‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofule considérée en elle-même et dans ses rapports avec la syphilis, la dartre et l'arthritisChapitre 29 sur 131 · PARTIE NOSOGRAPHIQUE. AS · texte numérisé non relu

PARTIE NOSOGRAPHIQUE. AS

En général, on peut dire que le volume du corps dinninue graduellemeut au fur et à mesure que progresse la maladie conslitulionnelle. En général aussi, Taugmentation du vo* lume du corps, pendant la marche croissante des maladies coDstitulionnelIos, est un signe d^hydropisie ou d'inflltralion séreuse du système cellulaire.

Nais la marche des maladies constitutionnelles n*est pas toujours graduellement croissante; on observe, par inter* valles, des temps d'arrêt, des périodes même où Télat du malade semble s'améliorer et pendant lesquelles l'embonpoint ou reste stationnaire ou paraît augmenter.

Ce que je dis la, est particulièrement applicable à la scrofule : dans aucune autre maladie chronique vous ne verrez autant d'irrégularités dans la nulrition. Pour une circonstance ou pour une autre, le scrofuleux maigrit avec une rapidité quelquefois effrayante ; mais dès que l'accident qui avait causé cet amaigrissement n'existe plus, il reprend, dans un temps très court, tout ce qu'il avait perdu d'embonpoint elde forces, et dépasse même les limites de la santé la plus florissante.

Comparez, sous ce rapport, le scrofuleux et le véritable phthisique : le poitrinaire non scrofuleux va chaque jour en sd détériorant, en s'émaciant davantage, sans repos ni trêve ; la maigreur fait de continuels progrès et ne subit aucune interruption dans sa marche ; le marasme est chaque jour plus prononcé qu'il ne Tétait la veille. Il n'en est pas ainsi du scrofuleux poitrinaire chez lequel l'amaigrissement a une marche saccadée, ne va en quelque sorte que par sauts et par bonds. Rien de plus ordinaire que de voir chez le scrofuleux la maigreur s'arrêter tout à coup, après avoir fait d abord d'assez notables progrès, l'embonpoint et l^s force

revenir à ce point de donner au malade Tespoir d*une prochaine guérison, quand une nouvelle poussée de la maladie vient lui faire perdre tout le terrain qu'il semblait avoir reconquis et le précipiter de nouveau vers le terme fatal de l'extrême émaciation.

Ces irrégularités de la nutrition sont propres à la scro« fuie : elles ne s'observent pas dans les autres maladies constitutionnelles.

Dans la syphilis, on voit se conserver longtemps intactes les fondions nutritives, puis quand l'amaigrissement arrive, il fait de continuels progrès : le corps parvient aux dernières limites de dessèchement. La maigreur est aussi fort remarquable dans la dartre, et ce n'est pas sans raison que Lorry a tant insisté sur ce symptôme *, mais dans la dernière période de cette maladie constitutionnelle, on voit parfois l'amaigrissement allerner avec l'anasarque.

C'est dans l'arthritis que la nutrition subit les atteintes les moins fortes. On voit dans beaucoup de cas persister Teiiibonpoint jusqu'à une époque très avancée; il ne disparaît que pour faire place, le plus souvent à la tuméfaction œdé' mateusedu corps.

La couleur de l'enveloppe extérieure du corps se modifie dans le cours des ipaladies constitutionnelles. J'ai, bien des fois déjà, en visitant avec vous les malades de mon service, attiré toute votre attention sur cet important phénomène.

C'est dans la scrofule encore que ces transformations de la couleur normale sont les plus variées et les plus curieuses à connaître.

La coloration rosée, vive, animée de la peau en général et de la peau delà face en particulier a été donnée, vous le savez, par beaucoup d'auteurs comme un caractère propre de la

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peau, chez les scrofuleux : elle contribue pour sa part à la beauté scrofttleuse. VLaxs ce caractère est loin d*être constant, et le plus communément quand il existe, il n^est point un signe de la scrofule confirmée, mais seulement un signe de la constitution scrofuleuse.

En général, le teint propre des scrofuleux est un teint pâle, anémique, et cette décoloration tégumeniaire, celte pâleur des traits, jointe à une sorte de tuméfaction, de bouffissure, de mauvaise graisse (passez-moi cette expression) se conservent en se prononçant chaque jour davantage jusque dans la cachexie scrofuleuse la plus avancée. Toutefois le genre de lésions imprime au teint quelques modifications particulières.

Dans les derniers temps de la scrofule pectorale, le faciès des malades se rapproche quelque peu de celui des phthisiques à la dernière période. Les pommettes se colorent légèrement, par intervalles, puis se couvrent d*uiie faible sueur. Après les crises, la peau de la face se ternit et reprend sa pâleur accoutumée.' .

Dans les derniers temps de la scrofule abdominale, le faciès, s*il ne se trouve pas modifié par Tétat d'infiltration du tissu sous-cutané de la face, et notamment par la bouffissure des paupières, offre une teinte blême, bistrée, caractéristique, qui se rapproche plus ou moins de la teinte jaune paille des alfections cancéreuses, du masque des femmes enceintes, ou mieux encore, de la coloration propre aux sujets, qui depuis un temps plus ou moins long, se trouvent sous le coup de la fièvre paludéenne.

