‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofuleChapitre 111 sur 153 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Assurément les observations de scrofulene nous manquent pas ; j'en possède plusieurs centaines , et cependant je ne puis utiliser ce chiffre pour la statistique, parce qu'il a été fait un choix des cas les plus intéressants parmi les scrofuleux soignés par nous, et que nos observations les plus nombreuses sont précisément celles des affections les plus rares.

Aussi bien, les assertions que j'ai émises dans cet ouvrage sur la fréquence relative des diverses affections de la scrofule n'ont pas besoin d'être appuyées par les données de la statistique. Elles sont évidentes, confirmées par l'observation de chaque jour, et d'ailleurs étayées par les relevés statistiques des autres scrofulographes.

Je me bornerai donc à extraire de la masse de ces faits une observation pour chaque période et pour chaque forme de la scrofule. Autant que cela me sera possible, je donnerai un exemple de chaque variété d'affection qui pourra servir de type pour tous les cas analogues.

Enfin, je rapporterai quelques faits complexes d'association de plusieurs maladies constitutionnelles et plusieurs faits de transformation in situ de scrofulides bénignes en scrofulides malignes, qui démontrent clairement la nature scrofuleuse de certains eczéma et impétigo que, pour cette raison, on ne saurait conserver dans la classe des dartres.

OltSKUVATIONS.

Scrofulirie bénigne crythcniatcusc.

Erylhôme induré. (Observation recueillie et rédigée par M. Louis Fournier, interne du service.)

Van Koler (Aimée), âgée de vingt ans , blanchisseuse , entrée le 21 mai 1858.

Sa mère a eu une sciatique qui a duré un an. Elle a deux frères et trois sœurs qui, sauf le frère aîné, ont tous eu de la gourme ; jamais ils n'ont eu de maux d'yeux ni de glandes engorgées au cou. La sœur aînée a eu pendant deux mois des douleurs d'oreilles très intenses, mais sans suintement séro-purulent par les conduits auriculaires. Quant à la malade, elle a eu des gourmes, tous les ans, depuis l'âge de six ans jusqu'à seize. A onze ans, elle a eu un abcès au niveau de l'angle de la mâchoire, du côté gauche. Pendant tout le temps que la gourme a persisté, le bord des paupières a été malade ; il présentait des croûtes jaunâtres et de petits orgeolets.

La menstruation est irrégulière, habituellement peu abondante, suspendue depuis trois mois.

L'affection actuelle a débuté, il y a six mois, par des plaques rouges au bas de la jambe droite ; ces plaques faisaient une saillie notable et donnaient lieu à des démangeaisons assez vives. Deux mois après, le bas de la jambe gauche a été atteint.

On voit en ce moment, à la partie inférieure et interne âe la jambe gauche, une plaque irrégulière, de 5 ou 6 centimètres d'étendue, d'un rouge violacé, qui disparaît sous la pression. Le toucher donne la sensation d'une bande indurée située sous la plaque. En dehors, il existe quelques petits points présentant les mêmes caractères, et une plaque allongée qui empiète sur la face antérieure du tibia par son extrémité interne, et offre toujours l'induration sous-cutanée et une couleur d'un rouge violacé.

En dedans et en bas de la jambe droite existe une autre large plaque irrégulière, également d'un rouge violacé, avec sensation de bande indurée au toucher. A la partie externe, ce sont des points disséminés, qui présentent aussi les mômes caractères.

L'induration des plaques est régulière, égale, superficielle, non dou-

ouz LIIONS SUK LA. SUROFULB.

loureuse à la pression, ce qui la dislingue de l'induration tuberculeuse profonde et douloureuse des plaques de l'érythème noueux. En outre, dans cette dernière affection, la couleur n'est pas uniforme, elle présente souvent les diverses nuances jaunâtre, jaune verdâtre de l'ecchymose, ce qui n'a jamais lieu dans la première.

Traitement. — Tisane de houblon, sirop d'iodure de fer; bains d'amidon, remplacés plus tard par des bains sulfureux. La malade sort de l'hôpital le vendredi 2 juillet. La rougeur et les indurations sont presque entièrement dissipées.

Nous regrettons le laconisme de cette observation. Elle laisse à désirer plus de détails sur les caractères objectifs de l'érytbème, et sur les modifications survenues sous l'influence du traitement.

L'influence héréditaire s'exerce plus particulièrement d'un sexe sur le sexe opposé. Le père transmet à ses filles ses prédispositions morbides, la mère à ses garçons, il eût été plus intéressant de connaître les antécédents morbides du père de la jeune Van Koler que ceux de sa mère. L'observation n'en parle pas : c'est une lacune regrettable.

Remarquons enfin que, pour expliquer la détermination de l'érythème induré chez cette malade, nous avons l'influence de la profession d'abord, et ensuite la suppression de la menstruation.

Scrofulide bénigne exsudât! vc.

Ophthalmie double. — Eczéma hnpétigineux du cuir chevelu et des narines. — Adénites cervicales. (Observation recueillie et rédigée par M. Gratiot, élève du service.)

Hautemulle (Henri), âgé de sept ans, né à Rouen, demeurant à Paris, entré le 4 mars 1 §57, couché au n° 41 de la salle Saint-Prosper.

On n'a aucun renseignement sur la santé du père et de 'a mère. Le petit malade est d'un tempérament lymphatique au plus haut degré : il est atteint d'idiotisme depuis fort longtemps, peut-être môme depuis sa naissance. On ignore depuis quand il est malade.

Etat actuel. — Le cuir chevelu est recouvert d'une calotte croûteuse; les croûtes sont d'un blanc jaunâtre ou grises, ici pulvérulentes, là humides, suintantes [teigne muqueuse). Les cheveux, agglutinés, paraissent un peu ternes, mais non dégénérés ou de couleur gris-souris, comme dans le favus. L'affection croûteuse existe aussi sur la face, notamment sur les régions auriculaires, labiales, sur le menton. Sur diverses parties du corps, on retrouve les traces de cette éruption squameuse et croûteuse, principalement sur les pieds; les ongles des orteils sont déformés. Il y a sur les ouvertures nasales des croûtes noirâtres qui obstruent l'entrée des narines. Le malade ne paraît pas être tourmenté par de vives démangeaisons. L'œil droit est perdu par suite d'une taie qui couvre toute la cornée transparente. Du côté gauche, la conjonctive présente des granulations rouges et des pustules qui rapprochent l'affection de la muqueuse de celle de la peau; épiphora continuel.

La respiration est très gênée par suite de l'obstruction complète d'une narine, l'autre étant déjà bien rétrécie par les croûtes. Il existe sur les parties latérales du cou un chapelet de ganglions engorgés.

Le malade est mis à l'usage de la glycérine (intus et extra). On donne cet agent à la dose de deux cuillerées par jour, puis on fait des lotions sur les parties couvertes de l'éruption impétigineuse avec un mélange à parties égales de glycérine et d'eau de graine de lin.

21 mai. — L'éruption du cuir chevelu s'est notablement amendée; il en est de même de celle du corps. La conjonctivite persiste à peu près au même degré. On prescrit des irrigations froides sur l'œil et sur la face pendant trois heures, matin et soir. Amélioration marquée.

Le 30 octobre, Hautemulle sort de l'hôpital, parfaitement guéri.

Celle observation est un exemple de scrofule primitive. L'eczéma impétigincux qui couvrait le cuir chevelu et une partie du tronc réunissait tous les caractères objectifs de la scrofulide exsudative : démangeaisons peu marquées, début par la lèle, sécrétion muco-purulenle, retentissement sur les ganglions du cou. l/oplilhalniic double dont cet enfant a été

50/| LEÇONS SUIt LA SCROFULE.

atteint parait avoir été, chez lui, la première manifestation de la scrofule.

Remarquons, à propos du traitement, que les deux moyens mis en usage n'ont pas toujours autant d'efficacité qu'ils en ont eu sur ce petit malade. Nous avons depuis longtemps renoncé à la glycérine comme moyen interne ; aujourd'hui, c'est uniquement comme topique que nous l'employons.

Quant aux irrigations froides contre la conjonctivite et l'eczéma scrofuleux, je ne puisque condamner cette pratique, qui, dans la plupart des cas, m'a semblé plus nuisible qu'utile.

Serofulide bénigne exsudatîve.

Eczéma de la face. (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard,

interne du service.)

Lamy (Maurice), âgé de quinze ans, entré le 1 0 février 1 860, couché au n° 57 du pavillon Saint-Matthieu.

C'est un malade d'une assez forte constitution en apparence. Il n'a jamais fait de maladie grave ; jusqu'à l'âge de douze ans, sa tête était couverte de croûtes qui agglutinaient ses cheveux. Depuis ce temps, dit-il, il a presque toujours eu des clous, et aujourd'hui encore nous en constatons plusieurs dans la région dorsale : engorgements ganglionnaires antérieurs, terminés par résolution. Depuis deux ans, il se plaint de croûtes dans le nez, qui le gênent notablement. II a eu des otorrhées étant enfant.

Aucun antécédent arthritique ni syphilitique.

Sa mère est morte à trente-huit ans, après une longue maladie. Sa santé ordinaire était faible ; elle toussait beaucoup. Le père vit encore et se porte bien.

Il a un frère et une sœur. Le frère a eu, étant enfant, des gourmes dans la tête; rien autre chose d'ailleurs; sa santé est bonne. — La sœur est au contraire de faible constitution ; elle a eu des ophthalmies répé-

OBSKKVATIONS.

tées, de nombreux abcès au cou; tous ces accidents sonl aujourd'hui disparus.

Il fait remonter à trois mois le début de l'éruption qui l'a amené à l'hôpital ; elle aurait commencé par une petite plaque située au-dessous du menton: cette plaque s'étendit lentement. Le 29 décembre, il entra dans le service de M. Gibert, et la plaque eczémateuse avait alors le diamètre d'une pièce de cinq francs environ. II resta six semaines à l'hôpital. Rien ne lui fut donné à l'intérieur, et toute la médication consista en quelques moyens topiques : poudre d'amidon, cérat, bains de vapeur, cautérisations avec le nitrate d'argent. Le mal augmenta de plus en plus et avec une rapidité plus grande que jamais, ce que le malade attribue aux cautérisations avec le nitrate.

Aujourd'hui, \ 4 février, existe à la partie inférieure de la face, dans les régions mentonnière, sus-hyoïdienne et massétérines, à droite surtout, une large plaque eczémateuse, continue, irrégulière; l'affection est surtout accusée au menton. Cette plaque a un fond rouge, dont la coloration est en partie masquée par des produits de sécrétion qui affectent différentes formes : ici c'est un liquide roussâtre; là, des fausses membranes ; ailleurs, des croûtes verdâtres, assez épaisses, peu adhérentes. La lésion se trouve d'ailleurs modifiée dans son aspect par les applications émollientes auxquelles on la soumet.

Cette plaque, avons-nous dit, est humide, et la sérosité qu'elle exhale est si abondante, qu'on la voit en quelques instants se rassembler vers les parties déclives sous forme de larges gouttes qui tombent sur les vêtements du malade.

Sur le fond rouge de la plaque, on aperçoit des points plus rouges, des fissures desquelles suintent des gouttelettes de sang, ce qui est dû à la chute ou à l'arrachement des croûtes; on distingue, déplus, des pustules d'impétigo, qui font partie constituante de la lésion ; sur le nez et les joues existent quelques-unes de ces pustules réunies en petits groupes .

A droite, les ganglions sous-maxillaires sont manifestement engorgés. L'oreille droite porte une plaque eczémateuse à la face externe de son pavillon.

Le malade n'accuse aucune espèce de sensation ; il ne sent pas son éruption ; il dit bien que les cataplasmes lui causent un peu de picotement et de légères démangeaisons, mais cela se réduit à si peu de chose, et est d'ailleurs si fugace, que nous pouvons dire que sa sensibilité locale est à peine mise en jeu par l'affection cutanée.

M. Bazin prescrit à l'intérieur le sirop d'iodure de fer, el, comme Lopiques, les cataplasmes de fécule et la poudre d'amidon.

Encore un cas d'eczéma scrof'uleux, maïs snns accompagnement, d'aucun autre accident de la scrofule primitive. Après l'acné, l'eczéma impéligineux est bien certainement la scrofulide bénigne la plus commune. Je ne ferai qu'une seule remarque à l'occasion de ce fait. M. Guérard parle de clous que le malade aurait offerts sur le dos et d'autres régions du corps ; il eût été plus exact de dire abcès de la peau ou grosses pustules acnéiqucs furonculaires. Ce sont là, eil elfet, des complications ordinaires de l'eczéma chez les scrofuleux; mais les furoncles proprement dits sont bien plutôt des manifestations ou des complications de l'arthrilis et de la dartre que de la scrofule.

Scrofulide bénigne exsndatiye.

Impétigo de la face.

Jeanniot (Abel), âgé de dix-sept ans, né à Dampierre (Haute-Saône), garçon marchand de vin, entré au pavillon Saint-Matthieu le 13 mars

Le malade ne donne aucun renseignement précis sur la santé de ses parents. Il habitait un logement humide, mais se nourrissait bien. Il est d'un tempérament lymphatique, de constitution forte ; sa santé est ordinairement bonne .

