‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofuleChapitre 115 sur 153 · OBSERVATION XXXVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXVIII

Scrofulide maligne crustacéc-ulcérense.

Tubercules inflammatoires promptement suivis d'ulcères de l'arrièrebouche, du pharynx et du nez. (Observation recueillie et rédigée par M.Louis Fournier, interne du service.)

Donec (Eugène), vingt-six ans, menuisier, entré le 19 mars 4 858, couché au n° 59 du pavillon Saint-Matthieu.

Antécédents. — Sa mère est morte, en 1 857, d'une affection du foie; son père vit encore en bonne santé; il a trots frères et une sœur qui n'ont jamais, dit-il, présenté d'affection scrofuleuse.

Il ne se rappelle pas avoir été atteint, dans son enfance, de gourmes nid-engorgement ganglionnaire, mais il est très sujet aux ophthalmies, et, depuis l'âge de dix ans, à chaque printemps il a été constamment pris d'affections oculaires, parfois d'une assez grande intensité ; nous trouvons en effet une taie sur la cornée droite.

Il n'a jamais eu, assure-t-il, aucun accident vénérien de quelque nature qu'il soit, et rien, ni dans son état actuel, ni dans ses antécédents, interrogés avec tout le soin possible, ne nous porte à douter de la véracité de ses paroles.

Vers le mois de septembre de l'année 1850, il éprouva une gêne considérable de la déglutition et en même temps un sentiment de cuisson vive et d'ardeur dans le fond de la gorge. Il alla, en 1851, consulter un médecin, qui crut reconnaître des ulcérations chancreuses, et institua un traitement spécifique (pilules mercurielles, cautérisations avec le nitrate d'argent); néanmoins les accidents s'aggravant, les ulcérations s'étendirent, tant sur le voile palatin que sur la paroi postérieure du pharynx. Voyant le peu d'efficacité de la médication à laquelle on l'avait soumis, le malade consulte, en 1853, un autre médecin, qui ordonne également un traitement mercuriel, sans pouvoir entraver la marche envahissante des ulcérations. En 1857, notre malade entre à l'hôpital de Bordeaux, dans le service de M. Dupuis, qui tombe dans les mômes errements que les médecins précédents. Après six semaines de séjour, le malade quitte l'hôpital et reste dix-huit mois sans rien tenter pour se débarrasser de son affection.

Cependant, depuis quelque temps déjà (il y a deux ans environ à pareille époque), de nouveaux accidents étaient venus s'ajouter à ceux que nous avons signalés tout à l'heure : dans les narines se formaient incessamment des croûtes d'aspect jaune verdâtre, sans rougeur du nez, mais accompagnées de légères démangeaisons ; puis, il y a un an, l'aile du nez du côté droit commença à rougir, et l'on vit se former un ou plusieurs boutons empiétant à la fois sur les faces interne et externe de la narine. A ces boutons succéda une ulcération peu douloureuse , dont le siège précis était au bord libre ou inférieur de l'aile droite du nez.

En mars I 858, le malade entre dans le service de M. Bazin, et voici ce que nous constatons :

Sur la cornée droite existe une taie suite d'ophthalmie scrofuleuse.

Le pourtour des narines est rouge, induré, et l'on remarque dans leur cavité des croûtes jaunâtres cachant une ulcération.

Si l'on fait ouvrir largement la bouche, on aperçoit, à la partie antérieure do la voûte palatine, une ulcération de dimension moyenne; le voile du palais présente un aspect cicatriciel qui indique assez qu'il a été.pendant longtemps le siège d'une ulcération qui a dû, en un certain moment, mesurer presque toute l'étendue de sa surface; on trouve d'ailleurs, aujourd'hui encore, en arrière, une petite surface non cicatrisée et sécrétant du pus. Enfin, à la partie postérieure du pharynx se détache très nettement une troisième surface ulcéreuse, de couleur grisâtre, à bords mous, non taillés à pic, et dont l'étendue est assez considérable.

