n'a plus que le volume d'une noisette.
Il est ordinaire de voir l'arthritis succéder à la scrofule, mais il est plus rare de voir allerner les différentes affections des deux maladies constitutionnelles. Dans l'observation que Ton vient de lire, les affections de la scrofule et de Tarthritis se succèdent sans interruption. La scrofule» selon la règle, apparaît la première et se traduit par des poussées succès-
sives d*écrouelles faciales et cervicides, par des ophUialmies scrofuleuses; l'arthritis n*attend pas la disparition des manifeslations de la scrofule pour faire acte d'apparition. Pen* dant révolution de Técrouelle cervicale, surviennent des affections cutanées, l*érythème noueux d* abord, et plus lard \q pityriasis maculata, qui ne laissent aucun doute sur Vexis* tence de cette maladie constitutionnelle.
Remarquons toutefois que Térythème noueux ne dure pas cinq mois, et qu'il est possible qu'une erreur ail été commise dans le diagnostic ; ce prétendu érythème noueux n'était peut-être qu'un érythème induré, affection de nature scrofuleuse et d'une marche fort lente. En tous cas, le pityriasis seul suffirait pour ne laisser aucun doute sur la coexistence de l'arthritis.
Scrofule nanf llonnalre.
Ecrouelles cervicahs. — Acné puituleuse généralisée discrète et cohérente. (Observation recaeillie et rédigée par M. Baudot, interne do ser vice.)
' Le nommé Wertz (Antoine), âgé de dix-sept ans, bijoutier, entré k l'hépltal Saint-Louis, dans le service de M. Bazin, le 8 mars 1864.
Ce jeune homme n'a jamais connu sa mère, qu'il perdit quand il était encore au berceau , et ne saurait indiquer la maladie dont elle est morte.
Son père jouit, selon ses assertions, d'une assez bonne santé, mais est doué de peu d'embonpoint.
Quant à lui, il ne se rappelle pas avoir eu de gourmes ou de manx d'yeux pendant son enfance. Vers l'âge de sept ans seulement apparurent des tumeurs sous -maxillaires dues à l'engorgement des gaoglioos lymphatiques de cette région, et bientôt une éruption cutanée, de forme circinée, occupant la presque totalité du corps, et qu'il ne peut asses
biêD définir poar qn'ii soit possible de lui imposer on nom. Celte éraplion reparut presque tous les ans, dit-il, depuis cette époque, tantôt simnltanémenl avec l'engorgement ganglionnaire, tantôt dans 1* intervalle de deux apparitions d*écrouelles. Il entra d ailleurs à plusieurs reprises à l'hôpital des Enfants malades ou à Sainte- Eugénie pour cet engorgement sous-maxillaire, qui plusieurs fois abcéda et jamais ne disparut complètement depuis quelques années.
Aujourd'hui 4 1 mars 4 861. — Ce malade, doué d'une taille et d'un embonpoint ordinaires , offrant tous les attributs du tempérament lymphatique : on caractère doux et tranquille, de la nonchalance, la peau fine, les lèvres et le nez un peu volumineux, présente Tétat suivant :
A la région sus-hyo!dienne et aux parties antérieure et latérales du cou s'observent des cicatrices de forme irrégulière, de couleur violacée, proéminentes à la surface des téguments, caractères qui suffiraient pour permettre de reconnaître leur origine, si à côté d'elles n'existaient des ouvertures fistuleuses d'abcès ganglionnaires et des tumeurs lymphatiques d'un volume variable de celui d'une noix à celui d'un œuf. . En outre, particularité importante et sur laquelle nous attirons l'attention du lecteur, il existe sur toute la surface du corps une éruption caractérisée par de petites pustules rouges, acuminées, du volume d'une tète d'épingle ou d'un grain de mil, pustules disséminées et séparées les unes des autres par des intervalles variables de peau saine ou réunies et tassées, de manière à former une petite masse, un petit groupe tuberculeux, dont il est en certains points facile de reconnaître Télément primitif, la pustule, tandis que la confusion est possible en d'autres parties du corps, à la partie antérieure et externe de la cuisse, par exemple, où les pustules se sont rompues et où il n'existe plus que des plaques saillantes, régulières ou irrégulières, rouges et recouvertes de squames blanches et peu épaisses, plaques offrant quelque analogie avec celles du Ucken iiritlus.
Ces groupes pustuleux sont d'ailleurs tantôt réunis sur une même surface, tantôt isolés et séparés par des espaces où l'on observe des pustules distinctes les unes des autres, et contenant encore du pus ou n'offrant plus qu'une surface rouge recouverte de légères squames si le liquide a été expulsé depuis quelque temps.
Sur les orteils des deux pieds, mais surtout du pied gauche, existent de larges plaques rouges, saillantes et couvertes de squames minces, dont l'analogie avec les groupes pustuleux que nous venons de décrire
est évidente, et à côté desquelles se voient d*ai11ears des postales isolées.
Cette éruption n'occasionne pas de démangeaisons aa noalade.
M. Baudot a oublié de mentionner un bouton d'acné varioliforme que le malade porte sur la région sourcilière du côté gauche. L'existence Je ce bouton acnéique, la disposition de réruption pustuleuse, les rapports des pustules avec les poils qui les traversent, sont autant de raisons de penser que cette éruption pustuleuse a pour siège les glandes sébacées et les glandes anne^^ées aux follicules pileux.
On peut confondre cette forme, très rare d'ailleurs, de l'acné scrofuleuse avec une variole discrète ; mais la marche de l'affection, Fabsence de phénomènes généraux, viendraient bien vite éclairer le diagnostic.
On peut la prendre pour un lichen à papules déprimées; mais, dans ce dernier cas, les boutons ne sont pas des pus- * tules ou des pustulettes, mais des papules aplaties, couvertes d'un feuillet épidermique mince et blanchâtre.
L'ar Ihritis et la syphilis peuvent, comme la scrofule, se traduire sous cette forme d* éruption cutanée; mais, dans la première maladie, il existe des picotements, des démangeaisons vives, et, dans la seconde, de petites cicatrices blanches, lisses, déprimées, entourées d'une auréole cuivrée, tandis que, dans la scrofule, les démangeaisons n'existent pas, les cicatrices ou manquent tout à fait ou ne ressemblent nullement à celles de la syphilis.
Serofnie g«B(li«Miaalrc«
EcrouiUei eerfHcaUfê ulcérées, — Tumeur blanche du genou droit.
Varnerol (Joseph)» vingt ans, enlré le 20 mai 4 856, couché au n® 77 do pavilioQ Sainl-Malthiea.