Il n'a jamais eu, dit-il, aucun symptôme de scrofule : ni gourmes, ni maux d'yeux, ni engorgement ganglionnaire. Jamais il n'a éprouvé le moindre dérangement dans sa santé. Nous nous bornerons donc à décrire l'affection qui l'amène à l'hôpital. C'est au 3 mars qu'il en fait remonter le début. Sur son menton est apparu un petit bouton rempli de pus, qu'il a écorché avec ses ongles sales. Le lendemain, d'autres pustules semblables ont envahi la même région et presque toute la face.

OHSliKVATIONS.

Etat actuel. — Aujourd'hui, douze jours après le début, nous constatons l'état suivant. Le malade porte sur toute la face, mais principalement sur la partie inférieure, le menton, la joue et l'oreille du côté droit, des croûtes jaunes d'impétigo, réunies par larges plaques saillantes, relevées sur les bords, légèrement suintantes, d'un jaune doré brillant, semblables à de la marmelade d'abricot ou à de la cire jaune fondue. L'éruption a envahi le pavillon de l'oreille droite, qui est rouge, enflammé. Quelques pustules arrondies se montrent sur le front. On sent des tumeurs, quelque peu douloureuses à la pression, sur les côtés du cou ; ce sont les ganglions cervicaux engorgés. Il n'y a point de douleur, aucun sentiment de tension sur la partie malade ; la peau est pourtant rouge et tuméfiée .

Traitement. — = On détache les croûtes par des applications de cataplasmes de fécule de pomme de terre et des bains d'amidon ; puis les surfaces sous-jacentes rouges et enflammées sont saupoudrées d'amidon. Le malade est misa la tisane de houblon et à l'usage du sirop d'iodure de fer. Il sort le 24 mars presque complètement guéri.

Scrofulide bénigne cxsudative.

Impétigo du nez et de la lèvre supérieure. Ophthalmies. — Acné du dos. (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)

Dupont (Charles), quinze ans, tourneur en cuivre, couché au n° 20 du pavillon Saint-Matthieu.

Gourmes dans l'enfance, ophthalmies (il est atteint d'une conjonctivite double depuis trois mois); croûtes impétigineuses dans le nez, gerçures des mains ; étant très jeune, il avait mal derrière les oreilles, qui se coupaient; nous trouvons encore aujourd'hui une lésion croûteuse dans l'intérieur de la conque et jusque dans lu conduit auditif externe; souvent des glandes engorgées au cou, il en a une volumineuse depuis cinq mois ; lèvres grosses, gercées en hiver; il est sujet aux engelures aux mains et aux pieds, engelures qui s'ulcèrent avec facilité et durent fort longtemps; pendant trois hivers, une ulcération de cette nature, siégeant à un orteil, avait pénétré jusqu'à la phalange.

Un frère, âgé do onze ans et demi, eut une ophthalmio étant très jeune ; pendant quinze jours on désespéra de lui rendre la vue : gourmes, glandes volumineuses.

Mère morte de la poitrine.

Père vivant encore; insomnies, inappétence habituelle.

L'affection dont ce malade est atteint date de cinq ans ; mais c'est depuis quelques mois seulement qu'elle a pris une grande intensité; elle siège dans les narines, aux ailes du nez et à la lèvre supérieure. L'intérieur des narines est rouge, humide, suintant; un liquide abondant s'en écoule, qui se concrète rapidement en croûtes. L'orifice extérieur des narines est cerné, en bas surtout, par une exsudation croftteuse qui empiète largement sur la lèvre supérieure. Là où les croûtes font défaut, les surfaces impétigineuses sont semées de squames minces et blanchâtres, ou au contraire rouges, humides, ulcérées.

Ophthalmie aux deux yeux, mais surtout à l'œil gauche, qui est injecté, larmoyant, dépoli.

Des pustules d'acné sont abondamment répandues sur les joues, le menton et le front.

Scrofulide bénigne exsudative.

Impétigo généralisé . — A Ibuminurie

Petit (Victor), trente-huit ans, entré le H décembre 1 860, couché au n° 37 du pavillon Saint-Matthieu.

Étant enfant, il a été affecté de gourmes* d'engorgement strumeux ; plus tard, et surtout il y a quelques années, il eut des ophthalmies rebelles et assez graves. Il est sujet aux maux de tête. Pas d'autre antécédent de scrofule.

Il n'a jamais eu d'autre affection cutanée que celle qu'il porte aujourd'hui.

Aucun antécédent syphilitique.

Les renseignements sur sa famille sont nuls.

L'affection pour laquelle il est entré à l'hôpital date de six mois au moins, suivant le malade; mais tout nous porte à croire qu'elle remonte aune époque plus éloignée. Pendant trois mois, dit-il, elle ne dépassa pas les dimensions d'une pièce de 5 francs; elle était alors située dans

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la ré-ion dorsale, c'est-à-dire dans un endroit où ii n'a pu que difficilement en suivre les progrès et la marche. Aujourd'hui, cette affection a pris des proportions extrêmement considérables, et a envahi la parue supérieure du dos dans toute sa largeur, de l'une à l'autre épaule, d ou elle descend sans interruption sur la partie postérieure des membres thoraciques, qu'elle entoure et enveloppe presque complètement dans certains points.

L'aspect de cette lésion est le suivant. Ce sont de larges surfaces a contours irréguliers, mais exactement et brusquement limités, d'une coloration rouge, violacée, intense; ces surfaces sont recouvertes, en beaucoup d'endroits, de croûtes jaunes, verdàtres, crispées, d'apparence foliacée, sèches, tout en ayant un reflet humide qui atteste leur origine; ça et là on remarque des exulcérations que les croûtes ont laissées en se détachant, et le derme apparaît rouge, fongueux, épaissi, profondément altéré dans sa structure. Ces exulcérations sont peu humides, et ce n'est que lentement que se forme l'exsudation croûteuse qui les revêt.

Cette affection est d'une indolence complète; le malade n'y ressent aucune espèce de douleur, et le prurit n'a existé à aucune époque, caractère important qui, joint à la longue durée de la lésion, à son adhérence à la peau, à l'altération profonde qu'elle y a produite en démontre suffisamment la nature scrofuleuse.

25 janvier \ 864 . — L'affection s'est étendue à la plus grande partie de l'enveloppe cutanée ; il est survenu de l'anasarque et de l'albuminurie.

Scrofulide bénigne exsudative.

Acne sebacea de la face et du front. (Observation prise par M. Louis Fournier, interne du service.)

Fauconnu, quarante-deux ans, charretier, entré le 5 février 1858.

C'est un homme doué d'une robuste constitution ; sa santé habituelle est bonne. Il n'offre rien d'important à noter sous le rapport des antécédents.

Vers la fin du mois de novembre dernier, il a vu paraître sur son nez deux petits boutons rouges, présentant un point blanc à leur sommet.

01U LEÇONS SUK LA BGROFULE.

Cinq ou six jours après, il s'en est montré un grand nombre qui se sont tous couverts de croûtes jaunâtros. Le nez, très rouge et augmenté de volume, était le siège de vives démangeaisons.

Pour tout traitement, le malade faisait des applications de saindoux. Les croûtes tombaient, la maladie semblait guérie pendant quelques jours; mais bientôt survenait une nouvelle poussée de boutons, et les croûtes se reformaient.

Il y a un mois, il a paru sur le milieu du front un grand nombre de petites taches noires, qui maintenant ont envahi toute l'étendue du front.

Etat actuel. — Les deux tiers inférieurs du nez sont rouges et couverts de petits mamelons, entre lesquels on trouve de petits trous qui ne sont autre chose que les oriûces dilatés des glandes sébacées. Sur ces parties, on rencontre également des croûtes jaunâtres, adhérentes. En enlevant une des croûtes qui siègent sur l'aile gauche du nez, on voit sortir une gouttelette de pus d'un des permis signalés plus haut.

Sur les parties des ailes du nez rapprochées des joues, et sur une partie peu étendue de ces dernières, on trouve des points noirs d'acne punctata. Sur le front, il y a également des points noirs et des taches formées par la concrétion d'une matière jaune noirâtre d'aspect gras, et se roulant facilement en boule entre les doigts.

Traitement. — Tisane de houblon ; cuillerée à bouche, matin et soir, de sirop d'iodure de fer ; application, tous les deux ou trois jours, d'huile de cade sur les parties malades.

Le malade sort le 2 mars, sur sa demande; il n'a plus de croûtes, mais l'état des glandes sébacées est à peu près le même.

L'acné sébacée est une affection commune à la scrofule et à l'arthritis. Dans la première maladie, l'affection existe sans prurit, sans élancements ; la sécrétion sébacée est abondante et se concrète en croûtes épaisses, assez analogues à celles de l'impétigo; il n'y a pas d'éry thème sur les parties affectées. Dans la seconde, l'acné sébacée est accompagnée de démangeaisons ou de picotements ; la sécrétion est peu abondante; il existe en même temps du pityriasis sur les parties malades.

Quelquefois, dans l'acné scrol'uleusc, il y a rétention de l'humeur sébacée, et, dans ce cas, la partie malade, le bout du nez par exemple, est hypertrophiée, d'un blanc mat, couleur de cire, ou bien la glande sébacée fait hernie et se présente sous la forme d'un bouton ombiliqué {acni varioli forme).

Scrofulide bénigne exsudative.

Acné sébacée du tronc. (Observation recueillie et rédigée par M. Pouquet,

interne du service.)

Carra (Henri), né à Lyon, âgé de vingt-deux ans, entré le 10 juillet 1857. Profession, commis épicier.

Antéc dents de famille. — Père et mère bien portants ; un frère et une sœur sont également d'une bonne santé.

Hygiéniques. — Logement et nourriture toujours fort sains.

Tempérament. — Lymphatico-sanguin ; constitution très forte; cheveux noirs.

Antécédents du sujet. — Dans son enfance, il a eu quelques ganglions cervicaux engorgés , mais qui n'ont pas suppuré. Les antécédents pathologiques se bornent à ce seul accident.

Au mois de novembre 1 853, il s'aperçut qu'il lui venait quelques boutons sur le dos et la poitrine. Depuis ce temps, l'éruption n'a pas cessé de se produire. Son apparition date donc de quatre ans. Aujourd'hui elle nous présente les caractères suivants.

Etal actuel. — Au premier coup d'oeil, on est frappé de l'aspect syphilitique de cette affection (l'erreur a, du reste, été déjà commise, et le malade a pris, pendant un mois, du sirop de Cuisinier). Les plaques acnéiques sont disséminées sur tout le tronc, et présentent la teinte cuivrée caractéristique des affections vénériennes ; mais, après un examen attentif, on reconnaît que les croûtes, loin d'être formées par une desquamation semblable à celle qui s'observe sur les tubercules ou les papules syphilitiques, sont constituées par une matière caséeuse, que je ne puis mieux comparer qu'à de la mie de pain bis. Ces croûtes s'enlèvent facilement, et laissent à découvert la surface du derme, d'un rouge franc, où l'œil, armé de la loupe, signale la présence des orifices agrandis

des glandes sébacées. Les croules enlevées, il s'en reproduit bientôt de nouvelles, avec le môrne caractère. Les plaques qui guérissent laissent après elles uno petite cicatrice blanche, semblable à celle du vaccin, et qui paraît indélébile. Si l'on comptait ces plaques, on en trouverait peut-être cent à cent vingt disséminées irrégulièrement sur la poitrine et le dos jusqu'à la ceinture, peu sur les bras et le cuir chevelu. Le malade dit n'en avoir jamais eu sur les membres inférieurs. Elles ont toutes à peu près le môme diamètre, environ celui d'une pièce de 50 centimes. Leur forme est ovalaire ou arrondie.

Traitement. — Houblon, sirop de fer, lotions alcalines, huile de cade, bains alcalins et bains de vapeur alternatifs.

Sorti guéri le 31 juillet 1 857.

Les manifestations de la scrofule se produisent très fréquemment sur les glandes sébacées; ce sont ou des scrofulides acnéiques bénignes ou des scrofulides acnéiques malignes. Dans les premières, tout se borne à une inflammation de la glande ou même à un épaississement, avec rétention ou excrétion plus abondante de l'humeur sébacée ; dans les secondes, il y a hypertrophie, atrophie ou dégénérescence fibro-plastique de ces cryptes.

Les formes de scrofulides acnéiques sont très multipliées : je regrette de ne pouvoir donner un exemple de chacune de ces formes. Aucune maladie n'est plus commune que la scrofulide exsudative sébacée du cuir chevelu , aucune ne compromet plus la chevelure et ne résiste davantage aux agents thérapeutiques. L'aspect de l'enduit qu'elle détermine sur la chevelure est très variable, depuis celui d'un fluide glutineux jusqu'à celui d'une couche épaisse de miel ou d'humeur cérumineuse.

L'année dernière, nous avons eu, dans le service, une jeune tille chez laquelle la scrofulide sébacée du cuir chevelu était accompagnée de végétations rougeâtres, charnues, enlou-

OBSEUVATIONS. 513

îan L la base dos cheveux ; végétations qui n'étaient autre chose que des prolongements hyperlrophiques des papilles pilifères. L'ensemble de ces végétations, que M. Guérard, interne du service, comparait aux colonnettes charnues des ventricules du cœur, donnait au cuir chevelu un aspect tout à fait étrange. Cette malade a été radicalement guérie par l'épilalion. Aujourd'hui sa tète est ornée d'une chevelure bien fournie et d'un très beau noir.