M. Bazin rejette toute idée de syphilis, et institue le traitement antiscrofuleux : tisane de houblon, huile de morue et sirop de fer, bains sulfureux, etc.

Sous l'influence de ces moyens se manifeste une amélioration rapide, et le malade sort le 28 mai 1858, presque complètement guéri; il ne reste plus qu'un petit point ulcéré à la paroi postérieure du pharynx et un autre à la voûte palatine. Il n'est pas douteux que la cure radicale ne saurait se faire attendre, si le malade continue le traitement qui lui a été ordonné par M. Bazin.

Ce bel exemple de scrofulide maligne des membranes muqueuses nous prouve qu'il faut établir son diagnostic non sur un caractère unique, mais sur l'ensemble des caractères que nous offre l'affection tégumentaire.

J'ai dit, en effet, que la syphilis, plus souvent que la scrofule, débute par le fond de la gorge, pour ne se transmettre que plus tard à la peau. Or, le fait rapporté ci-dessus est une exception à cette règle, puisque la scrofule de Donec ne s'est montrée sur le nez qu'après avoir fait des ravages sur le voile du palais et sur l'isthme du gosier.

0BSEUVAT10NS.

Scrofule primitive compliquée de syphilis.

Ecrouelles cervicales. — Otorrliée. — Roséole syphilitique. — Eczéma impétigineux de la face et du cuir chevelu. — Erysipèle intercurrent. (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du service.)

Le -10 janvier 4 859 entre à l'hôpital Saint-Louis, service de M. Bazin, salle Sainte-Foy, n° 37, Ernestine Périer, âgée de trois ans, demeurant rue de la Roquette, n° 89.

Cette enfant, à l'époque où elle entra à l'hôpital, avait encore son père, mais sa mère était morte d'une maladie qu'elle ne connaît pas. Elle offrait alors, sur la surface du corps, des taches dont la nature syphilitique ne parut nullement douteuse. Son père d'ailleurs était, en ce moment, à l'hôpital Saint-Louis, où il subissait un traitement antisyphilitique pour des affections cutanées. Peu de temps après son entrée, elle fut atteinte d'un écoulement de l'oreille qui succéda à des abcès ganglionnaires du cou, et ne discontinua pas depuis cette époque, sans amener néanmoins de surdité.

Etat actuel. — Cette enfant présente un développement physique en rapport avec son âge ; sa peau est blanche et fine, ses lèvres et son nez sont assez volumineux, et elle est douée d'un embonpoint ordinaire. On observe à la partie latérale droite du cou une cicatrice longue de 7 à 8 centimètres, commençant à 3 centimètres au-dessous du lobule de l'oreille et se dirigeant vers la partie interne du cou, cicatrice consécutive à des abcès ganglionnaires. A la partie gauche de la région sousmaxillaire existent des ganglions engorgés. Toute la lèvre, d'une narine à l'autre, est recouverte desquames blanchâtres, remplacées au niveau des orifices du nez par des croûtes d'un jaune brunâtre, qui, par leur présence à l'intérieur des narines, les rétrécissent et gênent l'entrée de l'air et la respiration. En ce moment, le nez et toute la partie de la joue gauche avoisinante sont le siège d'un érysipèle dû à l'irritation produite par les croûtes, et datant de deux jours. A la partie postérieure de la tête existe une plaque d'eczéma sur laquelle se voient en ce moment des croûtes d'un jaune brunâtre, et, en certains points, un liquide également brunâtre et peu abondant. Sur le reste de la tête, on observe des squames blanchâtres de dimension variable. Celte enfant

570 LlîÇONS SUIt LA SCHOFULK.

avait des pédiculi qui onl nécessité la coupe de ses cheveux. Enfin, ii existe un écoulement purulent assez abondant par le conduit auditif externe, écoulement dont le début avait suivi son entrée à l'hôpital.

Scrofulide des membranes muqueuse*.

Ophlhalmies scrofuleuses. (Observation recueillie par M. Guérard.)

Prudhomme (Adrien), vingt et un ans, entré le 1 0 août 1 856, couché au n° 7 du pavillon Saint-Matthieu.