On parle beaucoup en ce moment de la teinte bronzée qu'un médecin anglais, Âddison, a voulu rattacher à une altération des capsules surrénales ; mais cette teinte bronzée, enfumée, ne serait-elle autre chose qu'une variété particu-

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iière de noire teinte bistrée ? En tous cas, il est cerlaîn quMl n*y a pas de rapport nécessaire et constant entre les lésions organiques des capsules surrénales, et cette modiGcation spéciale de la couleur de la peau. Il y a quelques jours, vous avez pu voir, dans nos salles, un scrofuleui qui ne nous offrait aucune teinte particulière de la peau, el à l'autopsie duquel on a trouvé, les capsules surrénales complètement transformées en masses tuberculeuses. Je suis assez disposé à croire que dans le plus grand nombre des cas, les maladies de Bright^ de Budd et d'Addison ne sont autre chose que des manifestations variées de la scrofule abdominale.

Dans la syphilis, la dartre et rarthritis,Ia couleur du tégument externe, sans nous présenter le même intérêt que dans la scrofule, mérite cependant de fixer quelque peu notre attention. MM. Pillon et Hardy ont décrit sous le nom de 9yphilide pigmentairey un vitiligo que Ton observe très fréquemment pendant le cours de la syphilis, notamment sur le cou, et plus souvent chez la femme que chez l'homme. J'ai déjà dit que je ne pouvais considérer cette affection dyschromateuse comme une syphilide, parce qu'elle apparaît indistinctement dans toutes les périodes de la maladie, et ne subit aucune influence de la part des préparations mercurielles ; ce qui ne veut pas dire que je nie le fait eu lui-même, ainsi qu'on l'a avancé à tort. J'ai maintes fois, comme MM. Pillon et Hardy, observé cette dyschromie des sujets atteints de syphilis, mais je donne de ce fait une autre interprétation.

Un semblable vitiligo se présente fréquemment à l'observation chez les arthritiques: on le remarque plus particulièrement sur la face, les parties sexuelles, le dos des mains. C'est un simple accident et non une affection propre de l'arllnilis cutanée. Dans le dernières périodes de la syphilis,

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la peau prend une teinle plombée ou feuille mor^e, cette coloration ne se rattache en général qu'à une modification physique toute locale du tégument, à une sorte de flétrissure de la peau dont la vie s'éteint graduellement comme celle de tous les autres systèmes organiques.

Dans la dartre, si les colorations du tégument externe peuvent affecter des variétés infinies, cela tient uniquement a la présence des produits excrétés dont la couleur offre des nuances si multipliées.

Après la température, le volume et la couleur du corps, j*ai encore quelques mots à vous dire de l'état des forces dans la première époque des maladies constitutionnelles.

Il arrive un moment où les forces subissent une dépression sensible dans toutes les maladies constitutionnelles indistinctement. Mais au début, la scrofule est la seule de ces maladies où celle altération des forces soit presque constante. Je lai dit déjà plusieurs fois : dès le début de sa maladie, le scrofuleux est apathique et ne demande que le repos. In terrogez la mère, interrogez toutes les personnes préposées au service des scrofuleux... tout le monde vous dira que la paresse est en quelque sorte l'un des plus remarquables attributs de la scrofule, que les scrofuleux ont horreur du travail.

C'est cette atteinte portée aux forces de la vie, etàla force musculaire en particulier, qui se traduit chez le scrofuleux, par un fades spécial ; à la pâleur des traits se joint rabattement du regard, un air d'apathie où l'on découvre cependant une expression particulière de souffrance.

Le faciès des scrofuleux n*est pas celui des chloroliques, l)ieu qu'il s'en rapproche souvent et par la pâleur des traits elpar la tristesse du regard; mais il y a quelque chose de plus méiuucohque dans l'œil des chlorotiques, et la teinte de

la peau est une décoloration plus prononcée, une pâleur plus morbide que celle desscrofuleux.

Je laisse l'habitude extérieure du corps, pour fixer un instant votre attention sur l'état des principales fonctions de réconomie pendant le cours des maladies constitutionnelles.

La sensibilité générale présente cela de remarquable dans la scrofule qu'elle est ordinairement émoussée. Certainement on ne peut pas dire que les affections scrofuleuses sont indolores, mais on peut justement s'étonner de voir toutes ces affections si graves, qui désorganisent si profondément les tissus, être accompagnées de si peu de douleur. Si vous m'objectiez que la tumeur blanche est parfois très douloureuse, je vous répondrais que, dans cette affection, la douleur est en général le produit d'une complication inflammatoire et suppurative, mais que pour cela Taffection n'en est pas moins subordonnée au génie de la maladie.

Les néyropaûnes primitives y qui sont si communes dans le rhumatisme et la goutte, dans la dartre, sont plus rares dans la scrofule.

Chez les scrofuleux, et plus encore chez les scrofuleuses, on observe assez souvent des dyspepsies, des symptômes d'hystérie et d'autres névroses ; mais je crois, ainsi que je vous l'ai déjà dit, que ces accidents ne se rattachent pas essentiellement à la scrofule; qu'ils n'en sont que des complications.

A moins d'une lésion organique ou d'une affection inflammatoire de l'appareil sensorial, la sensibilité spéciale n'est pas notablement troublée dans la scrofule.

C'est vainement que j'ai cherché à découvrir sur mes scrofuleux albuminuriques, quelques signes deTamaurose signalée par M. Landouzy dans la néphrite albumineuse: jusqu'à

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