II oe croit pat avoir eu de gourmes, ni d ophihalmies, ni d'otor* rbéesdans son enfance. A l'âge de quinze ans, il fut atteint d'un engor* gement de presque toutes les glandes cervicales, et cet engorgement persista pendant trois années à Tétat stationnaire. En 4 855, Tune des tameors s*enflamma et donna lieu à un abcès dont Touverture est demeorée fistuleuse jusqu'à ce jour; puis, dans l'espace de quelques mois, un certain nombre de glandes s'enflammèrent, et de nouveaux abcès apparurent sur la région du cou . C'est au commencement de l'année 4 855 que le genou droit devint douloureux et se tuméfia ; la marche était très pénible, mais quelques jours de repos faisaient tomber toQt phénomène aigu, et rendaient au membre malade une grande partie de sa liberté d'action. Mais la fatigue remettait bientôt tout en cause, et c'est au milieu de ces alternatives que se pa:^sa une bonne partie de l'année 4 855 et le commencement de 1856. Ce fut alors que le malade vint consulter M. Bazin, qui Tadmit dans son service.
Etat actuel. — Le malade est pâle, faible et porte bien tous les traits de la constitution scrofuleuse ; toute la région cervicale est déformée par des tumeurs ganglionnaires, des fistules et des cicatrices. Du côté droit, derrière le sterno-cléido-mastoîdien, existe une large ulcération mesurant plus de 3 à 4 centimètres de diamètre, fongueuse, rougeâlre. Du même côté, et dans la région parotidienne, se voient deux fistules qui donnent issue à une assez grande quantité de pus. Du côté gauche, vers la partie moyenne du sterno-mastoïdien, est une ulcération qui présente le cachet scrofuleux.
Le genou droit est plus gros que le gauche, déformé, globuleux, sensible à la pression ; la peau qui le recouvre n'a subi aucune allération.
60A LEÇONS dUtl La SCROt^ULfi.
Scrofule cellulaire.
Abcès froids de l'avant-brcu, •
Leroy (Juslio), âgé de trente-quatre ans, entré le 7 août 4857, cooché au n° \ 9 du pavillon Saint-Matthieu.
Son père est mort à un âge avancé ; il était rhumatisant. Sa mère est morte à la suite de couches. Il a des frères et des sœurs dont la santé est bonne; il ne leur connaît pas d'antécédents scrofuleux.
Lui-même est d'une constitution faible, d'un tempérament lymphatique; il a été, dans son enfance, affecté de gourmes au cuir chevelu.
11 y a trois mois environ, il ressentit dans la région antibrachitle da côté droit, près de l'articulation du coude, de vives douleurs, qui furent suivies de la formation d une tumeur et d'un abcès, dont un médecio fit l'ouverture ; un pus abondant s'en écoula, mais l'articulation resta gênée dans ses mouvements, et la flexion était devenue à peu près impossible.
Quelque temps après, deux nouvelles ouvertures se formèrent spontanément, et. devenues fistuleuses, donnèrent lieu à un écoulement cootinuel d'un pus jaunâtre, abondant et fétide. Le malade, ne voyant aucune amélioration survenir dans son état, se décida, le 7 août 4837, à entrer dans le service de M. Bazin.
Etat actuel. — Lavant-bras droit est considérablement tuméâé à sa partie supérieure et antérieure; là se voient trois ouvertures fistuleuses qui conduisent dans le tissu cellulaire souscutané, et n'ont évidemment aucun rapport avec les os ou l'articulation ; autour d'elles, la peau est amincie, décollée, violacée; la pression est douloureuse et les mouvements de i'avant-bras sont pénibles, mais cette dernière particularité s'explique facilement par la situation môme de la tumeur, sans qu'il soit besoin d'admettre une lésion de l'article.
Le malade prend, à l'intérieur, de la tisane de houblon, do sirop d'iodurede fer; des cataplasmes sont appliqués sur la région affectée.
Le 4 5 août, on constate une amélioration très sensible : la tuméfaction a beaucoup diminué, la suppuration est presque tarie et les ouvertures Gstuleuses sont comblées par des bourgeons charnus d'une coolear vermeille, petits, de bonne nature ; I'avant-bras a recouvré en grande partie là liberté de ses mouvements.
Le 4 septembre suivant, il sort à pea près goéri ; l'avant-bras a repris son volome normal, et tons les moavements sont possibles; l'une des fistules est complètement cicatrisée, les deux, antres présentent un petit point ulcéré, mais dont la guérison ne saurait se faire attendre.
8cr«tale «suenae.
Scrofule oiseute êuivie de manifestations arthritiques, (Observation recueillie par M. Sergent, interne du service.)
Honorine Boucher, vingt-huit ans, entrée le 25 mars 1859, couchée ao D* 4 du pavillon Saint-François.
Le père est mort a soixante-sept ans d'une affection cérébrale ; il fut pris de convulsions suivies de perte de connaissance, et resta paralysé pendant un mois; de nouvelles convulsions survinrent alors, et ame- Dërent rapidement une terminaison funeste. La malade, qui à cette époque comptait treize ans à peine, ne peut nous donner d'autres renseignements sur son père.
La mère est morte subitement à Tâge de soixante-quatorze ans; elle avait été sujette, dans les derniers temps d' sa vie, à de violents maox de tète et à des douleurs d*estomac: elle se plaignait assez souvent de souffrir dans les reins. Elle était de petite stature et d'un embonpoint assez considérable. Elle eut huit enfants, dont deux sont morts en bas âge; les deux autres ont été atteints de gourmes, à l'exception de la malade, dont nous allons rapporter l'histoire. De ces six enfants, labé, âgé de quarante-neuf ans, a eu un eczéma du cuir chevelu il y a dix ans; une sœur, âgée de quarante ans, a éié pendant trois mois gravement malade.
Quant à notre malade, elle fut affectée jusqu'à l'âge de dix ans d'im* pétigo sur différentes parties du corps, mais jamais au cuir chevelu. Elle eut, à seize ans, une fièvre typhoïde à la suite de laquelle se déclarèrent des abcès ossifluents symptomatiques d'un mal vertébral de Pott. Pendant quatre ans, elle fut paralysée; puis, peu à peu, les membres inférieurs reprirent une partie de leur liberté d'action, et la marche est aujourd'hui possible, avec claudication* légère. Elle eut pendant longtemps des fistules aboutissant à un os carié, et prit de l'huile de morue en quantité considérable dans le service de M. Bazin, où elle demeura aeuf mois.
A la suite de sa fièvre typhoïde, elle vit apparaître sur les jambes et les bras une éruption impétigineuse ; sur les mains, elle portait de petites plaques arrondies qui ont persisté depuis neuf ans, et dont nous allons tout à l'heure donner la description. L'impétigo a disparu sans laisser aucune trace de son passage.
Depuis un mois, la malade a des maux de tôle violents, avec envies de vomir; au moment de ces migraines, elle est prise de bâillements, de pandiculations, avec sentiment de souffrance dans la région stomacale. Les coryzas sont chez elle très fréquents et surviennent avec une extrême facilité, principalement dans la saison froide. Ajoutons enfin qu'à cinq reprises le coude gauche est devenu douloureux, rouge, enflé, et quels malade est sujette à des douleurs dans les jambes, qui parfois prennent la forme de crampes.