Ce malade n'a pas connu son père ; sa mère vit encore en bonne santé ; deux sœurs sont mortes en bas âge.

Sa constitution est faible, son tempérament lymphatique. Les lésions oculaires ont débuté dans la première enfance, à la suite d'une rougeole, et depuis cette époque elles n'ont jamais complètement disparu. Parfois survenait une notable amélioration, mais bientôt, sous l'influence de la cause la plus légère, se manifestait une exacerbation qui remettait tout en question. Cependant les yeux ne sont réellement malades d'une façon sérieuse que depuis trois ans à peu près ; les paupières sont rouges, gonflées à leurs bords libres; et presque dépourvues de cils ; les conjonctives sont injectées ; sur l'œil droit, la cornée fait une saillie notable ; elle est déformée et opaque dans la plus grande partie de son étendue ; on ne trouve, au niveau du champ pupillaire, qu'un seul point transparent par où puissent se glisser jusqu'à la rétine les rayons lumineux ; la vision est très affaiblie, et le malade ne peut lire sans le secours de l'autre œil : à peine distingue-t-il les objets un peu volumineux.

L'œil gauche est beaucoup plus malade ; on y trouve une taie, et près de celle-ci une légère exulcération qui peut faire craindre que l'opacité ne s'étende et n'envahisse peu à peu tout le champ pupillaire; la vision est d'ailleurs loin d'être intacte de ce côté, et un brouillard est comme répandu sur les objets extérieurs.

Le traitement consiste en bains sulfureux, huile de foie de morue, sirop d'iodure de fer; un collyre au sulfate de cuivre est instillé dans les yeux.

ORSKIiVATIONS.

Scrofnlitle des membranes muqueuses.

Ophlhalmie scrofuleuse. — Double kératite. — Slaphylome de la cornée du côté gauche. — Tache sur la cornée droite. (M. Louis Fournier.)

Thabouillot (Lucien), âgé de douze ans, entré le 12 mars 4 858, couché au n° 82 du pavillon Saint-Matthieu.

Le malade ne peut donner aucun renseignement sur sa famille.

Il n'a, dit-il, jamais eu de croûtes dans la tête. Il y a un mois, il vit apparaître à la lèvre supérieure et aux narines des petits boutons qui se sont ulcérés et recouverts de croûtes jaunâtres; ces croûtes existent encore aujourd'hui, et se propagent jusque dans la cavité des narines, qu'elles obstruent presque complètement; la lèvre supérieure ellemême est rouge, impétigineuse. L'affection oculaire qui l'amène à l'hôpital date de sa première enfance ; à l'âge de deux ans il fut pris d'une blépharite que l'on qualifia, nous dit-il, de glandulo-ciliaire, et qui dura fort longtemps. Vers sa onzième année, ses paupières se tuméfièrent considérablement, et il entra à l'hôpital des Enfants malades. Là fut institué un traitement antiscrofuleux par l'huile de morue, en même temps qu'on lui fit des instillations d'un collyre au nitrate d'argent. Son affection commençait à disparaître quand il fut atteint, huit jours après son entrée, d'une ophthalmie purulente, qui régnait alors épidémiquement dans les salles. La plupart des altérations que nous allons mentionner toulà l'heure sont consécutives à cette ophlhalmie, pour laquelle on dut prolonger pendant sept mois son séjour à l'hôpital des Enfants malades.

Eiat actuel. — Le bord libre des paupières présente les traces d'une blépharite ciliaire, il est rouge, recouvert çà et là de croûtes jaunâtres et presque entièrement dépourvu de cils.

La cornée du côté gauche a la forme d'un cône tronqué, obliquement dirigé en bas et en dehors, opaque et d'un blanc laiteux; son sommet, qui s'avance entre les bords libres des deux paupières, offre une légère cicatrice; la vision est à peu près abolie de ce côté; la conjonctive est encore rouge et injectée, surtout à la partie inférieure.