Scrofulidc )>énignc boutonneuse.

Er\j thème populeux du dos des mains et delà face. (Observation recueillie par M. Dumonl, interne du service.)

Miller (Michel), quinze ans, tailleur de limes, entré le 4 mars 1856, couché au n° 46 de la salle Saint-Prosper (pavillon Saint-Matthieu).

Le père a quarante-cinq ans, la mère quarante-deux ; tous deux se portent bien. Cinq frères et trois sœurs, qui jouissent, dit le malade, d'une parfaite santé.

Le malade lui-môme n'a eu que des blépharites répétées, qui ont laissé les bords des paupières rouges et chassieux.

L'affection actuelle a débuté le 3 février par la main droite. On remarque aujourd'hui, sur le dos des mains, et particulièrement sur celle du côté droit, des papules rouges, saillantes, lenticulaires, accompagnées de faibles démangeaisons ; la peau, dans l'intervalle des papules, est de même couleur que la peau normale ou légèrement rougeâtre : cette couleur disparaît, et les saillies papuleuses deviennent d'un blanc mat si le bras est élevé. Des papules analogues existent sur la face dorsale des doigts; sur les joues, les boutons sont identiques, mais moins confluents; sur les lèvres et le menton, on voit aussi quelques papules rares ; enfin, il en existe sur les pavillons auriculaires, qui sont rouges, érythémateux et le siège de quelques démangeaisons, surtout vera lé soir.

Habitude extérieure. — Sujet d'un tempérament lymphatique, de bonne constitution, du moins en apparence; il tousse un peu, a souvent de ladiarrhéo, mais n'est atteint d'aucune autre indisposition.

516 LEÇONS Slîlt LA SCROFULE.

Traitement. — Bains simples, tisane de houblon et sirop d'iodurede fer. Le malade sort au bout d'un mois, n'ayant plus de papules aux mains ; le doigt, promené sur les joues, perçoit encore çà et là de petites indurations papuleuses.

L'éry thème papuleux proprement dit est une affection scrofuleuse qui ne doit pas être confondue avec l'éry thème papulo-tuberculeux, affection de nature arthritique. Dans cette dernière, les papules sont plus larges et plus foncées en couleur; on y rencontre en même temps des plaques circulaires, relevées sur les bords, d'érythème circinéou marginé ; enfin, l'affection a une marche plus rapide. Le lichen syphilitique, le psoriasis que j'appelle lenticulaire, et l'hydroa, seront facilement distingués, avec un peu d'attention, de l'érylhème papuleux : les deux premiers ne siègent pas exclusivement sur les parties découvertes, et le dernier offre des vésicules ou des bulles, avec dessiccation centrale caractéristique.

Scrofulide bénigne boutonneuse.

Lichen scrofuleux. (Observation recueillie par M. Colvis, élève

du service.)

Guittard (Joseph) , âgé de quinze ans, charbonnier , né à Paris , demeurant à Paris, rue du Ponceau, n° 19, entré à Saint-Louis le 4 juillet 1 856.

Le père de cet enfant a quarante ans, et jouit, dit-on, d'une excellente santé. La mère est morte à quarante-sept ans, du choléra, il y a deux ans Un frère a huit ans et ne présente aucun signe de scrofule ; deux sœurs sont mortes en bas âge ; une autre sœur a six ans et offre tous les attributs dé la scrofule.

Le jeune malade porte depuis longtemps des glandes au cou ; il a sur le front et à la racine des cheveux des traces d'eczéma impétigineux. Le lichen existe depuis la première enfance.

Guittard habite une chambre humide et dit qu'il se nourrit fort mal.

C'est un sujet lymphatique, mais qui a toutes les apparences d'une assez bonne santé.

Le corps est littéralement couvert de boutons papuleux, mais l'éruption est répandue d'une façon tout à fait irrégulière.

Sur les membres supérieurs et sur le dos, les boutons sont isolés, séparés les uns des autres par des intervalles de peau saine (prurigo serofuieux) ; sur les jambes, ils sont rapprochés, pressés et confondus. A la partie interne des cuisses se remarquent deux larges plaques où les papules confluentes sont plus hypertrophiées qu'ailleurs.

Les démangeaisons sont médiocres et n'existent guère que pendant la nuit.

L'épaississement de la peau est surtout manifeste sur les membres inférieurs, là où le lichen est très confluent.

Traitement. — Tisane de houblon, sirop d'iodure de fer, bains alcalins, frictions sur tout le corps avec l'huile de cade pure.

Au bout de quinze jours, le lichen a disparu partout des régions où il était diffus; les démangeaisons sont presque nulles. Le 25 juillet, le malade sort de l'hôpital, n'offrant aucune trace de l'éruption papuleuse.

Dans cette observation, beaucoup trop écourtée,je ne ferai qu'une remarque au sujet du traitement. Qu'on ne croie pas un serofuieux guéri d'un lichen datant de l'enfance parce qu'en vingt jours on a balayé l'éruption. La récidive est immanquable, et très probablement elle aura eu lieu chez notre malade. Au bout d'un mois ou six semaines, il sera rentré à l'hôpital Saint-Louis, chez nous ou dans un autre service de médecine.

Scrofulidc bénigne boutonneuse.

Acné pustuleuse de la face. (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du service.)

La tou (Jules), âgé de dix-sept ans, marin, entre à l'hôpital Saint-

Louis, pavillon Saint-Matthieu, salle Saint-Victor, n° 3S, le 12 janvier '1 861 .

Ce jeune homme n'était âgé que de deux ans quand il perdit son père, et ne peut fournir aucun renseignement sur lui. Sa mère est sujette à des malaises et à des maux d'estomac, mais d'ailleurs assez bien portante. Il est juste d'ajouter que, depuis quatre ans, il est complètement séparé d'elle, et ne donne sur sa santé que des notions imparfaites. J'en dirai autant de ses assertions sur la santé de son frère, santé qui, d'après lui, serait excellente. Quant à lui, il n'a jamais été malade et ne se rappelle pas avoir eu d'éruptions ganglionnaires, ni d'ophthalmies ; il eut seulement, il y a cinq ans, une poussée furonculeuse qui dura deux mois.

Depuis quatre ans qu'il est marin, il a fait deux voyages à la pointe de Galles et un voyage à Calcutta. C'est pendant la traversée des Indes en France (1 860), qu'il s'aperçut que quelques petits boutons apparaissaient sur la face; ces boutons augmentèrent chaque jour, et se montrèrent sur le front, le menton, couvrirent en un mot toute la figure.

Aujourd'hui, en effet, un examen attentif démontre qu'il existe sur les joues et la partie externe du front de nombreux petits points noirs dus à 1 oblitération des follicules sébacés [acne punclala) ; d'autre part, sur les deux joues, le front, le menton, de nombreuses saillies coniques, les liiies rouges de la base à la pointe, les autres blanches au sommet, à cause de l'existence d'un peu de pus sur ce point (acné pustuleuse,). Il n'en existe pas sur le nez, ni sur la région sus-hyoïdienne ou tout autre point du corps.

Ces pustules offrent un volume variable; les unes forment à peine une saillie, tandis que le plus grand nombre offre le volume d'un grain de millet et quelques-unes celui d'un pois. Ces papulo-puslules sont en certains points, sur les joues particulièrement, tassées les unes contre les autres, cohérentes même, et ne laissent entre elles aucun intervalle, tandis que, plus loin, elles sont distantes légèrement l'une de l'autre. C'est dans ces points qu'on aperçoit l'acne punctala.

M. Bazin ordonna à ce malade des bains à l'hydrofère, du sirop d'iodure de fer et de la tisane de pensée sauvage. Sous l'influence de ce traitement, une amélioration notable s'est produite, et toutes les papulopustules de cette partie de la face qui avoisine le nez se sont affaissées, au point qu'il ne reste plus que de la rougeur en ce point. Les autres parties ont subi une diminution notable, et tout fait espérer une guérison prochaine (31 janvier 1 861 .)

Scrofulidc bénigne boutonneuse.

Acné varioli forme.

Le 1 0 août 1 860 s'est présentée à notre consultation une femme nommée veuve Fonsin, venant nous consulter pour sa fille, âgée de seize mois, atteinte d'acné varioliforme.

Cette femme a eu cinq enfants, qui tous sont en bonne santé ; ellemême se porte bien, mais le père est mort d'une affection de poitrine, et c'est pendant la maladie de son mari qu'elle devint enceinte de l'enfant qu'elle nous amène.

L'affection de cette enfant date de quatre mois ; elle existe surtout à la face, mais on trouve des pustules disséminées sur diverses parties du corps, notamment à la vulve et aux cuisses.

A la face, les pustules sont nombreuses, et nous en noterons surtout: une très volumineuse, qui occupe la paupière supérieure droite ; trois situées à la commissure interne de l'oeil gauche ; d'autres enfin, variables en volume, disséminées sur la joue et spécialement aux lèvres et au menton.

Une grosse pustule, d'un rouge animé et semblant près de s'ouvrir, existe à la grande lèvre du côté gauche.

Ces pustules, dit la mère, débutent par un petit bouton aplati, circulaire, qui grossit assez rapidement, devient très volumineux, luisant, blanchâtre, puis très rouge, enflammé ; elles ont un point central par où la pression fait sortir un liquide blanchâtre mêlé de sang. La mère ne les laisse pas crever seuls, mais les presse elle-même quand elle les juge à maturité; ils ne crèvent jamais, dit-elle, avant d'avoir acquis un volume assez considérable. Autour de la pustule qui disparaît, il naît des pustules nouvelles, et il ne faut pas moins de six semaines à chacune pour accomplir son évolution entière. Elles laissent après elles une petite tache qui persiste quelque temps, mais jamais de cicatrice.

La description qui précède nous a été inspirée bien plus encore par ce que nous avions sous les yeux que par le récit de la mère; en effet, nous pouvions voir du même coup, sur cette enfant, des pustules d'acné varioliforme à tous les âges, depuis celle qui commence à naître jusqu'à la pustule arrivée à son complet développement. Elle se présente alors sous la forme d'une saillie hémisphérique, marquée à son centre

d"un point noir qui, déprimé en ombilic sur los plus jeunes, devient culminant sur les plus âgées au moment rie leur ruplure, et quand leurs parois amincies suffisent à peine a contenir le liquide blanchâtre qui les distend.

Un des frères de cette enfant, âgé de onze ans, porte à la face trois pustules d'acné varioliforme, que la mère attribue à la contagion opérée de l'une à l'autre par un baiser.

Scrofulide bénigne boutonneuse.

Acné varioliforme de la face el du col ; guérjson par les préparations

alcalines.

Ravenel (Clémentine-Apolline), vingt-sept ans, passementière, demeurant haussée-Clignancourt, 10, à Montmartre, née à Beauvais (Aisne), entrée à l'hôpital Saint-Louis le 31 juillet 1 849, salle Saint-Thomas, 38.

Mariée depuis neuf ans, Clémentine Ravenel n'a jamais eu d'enfants ; elle a fait deux fausses couches à trois mois de grossesse. Elle est bien réglée, n'a pas de leucorrhée; elle est grande, maigre, brune, à peau blanche, nette et lisse, et dit n'avoir jamais été malade.

Il y a cinq ans, apparition sous le nez d'un boulon qui a Taspect d'une verrue; il se fend, une matière blanche s'en échappe, puis il disparaît sans laisser de traces. Il y a huit mois, bouton semblable sous le menton ; ce boulon, d'abord unique, est bientôt suivi d'éruption analogue sur le front, sur les joues, sur les parties latérales et postérieures du cou ; partout ailleurs, la peau est parfaitement nette.

La première idée que donne la vue de cette éruption est celle d'une varioloïdeen commencement de dessiccation ; les boutons sont irrégulièrement disséminés : ici, agglomérés comme dans la variole; là, écartés, laissant entre eux une peau parfaitement saine. Leur volume est très variable : les uns ne sont pas plus gros que des têtes d'épingles, les autres ont les dimensions d'une lentille ou d'un pois; on en voit un plus volumineux à la tempe : il est irrégulièrement ovoïde. Tous ces boutons sont ombiliqués ; leur contour est de la couleur de la peau environnante ; leur base n'est point enflammée ; ils sont durs au toucher comme les tubercules de la varioloïde. En les pressant, après les avoir incisés, on en fait sortir une matière sébacée blanche. Les plus gros paraissent

évidemment formés de la réunion de plusieurs follicules dont le produit se dresse à la surface comme autant de pointes blanches, dans 1 intervalle desquelles la peau est transparente.

On prescrit les lotions alcalines et les bains alcalins. La malade passe deux fois par jour, sur tous les boutons de la face et du cou, une éponge fine imbibée du solutum ci-dessous :

Eau commune 500 gram. ■

Carbonate de potasse 2 —

Elle prend tous les jours un bain alcalin.

Cette jeune femme, s'ennuyant à l'hôpital, demande sa sortie au bout de quelques jours. Elle ne fait chez elle qu'un séjour de six semaines environ, et rentre à l'hôpital Saint-Louis, où elle est de nouveau soumise à notre observation (pavillon Gabrielle).