Etat actuel, — Sur le dos des mains, on voit des plaques arrondies dont les unes ont les dimensions d'une pièce de 50 centimes et les aotres d*une pièce de 1 franc ; d'autres enfin sont plus larges et de forme plus irrégulière; elles se voient principalement au niveau des articulations mélacarpo-phalangiennes ; leur surface est rouge, crevassée ; elles font une légère saillie au-dessus du niveau de la peau ; elles sont hérissées de petites papules que recouvrent des lamelles minces et de coaleor jaunâtre ; elles donnent lieu, de temps à autre, à la sécrétion d'une petite quantité de liquide, mais elles sont habituellement sèches; elles sont le siège de picotements, de cuisson, et, sous TinQuence de la chaleur, de démangeaisons parfois assez vives.
La malade a bon appétit, mais ses digestions sont pénibles et laborieuses ; elle est le plus souvent constipée.
Le %î avril, elle sort de l'hôpital ; les plaques se sont affaissées, les digestions se font mieux, Tétat général est, en un mot, des plus satisfaisants.
Scrofule oanensc.
Scrofule compliquée de pourriture. — Ulcère de la jambe, — De$truelm du voile du palais et de la cloison des narines, (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)
Gary (Philippe), vingt ans, couché au n** 41 du pavillon Saint-Matthieu, entré le 4 8 avril \ 860.
Ce malade est entré dans le service atteint d'une double affection : an
ulcère scrofoleox de la jambe gauche et une léaioQ de même nature de la gorge et des fosses nasales.
Il nous apprend fort peu de chose sur ses antécédents ; il n'aurait eu dans son enfance et jusqu'à Tàge de quinze ans aucun sympt6me de scrofule, ni gourmes, ni engorgements strumeux, ni ophthaimies, ni otorrbées, ni lésions cutanées: cependant il a toujours été sujet aux engelures, et il porte dans son habitude extérieure les traits de la constitution scrofuleuse.
Son père est mort bydropique.
Il n'a pas connu sa mère.
C'est vers l'âge de quinze ans qu'a commencé la série des accidents qui l'amènent à l'hôpital. A la suite d'un coup, dit-il, il vit se former à la jambe gauche une tumeur, un abcès dont l'incision fut faite, et qui donna issue à une quantité insignifiante d'un liquide sanguinolent; mais l'ouverture persista et devint le point de départ d'une ulcération qui s'étendit peu à peu, et dont la cicatrisation, depuis cinq années, n'aurait jamais été complète. A son entrée à l'hôpital, cette ulcération était fort grande et entourée d'une surface cicatricielle qui attestait des dimensions antérieures encore plus considérables; partie du genou, elle descendait sur la jambe, qu'elle contournait on spirale, pour gagner la région postérieure et moyenne ; elle parut d'abord tendre vers la cica- •Irisation, mais tout à coup, sous une influencée inconnue, elle s'agrandit, prit l'aspect de la pourriture d'hôpital, se recouvrit d'une pseudo*membrane grisâtre et pultacée, rongeant la cicatrice et gagnant chaque jour en étendue, tout en restant superficielle. Aujourd hui, par le fait d'un traitement tonique et de légères cautérisations, elle s'est considérablemept réduite, et tout fait espérer une guérison prochaine, si une nouvelle poussée ne vient l'entraver encore.
Il y a deux ans, le malade fut pris d'un grand mal de gorge qui le fit beaucoup souffrir, età la suite duquel il aurait perdu le voile palatin. En effet, si l'on examine la gorge, on ne trouve plus aucune trace de la portion membraneuse du palais, et Ton aperçoit en outre la paroi postérieure du pharynx et celle de l'arrière cavité des fosses nasales ulcérées, croûteuses et semées de fongosités inégales. Tous ces désordres paraissent s'être produits sans grande réaction, puisque le malade continua de travailler, sans même consulter le médecin.
Le nez est aplati, déformé, ce qui tient à la destruction complète de la cloison , qui a disparu de rorifice antérieur à l'orifice postérieur. Voici comment, suivant le malade, les choses se seraient pas9ées : il y a six mois
BAZIM. 39
010 LEÇONS BUR LA SCftorULE.
edviroD, le nec w luméfia peu à pea, mus roogear oi douleur ; l*air ( de traverser libremeQt les fosseé nasales, il ne pouvait qu'a grand^peioeen faire sortir, en se mouchant, les mucoeités et les croûtes qui obstruaient continuellement cos cavités ; une sécrétion purulente s'écoulait en petite quantité par les narines ou tombait dans la gorge ; au bout de douie à quinze jours, la partie antérieure de la cloison avait déjà disparu, et c'est alors qu'il entra à l'hôpital. Nous avons pu voir, à partir de ce moment, le mal ronger peu à peu, d'avant en arrière, la cloison nasale, qui se détachait par portions que le malade reconnaissait lui-même peur être des portions d'os cariés ou nécrosés. Aujourd'hui, la cloison est détruite dans toute son étendue, et aucun symptôme n'existe plus du côté du net, SI ce n'est la difformité qui résulte de la mutilation qu'il a subie.
Le 29 janvier 1 861 « l'état du nez est tel que je viens de le décrire, mais à la partie supérieure et interne de la jambe existe une ulcération allongée de haut en bas et de dehors en dedans, plus large à la partie moyenne qu'aux extrémités, et dont les contours irréguliers sont affaissés et le siège d'une cicatrisation évidente ; la surface malade est au niveau des parties saines, couverte de bourgeons charnus dans la plus grande partie de son étendue, grisâtre cependant en quelques parties encore dont l'étendue diminue de jour en jour.
Au moment où, ainsi que je le disais plus haut, tout permettait d'espérer une guénson prochaine, Tuicération s'agrandit tout à coup et sans cause connue, et pendant près de cinq semaines on put chaque jour constater des progrès dans la destruction des parties {«aines. Alors seulement, c'était vers le commencement de décembre, on remarqua une tendance vers la guérison, et bientôt un travail de cicatrisation qui s'est continué jusqu'à ce jour. £n ce moment, l'ulcération ne présente plus que les deux tiers de l'éiendue qu'elle avait au mois de décembre, lorsqu'elle avait atteint son apogée.
%% mars. -7 Le malade sort parfaitement guéri.
OBSERVATION LXVll.
Ulcérations cutanées profondes du pied droit et de ta jambe drotte^ avec gonflement énorme de ces parties. ^^ Autopsie. (Observation recueillie par M. Dumont, interne du service.)
Charbonnier (René], trente-sept ans, entré le 4 juillet 4866, couché au n* 63 du pavillon Saint-liatlhieu.
OBSKtlVATiONS. 611
AotécédeDU de f«inille nols on iocooDM.
