‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofuleChapitre 114 sur 153 · OBSERVATION XXXVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXVII

Surofnlide maligne crustaeée-ulcércuse fibro-plastique.

Lupus du nez. — Tubercules pulmonaires. (Observation recueillie et rédigée par M. Dumont, interne du service.)

Goudel (Édouard), vingt-huit ans, couché au n°22du pavillon Saint- Matthieu, entré le 31 mars 1 856.

Son père est affecté d'une carie vertébrale et d'une lésion analogue du maxillaire inférieur ; il a des glandes au cou. Rien à noter du côté de la mère.

Il a eu trois enfants : une fille est morte à l'âge de six mois, les deux autres se portent assez bien, quoique d'une constitution faible et délicate.

Le lupus du nez remonte à l'âge de vingt ans ; il commença par un petit bouton. Nous ne trouvons rien, antérieurement à cette époque, qui ait'trait directement à la scrofule.

Depuis trois ans, U porte sous les angles maxillaires des glandes assez volumineuses, mobiles, sans changement de couleur à la peau, du côté gauche, où l'une d'elles présente une mollesse presque fluctuante ; à droite, un certain nombre de ganglions engorgés sont comme soudés ensemble, de manière à constituer une masse assez volumineuse.

A la partie moyenne du sterno-cléido-mastoïdien se voit une cicatrice adhérente au muscle, et qui résulte, selon toute apparence, de la fonte purulente d'un ganglion.

Gomme antécédent vénérien, le malade aurait eu, à l'âge de vingt ans, une blennorrhagie que l'on fit aussitôt avorter à l'hôpital militaire de Lille, au moyen des injections au nitrate d'argent. Aucun autre accident ne s'est manifesté depuis qui puisse faire croire à l'infection syphilitique. •

Le lupus a débuté, ainsi que je l'ai dit, il y a huit ans environ, par un petit bouton qui s'est peu à peu étendu, ou plutôt autour duquel se spnt développés de nouveaux boutons. Aujourd'hui, la lésion a envahi toute la portion cartilagineuse de l'éminence nasale, qui est d'un rouge violacé, inégale, augmentée dans son volume ; les ailes sont le siège d'ulcérations recouvertes de croûtes sèches et peu épaisses. La marche lente de cette affection, son aspect son indolence et les antécédents du

malade, tout concourt à démontrer qu'il s'agit bien là d'un lupus scrofuleux. Les accidents jusqu'alors méconnus qui devaient bientôt éclater du côté de la poitrine, ont ensuite apporté une preuve nouvelle en faveur de cette opinion. Lorsque, en effet, notre attention fut attirée de ce côté, nous trouvâmes les signes non équivoques de tubercules pulmonaires ; à droite et vers l'angle de l'omoplate, la sonorité était diminuée, des râles sous-crépitants se faisaient entendre dans les deux fosses susépineuses et dans toute l'étendue du, poumon droit ; à droite et au sommet en avant, on percevait d'une façon très distincte un gros craquement humide, voisin du râle caverneux ; la toux était assez modérée, mais le malade 'était faible, sans force; il fut, à plusieurs reprises, pris d'une diarrhée qu'on eut de la peine à arrêter.

Dans le cours du mois de juin survient une amélioration notable, tant du côté de la poitrine que des voies digestives ; la toux, les crachats, la diarrhée ont beaucoup diminué. Mais le 28 di» même mois, il s'aperçoit que ses jambes s'œdématient, à leur partie inférieure; il se plaint en outre de douleurs dans le ventre, qui donne au toucher une sensation d'empâtement mollasse.

Le malade sort du service pendant quelque temps et rentre très abattu ; l'œdème devient de l'anasarque ; de la sérosité s'épanche- dans l'abdomen ; la maigreur est extrême ; enfin, une hémoptysie abondante se déclare, et il succombe le 27 juillet 4 856, dans le marasme le plus complet.

Autopsie. — Aspect extérieur : Maigreur extrême, infiltration des extrémités supérieures et inférieures, voussure anormale du ventre.

État du nez : Les cartilages des ailes sont détruits, les autres cartilages sont à peu près complètement respectés.

Cavité thoracique : Adhérences des plèvres des deux côtés extrêmement intimes, surtout à la partie supérieure; pas d'épanchement séreux.

Le poumon droit présente à son sommet une large caverne qui a les dimensions d'un œuf de poule de la plus forte grosseur. Les parois de cette caverne sont lisses et sans prolongements vasculaires ou celluleux; en un point seulement, on remarque deux tubercules saillants, mamelonnés à leur sommet. Au-dessous de cette caverne en existe une autre plus petite, ainsi que des excavations très variables dans leurs dimensions.

Le poumon gauche, à son sommet, a également subi des pertes de substance assez considérables.

ôfi6 LEÇONS SUR LA SCKOFULE.

Les lobes moyen et inférieurs des deux côlés sont criblés de tubercules dans toute leur étendue ; de plus, ils sont légèrement emphysémateux par places.

Le foie offre la dégénérescence graisseuse, avec augmentation de son volume et diminution de sa consistance.

Dans la capsule surrénale droite, on trouve deux tubercules crus, jaunâtres, d'une consistance assez ferme; cette capsule nous a paru assez curieuse pour être présentée à la Société de biologie.

Le volume des deux reins est au-dessus du volume normal ; ils n'ont subi aucune altération bien notable.

La rate est peu volumineuse; sur sa face externe est un point cartilagineux.

La cavité péritonéale contient une très grande quantité de sérosité, au milieu de laquelle sont suspendus des flocons albumineux: mais on ne remarque aucune adhérence, aucune fausse membrane organisée.

L'intestin n'offre, pour toute lésion, que des arborisations vasculaires.

Les ganglions mésentériques sont très distincts, mais sans altération appréciable.

Rien dans le cerveau, rien dans les méninges.

Les testicules et les épididymes sont parfaitement sains.

Observation cjui nous montre l'identité d'origine des écrouellcs, des productions fibro-plasliques connues sous le nom de lupus, et de la phthisie pulmonaire scrofuleuse.

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