Depuis un mois, elle est, dit-elle, fortement enrhumée ; elle tousse, crache, a des sueurs abondantes la nuit, est considérablement amaigrie. L'examen de la poitrine nous fait craindre une évolution de tubercules dans le poumon droit. La percussion donne en avant, sous les clavicules, et en arrière, sur l'omoplate, un son beaucoup plus obscur à droite qu'à gauche; nous entendons en avant des craquements secs, et en arrière quelques craquements humides. Nous prescrivons :

1° Contre l'acné varioliforme, des frictions avec la pommade cidessous :

Axonge 30 grammes.

Carbonate de potasse 3 —

2° Contre la tuberculisation pulmonaire commençante, une série de vésicatoires volants sur le côté droit de la poitrine : l'huile de morue, à la dose de 30 grammes par jour et portée graduellement à 1 20 grammes.

Clémentine Ravenel continue ce traitement pendant trois mois à peu près, et sort de l'hôpital, parfaitement guérie de son acné varioliforme et des accidents qu'elle avait offerts du côté de la poitrine.

Scrofulide bénigne boutonneuse.

Acné varioliforme discrèle, mais répandue sur diverses régions du corps, précédée de gourmes et de scrofules ganglionnaires.

Martellier, vingt-deux ans, garçon boulanger, entré le 27 février

°-u LEÇONS SU» LA SCROFULE.

Antécédents de famille.— Mère morte à trente ans de fièvre typhoïde; père âgé de quaranlo-huit ans, bien portant; un frère, plus jeune de trois ans, est souvent malade, bien que d'apparence robuste ; a eu, dans son enfance, gourmes, et, plus tard, engorgement des ganglions cervicaux.

Antécédents du malade. — A eu des gourmes dans son enfance, plusieurs fois des engorgements des ganglions cervicaux , mais jamais d'ophthalmies ni d'engelures"; vers l'âge de dix ans, il a eu pendant un an des croûtes dans le nez, et depuis cette époque il a toujours eu le nez sensible, enveloppé de croûtes, surtout pendant l'hiver. Depuis, il s'est toujours bien porté.

Il y a quatre mois, apparition des boutons d'acné varioliforme, qui ont motivé son admission à l'hôpital. Ils se sont montrés d'abord sur le devant de la poitrine, et notamment au-dessous du mamelon gauche, au nombre de cinq ou six. de volume différent, quelques-uns égalant un petit pois, indolents, sans prurit. Après un certain temps, ces boutons rougissaient, se crevaient et étaient remplacés par une petite croûte jaunâtre, à la chute de laquelle il ne restait plus qu'une petite surface rouge; puis des boutons semblables sont survenus sur d'autres régions.

Lors de son entrée, on constate à la face quelques boutons d'acné miliaire; aux deux paupières inférieures, vers l'angle interne de l'œil, deux ou trois boutons varioliformes, du volume d'une tête d'épingle ; un semblable à la partie gauche du front. On en observe également vers le milieu du dos, à la partie postérieure du col et des épaules, en avant de l'épaule droite, où il y a un petit groupe de quatre boutons. Tous les boulons sont parfaitement ombiliqués et ne présentent aucune trace d'inflammation. La partie antérieure du tronc, poitrine et abdomen, est couverte d'une soixantaine de boulons variables de grosseur et d'aspect : les uns, et c'est le plus grand nombre, d'un blanc terne, les autres rouges ; quelques-uns sont couverts d'une croûte jaunâtre. Enfio, en différents points, cicatrices régulières, propres à cette forme d'acné.

On trouve encore des boutons disséminés sur les membres supérieurs, même sur les mains; les membres inférieurs, les fesses et la moitié inférieure du dos ont seuls été épargnés. Il n'y a, du reste, aucun dérangement dans la santé générale.

Traitement. — 5 mars. — Quatre boutons sur l'épaule droite ont été touchés avec la teinture d'iode. A pari ceux de la poitrine, qui ont été abandonnés à eux-mêmes, la plupart des autres ont été incisés et vidés

de leur matière sébacée. Bains sulfureux, tisane amère, sirop d'iodure de fer.

10 mars. — Cinq jours après, les boulons touchés avec l'iode ont diminué de moitié ; les incisés ont complètement disparu ; ceux qu'on a respectés sont en train de disparaître sous l'influence de l'inflammation dont ils étaient déjà le siège.

Le malade sortie 24 mars, n'ayant conservé que quelques rares boutons en train de disparaître par l'élimination spontanée; les boulons touchés avec l'iode sont restés les derniers.

11 y a deux choses à signaler dans cette observation : 4° Les affections scrofuleuses qui ont précédé ;

2° La dissémination des boulons sur la presque totalité de la peau.

Serofulidc henisrne boutonneuse.

Acné varioli forme. — Ulcère scrofuleux du dos de la main. (Observation recueillie et rédigée par M. Dumont, interne du service.)

Godin (Fanny), dix-huit ans, couturière, demeurant à Paris, faubourg Saint-Martin, 233, admise salle Sainte-Foy, le 28 mars 1 858.

Le père est mort d'une gastrite. La mère a cinquante-deux ans; elle est de constitution médiocre, et porte deux loupes sur la tête. La grand'mère avait aussi deux loupes sur la tête. Elle a une sœur qui est d'une bonne santé, mais qui a eu des ophthalmies pendant l'enfance.

Notre malade a aussi été affectée d'ophthalmies ; elle a eu les trois premiers doigts de la main droite couverts de verrues qui ont aujourd'hui disparu; elle est d'ailleurs d'un tempérament lymphatique très prononcé. A quatre ans, à la suite d'une violence physique, des ulcérations se sont produites sur le dos de la main gauche, qui, malgré tous les soins, se sont étendues et couvertes de végétations, et n'ont pu se cicatriser que partiellement. Aujourd'hui l'ulcère offre l'aspect des scrofulides malignes crustacées-ulcéreuses.

Il y a un an seulement que s'est montrée la scrofulide acnéique par l'apparition successive de petites élevures rouges à la base du cou, sans douleur ni démangeaisons. La plus ancienne, d'abord sessile, s'est ensuite de plus en plus rétrécie à la base, en augmentant de volume, et est devenue pédiculée. L'évolution de ces petites tumeurs ne s'est accom-

pagnée d'aucun accident général. La malade a de tout temps couché avec sa mère, qui n'a jamais présenté de tumeurs analogues.

Etal actuel. — Les boutons sont ainsi disposés : deux siègent sur la première pièce sternale, trois sur l'articulation sterno-claviculaire du côté droit; quatre autres dans la région sous-claviculaire gauche. Dans le dos, on voit quelques élevures rouges qui semblent constituer des tubercules d'acné à leur début. Les plus gros ont le volume et la forme d'un pois ; ils sont pédiculés et rugueux à leur surface. Les autres ressemblent, pour la forme, à de petites lentilles dont le centre est déprimé ; on peut, par la pression, faire sortir de quelques-uns de ces boutons une matière grasse, offrant un aspect vermiforme. Tous les boutons sont d'un blanc de cire et de consistance molle.

On excise le plus gros tubercule : un liquide lactescent s'en échappe en jet. et dans son intérieur on trouve encore quelques grumeaux.

Traitement. — • Tisane de houblon, huile de morue et sirop d'iodure de fer. On cautérise l'ulcère de la main avec la teinture d'iode. Tous les tubercules d'acné variolique sont excisés, et les petites plaies qui succèdent à cette excision sont touchées avec la môme teinture.

Scrofulide maligne érythémateuse.

Lupus érythémateux né de la transformation, in situ, d'engelures devenues -permanentes.

Michelin (Pauline), trente-deux ans, domestique, née à Vieux-Château (Côte-d'Or), entre dans le service le 29 décembre 1856.

Cettejeune femme est douée d'un embonpoint remarquable pour son âge; elle a eu des gourmes dans l'enfance, qui ont disparu sans traitement. Puis elle s'est bien portée jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans, où elle a commencé à voir paraître sur le dos des mains, sur le nez et les joues des engelures qui d'abord ne se sont montrées que pendant l'hiver. Ces engelures disparaissaient l'été, ne laissant aucune trace de leur passage. Au bout de quelques années, elles sont devenues persistantes. De nouvelles taches rouges se sont montrées sur la face et sur le cuir chevelu.

Etat actuel. — Des taches de dimensions variables, d'une pièce de 20 centimes à une pièce de 5 francs, existent sur le nez, les joues,

le front, le cuir chevelu, le dos des mains et des doigts. Quelques-unes, les plus récentes, sont petites, lenticulaires, rouges, chaudes, légèrement saillantes et quelque peu indurées , elles siègent sur les joues, le front et le dos des mains ; elles sont comme érysipélateuses, et disparaissent momentanément sous la pression du doigt.

Sur le cuir chevelu se remarquent trois larges taches rougeâtres, avec quelques points blancs et cicatriciels qui tranchent sur le fond rouge de la plaque. Ces taches sont complètement dénudées ; aucun cheveu ne s'observe à leur surface.

Une large plaque couvre le dos du nez ; elle est rouge à la circonférence et couverte de quelques débris épidermiques, mais son centre ressemble à une cicatrice de brûlure au troisième degré.

Au reste, toutes ces taches sont à peu près indolentes; parfois cependant la malade y éprouve un sentiment de chaleur et de brûlure, mais cette sensation douloureuse est surtout le résultat des applications caustiques que l'on fait périodiquement, à la surface de ces taches.

La santé générale de la malade est fort bonne : digestions faciles, pas de diarrhée, état normal du pouls et de la respiration.

Traitement. — ■ Tisane de houblon, huile de morue, que la malade prend avec répugnance et fort irrégulièrement; sirop d'iodure de fer, bains sulfureux, applications de caustiques divers, teinture caustique d'iode, huile d'acajou, huile de croton, huile de cade, etc.

Ce traitement est suivi pendant deux ans, et n'apporte que de très légères modifications à l'état du mal. La malade sort du service le 20 décembre 1858.

Quelque incomplète que soit cette observation, elle n'en est pas moins pour nous palpitante d'intérêt. On y voit une nouvelle preuve de l'identique origine des scrofulides bénignes et des scrofulides malignes. L'engelure, affection artificielle produite par le froid, devient, chez cette malade, permanente en toute saison, c'est-à-dire que d'affection artificielle elle devient affection constitutionnelle (scrofulide érythémateuse bénigne) ; puis, avec le temps, cette dernière se transforme en lupus érylhémateux {scrofulide maligne), qui diffère de l'engelure permanente en ce que les couches

0'2/j LEÇONS bUU L\ SCROFULE.

superficielles du derme s'exfolient el donnent lieu à une cica -

tricc indélébile analogue à celle de la brûlure.

Sur le cuir chevelu, les taches de lupus érythématcux. sont dépouillées de cheveux, et pourraient être prises pour des plaques de calvitie produites par un favus ancien, pour de la pelade, de L'éry thème marginé, etc.; mais le travail de destruction qui s'opère à leur surface et gagne les follicules pileux, donne lieu à de véritables cicatrices qui mettent sur la voie du diagnostic.

Remarquons encore , chez cette malade, le peu d'effet obtenu par un traitement prolongé. Tout le monde sait que le lupus érythémaleux est d'une curation difficile, et que, s'il ne mutile pas les parties où il a son siège, comme le lupus tuberculeux ou le lupus exedens, il n'en est pas moins grave sous le rapport de la ténacité et de la résistance opiniâtre qu'il apporte à l'action des agents thérapeutiques.

Comme antécédents scrofuleux^ nous ne trouvons, chez Michelin, que des gourmes et des engelures; mais à côté d'elle était couchée, au n° 6 de la même salle, une jeune fille de Bourbonne, la nommée Magnien, affectée delà môme maladie, lupus érythémateux de la face et du cuir chevelu, et qui, dans son enfance, avait eu non-seulement de la gourme, mais des ophthalmics et des écrouelles, lesquelles avaient marqué leur passage par des cicatrices bridées et difformes sur les parties latérales du cou.

Scrofulirtc tnaligno éryJhématcusc.

Lupus ërylhémaleux. (Observation recueillie et rédigée par M. Dumont,

interne du service.)

Lecat (Emile), trente ans, célibataire, employé de l'hôpital Saint- Louis.

Le père (le ce malade avait quarante-cinq ans lorsqu'il a été atteint d'un érysipèle phlegmoneux de la jambe droite, affection qui a causé sa mort.

La mère a soixante ans; elle existe encore, et jouit d'une excellente santé.

Il a deux sœurs : l'une a eu de la scrofule à la main étant enfant ; elle a aujourd'hui vingt-cinq ans ; elle est d'un tempérament lymphatique et affectée dophthalmie granuleuse chronique. L'autre sœur a vingthuit ans ; elle est enrouée et se plaint continuellement, accusant des souffrances tantôt sur un point, tantôt sur un autre.

Lecatest d'un tempérament lymphatico-sanguin, d'une constitution assez forte, du moins en apparence; ses cheveux sont noirs, sa barbe noire et bien fournie. Il a eu des écrouelles dans l'enfance qui ont laissé des cicatrices au cou. Il n'a jamais eu d'ophthalmies, ni de maux d'oreilles, ni d'affections exanthématiques.

A dix-huit ans, il s'est engagé et est resté neuf ans au service. A vingt ans, il fut affecté d'un bubon qui n'avait' été précédé ni de chancres ni de blennorrhagie (bubon scrofuleux).