Ce malade a élé bien poriant jusqu'à Tige de vingt-deoi aoe; il vi« alors apparalire» ^lans le voisinage de la malléole interne du pied droit, une peiite tumeur qui. dii*i*, abcéda et suppura pendant plus d*un an. Semblables lésions se sont montrées à la malléole externe et même à la jambe et à la cuisse du même cété; la lésion siégeant à la partie inférieure delà jambe se propagea par envahissement successif sur les fiicea dorsale et plantaire du pied.
La cuisse et la partie supérieure de la jambe droite offrent des cicatrices blanches assez profondes ; on constate à la partie inférieure d« membre et sur le pied principalement un gonflement énorme, afee déformation; les orteils sont ulcérés profondément; un vaste ulcère occupe toute la plante du pied et la moitié antérieure de sa face dorsale, où Ton trouve c^ et là quelques Ilots de peau saine; ces ulcères aoni ronges, granuleux, et il en suinte une suppuration abondante; le membre est amaigri dans sa totalité.
Mort subite le 40 juillet.
Autopsie. — La peau du pied malade est extrêmement épaisse, Comme lardacée, de couleur livide et violacée. Les os des phalanges sont très ramollis et se laissent inciser avec une grande facilité. La substance spongieuse a été ramollie, ab<iorbée, raréfiée, et a laissé en sa place un canal parfois assez large.
Les os du tarse ont subi des modifications semblables.
Dans le poumon droit, au sommet, se trouvent des tubercules et d'anciennes cicatrices.
Le foiee&t le siège d'une altération particulière : il est grisâtre, manifestement infiltré de graissée. La vésicule est gonflée par une bile claire.
Les reins sont à la deuxième période de la maladie de Brigbt ; il y a anémie de la substance corticale.
La rate est diffluente. volumineuse.
La cause de la mort subite est restée ignorée.
flkroinle osseuse.
Symptômes de carie atlo^do-axoidietine,
Auguste Blériot, quinze ans, couché au n* 4 du pavillon Saint-Mat* tbieu, entré le 1 0 janvier 4 860.
Ce malade a ea des goarmes dans la tète vers l*àge de sept oa boit aas, mais il nie toat autre antécédent scrofuleux ; il est faible de constitution, racbitique, petit, déformé.
Son père se porte bien ; sa mère est astbmalique ; elle a eu mal aux ^ jambes. Il a deux sœurs; toutes deux ont en des gourmes; l'une d'elles a été atteinte d'une affection do genou ; leur santé serait, en somme, assez mauvaise.
Il y a un an, sur la partie latérale gauche du cou apparut une tumeur douloureuse, qui augmenta peu à peu de volume; la lôte s'inclina da même côté. Vers le mois de mai, après quelque temps passé à la cam* pagne, la tumeur avait presque disparu, mais elle reprit bientôt sa marche. Le côté droit se tuméfia à son tour, la déviation augmenta, et dès lors le mal alla s'aggravent de jour en jour. Voici ce que nous observons aujourd'hui.
Dans la région cervicale existe, de chaque côté, une tuméfaction considérable, étendue de la nuque au menton, et faisant disparaître, sous sa saillie mamelonnée, toute ligne de démarcation entre la face et le cou ; du côté gauche, la tumeur est dure, rénitente et douée, dans certains points, d'une élasticité comme cartilagineuse ; du côté droit, le gonQement est moins volumineux, moins étendu en avant, où il laisse à découvert les ganglions sous-maxillaires, mais les deux tumeurs se réunissent en arrière et forment un empâtement qui masque et englobe les saillies musculaires et osseuses.
La tête est fortement déviée et s'incline vers l'épaule gauche, la face regardant à droite; on ne sent aucun muscle en contraction.
La colonne cervicale a éprouvé un mouvement de rotation ou de torsion en vertu duquel sa face antérieure est tournée à gauche, tandis que les apophyses épineuses sont dirigées à droite de la ligne médiane, ainsi que la palpation le fait apprécier sans difficulté.
Le malade se plaint, en outre, d'une douleur vive dans l'épaule droite depuis deux ou trois mois; rien extérieurement n'explique cette douleur, qui peut être attribuée à la compression de quelque branche nerveuse, soit par la tumeur, soit par le fait de la déformation du rachis.
Il tousse souvent et a craché du sang, il y a six semaines, pendant deux ou trois jours. Rien d'ailleurs à l'auscultation.
Dans les derniers temps de son séjour à l'hôpital survint, d'une manière presque subite, une paralysie complète des extrémités inférieures: la tuméfaction du cou, le torticolis, les douleurs, étaient alors
à leor comble, et too( faisait présager uDe prompte terminaiaoa funeste. Mais il sortit da service, et nous ignorons encore ce qu'il est devenu.
Des symptômes que je viens d'énumérer rapidement il résulte que ce malade était atteint d'une double affection : affection des vertèbres cervicales, affection des parties molles, l'une n'étant sans doute qa'un effet de la propagation de l'autre. M. Bazin, qui croit à une tumeur de mauvaise nature, a de la tendance à en placer le point de départ dans les parties profondes de la région ; en conséquence, les os auraient été primitivement malades, et le prodoit morbide aurait de là rayonné à la périphérie, en se fixant surtout sur les ganglions répandus avec tant de profusion dans la région cervicale.
Il est à regretter que l'autopsie (car le sujet était voué à une mort certaine) n'ait pu être faite; mais évidemment, & en juger par l'ensemble des symptômes, il s'agissait là d'une tumeur blanche de l'articulation odontoldo-atioldienne, avec production énorme de tissu iibro-plastique.
ttc rafale <
Carie de Cos des Un, — Abcèn osêifluent à la fesse droite. — Guériêon, (Observation recueillie par M. Dumont, interne du service.)
Saonois (iniien), ftgé de quinze ans, entré le 43 juin 4S66, couché au n"* 35 du pavillon Saint-Matthieu.
Pas d antécédents scrofuleoz, qu'il sache, du c6té de son père ou de sa mère ; une soeur, Agée de sept ans. a les ganglions cervicaui très développés et en suppuration ; elle tousse fréquemment.
Il n*a rien eu à la peau ; toux fréquente, visage pftie, amaigri et portant les traits de la constitution scrofoleose ; les ganglions cervicaux sont engorgés et volumineux.
Le début de son affection actuelle remonte ë cinq mois ; la marche devint difficile, pois impossible ; douleur vivo, se propageant dans toute la cuisse, sans localisation {spéciale sur le genou ; une tumeur se forma, d*abord dure, ensuite fluctuante.
Cette tumeur, qui siège a la fesse droite, a le volume d'un œuf de
61A LEÇONS 8Un Lk SCROFULiS.
poule; elle se ramollit peu à pea, la peau s^amincit et la floctuation devint d*une évidence parfaite.
La liberté des oioovements de la cuisse correspondante et l'absence de toute douleur dans l'articulation et à son pourtour eicluaient Tidée d'une coxalgie; il s'agissait bien certainement d'une carie de Tos des îles, ainsi que les phénomènes ultérieurs lont surabondamment démontré.
