MÉNINGITE SCROFULEUSE. A
La somnolence est remplacée par un coma profond ; les pupilles dilatées ne se contractent plus sous Tinfluence de la lumière naturelle ou artiQcielle ; la contracture alterne sou* vent avec la paralysie. Les vomissements ont cessé, et la constipation a fait place à une diarrhée verdàtre. Notons que cette couleur particulière des évacuations alvines tient bien souvent à l'action du calomel, de même que la fétidité de l'haleine dépend et du calomel et des frictions mercurielles si souvent et si inutilement mis en usage contre cette redoutable affection.
La rétraction des parois abdominales cesse, et, par suite, disparaît cette forme particulière de la surface abdominale qui Ta fait comparer à un bateau. Souvent même Tabdomen est tuméfié, ballonné; le pouls est petit, fréquent; vers la fin, il n'est plus possible d'en compter les pulsations; la respiration est très accélérée ; les selles sont involontaires ; le corps est inondé de sueurs ; Tœil est sans aucune expression, la conjonctive rougeâtre , injectée ; le nez est effilé, ses parois latérales s'affaissent sur la cloison à chaque mouvement inspiratoire ; la respiration est stertoreuse. Enfin, la cornée transparente, devenue opaque et terne, est généralement le signe d'une mort prochaine.
Marche^ durée^ terminaisons. — La marche de la méningite scrofuleuse est irrégulière, insidieuse. C'est là un caractère qui a frappé tous les observateurs, et qui est d'une grande importance dans le diagnostic. Les alternatives d'amélioration et d'aggravation ne sont pas rares pendant le cours de cette maladie ; aussi est-il difficile de la diviser en plusieurs périodes. On sait que Gœlis a admis trois périodes d'après l'état du pouls; dans la première, accélération ; ralentissement dans la seconde , et de nouveau accélération dans la troisième.
h2à DE LA SCROFULE VISCÉRALE.
Ces trois états successifs du pouls existent, en effet, dans le plus grand nombre des cas, mais, comme on l'a judicieusement fait remarquer, ils s'appliquent plutôt à la maladie, y compris l'état prodromique, oii le pouls est généralement accéléré, qu'à la maladie seule, à la maladie confirmée.
La durée de la méningite scrofuleuse varie de douze ou quinze jours a six semaines ou deux mois.
Elle se termine par la mort dans l'immense majorité des cas, et, lorsqu'elle guérit, il n'est pas rare de la voir suivie d'une nouvelle attaque de méningite au bout d'un temps qui varie de quelques mois a plusieurs années. Sur une charmante petite fille de ma clientèle , les deux attaques de méningite tuberculeuse ont été séparées par un intervalle de six mois, pendant lequel la jeune malade jouissait d'une santé en apparence parfaite.
Caractères de la lésion. — L'élément inflammatoire, la granulation, le tubercule, tels sont les trois modes de lésion qui, isolés ou réunis, constituent les caractères anatomiques de la méningite scrofuleuse.
L'inflammation des méninges occupe toute la surface de l'encéphale et des ventricules, ou bien, et le plus souvent, elle est bornée à la base. On trouve parfois l'arachnoïde épaissie, poisseuse ou doublée d'une couche de pus concret. Le plus souvent Tinflammation n'attaque que le tissu sousarachnoîdien et le lacis vasculaire qui forme la pie-mère. Les vaisseaux de cette dernière membrane sont injectés, distendus, couverts de sérosité gélatiniforme, de plaques pseudomembraneuses ou de pus concret. Ces produits inflammatoires se rencontrent surtout à la base de l'encéphale, sur le chiasma des nerfs optiques, sur la scissure de Sylvius. Les glandes de Pacchioni sont généralement hypertrophiées, et
MÉNINGITE SCR0PULEU8E. * A2Ô
non loin d'elles Tarachnoîde est assez souvent opaline par plaques. Dans les ventricules existe une quantité variable de sérosité plus ou moins trouble {hydropisie ventriculaire aiguë). On peut trouver encore le septum lucidum, le corps calleux, plus ou moins diflluents, et généralement toute la substance blanche du cerveau plus ou moins ramollie. La granulation grise existe seule ou coexiste avec la granulation jaune et le tubercule milîaire; on la trouve particulière* ment sur le trajet des vaisseaux, éparpillée dans le lacis vasculaire de la pie-mère, dans les plexus choroïdes et la toile choroldienne.
Les granulations jaunes et les granulations tuberculeuses sont isolées, discrètes ou rapprochées, formant des plaques ou de petites masses arrondies, plus ou moins inégales et bosselées à la surface.
Les productions tuberculeuses des méninges existent seules sur les points plus ou moins rouges et injectés ; quelquefois les parties environnantes ne présentent aucune trace d'inflammation ; d'autres fois Tinflammation est évidente : les granulations sont couvertes de sérosité lactescente ou de pus concret, et il faut de l'attention pour ne pas les confondre soit avec le pus» soit avec les pseudo-membranes.
Cmwkmem, — La méningite scrofuleuse peut survenir a tout âge, mais elle est plus particulièrement une des formes de la scrofule viscérale de l'enfance. La statistique nous apprend qu elle est plus commune entre deux et sept ans qu'cà toute autre époque de la vie. Le travail de la dentition n'est peut- ^tre pas étranger à la prédilection qu'afiecte la méningite pour cet âge.