L'année suivante (<l 846), il est en Afrique et n'éprouve aucun dérangement dans sa santé. En 1 848, une petite tache rouge paraît à l'angle interne de l'œil gauche, et reste longtemps stationnaire. En <l 8 i9, une autre tache semblable apparaît sur la joue du même côté, au niveau du pli qui sépare la paupière inférieure de la convexité de la joue. Six mois après, nouvelle tache sur l'endroit où posaient les lunettes, sur la joue droite.

Ces taches étaient roses, à peine larges comme des pièces de 20 centimes, indolentes, sans ulcérations, sans saillies "apparentes.

4 850. — Le sujet contracte un chancre induré ; bientôt le corps et la figure se couvrent de pustules. M. Lacauchie le soigne à l'hôpital militaire du Roule, et le guérit de ce mal. Mais, à partir de ce moment, les taches de la figure se développent avec activité. En trois ou quatre mois, il en vient de nouvelles qui s'élargissent et se réunissent*aux premières.

,| sS'l . — Entré au Midi (service de M. Ricord). A celte époque, les lèvres et l'intérieur de la bouche étaient remplis d'ulcérations très douloureuses. Traité par la liqueur de Fowler, le malade sort d-j cet hôpital au bout de deux mois et demi, parfaitement guéri de ses ulcérations.

Mais, sans avoir fait aucun exec.-:, sans avoir môme cessé l'usage de

la liqueur, quelques jours après sa sortie, il est repris des mômes accidents. La figure était extrêmement gonflée Revenu au Midi, on reprend le même traitement, qu'il continue pendant trois mois sans interruption. Cependant la tuméfaction de la face semble augmenter sous l'influence du traitement arsenical, et oblige M. Ricord à I interrompre de temps à autre. Enfin, les ulcères de la bouche disparaissent, mais il reste au malade un malaise général, une fatigue permanente.

Dix jours après sa sortie, deuxième récidive tout aussi aiguë, avec ulcération de la bouche, et, de plus, des croûtes sur les taches de la

figure Le malade entre à Saint-Louis, dans le service de M. De-

vergie, le 1 4 octobre \ 852. On lui fait prendre de l'huile de foie de morue et du sirop d'iodure de fer. Au bout de six mois se déclare un érysipèle qui n'apporte aucune modification aux taches de la figure. Cellesci s'étendent sur le front, et, après être resté neuf mois dans le service de M. Devergie, Lecat le quitte pour entrer dans celui de M. Gibert, le 22 septembre 1853.

Pendant six mois, il prend l'huile de morue et le sirop antiscorbutique, et pendant cinq mois de la liqueur acide (arséniate de soude.) On pratique quelques cautérisations avec le nitrate de mercure. De tous ces traitements, le malade ne recueille qu'une bien faible amélioration. Aussi, en désespoir de cause, se livre-t-il au médecin noir, le fameux Wriès, qui promet de le guérir en quinze jours, et dont tous les arcanes, au bout de six mois, n'avaient en rien modifié l'état du mal.

Janvier 1 856- — Le malade est traité par M. Razin.

Voici quel était son état à l'époque de son entrée dans le service :

Malgré tous les traitements que le malade a subis, la constitution n'est pas détériorée ; l'appétit est médiocre, mais les digestions sont faciles, les selles régulières, les urines abondantes, sans dépôt, sans albumine.

Etat local. — La figure est bouffie et couverte de larges plaques de lupus érythémateux, sur les sourcils, le nez, les joues, les lèvres, les favoris, les oreilles, le menton, la face dorsale de la main droite. Sur la peau de la figure et de la main, les taches sont d'un rouge foncé; elles ne font que pâlir légèrement sans disparaître sous la pression du doigt, ne sont le siège d'aucun prurit, offrent çà et là quelques folioles épidermiques et des points cicatriciels analogues à ceux de la brûlure au troisième degré. Sur le bord libre de la lèvre inférieure, il existe des croûtes noirâtres, fendillées, humides, en partie détachées de la membrane muqueuse, analogues aux croûtes de l'impétigo.

OftSRRVAllONS. O^7

Lecat, persuadé que sa maladie devait être attribuée, sinon uniquement, du moins en grande partie, à la vérole dont il avait été atteint, ne cessait de réclamer des médications anlivénériennes. Pour le satisfaire, on lui fit prendre pendant fort longtemps, et du sirop de biodure ioduré, et de l'iodure de potassium seul, à doses croissantes. Tous ces traitements n'eurent aucun résultat. Il en fut de même des médications antiscrofuleuses, des bains sulfureux, de l'iode, de l'huile de morue, du chlorhydrate de baryte.

Il sortit de nos salles à peu près dans l'état où il y était entré.

L'observation de Lecat est intéressante sous plus d'un point de vue: comme type de lupus érythémateux, il est, en effet, difficile d'en trouver un plus bel échantillon; comme preuve de la non-cognation du lupus avec les accidents de la vérole; les taches érythémateuses ont précédé l'apparition du chancre induré, elles ont résisté au mercure et à l'iodure de potassium, qui ont fait justice des afleclions cutanées de nature syphilitique ; enfin, comme exemple de la ténacité du lupus érythémateux, qui est, de toutes les variétés de scrofulides malignes, la plus rebelle aux agents thérapeutiques.

Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis sa sortie de Saint-Louis, que notre malade, vivement affecté de la mort d'une sœur qu'il aimait beaucoup, fut tout à coup frappé d'hémiplégie. Des douleurs violentes se firent sentir dans le côté de la tète opposé à la paralysie. L'encéphalite fit de jour en jour de nouveaux progrès , et Lecat ne tarda pas à succomber.

La famille s'étant opposée à l'autopsie, nous ne pûmes nous éclairer, par le scalpel, sur la nature des lésions qui devaient exister dans les viscères.

La syphilis a-t- elle eu sa part dans la production du ramollissement cérébral auquel Lecat a succombé? Je ne saurais le dire.

Sci-ufulide nialîgnc érythcmatcuse.

Lupus acnêique de la face (acné atrophique). (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)

Rosalie Tellier, vingt et un ans, cuisinière, couchée au n° o de la salle Sainte-Foy.

Antécédents. — Cette malade n'a jamais eu de gourmes dans son enfance ; elle porte, depuis très longtemps, une glande volumineuse, indolente, stalionnaire, au côté gauche du cou, sous l'angle maxillaire. Elle a une conjonctivite à l'œil gauche et une taie sur la cornée du môme côté; en effet, les ophthalmies ont été très fréquentes chez elle ; les narines ont été longtemps obstruées par des croûtes qui se reproduisaient incessamment. L'hiver dernier, elle fut atteinte d'une affection au pied, d'une engelure, dit-elle, qui persista tout l'hiver à l'état d'ulcère, et qui la faisait souffrir au point de gêner beaucoup la marche; en même temps, ses mains et ses poignets étaient rouges, tuméfiés: c'était la première fois que pareille affection se présentait chez elle.

Il y a cinq ans, lorsqu'on lui perça les oreilles, il se développa autour de chaque petite plaie une sorte d'éruption croûteuse qui persista fort longtemps, limitée au lobule.

Elle a presque toujours eu des boutons à la figure.

Elle avait cinq ans lorsque son père mourut ; il resta six mois malade ; son corps était, dit-elle, couvert de plaies.

Sa mère vit encore, et en bonne santé; elle eut, à son retour d'âge, des boutons sur la figure et les mains, avec croûtes et pustules qui durèrent un an environ. Nous ne pouvons en apprendre davantage.

Une sœur, encore, très jeune, a eu des gourmes ; une autre, âgée de vingt-quatre ans, a eu mal aux oreilles dans son enfance.

Il y a eu quatre autres enfants, sur lesquels nous n'obtenons que des renseignements fort vagues.

Etat actuel. — Elle a eu presque constamment des boutons à la face depuis l'âge de quatorze ans, autant qu'elle peut s'en souvenir ; mais c'est depuis deux ou trois ans surtout qu'ils existent d'une façon permanente.

L'aspect de l'éruption est celui-ci. Sur toute la surface sont dissé-

minées en nombre assez considérable de petites élevures avec un point noir à leur point culminant : c'est de Vacne punctala. Çà et là on trouve des pustules plus volumineuses, dures, solides, rouges, ou de Vacna indura ta. Enfin, il existe une troisième lésion, que son importance m'oblige à décrire avec détail.

Celte lésion se présente sous forme de plaques assez nombreuses : il y en a deux sur le nez superposées, deux à la joue droite et une de grande dimension à la joue gauche ; d'autres plus petites sont répandues autour des précédentes. Ces plaques sont irrégulières, à contours un peu vagues, mais faciles à limiter cependant, avec un peu d'attention ; leur fond est légèrement blanchâtre, par suite de la rétention de la matière sébacée dans les cavités folliculaires et de la compression exercée par elle sur les capillaires de la peau ; elles sont recouvertes d'un enduit grisâtre et comme ardoisé, fortement adhérent, et constitué évidemment par des débris épidarmiques mélangés à de la matière sébacée; leur surface n'est pas lisse, mais au contraire rugueuse, inégale, et donne au doigt une sensation particulière de rudesse et d'aspérité; on y voit, à l'œil nu, un grand nombre de dépressions cicatricielles, dont quelques-unes sont très profondes et en forme de cupules. Sur la joue droite, à distance égale entre l'œil et le nez, existe une plaque de petite dimension, constituée tout entière par les dépressions dont je viens de parler, en sorte qu'elle se trouve située au-dessous du niveau de la peau, sous forme d'excavation multiloculaire. Chacune de ces dépressions a succédé sans doute à la destruction d'une ou de plusieurs glandes acnéiques, et la malade, par ses paroles, nous confirme pleinement dans celte idée.

Tous ces détails deviennent plus apparents encore, examinés à la loupe, et l'on découvre alors une foule dé petits enfoncements et inégalités qui avaient échappé à la vue simple.

Le diagnostic de la lésion que je viens de décrire ne peut être douteux : c'est l'herpès crétacé de M. Devergie , l'acné atrophique de M. Chausit, et ce que j'appelle le lupus acnéique. Cette affection est de nature scrofuleuse.

La malade ne souffre pas : tout au plus exisle-t-il, de loin en loin, de légères démangeaisons; mais elle esl singulièrement défigurée par ces plaques d'aspect sale et noirâtre, semées d'enfoncements et couvertes d'un enduit que n'enlève pas le lavage.

Dans le dos et sur la partie supérieure de la poitrine, on trouve une grande quantité de pustules acnéiques qui affectent surtout les formes punclata et indurala,

BAZIN. ..i

530 LEÇONS suit LA scrofulr.

%9 janvier 1 860. — La malade offre l'état suivant: il existe seulement une papule de la grosseur d'une tête d'épingle à la partie latérale gauche du nez, une autre sur la partie droite du menton, un peu plus volumineuse que la précédente, et atteignant les dimensions d'un grain de mil ; quelques aréoles rougeâtres autour des plaques blanches, et enfin un grand nombre de dépressions cicatricielles sur les deux joues et le nez, dépressions à contour irrégulier, dont le fond n'accuse pas en tous points le même niveau, et dont les dimensions très variables atteignent ici celle d'une tête d'épingle à peine, là celle d'une petite lentille, et plus loin des dimensions plus grandes encore. Il semble que quelquesunes soient formées de la réunion de plusieurs dépressions primitivement isolées.

Au fond de quelques-unes et dans leur intervalle se voient de petits points noirs, preuve de l'oblitération des follicules sébacés, de l'existence de Vacne punctata.

Serofulide maligne pustulo-tubercaleuse.

Acné conftuenle et généralisée simulant Céléphanliasis. — Albuminurie. — Dégénérescence graisseuse du foie et des reins.

Nous empruntons la première partie de cette observation à M. le docteur Martin (de Roquebrune) (1), et la dernière à la thèse inaugurale de M. le docteur Lutz, qui l'a recueillie sous nos yeux et dans notre service.

« M . J . Garoute, coiffeur, chemin de Saint-Pierre, 5 1 , âgé de vingttrois ans, a toujours joui d'une excellente santé, jusqu'à l'âge de dixsept ans. Né de parents sains, il exerce la profession de coiffeur dans un magasin situé au rez-de-chaussée et dans des conditions de salubrité convenables.

» Son pere a succombé, il y a quelques années, à une affection aiguë de poitrine (pleurésie); sa mère, âgée de cinquante ans environ, vit encore en bonne santé.

(1) Bulletin des travaux de la Société impériale de médecine de Marseille, il" 1 de janvier 1859.

» Il a deux sœurs, dont l'une est demoiselle et l'autre mariée , l'une et l'autre sont exemples de toute affection constitutionnelle diathésique.

» Lui-même partageait avec ses parents cette heureuse immunité, lorsque, il y a six ans environ, il contracta une uréthrite peu intense, de nature probablement non virulente, qu'il traita par des remèdes pris à l'intérieur, conseillés par un empirique, et sur lesquels il ne peut fournir aucun renseignement.

» Quelques semaines suffirent pour l'en débarrasser, sans qu'il survînt, durant ce traitement, aucun phénomène susceptible de fixer son attention.

» Un an plus tard, il y a maintenant cinq ans, sa peau se recouvrit tout à coup, dit-il, d'élevures, de vésicules ou de petites pustules, car il ne peut bien nous en rendre compte, qui apparurent d'abord sur la face et ensuite sur le tronc.