Le malade fut soumis au traitement antiscrofoleox qui convient en pareil cas : tisane de houblon, huile de morue, bains sulfureux ; Tabcès fut ponctionné, et des injections iodées furent faites dans son intérieur.
Le 2 août, on remarque que les parois du foyer sont en grande partie adhérentes, et que la source du pus est presque complètement tarîe ; la peau offre une teinte violacée là où était la collection purulente; elle » perdu sa mobilité et est adhérente aux tissus profonds, attirés eux-mêmes vers les os et fixés à eux par des brides cicatricielles.
Il sort guéri le B septembre 4 866.
tterofnle oaneose.
Tumeur blanche de l'ariiculation tibio-tarêienne. — Méningite terofu- Imue i/nirainant la mort, a<ori que l'affention oneute était 4 peu prât guérie. (Observation recueillie par If . Guyot, interne du service.)
Gosset, viogt<deuK ans, tourneur en cuivre, né à Paris, entré au pavillon Saint-Matthieu le 24 décembre 4 855, couché au n*57.
ÀntéeédenU de famille, — Nuls. Père, cinquante-quatre ans ; mère, cinquante ans; deux sœurs, dont l'une plus âgée. Tous bien portants.
Ànlécédentê du êuiet,. — N*a eu, en fait d'affections sorofuleuaee, que des gourmes dans sa première enfance.
La scrofule osseuse pour laquelle il entre à l'hôpital paraît avoir été provoquée, il y a six ans, par une entorse, à la suite de laquelle Tarticuiatioo tibio- tarsienne gauche est restée considérablement tuméfiée. Le malade entre à l'hôpital Saint-Louis six mois après (mai 4 851), avec des ouvertures fistuleuses, et en sort en février 4652. (Huile de morue ) A l'époque de sa sortie, le» fistules étaient cicatrisées, l'articulation
Ubio-tarsiMine ankyloBée, et quelques jours après 6o8i«i pat reprendre son travail.
11 y a cinq mois que las fistules se sont rouvertes; la tuméfactioD est revenue.
Lors de son entrée, l'articulation malade est le siège d'un gonflement considérable; il existe plusieurs ulcérations ë fond blafard; à travers Tune d'elles, située à la partie externe, le stylet pénètre à une profondeor de 4 centimètres et arrive sur l'os dénudé (nécrose] ; déviation do bord interne du pied, qui se trouve relevé, tandis que le bord externe a suivi le mouvement inverse : c'est sur lui que s'appuie le malade lorsqu'il marche; ankylose de l'articulation; atrophie de la jambe gauche ; hypertrophie ganglionnaire inguinale.
Etat général. — Constitution peu forte, système musculaire peu développé. L'auscultation et la percussion ne révèlent aucun désordre de l'appareil respiratoire.
Cœur, — Bruit de souffle au premier temps, palpitations, pouls faible, à 80 ; digestions bonnes.
Traitement. — Houblon, sous-phosphaie de soude iodé. Pendant Tad* mioistration de ce médicament, amélioraiion très rapide de l'articulation. Au bout de six mois, la tuméfaction avait à peu près^ disparu, les ouvertures fistuleoses étaient fermées ; mais alors apparaissent d'autres accidents qui forcent à suspendre le phosphate de soude.
Le 4 6 juillet, céphalalgie violente, avec nausées; le 28, épistaxis, et enfin le 45 août, hémiplégie complète à gauche, avec nausées, céphalalgie violente, fourmillements, sans anesthésie. Ces accidents disparaisse^nt le même jour et se reproduisent par accès revenant sans régularité. Il y en a quelquefois trois le môme jour, puis ils sont deux ou trois jours sans revenir.
6 septembre. — Vomissements, commencement de strabisme, difficulté de la parole, toux sans expectoration. Toujours céphalalgie, peau chaude, sueurs , diarrhée.
7 septembre.— Hémiplégie complète du côté droit, avec anesthésie, dysphagie, pAleur et maigreur augmentées; alternatives de coma et de délire, avec agiution; yeux immobiles, paupières supérieures abaissées, pupilles contractées et immobiles.
8 septembre. — Agonie : conjonctives injectées, narines pulvérulentes, lèvres fuligineuses, respiration haletante, battements du cœur et pools faibles, fréquents, sueurs visqueuses et abondantes Mort dans la nuit.
Autopsie.^ Habitude extérieure, — Maigreur extrême, roidear cadavérique très prononcée.
Méninges. — lojection, rougeur vive du côté droit comme du o6té gauche.
Cireonvolutionê. — Quatre ou cinq petites granulations grises seule* ment éparses çà et là.
Substance cérébrale. — Piquetée, sablée de rouge.
L'hémisphère droit présente, sur la moitié de la crête du lobe gauche, près de la faux du cerveau, une plaque jaunâtre ; au-dessous de cette plaque on trouve une gelée transparente et ferme ; plus profondément, une InGltralion de sang occupant l'étendue de 3 centimètres dans tous les sens. Celte inBltration présente les caractères différents d'un sang sorti de ses vaisseaux à des époques diverses. En un point occupant le pourtour de la suffusion sanguine principale, une teinte jaune safran et prononcée atteste la résorption presque complète du sang. Plus près du centre, quelques points où le sang est fratchement produit, avec sa couleur rouge et son état fluide ordinaire. En6n, au centre, une masse blanche et rose, brune même çà et là ; elle semble produite par un mélange du sang à de la matière cérébrale. Celle-ci n*a pas été rompue, broyée ni écartée pour former et circonscrire un foyer. Un filet d'eau, un effort du manche du scalpel ne séparent pas aisément cette partie centrale du reste du cerveau. Ce n'est donc pas là une hémorrhagie cérébrale proprement dite, c'est plutôt une suffusion sanguine.
Cavité arachndtdienne. — Pleine de sérosité louche.
Vaiêêeaux. — Tous gorgés de sang.
Poumon, — Farci de granulations tuberculeuses du sommet à la base, pleurésie double, adhérences.
Reins^ rate. — Quelques tubercules.
Cœur. — Sain.
Intestins, — Rien d'anormal.
Organes génito-urinaires. — Un tubercule du volume d'une noisette dans l'épididyme du côté droit.
Tumeur blanche tibio-tarsienne. — En voie de goérison ; les os du tarse sont encore spongieux, raréfiés dans leur tissu.
OBSERVATiONS. 617
CariM multipUê. — Abeèi Iroids toui-eutanés et profonde mdépendanU dêi caries.
Evrat, dix-sept ans, bijoatier, né à la Charité -sur-Loire, entré le 7 mai 4856 an pavillon Saint-Matthieu, n"" 92.
AntieédmlBdê (amille. — Père mort à cinquante-cinq ans d'accident ; mère cinquante ans, bien portante : trois frères exempts de scrofule ; trois sœurs, dont deux ont eu des affections scrofuleuses.
