‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofule considérée en elle-même et dans ses rapports avec la syphilis, la dartre et l'arthritisChapitre 71 sur 131 · DIAGNOSTIC DES SCROFULIDES DES MUQUEUSES · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DES SCROFULIDES DES MUQUEUSES

en gros flocons albumineux : ce sont de petits crachats transparents, comme gélatiniformes, en petites masses tremblotantes ou semblables à de la gomme, quelquefois parsemés de points blancs, opaques; la paroi postérieure du pharynx, les piliers du voile du palais, sont couverts de grannlations ou de petits tubercules {angine pharyngée granuleuse). La sécrétion n*est pas, à beaucoup près, aussi abondante que celle du catarrhe arthritique, et n*est pas, comme elle, modi- 6ée par les variations de température.

Sur les sujets atteints de lèpre ou d'éléphantiasis des Grecs, le nez est tuméfie -, il y a de Tenchifrènement, des croûtes dans les narines et souvent perforation de la cloison. Cet état morbide pourrait être pris pour de la scrofule, mais le nez est luisant, la voix est souvent modifiée, il y a des macules ou des tubercules sur d'autres régions du corps, de rinsensibililé cutanée, etc.

J'arrêterai encore quelques instants votre attention sur le diagnostic différentiel du catarrhe oculaire. C'est, en effet, sur l'œil que vous pouvez le mieux discerner toutes les nuances que l'état diathésique et constitutionnel imprime aux symptômes des maladies.

Permettez-moi de vous rappeler succinctement les caractères principaux de l'ophthalmie scrofuleuse, et d'en grouper les signes les plus importants. Début par le bord libre des paupières; l'élément glandulaire souvent attaqué isolément, d'où résultent l'orgeolet, le tylosis, les callosités qui succèdent à l'inflammation des glandes de Meibomius; quelquefois de petites ulcérations, soit sur le grand angle seulement, soit sur différents points du bord libre des paupières. L'inflammation peut se propager de là aux conduits lacrymaux, qu'elle oblitère, d'où l'épiphora ; au sac lacrymal (dacryo-

286 m LA SCROFULE TÉGDMRNTA1RB.

cystite), avec oblitération du canal nasal et sécheresse de la narine correspondante; elle gagne la conjonctive palpébrale, produit des granulations à sa surface, occasionne de la gène, de la douleur, une sensation de sable ou de graviers entre la paupière et la surface du globe oculaire ; puis elle arrive à la conjonctive scléroticale, où elle donne lieu à la formation de faisceaut vasculaires qui s'avancent jusque sur la cornée, et i l'extrémité interne desquels se montrent parfois des épanchements lymphatiques, des points pustuleux blanchâtres, puis des ulcérationsi d'autres fois des granulations verruqueuses, ou même de véritables végétations ; en6n, cette inflammation scrofuleuse attaque la cornée elle-même, qui devient louche, opaque dans certains points, par suite de suiTusion lymphatique entre ses lames superficielles ou de très petites granulations développées à sa surface. La kératite scrofuleuse est accompagnée de photophobie, de larmoiement, de troubles de la vision, quelquefois de cécité ; elle peut être suivie d*ulcérations de la cornée, et laisser après elle des taches opaques sur cette membrane, taches que vous connaissez sous les noms de taies et à'albugo.

Un pareil ensemble de symptômes ne se présente dans aucune autre inflammation de la conjonctive oculo-palpébrale.

L'ophthalmie blennorrhagique a une marche rapide; en très peu de temps elle envahit toute l'étendue de la conjonctive oculo-palpébrale ; elle s'accompagne de tuméfaction, de boursouflement de la conjonctive, qui est d'un rouge violacé : il y a production de chémosis, sécrétion d'une énoirroe quantité de muco-pus verdàtre, L'ophthalmie syphilitique proprement dite, celle qui fait partie du cortège de la syphilis constitutionnelle, n'est pas un catarrhe oculo-palpébral, c'est

DIAGNOSTIC DBS 8CROFULIDB8 DBS NUQUBUSES. 287

une irilis spécifique qui ne saurait jamais vous en imposer pour une iritis scrofuleuse, comme je le disais tout à l'heure en vous parlant du diagnostic différentiel des scrofulides malignes de l'œil.