Sur la cornée gauche, on distingue en dedans et empiétant un peu

sur la partie interne du champ do la pupille une tache ronde, d'un blanc laiteux ; dans le reste de son étendue, cette cornée oll're une teinte générale légèrement blanchâtre, mais elle n'a subi aucune déformation appréciable, et les rayons lumineux paraissent la traverser en quantité suffisante pour l'exercice de la vision ; l'iris est normal ; la conjonctive oculaire est saine.

On ordonne de la tisane de houblon, du sirop d'iodure de fer, et un collyre au nitrate d'argent.

Le 16 avril, le malade sort de l'hôpital; il y a moins de rougeur, l'amélioration est des plus notables, mais, comme bien l'on pense, le staphylome et les taches cornéales n'ont subi aucune modification.

Scrofulide des membranes muqueuses.

Ophtlialmie scrofuleuse double , précédée et accompagnée de scrofule ganglionnaire cervicale.

Lemaire, treize ans, entré le 30 mars 1856, pavillon Saint-Matthieu, n° 88.

Antécédents de famille. — Père mort jeune de maladie inconnue, mère forte et bien portante, deux sœurs, une de dix-neuf ans bien portante, une de sept ans chétive.

Antécédents du sujet. —Ni gourmes, ni teigne, ni otorrhée. Sa scrofule a débuté par un engorgement ganglionnaire cervical, qui a laissé des cicatrices à droite et est resté induré à gauche. L'ophthalmie est survenue consécutivement il y a quatre ans, et a résisté au traitement de plusieurs oculistes.

Etat actuel. — L'œil droit est affecté de conjonctivite palpébrale et oculaire, avec rougeur et vascularisation anormales ; la cornée a perdu sa transparence; elle présente quelques petites ulcérations et des taies qui obscurcissent le champ de la pupille ; les cils sont agglutinés par du pus; photophobie très vive.; le seul écartement des paupières suffit pour provoquer un écoulement de larmes abondant. Cet œil distingue le jour de la nuit, mais ne reconnaît pas les objets. L'œil gauche est très malade aussi, conjonctivite intense, mais la cornée n'a pas perdu toute sa transparence; elle est le siège d'une petite taie ; la vision existe, affai-

blie et courte. Les deux yeux sont douloureux, de temps à autre seulement.

Au-dessous du nez, rougeur provoquée par un écoulement nasal ; au cou, engorgement ganglionnaire à gauche, cicatrice à droite.

Rien ailleurs. Tempérament éminemment lymphatique, teint blanc, bouffissure, taille fine, peu développée pour son âge; membres grêles, jambes déviées.

Traitement. — Vésica toi res derrière l'oreille, collyre au borax, huile de morue, sirop d'iodure de fer, puis calomel à dose faible, chlorhydrate de baryte, de 20 à 50 centigrammes; alcoolature de ciguë, 4 grammes par jour.

Le malade suit ce traitement pendant un an, et sort le 1 6 mai. Amélioration ; non encore guérison complète.

Scrofulide des membranes muqueuses.

Otite scrofuleuse profonde. — Surdité. (M. Pouquet.)

Surancy, dix-neuf ans, bijoutier, entré le 16 janvier 1857, pavillon Saint-Matthieu, n° 68.

Antécédents de famille. — Père mort d'une affection organique de l'estomac, mère vivante, deux frères et trois sœurs tous bien portants.

Antécédents du sujet. — Pas de gourmes, ni de scrofules ganglionnaires, ni d'ophthalmies; bonne santé habituelle, constitution robuste. Il y a six ans, est entré à l'hôpital Saint-Antoine pour l'affection qui l'amène aujourd'hui à Saint-Louis. Il en sort au bout d'un mois non guéri, ayant conservé une surdité complète du côté malade, et des bourdonnements et chatouillements fréquents, qui ont duré ainsi jusqu'à il y a quinze jours, que de nouveaux accidents ont apparu à la même oreille : douleurs plus fréquentes, plus vives, plus profondes ; retour de l'écoulement par l'oreille ; continue néanmoins à travailler, conserve l'appétit; peu de sommeil.