ÀniécédenU du si^'et. — Dans son enfance, ni gourmes ni ophtbalmifls, seulement constitution très débile. A quinze ans, pleurésie droite qoi dore six semaines, et consécutivement engorgement ganglionnaire cervical, pais abcès à la poitrine, an ventre, à la hanche, au pied. (Tisane de houblon, iodure de potassium pendant nn an.)
Eiat aetuet. — Constitution cbétive, taille peu développée, maigreur ; néanmoins, sauf le cœur, qui est le siège de violentes palpitations, toutes les fonctions s'exécutent assez bien.
Comme affections locales, nous trouvons des cicatrices et des ouvertores fistoleuses ; les cicatrices répandues sur le ventre, sur la cuisse, sarlepied, sont toutes, sauf cette dernière, sans adhérences, ce qui indique qu'elles ont succédé à des abcès froids sous-cutanés ou profonds , qai ne reconnaissaient pas pour point de départ une affection osseuse. Des ulcérations, Tune, située à la fesse, ne conduit que sur des parties molles; une autre, au-devant du sternum, arrive sur des cètes cariées ; enfin, par une dernière située dans Pintérieur de la bouche, le stylet pénètre jusqu'à la branche de la mâchoire cariée dans une grande étendue. Toutes ces ouvertures Gstuleuses suppurent abondamment.
Traitement. — Vin de quinquina, vin de Bagnols, gargarismes.
45 avril. — Ouverture d*un vaste abcès occupant toute la partie postérieure de la jambe; injections iodées.
îi avril. — A la suite de l'extraction d'une dent molaire qui branlait, rupture de la brancho montante du maxillaire. L'enfant ne peut plu:i manger que de la soupe, qui lui cause une grande répugnance. Dépérissement graduel, sommeil très léger, diarrhée incoercible : les médicaments n'ont aucune action sur le mal.
Les urines ont été analysées à diverses reprises dans le coore delà maladie: jamais on n'y a trouvé d'albumine. Vers la fin de la vie, elles étaient rares, rouges, floconneuses, mais ces flocons n'étaient composés que de mucus.
Mort le 10 mai. L*agonie a été douce et lente: le malade 8*est éteint.
Autopsie. — Marasme squelettiqoe.
Maxillaire inférieur. — Carie profonde altérant assex loin la branclM droite et le corps de la mftchoire au niveau de la deuxième molaire, avec perte de substance considérable ; foyer purulent limité en dehors par !• masséter et en dedans par le plérygoTdien interne ; des esquilles assez nombreuses sont contenues dans ce foyer; la fracture de la mâchoire que nous avons signalée a été le résultat de cette carie.
Côtes. "^ Les septième et huitième côtes sont profondément détruites dans une étendue de 2 à 3 centimètres près de leur insertion au sternum; k leur face interne ou pleurale, tubercules réunis en une masee da volume d'une grosse noix, ayant la consistance du fromage moDetd'iiJM couleur jaune. Dans Tépaisseur du diaphragme, un kyste tubirculevs soulève à la fois les séreuses pleurale et péritonéalt; Un deozième kyste semblable existe encore dans l'épaisseur du diaphragme, au-devant de la colonne vertébrale.
L'abcès ouvert pendant la vie à la jambe était constitué par on vute foyer situé entre la couche superficielle et la couche profonde des moides du mollet. Le tibia et le péroné sont intacts.
Dans les viscères, quelques tubercules aux deux sommeta ; adhérences pleorétiques à droite.
Foie. — Dégénérescence graisseuse, avec augmentation considérabla de volume.
Reins. — Diminution de volume, anémie de la substance corticale,
OBSERVATION LXXIl.
tterofale ••■««•«.
Caries multiples.
Coste (François), vingt et un ans, entré le 23 janvier 4857, coocbé au o« 60 du pavillon Saint-Matthieu.
Ce malade, de faible constitution, n'a jamais joui d'une e^icellentp
0B8ERYATI0NS. 619
»nté. sans avoir fait cependant de maladie sérieuse dans son enfance; il n'a eu ni gourmes ni ophthalmies, mais depuis fort longtemps il porte au cou des ganglions engorgés, et l'on en trouve également dans l'aine et dans l'aisselle.
Il y a quinze mois, des abcès ont paru sur les orteils, deux à droite et QD à gauche, sourdement et presque sans douleur ; ils se sont ouverts au bout de trois mois, époque où il entra à Lariboisière, dans le service de M. Voiilemier. Là, après quinze jours, la suppuration ne diminuant pas et le malade s' affaiblissant de plus en plus, on lui pratiqua successivement et à un mois d'intervalle l'amputation des trois orteils affectés. Aacun traitement interne ne fut administré. Pendant son séjour dans cet hôpital, une nouvelle tumeur se forma au niveau de l'articulation cnéLacarpo-phalangienne du quatrième doigt de la main gauche. Cette tomeor abcéda rapidement, une Bstule s établit , qui depuis ne s'est pas fermée. Le malade , craignant une amputation nouvelle, quitta Tbôpital; mais son affection s'aggrava de plus en plus II y a un mois, des abcès apparurent encore, l'un au dos du pied droit et deux autres à ia partie dorsale du poignet de -la main droite. Ce fut ë ce moment que le malade se décida à entrer à l'hôpital Saiqt- Louis.
EtalaetuêL — La face est pâle, amaigrie, exprimant la souffrance; 1» muqueuses extérieures sont décolorées ; l'appétit est presque nul.
Rien d'appréciable b l'auscultation, bien qu'il tousse fréquemment depuis trois ans.
Au pied gauche se voit une ouverture fistuleuse ayant succédé à un abcès dont le malade ne nous a pas parlé, et dont le début remonte à trois mois; autour de cette 6stule la peau est rouge, décollée ; une sanie purulente s'en écoule abondamment. Les ouvertures fistuleuses du pied droit offrent les mêmes caractères; le stylet pénètre assez profonde-* meut et arrive manifestement sur une surface osseuse, dénudée: les os paraissent augmentés de volume. A la main gauche existe un gonflement très marqué du doigt annulaire, et qui s'étend à toute la première pha> lange; plus en dehors, est une ouverture 6stoleuse. Sur la main droite on trouve deux tumeurs, dont l'une, plus volumineuse et rougefttre, occupe tout le dos du poignet; l'autre tumeur est située au niveau des deuxième et troisième métacarpiens ; elle est moins saillante que la précédente ; un sillon large et profond l'en sépare .
Le malade prend de la tisane de houblon et de Thuile de foie de morue.
Plusieurs abcès sunt ouverts avec le bistouri.
Il sort le 7 septembre, en bonne vote de guérison.
620 LEÇONS 8|}R Là SCROFULE.
Aerofale osaeaae*
Carie des oê du pied. — - AutopÊie,
Pages (Viclor), âgé de huit ans et demi, entré le 23 août 4853 ao pavillon Saint*Matthieu, couché au n* 49.