» Celte éruption fut prise par lui pour la gale. Il s'adressa de nouveau à des empiriques qui, aussi peu intelligents que lui, admirent ou éta blirent ce diagnostic, et lui conseillèrent divers traitements externes et internes, sur la nature desquels il ne peut non plus fournir aucun renseignement précis.

» Ces traitements, plus ou moins régulièrement suivis, n'enrayèrent en aucune manière cette affection, qui continua à faire des progrès lents jusqu'à ces derniers temps.

» Le 23 février dernier, il se présenta à ma consultation.

» Jusqu'à ce jour, je ne dois pas craindre de le dire, je n'avais jamais eu l'occasion d'observer un pareil cas; cependant, en procédant par voie d'exclusion, je ne tardai guère à reconnaître chez ce jeune homme une affection tuberculeuse de la peau, et je crus devoir la rattacher à I" ëléphanliasis des Grecs, à la lèpre, si commune au moyen âge, et aujourd'hui si rare, que ce fait était le premier qui se présentait à mon observation, après trente-quatre ans d'exercice de la médecine. Les autres membres de la Société, présents à la réunion du 6 mars dernier, n'avaient pas été plus favorisés que moi; car, à part notre honorable président, M. Seux , qui nous a cité un exemple qu'il a en l'occasion de rencontrer dans un voyage qu'il fit, il y a quelques années, aux eaux des Pyrénées, et M. Roux fils (de Bngnoles), qui, luisant un appel à ses souvenirs de la Guyane française et de Madagascar, nous a entretenus de cette maladie endémique dans ces pays chauds, aucun de vous' n'en avait vu dans sa carrière plus ou moins longue.

532 LEÇONS SUIt LA SCROFULE.

w Ce cas était trop curieux, trop remarquable surtout par sa généralisation presque complète, pour que je ne crusse pas devoir vous le présenter et le soumettre à vos investigations.

» Comme moi, vous avez pu l'examiner avec attention et relever les particularités suivantes.

» Le développement général du corps est celui d'un homme robuste, doué d'un embonpoint assez notable ; la langue n'offre rien de particulier ; les fonctions digestives s'exécutent bien ; la respiration est normale, le pouls est bon, l'intelligence convenablement développée.

«Sur la région zygomato -maxillaire droite, point de départ delà maladie, se voit une tumeur de 5 centimètres de hauteur sur 3 de largeur, de couleur rouge livide, paraissant constituée par une hypertrophie des éléments du derme, et en particulier des follicules sébacés. Sur cette tumeur se remarquent quelques pertuis communiquant dans de petites cavités folliculaires qui fournissent une humeur onctueuse et sébacée. Quelques-unes de ces cavités ont suppuré et ont été remplacées par des cicatrices faciles à reconnaître et de bonne nature.

» Sur la partie gauche de la face et sous la cloison du nez, on voit un assez grand nombre de tumeurs de même nature, mais plus petites, et entre lesquelles existent aussi des cicatrices de même aspect.

» Le conduit auriculaire gauche en contient une du volume d'une petite aveline, et un peu étranglée à sa base.

» A la partie latérale gauche du cou existent plusieurs tumeurs indurées, agglomérées, en voie de suppuration, ainsi que des cicatrices très apparentes de tumeurs semblables, qui se sont fondues antérieurement. Le liquide qui s'en écoule est de consistance séro-purulente sans odeur bien tranchée.

» A la partie latérale droite du cou, le nombre de ces tumeurs et leur volume sont un peu moindres. Un assez grand nombre d'entre elles sont surmontées cl'un point noir, comme celui qui résulte de l'action récente du rasoir sur les poils. Ces points n'ont cependant aucun rapport avec ces derniers : ils sont les orifices des follicules sébacés hypertrophiés. Par la pression on les chasse, et après eux une espèce de vermisseau de matière caséuse, bientôt suivi d'un flot de matière blanche, plus liquide.

» Sur les parties supérieures et inférieures du thorax, on voit quelques tubercules peu nombreux, disséminés et séparés par de très nombreuses cicatrices.

» Sur le mamelon et sur l'auréole du côté droit, on remarque une

OBSERVATIONS. ô^

hypertrophie très considérable du tissu érectile de ces 'deux organes. Cette production mesure 1 5 centimètres de longueur, de la base à son sommet, 8 centimètres de diamètre à sa base et 5 à son sommet. Sa surface est profondément fendillée, de manière à présenter les caractères d'une framboise ; elle est pendante au devant de la poitrine, et sa base exerce sur les téguments voisins un tiraillement qui leur donne l'apparence des pattes de crabe.

» Sur l'auréole et sur le mamelon du côté gauche on remarque une altération de môme nature, mais à un degré de développement beau- , coup moins avancé.

» L'abdomen, sur la plus grande partie de sa surface, est le siège des mêmes productions disséminées que nous venons de signaler sur le thorax ; mais, à ses régions hypogastrique et pubienne, celles-ci sont confluentes, très saillantes au-dessus du niveau de la peau voisine. Elles envahissent également la peau du scrotum et celle de la verge, dont le volume se trouve ainsi considérablement augmenté. Sur cette région se remarquent, en plus grand nombre, les points noirs que nous avons déjà signalés, ainsi que de très nombreuses cicatrices.

» À partir de ces deux régions, le nombre des tubercules diminue graduellement, depuis le haut de la cuisse jusqu'au genou, au delà duquel on n'en observe plus. Sur cette dernière région, les tubercules n'offrent plus les mêmes caractères; ils sont remplacés par de nombreuses élevures d'un blanc mat, ressemblant assez à celles de Yacne punctataea suppuration, et de formation probablement plus récente.

» Les bras, les avant-bras et les mains sont à peu près vierges de ces altérations ; on y voit cependant très clair-semées quelques petites élevures rouges, miliaires.

» La partie postérieure du cou, du dos, des lombes, des fesses, des cuisses et du creux poplité est largement occupée par une hypertrophie profonde de tous les éléments de la peau ; là les tubercules sébacés sont largement et profondément sillonnés, et la peau présente les caractères du tissu lardacé. Des points noirs nombreux, des tubercules en suppuration, des cicatrices d'anciens tubercules y sont abondamment répandus. Les tubercules de date ancienne sont plus volumineux que ceux de formation plus récente, parmi lesquels un bon nombre de forme miliaire se sont développés sur les anciens.

» En6n, et pour ne négliger aucune particularité propre à nous éclairer sur la nature de cette affection, le sujet exhale une odeur nauséabonde, et à laquelle j'ai trouvé une certaine ressemblance avec, celle que

LEÇONS SUIt LA SCROFULR.

l'on sent au voisinage des fabriques de chandelles. — En outre, le sens génital est complètement éteint chez lui, circonstance importante à noter, quand on sait que les lépreux d'autrefois se faisaient remarquer, au contraire, par une exaltation de ce sens, par ce qu'on a appelé le libido inexplebilis (4). »

Après celte exposition, empreinte d'un esprit d'obsnvalion exacte, M. le docteur Martin, abordant la question de la cause à laquelle on doit attribuer l'apparition de cette affection, manifeste sa répugnance à admettre une origine syphilitique, rejette l'hérédité, la conlagion et la contagiosité. « Nous serions presque tenlé, ajoute-t-il , d'admettre que nous n'avons pas affaire ici à une véritable lèpre tuberculeuse des Grecs, mais plutôt à une affection confluente des follicules sébacés de la peau, à une acné confluente. » .

I! n'émet cette manière de voir qu'avec réserve, et la soumet à l'appréciation de ses collègues.

L'observation avait conduit M. Martin à la vérité ; mais, peu habitué à la pratique des affections de la peau, et nullement encouragé par ses collègues à persister dans sa manière de voir (selon M. Roux fils, ce malade n'offrait qu'un bel exemple d'éléphantiasis des Grecs), il est resté dans le vague, et a intitulé son observation : Dermatose tuberculeuse.

M. Martin, ne voyant pas se réaliser la guérison qu'il avait espérée, nous adressa ce malade, qui entra dans notre service le 3 avril 1859.

Son entrée nous parut une bonne fortune; car, au premier coup d'œil, nous reconnûmes ce que M. Martin avait

(1) Garoute, interrogé par nous sur ce point, nous a positivement affirmé que, peu de jours avant de quitter Marseille, il avait obtenu les faveurs d'une jeune fille, et s'était parfaitement et facilement acquitté de ses fonctions. N'était-ce qu'une forfanterie <le lu part de Garoute, et que faut-il croire?

soupçonné, une affection acnéique qui, par sa confluence et son extension à la presque totalité de la peau, nous promettait une éclatante justification de l'opinion que nous professons depuis longtemps sur la nature scrofuleuse de l'acné.

Nous annonçâmes dès lors, comme on peut le voir dans la thèse de M. Lutz, que nous verrions survenir de l'albuminurie pendant la vie, et qu'après la mort, qui ne paraissait que trop probable, nous trouverions la dégénérescence graisseuse du foie et des reins. Toutes ces prévisions se sont réalisées.

Pendant les premiers mois de son séjour à l'hôpital, l'affection ne présenta pas de grands changements, si ce n'est de temps à autre des poussées après lesquelles la tuméfaction était toujours un peu plus considérable. Nous ne décrirons pas cette affection, qui a été si bien exposée par M. Martin. Dans les trois derniers mois, son état est devenu des plus graves; l'albumine a été constatée dans l'urine; de l'oedème s'est montré en même temps, surtout aux membres inférieurs et aux parties génitales. L'albuminurie n'a plus cessé jusqu'à la mort, et la quantité d'albumine exactement notée par M. Lutz, dans les deux derniers mois de la vie, alla toujours en augmentant. D'abord, il avait trouvé 2 grammes d'albumine pure et desséchée par litre d'urine ; plus tard, par des analyses faites de huit en huit jours, la quantité était de 3 grammes, 4?r,50, 58r,75, 7 grammes, et eufin , dans les derniers jours, 8 grammespar livre.

Outre l'albuminurie, il était épuisé, dans les derniers jours de son existence, par une diarrhée que rien n'a pu arrêter ; le moindre mouvement suffisait pour provoquer des selles dont la fétidité était extrême. Mort le 2 mars 1859.

Autopsie. — Infiltration générale de tout le tissu cellulaire souscutané, constatée du reste pendant la vie. La sérosité remplissait 'également la cavité abdominale et le péricarde. Poumons sains, sans trace de tubercules; quelques adhérences pleuréliques. Ce que les poumons présentaient de particulier, c'était des noyaux d'emphysème local situés au sommet du poumon droit. Ces noyaux, de la grosseur d'une

0l)D LEÇONS SUR LA SCROFULE.

noix, adhéraient les uns aux autres, et formaient une sorte de chapelet de la longueur de 12 centimètres. Les vésicules de ces tumeurs avaient une grosseur variant d'un pois à une aveline; elles ne provenaient pas de la dilatation des vésicules pulmonaires, mais bien de leur déchirure, et de l'infiltration de l'air dans le tissu cellulaire interlobulaire. Cœur. — Rien.

Foie. — Présentait un aspect gras tout particulier; à la coupe, on voyait manifestement, surtout dans les couches superficielles, une infiltration graisseuse entre les lobules; des fragments, traités. par le chloroforme, ont laissé une quantité notable de graisse pour résidu. A part la dégénérescence graisseuse, le foie ne présentait rien d'extraordinaire, si ce n'est le volume considérable de la vésicule biliaire. L'estomac et les intestins se trouvaient à l'état normal.

Reins. — Beaucoup plus volumineux qu'à l'ordinaire; leur consistance était ferme, mais sans durelé; leur surface était d'un rouge vif, avec, des marbrures jaunâtres. Une incision faite sur leur bord convexe montre que la substance corticale a considérablement augmenté d'épaisseur; elle est comme tuméfiée, ce qui, ici encore, était évidemment dû à une infiltration et même à une dégénérescence graisseuse, car la graisse pouvait en être exprimée par une légère pression. La coupe présentait^ en outre, un pointillé rouge, tranchant vivement sur le fond jaune de la substance corticale, et provenant probablement de l'injection des corpuscules de Malpighi. Les pyramides, comprimées et comme amoindries par le développement do la substance corticale, sont d'un rouge plus obscur, et leurs stries sont moins visibles. Le rein gauche présentait de plus, à son extrémité inférieure, un noyau de substance tuberculeuse de la grosseur et de la forme d'une amande.

Peau. — Présentait les lésions que nous avons signalées dans la description de l'acné ; seulement, tout ici a pris des proportions inusitées. Le derme parait considérablement épaissi, a. dans certaines régions, la région inguino-crurale par exemple, uneépaisseur-de 3 à 4 centimètres; le tissu en est induré, difficile à couper, comme cartilagineux, et crie sous le scalpel ; dans ses couches les plus profondes, on remarque de petites cicatrices , traces d'anciennes glandes sébacées oblitérées. Les aréoles du tissu cellulaire sous-cutané sont distendues par de petites masses graisseuses en très grand nombre.

« Pour pouvoir bien me rendre compte de la structure des tumeurs sébacées, j'en ai choisi une des plus développées; en voici la description ; Le diamètre de sa base mesure un centimètre, et son élévation au-

dessus des parties ambiantes à peu près autant. Celte tumeur est hémisphérique, avec une petite dépression au sommet, d'où sort le poil ; sa consislance est forme, dure, à cause de la matière sébacée qui la remplit. Tout autour du poil, on voit un petit cercle noir formé par la partie la plus superficielle de la matière, modifiée dans sa coloration par le contact de l'air; c'est ce dont on peut facilement se convaincre par la pression qui fait sortir, à la suite de ce point noir, le vermisseau dont j'ai parlé.