Quant aux ophthalmies arthritique et dartreuse, elles peuvent affecter toutes deux la forme de l'inflammation catarrhale; mais le catarrhe arthritique est essentiellement pituiieux» et le catarrhe dartreux essentiellement irritatif, c'est-à-dire que dans Topbthalmie arthritique (par cette expression je désigne les ophthalmies rhumatismale et arthritique des auteurs), l'inflammation catarrhale reste station** naire à la seconde période, et que dans l'ophthalmie dartreuse elle i^este stationuaire à la première période : c^est ce qui fait que le caractère catarrhal de l'ophthalmie a été méconnu dans Tinflammation arthritique de l'œil, et la sécrétion morbide de la muqueuse confondue avec l'épiphora*

Quelques mots encore sur le diagnostic de ces catarrhes spéciaux. J'insiste d'autant plus sur ce point qu'il vous offre plus d'intérêt et vous montre combien nos doctrines diffèrefit de celles qui ont cours aujourd'hui dans la science, L^ophthalmie arthritique se distingue par le caractère parti* culier des douleurs qui l'accompagnent : elles sont pongitives, lancinantes, ont leur siège dans l'orbite et souvent dans toute la tète, ne sont pas en rapport avec le degré de riDUammalion. Elle se distingue encore par la marche, qui est paroxystique avec exacerbations vers le soir, et par la nature de ses symptômes qu'on a partagés en deux périodes, l'une de congestion, l'autre d'éruption. Dans la première, l'injection vasculaire de la sclérotique se compose de vaisseaux dilatés, disposés parallèlement, assez écartés les uns des autres, se dirigeant de la sclérotique vers la circonfé*

rence de la cornée ; elle forme un plan profond de vascularisalion sur lequel on peut faire glisser la conjonctive. Llnjeciion de la conjonctive est plus superficielle, composée de vaisseaux plus rapprochés ou formant un plan uniforme, continu, qui n'a que quelques rares anastomoses avec les vaisseaux de la sclérotique. Dans la seconde période, il y a éruption de phlyctènes ou de petites vésicules sur la cornée, éruption qui laisse après elle de petites taies, et plus souvent seulement de petites dépressions en forme de facettes. Ajoutez à ces signes que cette ophthalmie peut disparaître brusquement et alterner avec rarthropathie rhumatismale ou goutteuse.

L*ophthalmie dartreuse, admise par la plupart des ophthalmologistes, est loin d'avoir une signification nette et précise. Pour M. Siebel, rophtholmie dartreuse n*est qu'une blépliarite, avec granulations ou pustules, coïncidant avec une éruption cutanée, une gourme impétigineuse, par exemple : en un mot, c'est tout simplement une manifestation de la scrofule sur Tœil. Weller a décrit, comme ophthalmie dartreuse, une conjonctivite dont le caractère principal serait aussi réruption granuleuse ou vésico-pustuleuse.

Ainsi, parmi les auteurs qui ont parlé de Tophthalmie dartreuse, pour les uns, c'est de la scrofule ; pour les autres, ce n'est qu'une manifestation de l'éruption dartreuse sur la conjonctive.

Quant a moi, j'admets parfaitement que la dartre et la scrofule peuvent se traduire en éruptions granuleuses ou vésico-pustuleuses sur la conjonctive ; mais j'admets, déplus, une forme catarrhale spéciale propre à la dartre sur la membrane muqueuse oculo-palpébrale. Ce qui caractérise cette forme, c'est la sécheresse de la muqueuse ou la faible quan-

Page 1