Le malade est très maigre, d'une pâleur extrême, faible, langoisMot; diarrhée presque continuelle, fièvre le soir; ou ne trouve rienàraoâcoltation.
Il n^aurait eu ni gourmes, ni ophthalmies, ni otorrhées ; il est Irès SDjet aux engelures. Les renseignements sur les parents sont nuls oo ioeeruins.
C'est vers Tâge de trois ans et demi qu'aurait débuté l'affectioD actuelle, à la suite d'une fièvre typhoïde. C'était d abord une tuméfaction indolore; puis la marche deyint pénible et peu à peu impossible; la région tibio-tarsienne rougit, un abcès se forma, et avec le pas forent éliminés des séquestres. Entré alors à l'hôpital Sainte -Eugénie. M.Marjolin fit l'extraction de plusieurs fragments osseux nécrosés; aéaomoios, et, malgré le traitement par l'huile de foie de morue et les ioniques, raffection persista sans amélioration sensible.
Etal actuel, — La région tibio-tarsienne du côté droit est coneîdérabiement augmentée de volume ; on y voit plusieurs fistules à orifices fongueux ; le stylet arrive sans peine sur une surface osseuse, qu'il trouve dure et résistante. Cette manœuvre est très douloureuse ; un pos mal lié et fétide, noircissant les instruments, sort de ces fistules avec une grande abondance, ce qui épuise le malade et lui enlève tous ses moyens de réaction.
Le traitement a consisté dans l'administration du sirop d'iodore de fer, de l'huile de foie de morue, de la tisane de houblon, du vin de gentiane, du vin antiscorbutique, du vin de Bagnols, etc. : mais tous ces médicaments, donnés en leur temps et diversement combinés, n'<Mitpo arrêter les progrès du mal, et le malade succomba le 25 avril, dans an état d'épuisement et d'émaciation extrêmes.
Autopsie. — Le pied ayant été scié par le talon perpendiculairemeot au plan de sa surface, nous trouvâmes une cavité profonde etanfractueuse, dans laquelle étaient Qottants des débris des os du tarse (cal-
canéam, utragale, partie postérieure des cuDéifonnes) ; toos ces os soot d ailleurs ramollis et diminués de volume. Une sanie infecte baigne les («rois de la cavité accidentelle.
Le genou droit est à demi dnkylosé.
Adhérences pleurétiques à droite; pasdô tubercules.
Le cerveau est recouvert par une couche de liquide gélatiniforme sié^ géant dans le tissu cellulaire sous-arachnoldion .
Le foie est extrêmement développé et occupe pins do tiers de la cavité abdominale ; il est de couleur jaune pâle, et a subi évidemment la dégénérescence graisseuse ; son tissu, moins consistant, se laisse écraser sous le doigt sans difficulté.
Rate très petite et presque réduite à sa trame fibreuse.
Les reins sont également d*un très petit volume; il y a anémie de leur substance corticale ; le rein droit offre un aspect légèrement lobule.
OBSBRVATION LXXIV.
Scrofule oaoeoac.
Double carie de la colonne vertébrale,
Fedy, dis-huit ans, entré en mars 4 860, pavillon Saint-Matthieu, n«î2.
Né à Paris, dans le quartier de la place Maubert, d*un père qui a quarante ans et se porte bien, d'une mère qui avait eu, lors de sa naissance; un grand nombre d'enfants ; elle en a perdu trois en basâge, de convulsions; il lui en reste sept, dont cinq sont bien portants et une petite fille qui est très chélive.
Notre malade, sauf un peu de gourme, a été bien portant jusqu'à l'âge de sis ans. A cette époque, chute sur les reins, à la suite de laquelle survient une déviation de la colonne vertébrale. A sept ans, abcès sur le côté gauche du col, en dehors du muscle sterno-mastoldien, abcès qui ne s'est jamais fermé. A quinze ans, abcès au tiers inrérieor de la région dorsale, déviation et gibbosilé dans les deux régions où existent les ouvertures fistuleuses des abcès. Les membres sont courts, mais sans aucune trace de rachitis, sans courbure anormale, sans nodosités. Les pieds et les mains sont remarquablement bien faits, les doigts et les orteils sont longs. Les extrémités inférieures sont frap<
822 Leçons sûr la scHoruLE.
pées de paralysie du mouvement, et le siège de oodvdIsîoos fréqveelii, qui font remonter les cuisses sur le tronc et Qéchir les jambos le loag des cuisses.
Telle est l'attitude habitueild do malade dans le lit, qu'il ne quitte pas. Le malade peut néanmoins, quand on l'y invite, saisir avec les mains les membres inférieurs et les allonger tous deux sans effort. La cage osseuse pectorale est fortement projetée eo avant ; le steraum est très écarté de la colonne vertébrale.
La percussion et Tauscultation ne révèlent pas de désordres biso avancés dans les organes respiratoires, bien que depuis trois ans le malade tousse tous les hivers, mais sans expectoration. LHotelUgenee est très développée.
Il est probable que ce petit malade finira par succomber, soit ft la paralysie, soit à des léâions viscérales pulmonaires, peut-être à la révnion de toutes ces affections.
Meroffnle osseuse.
Trots tumeurs blanches successives^ dont une guérie^ les deux autres en voie
de guérison.
Maillard, vingt-cinq ans, tourneur en bois, né de père âgé aujourd'hui de soixante quinze ans, de mère morte du choléra eo 4 849. Il a trois sœurs plus âgées que lui et deux frères plus jeunes, tous bien portants : lui seul est scrofuleux dans la fantille. Dans son enfance, decioq à sept ans, ophlhalmie qui a laissé une taie sur l'œil droit ; à quinxe ans et demi, scrofule ganglionnaire sur le côté gauche du col, sous l'apophyse mastoîde, sous la mâchoire; à dix>neuf ans, scrofule osseuse spontanée à l'extrémité inférieure de la jambe droite, abcès qui depuis ce temps reste ouvert, avec tuméfaction considérable do tibia; à vingtdeux ans, tumeur blanche de rarticulation du genou, et en même temps carie de l'extrémité sternale de la clavicule gauche.
Aujourd'hui la carie claviculaire est complètement guérie, avec une cicatrice enfoncée, mais solide, et qui ne s'est pas rouverte depuis quinie mois qu'elle existe. Le genou a abcédé en dehors ; il suppure depuis trois ans et quelques mois après l'apparition de la tumeur blanche. La taoïêfaction osseuse, qui a beaucoup diminué, existe surtout à la partie
OftsEttVAttoNs. 629
înteme de l*eitrémilé fémorale; la sapporttion, d'abord aboodante, e&t maintenant peu considérable. Le malade marche ^âsez bien ; il n*y a rien dans les viscères. Toutes les fonctions s'exécutent bien. Tout fait espérer la goérison. Toute la question e^tt de savoir combien de temps eile se fera attendre.
tteroinle oflsevfte.