» Par la dissection, on parvient facilement à enlever l'épiderme qui recouvre la petite tumeur ; celle-ci, mise à nu, n'a pas changé de forme, on voit seulement que ses parois sont formées par un tissu extrêmement fin et très mince. Cette enveloppe enlevée avec soin, on voit immédiatement au-dessous la matière sébacée elle-même; cette matière, d'un blanc de lait, très consistante, remplissait exactement et distendait énormément non-seulement le canal excréteur, mais encore deux, diverticules qui lui sont annexés. La matière sébacée ainsi durcie, moulée sur les parois internes de la glande, en reproduit évidemment la forme très exactement. On y distingue une partie centrale et deux parties latérales : la partie centrale a la forme d'un ovoïde très allongé dirigé verticalement à la surface de la peau ; le grand axe de cet ovoïde est formé par le poil, qui n'est séparé de la matière sébacée par aucune membrane appréciable. Le poil sort des deux extrémités, de la supérieure pour s'épanouir librement, et de l'inférieure pour s'enfoncer encore de 3 à 4 millimètres dans le tissu cellulaire sous-jacent. Le tiers supérieur de ce noyau central est logé dans la petite tumeur, et les deux tiers inférieurs s'enfoncent dans l'épaisseur du derme, qu'ils ne dépassent cependant pas. Le grand axe a une longueur de 7 millimètres et le petit de 3 millimètres.

» Sur les côtés et vers le tiers inférieur environ de cette masse centrale, on voit deux appendices latéraux également formés de matière sébacée ; ces appendices sont disposés l'un en face de l'autre, et forment comme deux ailes; ils sont fortement aplatis, réniformes, communiquent avec la masse centrale, du côté de leur bord concave, par un pédicule très court; leur bord convexe, verticalement dirigé, n'est pas uni, mais présente un contour légèrement mamelonné.

» Dans d'autres glandes cependant je n'ai trouvé qu'un seul de ces appendices, qui alors n'était pas aplati, et dont la surface ne présentait que très obscurément les bosselures dont j'ai parlé, ce qui était dû probablement à la trop grande distension de la glande; quelquefois aussi

LEÇONS SUft LA SCROFULE.

je n'ai trouvé aucune trace de ces appendices, et la glande paraissait réduite à son canal excréteur. » [Thèse de M. Lulz.)

Scrofulidc maligne tuberculeuse inflammatoire.

Groupe de tubercules simples sur la fesse du côté droit.

Simonin (Auguste), quinze ans, entré dans le service le 21 août 1 857.

Ce jeune malade affirme que son père et sa mère jouissent d'une excellente santé ; il a quatre frères et une sœur qui, selon lui, n'auraient jamais donné aucun signe de maladie constitutionnelle.

Simonin est lymphatique, de médiocre constitution, a eu la variole à deux ans ; il a été affecté de gourmes et d'écrouelles vers l'âge de huit ou neuf ans. L'affection qu'il porte sur la fesse droite a débuté, il y a six mois, par un petit bouton rouge et dur, qui bientôt s'élargit, mais sans donner lieu à aucune souffrance. D'autres boutons s'élevèrent autour du premier, et formèrent un groupe qui, au bout d'un mois, ne prit plus d'extension et resta stationnaire.

Etat actuel. — Sur la partie interne de la fesse droite s'aperçoit une plaque ovalaire de la largeur d'une pièce de 5, francs environ, à circonférence anfractueuse, constituée par une agglomération de tubercules que l'on prendrait pour des élevures acnéiques, ou plutôt pour de petits furoncles, à base dure, non douloureuse à la pression. Ces tubercules sont bien différents, parla couleur peu modifiée de la peau, par la sensation de dureté qu'ils donnent à la pression, des tubercules rougeâtres, rénitents, élastiques du lupus proprement dit. La peau n'est point hypertrophiée; l'affection est tout à fait indolente.

Traitement. — Houblon, huile de morue à dose croissante, sirop de fer, bains sulfureux.

Le malade sort le 1 8 septembre. La santé générale s'est notablement améliorée ; les tubercules sont affaissés.

Scrofulidc maligne tuberculeuse fibro-plastique.

Lupus tuberculeux fibro-plastique de la face. (M. Guérard.)

Petit (Éléonore), quatorze ans, entrée le 22 février 1 860, couchée au n° 27, salle Sainte-Foy.

Cette jeune fille est d'une stature élevée et tout à fait exceptionnelle pour son âge ; elle est d'ailleurs bien proportionnée ; son teint est clair, légèrement rosé, sa peau fine; elle présente, en un mot, tous les traits dont l'ensemble constitue ce que l'on a appelé la beauté scrofuleuse. Les antécédents et l'affection actuelle confirment pleinement ce diagnostic à priori.

Étant enfant, elle a eu des gourmes dans la tête ; il y a sept ans, un abcès se forma à la région cervicale, en arrière et à droite, et l'ouverture en fut faite avec le bistouri ; elle est très sujette aux ophtbalmies, qui, à une certaine époque, étaient presque permanentes chez elle ; on trouve, en effet, des taies sur la cornée. Des croûtes existent actuellement dans le nez et gênent le passage de l'air.

Sa santé ordinaire est assez bonne ; ses fonctions s'exécutent régulièrement; elle est cependant fréquemment atteinte de céphalalgie, de maux d'estomac.

Elle voit ses règles depuis un an, à des époques assez régulières ; elles ont cependant manqué une ou deux fois, dit-elle.

Elle a des engelures ou plutôt des crevasses aux mains.

Le père se porte bien ; il serait sujet aux furoncles et aux érysipèles. La mère est de faible santé : migraines fréquentes. Elle a un frère et une sœur beaucoup plus âgés qu'elle, et qui ne présenteraient rien d'analogue à l'affection dont elle est atteinte.

L'origine de cette affection remonterait à sa première enfance, à l'âge de trois à quatre ans; elle daterait donc de dix ans. Elle l'attribue à un coup de pierre qu'elle reçut à cette époque à la joue droite; peut-être ce coup a-t-il été en effet la cause déterminante. Le mal, nous dit-elle, a commencé par un point, et s'est ensuite peu à peu étendu excentriquement.

Aujourd'hui existe à la joue droite une large plaque tuberculeuse qui occupe au moins la moitié de la surface. ; cette plaque est irrégulière dans sa forme, et se refuse à toute comparaison géométrique ; on y trouve des lignes droites et sinueuses, des courbes, des angles saillants et rentrants, des prolongements, dont le principal se place entre l'œil droit et le nez.

Sa couleur est caractéristique : elle est jaune rougeâtre , sucre d'orge, avec une sorte de reflet translucide; çà et là elle est masquée par des croûtes d'épaisseur variable, jaunâtres ou blanchâtres, adhérentes.

Elle forme une saillie notable au-dessus du niveau de la peau, et

540 LIiÇONS SUH L\ SCROFULE,

augmente d'une manière sensible le volume de la joue droite. Celle saillie n'est pas uniforme, mais comme granulée et formée par une agglomération de tubercules plus ou moins fusionnés à leur base. C'est à la circonférence de la lésion que les tubercules sont surtout évidents et tendent à s'isoler.

La jeune malade affirme que son affection a complètement changé d'aspect depuis environ un an, elle est aujourd'hui sèche partout ; autrefois, nous dit-elle, il en suintait un liquide très abondant; des croûtes se formaient, au travers desquelles sourdait un produit de sécrétion morbide. Ces phénomènes trouvent sans doule leur explication dans les applications topiques irritantes qui ont été faites à cette époque.

La malade a été soumise au traitement antiscrofuleux, et l'affection s'est améliorée d'une façon sensible.

Aujourd'hui 29 janvier 1 860, elle offre l'état suivant :

Les tubercules que j'ai décrits sont complètement affaissés, et la surface sur laquelle ils reposaient se continue insensiblement avec les parties voisines : c'est à peine si l'on peut constater une légère élévation en promenant le doigt des parties saines aux parties malades ; et c'est plutôt à l'exfoliation épidermique dont la surface malade est le siège, et qui reconnaît pour cause les applications de teinture d'iode que l'on a continuées jusqu'à ce jour, c'est plutôt à cette exfoliation, dis-je, qu'on reconnaît le point où elle commence. Bien plus, un examen attentif démontre manifestement que certains points sont déprimés. D'ailleurs, toute la surface malade est recouverte d'un tissu cicatriciel et est le siège d'une exfoliation épidermique. Il n'existe pas d'adénites sousmaxillaires.

Scrofulide maligne tuberculeuse fibro-plastiquc.

Lupus généralisé. (Observation recueillie et rédigée par M. Pouquet,

interne du service.)

Redouté (Auguste), trente-six ans, entré le 21 mars 1857, pavillon Saint-Matthieu, n° 80.

Les parents n'ont jamais présenté, dit-il, d'affection semblable, ni même de lésion, quelle qu'elle soit, dénature scrofuleuse.

Il est d'un tempérament sanguin, d'une conslitution forte, et jouit d'une santé ordinaire fort bonne; toutes ses fonctions s'exécutent régulièrement.

OliSËRVATIONS.

Dans son enfance, il était très sujet aux engelures. En 1848, il fut atteint d'une ophthalmie chronique assez grave, qui le priva longtemps de la vue.

L'affection actuelle débula dans le cours de l'année 1851 ; les premiers tubercules apparurent'au cuir chevelu et aux oreilles : puis de là ils se sont répandus avec profusion sur la face, qu'ils ont envahie dans

sa presque totalité.

En effet, toute la face, à l'exception du menton et des parties latérales du front, est recouverte d'une éruption tuberculeuse qui lui donne l'aspect le plus singulier ; ces tubercules sont rouges, un peu aplatis, demitransparenls et comme ambrés, et surmontés çà et là de petites écailles blanchâtres qui leur adhèrent intimement; le derme qui les supporte a subi une véritable hypertrophie, surtout remarquable au lobule du nez, aux lèvres et aux oreilles, qui ont doublé et même triplé d'épaisseur. Sur tous les points où siège celle éruption, les poils sont tombés, et la sécrétion pileuse paraît à tout jamais arrêlée. Toute la partie antérieure du cuir chevelu est dépouillée de cheveux, et offre une cicatrice blanche, luisante, entièrement glabre. Les paupières sont hypertrophiées, comme le nez et les lèvres, et ont perdu leur souplesse et leur mobilité, d'où suivent un rétrécissement notable et une rigidité insolite de l'ouverture qui résulte de leur écartement. La cornée ne présente aucune allération, mais on remarque sur la conjonctive de petites granulations rouges et une injection assez prononcée de ses vaisseaux.

La cuisse gauche est atteinte de lésions de même aspect et de même nature ; à sa face interne se voit une large surface cicatricielle blanchâtre, entourée à sa circonférence par une zone tuberculeuse de coloration brunâtre. Les téguments de la jambe sont également transformés, dans une bonne parlie de leur étendue, en tissu cicatriciel.

La partie interne du pied gauche et sa face plantaire présentent une ulcération avec engorgement des tissus voisins; la malléole interne est tuméfiée, rouge, douloureuse ; les os du tarse sont euxmêmes manifestement gontlés et malades : en un mot, tout porte à croire que les altérations ne se bornent point aux surfaces tégumentaires, et que le squelette de la région est également en cause, bien que sur aucun point le stylet n'ait révélé la présence d'une surface osseuse dénudée.

Le traitement a consisté en tisane de houblon, huile de foie de morue, sirop d'iodure de fer. bains alcalins, et le malade est sorti

âfl- LEÇONS SUlt L\ SCIWFULE.

le 8 juillet 1857, radicalement guéri de son affection, dont on ne voit plus que les vestiges cicatriciels.

Scrofulidc maligne tuberculeuse lïbro-plastlque.

Lupus du nez, des lèvres et des joues. (Observation recueillie et rédigée par M. Pouquet, interne du service.)

Daru (Auguste), dix-sept ans, entré le 22 février 4 857, couché au n°101 du pavillon Saint-Matthieu.

Son père et sa mère n'ont jamais eu, qu'il sache, d'affection scrofuleuse ; une sœur, à l'âge de quatre ans, a eu des gourmes dans la tête ; son frère, âgé de neuf ans, tousse continuellement depuis plusieurs mois.

Lui-môme a été atteint, à l'âge de onze ans, d'une ophthalmie rebelle ; en même temps apparurent à la région sous-maxillaire de petites tumeurs ganglionnaires dont on ne trouve plus aucune trace aujourd'hui.

Vers l'âge de douze ans, un petit bouton rouge se développa sur l'aile gauche du nez; ce bouton, dont l'indolence était complète, s'étendit peu à peu et envahit toute l'aile du nez; sous l'influence des grattages, il se transformait en une petite plaie qui sécrétait du pus, et se couvrait de croûtes jaunâtres.

En janvier 4 854, ce malade entre dans le service de M. Bazin, qui le soumet au traitement anliscrofuleux. Il sort au mois d'août complètement guéri.