Elle frappe les deux sexes, mais elle est plus fréquente sur les sujets du sexe masculin.
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Le tempérament et la constitution n'ont qu'une médiocre influence sur son développement ; toutefois le tempérament lymphatico-sanguin, une constitution délicate, minée déjà par un travail de tuberculisation plus ou moins avancé, doivent être considérés comme des causes prédisposantes de la méningite.
La prédominance physiologique et morbide de l'appareil céphalo-rachidien se transmet héréditairement du père i l'enfant, et prédispose ce dernier à la méningite tuber* culeuse.
Les différentes conditions sociales ne paraissent avoir qu'une médiocre influence sur son développement, car, si d'un cdté l'alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité, les variations de la température, auxquelles il n'est pas toujours permis au pauvre de se soustraire, peuvent y prédisposer les enfants des classes déshéritées ; d'un autre côté les écarts de régime, l'excitation cérébrale qu'entratne si souvent à sa suite le développement prématuré des facultés de l'iatelli* gence, vers lequel on ne pousse que trop les enfants des classes riches, sont des causes tout aussi puissantes de Tinflammation des méninges chez ces derniers.
Les causes physiques méritent à peine de figurer parmi les influences étiologiques de la méningite tuberculeuse. Rarement, en eflet, on a vu l'affection se montrer à la suite de l'insolation, d'un coup ou d'une chute sur la tète.
Quant aux influences pathologiques, leur action ne saurait être mise en doute. Qui ne sait, en effet, que la méoingite se montre souvent à la suite ou pendant la convalescence d'une autre maladie, telle que la coqueluche ou la rougeole?
Sémietiqne — Diagnosiic. — Comme pour toutes les affections de la scrofule, il faut dire à quels signes on recon*
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nskia lésion, raffection générique et la nalure de TafTectioD.
La lésion primitive consiste dans Tinflammation de Farachnolde, Tinflammation de la pie-mère, l'état granuleux ou tabercnleuTL de ces membranes. Nous manquons absolument de signes positifs qui puissent nous mettre sur la voie du diagnostic de chacune de ces lésions élémentaires.
L'affection générique, c'est la méningite subaigué, qui peut être confondue, comme affection, avec Tencéphalite, la fièrre typhoïde, une névrose cérébrale, un état morbide de Tencéphale sympathique d'une autre affection. Je ne parle point de l'hémorrhagie cérébrale ou méningée, du ramollissement non inflammatoire, des différentes tumeurs du cerveau ou de ses membranes, affections qui toutes, par leur marche et l'absence de fièvre, se distinguent suffisamment de la méningite tuberculeuse.
L'encéphalite est diffuse ou circonscrite : dans le premier cas, elle affecte plutôt les apparences de la méningite aigu6 ou de la méningite franche que celles de la méningite sub« aiguë ; le délire est plus prononcé, survient à une époque plus rapprochée du début, l'agitation est plus grande, Tappareil fébrile plus intense que dans la méningite. Dans le second cas, les troubles localisés de la myotilité et de la sensibilité apparaissent de bonne heure et mettent sur la voie du diagnostic.
La fièvre typhoïde, débutant avec des phénomènes ataxiques, pourrait être prise pour une méningite, particulièrement chez les enfants. Je noterai cependant que, dans la méningite, la céphalalgie est beaucoup plus vive, les vomissements plus abondants, plus opiniâtres , le pouls moins fréqueat, souvent irrégulier ; que la constipation est presque
constante, avec rétraction plutôt que distension du ventre. qu*il y a absence de sécheresse de la langue et de fuliginosités, absence de toux, de râle sibilant; quil n'y a pas de gonOement de la rate ; enfin, que le délire survient bien plus tôtque dans la fièvre typhoïde, dès les premiers jours deUinvasion... Toutefois, le délire, l'agitation, Tinsomnie, les roouvemenls spasmodiques, les soubresauts des tendons, la carphologie, peuvent être portés au plus haut degré, dès le début d'une fièvre ataxique chez Fadulte, et la constipation opiniâtre qui existe ordinairement dans ces cas, vient encore augmenter les difficultés du diagnostic. Il faut une grande expérience et beaucoup de tact pour éviter l'erreur. On peut y parvenir en tenant compte d'abord des antécédents, qui contribueraient a fixer le diagnostic de l'afiection générique en éclairant sa nature, et de quelques signes différentiels qu'il importe de bien connaître.
Au début de la fièvre typhoïde ataxique, il y a dilatation des pupilles, contraction au début de la méningite; la photophobie, qui existe dans cette dernière, manque dans U première. Le pouls est rare, les vomissements sont opiniâtres, le murmure respiratoire est normal, les accidents spasmodiques et convulsifs sont souvent partiels dans la méningite. Le pouls est presque toujours fréquent ; il existe des rfties secs et disséminés sur toute l'étendue du thorax; les accidents spasmodiques sont généralisés dans la fièvre typhoïde. Mentionnons encore l'épistaxis, qui existe si souvent au début des fièvres typhoïdes et manque dans la méningite.
Je ne m'arrêterai pas au diagnostic de la méningite subaiguê et des névroses cérébrales, qui s'en distinguent toajours par Tabsence complète de fièvre, mais il m'est impos-