Serûfule oiseuie coexistant avec une scrofulide maligne cruitaeée-ulcéreuse. — Carié de la partie inférieure du péroné, — Impétigo uteéralif et fongueux de la (ace,
Hoet (Alphonse), vingt-neuf ans, coochéau n* 65 du pavillon Sainte Matthieu, entré le 9 février 4 856.
Ce malade est d'un tempérament lymphatique. Son enfance n'a rien présenté de particulier ; il ne se rappelle pas avoir eu des gourmes, ni d'opbthalmies, etc.
A l'Age de quatorze ans, nous dit-il, il fut affecté d'une tumeur blanche, pour laquelle il fut traité, et dont on le guérit à l'hépital de Laoo.
A diS'Sept ans, scrofule glandulaire envahissant les régions sousmaxillaires, parotidiennes, mastoïdiennes, cervicales, jusqu'à la clavicule. Il entra à cette époque dans le service de M. Mois^enet (huile de foie de morue, bains sulfureus, teinture d'iode); ces ganglites abcédèrent, et il en résulta des fistules qui se fermèrent avec difficulté.
En 4 850 apparurent sur la joue gauche des boulons qui, après avoir persisté six à sept mois, blanchirent à leur sommet et devinrent le point de départ d'un vaste ulcère.
Un bouton semblable se développa sur la paupière inférieure du même c6té. On le cautérisa à plusieurs reprises ; les tfssus se rétractèrent, et en même temps la cicatrice qui se formait à la joue entraîna la paupière dans on ectropion complet. La conjonctive, renversée en dehors, est rouge, injectée; il existe un épiphoracontmuel.
La paupière supérieure a été elle-même le siège de semblables lésions, mais qui ont guéri sans amener de difformité bien apparente.
En 4 853, le nez se prit à son tour ; puis ce fut l'œil droit et enGn la joue droite.
Cinq érysipèles de la face se sodI saccédés depuis le débat de ces lésions, et ils n*ODt para prodaire aacune aoiélioralioo ootable.
EnBn, il faot ajouter que la jambe gaacbe, à son extrémité inféneors, est atteinte d'une lésion osseuse aajourd'bai en voie de gaérison. Un séquestre a été extrait, qui comprenait une bonne partie de la malléoie externe.
Etat actuel. — La racine du nex, considérablement élargie, offre à peu près la même étendue que la base ; elle semble occuper toat Tespace qui sépare les angles internes des deux yeox. Le lobe da nexestcoavert d'une croûte brune qui en occupe toute la surface, depuis la poiala jusqu'au niveau de la hauteur des ailes. Cette croûte semble se relier aveccellesqui sontdisséminées sur les joues, leniuelles se trouvent disposées en demi-cercles de chaque côté, et d'une manière à peu près symétrique. Les paupières sont dans l'état que nous avons décrit plus haut, en sorte que la face, dans son ensemble, offre un aspect des plus siogaliers : elle est d'une teinte générale rouge lie de vin, et sur ce fond se détachent en saillie des croûtes brunes et jaunfttres, le tout surmonté par deux lambeaux écarlates constitués par la face interne ou maqueosedes paupières inférieures renversées.
Le jeudi 23 février, le malade est pris de frissons et de 6èvre, avec céphalalgie. Un purgatif est ordonné ; pas d'amélioration, appétit nal, sueurs la nuit. On lui donne un vomitif. Le 29, la fièvre a diminué, mais les urines présentent un dépôt calcaire abondant, et le malade accuse une douleur dans le côté droit. Un vosicatoire est appliqué, et la douleor disparaît quelques jours après. Il y a de la fatigue, de l'abattement. (Vin de quinquina, vin de Bagnols.) Tous ces phénomènes ont cessé vers le 4 5 mars. 11 sort le 22 août 4 856.
Son état général est satisfaisant; la guérison de l'affection osseuse de la jambe est parfaite ; tout est cicatrisé à la face, mais les deux paupières inférieures sont renversées aussi complètement que possible; le bord libre de la paupière inférieure gauche fait corps avec ta joue, dont il ne se distingue, en réalité, que par la ligne d'implantation des cils.
OBSERVATION LXXVIl.
Scrofalc oaseane.
Carie des os du carpe, — Phthisie scrofuleuse,
Mercber, quarante- cinq ans, terrassier, entré le 4 0 juillet 4 855.
Né de père qui a toujours été bien portant, de mère n\orte à quarante ans de tumeur du sein.
Il n'a jamais eu ni gourmes ni scrofulides primitives ou secondaires ; il n'a eu d'autre maladie qu'une fièvre paludéenne à vingt-trois ans.
Sa constitution ne présente rien de particulier : peau blanche, cheveux noirs, muqueuses roses.
Il y a environ deux ans, il commence à tousser, avec douleur de ventre et de poitrine, et continue néanmoins à travailler. Un beau jour, en travaillant, il ressent dans le poignet une douleur qui ne fait qu'augmenter: abcès qui s'ouvre. Mieux, reprise du travail: nouvelle tuméfaction peu douloureuse.
Pendant tout le temps qui s'écoule jusqu'à son entrée dans notre service, Mercber traîne une existence misérable, éprouvant quelquefois de Tamélioration, mais, en définitive, perdant toujours du terrain.
A son entrée nous trouvons :
A la poitrine : respiration soufflante, rhonchus secs aux deux sommets, sans expectoration notable, sans hémoptysie, sans sueurs nocturnes, sans fièvre.
Au poignet : nombreuses ouvertures fisluleuses, avec œdématie considérable jusqu'au coude; ouvertures fistuleuses, qui versent une suppuration assez abondante ; œdématie considérable des doigts, de la main et de l'avant-bras jusqu'au coude; les deux membres inférieurs sont également œdématiés ; albuminurie.
Traitement. — Huile de morue, suspendue au bout de quelque temps parce que le malade perdait l'appétit, et remplacée par l'huile iodée, qui provoque une diarrhée violente, néanmoins le malade allait et venait; sous- phosphate de soude iodé. Dès l'administration de ce médicament, le malade perd ses forces, bien qu'il n'y ait plus de diarrhée. On le suspend pour donner une solution ozonée. iodée; vin de Bagnols, pilules de gluten, frictions avec scille et digitale.
Malgré tous les moyens employés, affaiblissement graduel, amaigrissement, avec augmentation de l'œdèma. Mort le 7 mars.
BAZIN. iO
Celle observalion nous a paru digne d'inlérét par TabseDce des symplômes ordinaires de la phlhisie, avec une carie de lous les os du carpe, el des abcès nombreux, une luberculisation des Jeux poumons, nolammenl du poumon droit, apyrexie, absence de sueurs, pas de marasme. Les derniers phénomènes qui ont précédé la mort sontrœdématie énorme du membre inférieur droit, avec menace de sphacèle, la diarrhée colliquative, Tinappélence, la prostration extrême des forces. Malheureusement, la négligence des gens de service n'a pas permis de faire l'autopsie.