Au mois de novembre suivant survient une récidive; le malade a remarqué que son lupus revenait constamment au commencement de l'hiver, et qu'il préludait par un coryza, si bien qu'il l'attribue au contact des matières fluides sécrétées par la pituitaire enflammée.

Après avoir consulté un médecin, qui n'entrava en rien la marché de l'affection, il entre pour la seconde fois, en décembre 4 855, dans le service de M. Bazin. Les tubercules couvraient alors la moitié inférieure du nez, la lèvre supérieure et une grande partie de la région des joues. L'huile de morue et le sirop de fer sont de nouveau ordonnés, et le 9 juin \ 855, il est, pour la seconde fois, débarrassé de son affection.

En décembre 1 856, il a une seconde récidive, et il entre, le 22 février 4 857, dans le service de M. Bazin. Or, voici à celte époque ce que nous observons :

La lèvre supérieure ne présente de tubercules qu'au niveau de la commissure ; la joue droite est recouverte d'un grand nombre de tubercules rougeâtres , demi-transparents , indolents , et cette éruption occupe une surface large comme la paume de la main.

La moitié inférieure du nez et la partie voisine de la joue gauche sont également couvertes de tubercules présentant les mêmes caractères.

L'aile gauche du nez est revêtue d'une croûte jaunâtre, épaisse.

13 avril. — Les parties malades ont été cautérisées trois fois avec la teinture d'iode ; l'huile de foie de morue est continuée.

Le 30 mai suivant, érysipèle des deux côtés de la face ; on suspend l'huile de foie de morue.

Le 10 juin, amélioration sensible survenue après la disparition de

l'érysipèle.

Le 22 août, le malade a éprouvé quelques douleurs de tête ; il y a de l'inappétence, un malaise général. Il sort pour recouvrer au dehors sa santé habituelle.

Le lupus est une affection qui récidive fréquemment; cette observation ne le démontre que trop.

Scrofulide maligne tuberculeuse flbro-plastique.

Lupus de la face provoqué par une cause traumalique. (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)

Bertrand (Jean-Baptiste), âgé de cinquante-sept ans, entré le 16 mars

Il avait six ans quand son lupus a commencé ; la cause déterminante aurait été, selon lui. un coup de pierre qu'il reçut alors au front, et il nous semble, en effet, en distinguer quelque trace au-dessus de l'œil droit. C'est là, et sans doute sur la cicatrice même, que débuta le lupus. D'abord très petit, il s'étendit peu à peu, mais avec une certaine lenteur, si bien qu'à l'âge de vingt ans, c'est-à-dire dans l'espace de douze à quatorze ans, il avait à peine acquis les dimensions d'une pièce de 5 francs.

Après avoir interrogé attentivement Je malade, nous n'avons rien

bllà LEÇONS SUU LA SCROFULE.

trouvé de scrofuleux dans les antécédents. Il dit bien qu'étant très jeune, il eut mal aux yeux, mais il le dit vaguement, et d'ailleurs ce signe perd toute importance, étant complètement isolé.

Il n'est pas sujet aux maux de tête, pas plus qu'aux maux d'estomac. Il n'a ni hémorrhoïdes ni varicosités aux jambes.

Il nie absolument tout antécédent blennorrhagique ou syphilitique, et ses réponses à nos diverses questions en ce sens s'accordent avec ses dénégations.

Il n'a jamais connu ses parents.

Ses enfants jouissent d'une excellente santé, et n'ont rien qui ressemble à son affection ou que l'on y puisse rattacher, de loin ou de près.

Aujourd'hui, ce lupus que nous avons vu commencer par un coup de pierre, et acquérir à vingt ans le diamètre d'une pièce de 5 francs, a envahi la presque totalité du front, d'où il descend, par un triple prolongement, au milieu sur les deux tiers supérieurs du nez, et latéralement sur les régions temporales.

Nous ne'nous étendions pas en nombreux détails dans la description de la lésion ; nous retrouvons ici la physionomie de tous les lupus tuberculeux Bbro-plastiques. Sa couleur générale est rougeâtre, avec ce reflet translucide qui l'a fait comparer au sucre d'orge ; sur cette teinte assez uniforme se détachent, par leur blancheur, ici des squames assez minces d'ailleurs, là de simples lamelles épidermiques ; les bords sont très irréguliers, découpés, festonnés, et paraissent plus épais sous le doigt que ne l'est la partie médiane de la plaque; on sent là une sorte de bourrelet circonférenciel, constitué par des groupes tuberculeux plus ou moins considérables. C'est par la formation lente, mais incessante, de ces tubercules que la lésion se propage et envahit de nouvelles surfaces. Au nez, nous trouvons le même aspect à l'altération cutanée les tubercules y sont peut-être plus manifestes encore; au-dessous de l'œil droit, ils forment un prolongement à l'extrémité duquel on observe un élément qui s'en isole, prolongement qui semble aller à la rencontre d'un prolongement analogue venu de la région temporale du même côté, en sorte que l'œil est presque complètement entouré d'un cercle rouge de lupus. N'oublions pas de dire que les sourcils ont complètement disparu du côté malade.

On fait au malade des applications locales d'huile de noix d'acajou ; il prend un bain sulfureux tous les deux jours, et à l'intérieur 60 grammes d'huile de morue, avec 30 grammes de sirop d'iodure de fer.

Scrofulide maligne tuberculeuse fibro-plastique.

Lupus de lu face. — Ichthyose.

Lognon (Georges-Raphaël), soixante-huit ans, entré le 30 mars 1860, couché au n° 40 du pavillon Saint-Matthieu.

Les antécédents peuvent se résumer en peu de mots ; ils sont presque complètement négatifs.

Quelques gourmes dans son enfance ; aucune autre affection scrofuleuse.

Aucun accident arthritique ni dartreux.

Il n'a ni frère ni sœur, et ne peut nous renseigner sur ses parents.

Ce malade porte deux affections : un lupus au front et une ichthyose.

Le lupus siège au-dessus de l'œil gauche; il le fait remontera une époque très éloignée, vingt ou trente ans; il aurait commencé par un petit bouton qui resta longtemps stationnaire, et qui le démangeait beaucoup. Ce mode de début ne doit évidemment être accepté que sous toutes réserves. Ce n'est, dit le malade, que depuis cinq ou six mois que la lésion a acquis ses dimensions actuelles, et il attribue cette aggravation du mal à une plaie qu'il se fit à l'orbite vers la même époque.

Aujourd'hui, le lupus -s'étend, dans le sens transversal, de la racine du nez jusqu'à l'apophyse orbitaire externe, et de haut en bas il descend de deux travers de doigt au-dessus du sourcil jusque sur la paupière supérieure, en empiétant un peu sur celle-ci; ses bords, légèrement sinueux, sont, nettement tracés et figurent une ligne courbe concentrique à la courbe orbitaire ; la coloration générale est rougeâtre, mais elle va s'affaiblissant de la circonférence de la lésion à son centre, où l'on remarque une teinte blanchâtre, comme cicatricielle, et qui résulte en effet de la disparition des tubercules du lupus, dans les points où elle existe. La consistance est parcheminée ; les inégalités tuberculeuses sont à peine appréciables, même à la circonférence. Les poils des sourcils sont rares, clair-semés, comme atrophiés, et contrastent, par leur couleur blanche et leur petit nombre, avec ceux du côté opposé, qui sont bruns et forment un sourcil épais et bien fourni.

On trouve de petites écailles épidermiques répandues çà et là sur la

5/iO LEÇONS sur L\ SCROFULE.

lésion, et le malade nous dit que, dans le mois d'avril de chaque année, son lupus se recouvre de croules ou squames qui tombent l'hiver, pour ne reparaître d'une manière sensible que l'année suivante. Il dit, en outro, y ressentir do vives démangeaisons à l'époque des chaleurs.

La deuxième afToction est plus ancienne encore que la première ; le malade la fait remonter à son enfance. Ce qu'il peut nous apprendre à co sujet, c'est qu'autrefois elle n'était pas généralisée comme elle l'est aujourd'hui. Il s'agit d'une ichthyose serpentine des mieux caractérisées, surtout aux jambes et aux cuisses, où la peau rappelle parfaitement l'aspect quadrillé des pattes de gallinacés.

Scrofulide maligne tuberculeuse flbro-plastique.

Lupus du nez stationnaire, rapidement modifié par un érysipèle

intercurrent.

Verdun, seize ans, emballeur, entré le 4 0 mars î 857, couché au n° 6 de Saint-Matthieu.

Antécédents de famille. — Père, mère, une sœur bien portants ; quatre frères, qui tous ont eu de l'eczéma impétigineux au cuir chevelu.

Antécédents du sujet. — Gourmes dans son enfance, rhumes fréquents, engelures.

L'affection pour laquelle il est entré à l'hôpital a débuté, il y a quatre ans et demi, par un bouton à l'intérieur des fosses nasales, que le malade a écorché, et qui n'a fait que s'accroître pour prendre les proportions que nous lui voyons aujourd'hui. Cette affection a été promptement accompagnée d'engorgement sympathique de quelques ganglions cervicaux.

Etat actuel. — Tout le nez est hypertrophié, à partir de la racine ; sa forme n'est plus symétrique; sa peau est lisse, rouge et couverte en partie de pellicules sèches et blanches ; çà et là on voit de petits tubercules violets, qui ne montrent aucune tendance à l'ulcération, et disparaissent par desquamation. L'aile droite a été ainsi emportée, et la gauche est raboteuse et couverte de tubercules plus gros. L'affection s'étend dans les fosses nasales, dont la cloison est en grande partie détruite ; les tubercules des cavités nasales forcent le malade à respirer

par la bouche. Enfin notons que la lèvre supérieure est en partie couverte également de petits tubercules grenus, rougeâtres. L'état général est bon.

Traitement. — Sirop d'iodure de fer, huile de morue. L'affection reste à peu près stationnaire jusqu'au 2 juin, où se déclare un érysipèle de la face s'étendant au cuir chevelu, derrière les oreilles et au cou. Il s'accompagne d'une fièvre intense. Après la disparition de l'érysipèle, qui a régulièrement parcouru son évolution, on s'aperçoit que l'affection scrofuleuse en a ressenti une heureuse influence; les tubercules se sont affaissés, la cicatrisation s'est opérée, et le malade quitte l'hôpital presque complètement guéri le 26 juin, vingt-quatre jours après le début de l'érysipèle.

Scrofulide maligne fibro-plastique.

Lupus suivi de carie des os sous-jacents. — Phthisie scrofuleuse.

Paris (Gaspard), vingt-cinq ans, entré le 26 février 4 858 au pavillon Saint-Matthieu, n° 36.

Rien à noter du côté du père et de la mère; une de ses sœurs est morte après avoir eu des hémoptysies abondantes; trois autres sœurs vivent et sont en bonne santé.

Il ne se rappelle pas avoir eu des gourmes ni des ophthalmies. A l'âge de sept à huit ans, il eut la petite vérole, à la suite de laquelle se sont développées au cou des glandes qui ont abcédé et ont été ouvertes avec la lancette; ces glandes étaient très nombreuses et constituaient, à leur début, de petites tumeurs roulant sous la peau.

Vers l'âge de douze ans commença à se développer au cou un lupus qui fit des progrès tels, qu'au bout de deux ans il avait entouré presque complètement toute la région cervicale.

Le malade vint alors à Saint-Louis, pavillon Saint-Matthieu, en 1 849t et son affection fut traitée par l'huile de morue à l'intérieur et par l'application topique de teinture d'iode. Il sortit de l'hôpital au bout de quatre mois,, mais pour y rentrer huit mois après, dans le service de M. Cazenave, qui le traita par des applications de pommade au biiodure et des bains sulfureux. Il sortit de nouveau, après quatre mois de séjour avec une cicatrice très apparente et semée, dit-il, de points violacés. '

Nous trouvons aujourd'hui, sur toute la région cervicale et sur la

poitrine, d'une clavicule à l'autre, des surfaces cicatricielles plissées qui, à gauche, remontent sur la joue correspondante dans une étendue assez considérable; des tubercules violacés et recouverts d'une desquamation blanchâtre sont disséminés sur les contours du tissu cicatriciel, dont ils marquent les limites et la tendance à l'envahissement.

Au niveau du coude existe une large plaque de couleur violacée, qui présente çà et là des indurations fibro-plastiques très manifestes au toucher.

Sur la face dorsale de l'avant-bras, du côté gauche, en deux endroits, la peau est violacée, décollée, et présente une ulcération par où se fait jour le pus résultant de la fonte du tissu cellulaire. Une lésion semblable existe à la face interne du bras droit ; il s'agit là bien évidemment de scrofule cellulaire.

Sur le dos du pied, au niveau du métatarse, on trouve deux fistules qui, explorées avec le stylet, conduisent à des surfaces osseuses dénudées et cariées.

L'auscultation et la percussion ont fait reconnaître du gargouillement et de la matité sous les clavicules.

Traitement. — Tisane de houblon, huile de morue et sirop d'iodure de fer mélangés.

Sorti le \ 4 mai.

Il n'y a plus que quelques points tuberculeux sur le pourtour des piques cicatricielles que nous avons décrites au cou et à la face; les ulcères, avec décollement du bras et de l'avant-bras, sont cicatrisés, mais la plaque de lupus du coude est restée station naire, et les ouvertures fistuleuses du dos du pied sont encore ouvertes.

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