Etat actuel. — L'oreille droite est, à l'extérieur et en bas, rouge, couverte de pus à peu près desséché (la rougeur paraît due à l'action irritante du pus) ; plus profondément, les parties sont cachées à la vue par ce môme pus épais ; l'orifice du conduit auditif externe est si rétréci par le

Ô7A LEÇONS SUH LA SCÏtOFULlî.

gonflement des parois, que la vue ne peut pénétrer plus avant. L'odeur du liquide qui s'écoule est fétide, l'aspect est celui du pus de mauvaise nature, mêlé de stries rougeâtres. Le malade affirme qu'il n'est jamais rien sorti qui ressemblât à un os. Point d'engorgement ganglionnaire, douleurs continuelles, vives, surtout la nuit ; céphalalgie légère. Point d'autres troubles fonctionnels.

Traitement. — Purgatif, injections dans l'oreille, puis huile de morue à doses croissantes.

^ Sorti le 6 février. Il y a moins de douleur, mais l'écoulement par l'oreille a toujours lieu.

Scrofulirïc des membranes muqueusi-s.

Otite scrofuleuse profonde. — Perforation de la membrane du tympan. — Sortie du pus par le conduit auditif externe et par la trompe d'Eustache.

Lemoine, vingt ans, layetier-emballeur, entré le 12 mars 1858, pavillon Saint-Matthieu, n° 3.

Antécédents de famille. — Père bien portant, mère d'une santé délicate, deux frères morts jeunes, une sœur âgée aujourd'hui de vingt deux ans, a eu, à dix-sept ans, scrofule ganglionnaire qui a laissé des cicatrices.

Antécédents du sujet. — A deux ans. abcès à la fesse; à six ans, croûtes dans la tête, avec engorgement ganglionnaire au cou. Il y a cinq ans, en 1 853, commence à ressentir des élancements qui, de l'oreille droite, s'étendaient aux régions frontale et temporale. En 1854, séjour de deux mois à l'hôpital Lariboisière : injections dans l'oreille, qui, dit le malade, tombaient dans la gorge et le forçaient aussitôt à cracher. Depuis cette époque, il a toujours craché du pus, non pas d'une manière continue, mais de temps en temps; il a aussi continué à souffrir dans le côté droit de la tête.

Aujourd'hui. — Par le conduit auditif externe a lieu un suintement purulent peu abondant ; un stylet explorateur arrive profondément sur une masse qui paraît fongueuse ; de temps en temps le malade éprouve dans le pharynx une sensation désagréable, et rend des crachats puru-

OBSKKVATIONS. 0/0

lents ; douleurs de tôle caractérisées par de la lourdeur et des élancements intermittents.

État général satisfaisant.

Traitement. — Tisane de houblon, huile de morue à doses croissantes, vésicatoires à la tempo droite, bains sulfureux.

Exeal le 1 4 mai, après deux mois de séjour. Les douleurs de tête ont beaucoup diminué, ainsi que l'écoulement purulent par l'oreille ; mais il continue à rendre de temps à autre du pus par expuition.

On voit, par cette intéressante observation, combien sont longues et difficiles à combattre les scrofulides des membranes muqueuses; non-seulement elles peuvent se prolonger pendant plusieurs années, mais encore récidiver quand on les croit depuis longtemps guéries.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles cervicales supputées. (M. Guérard.)

Lefort (Pierre), maçon, vingt et un ans, entré le 5 février 1857, couché au n° 77 du pavillon Saint-Matthieu.

Son père, âgé de quarante ans, a toujours été bien portant ; sa mère est morte à vingt-cinq ans ; elle était presque toujours souffrante et maladive ; elle avait eu plusieurs abcès sur le thorax ; elle toussait beaucoup. Il avait un frère qui est mort l'année dernière, à l'âge de dix-huit ans; il était d'une constitution très faible et toussait depuis longtemps.

Lui-même s'est bien porté, dit-il, jusqu'à l'âge de six ans ; alors apparurent, dans les régions sous-maxillaires, des ganglions engorgés qui donnèrent lieu à des abcès et à des fistules. Ces lésions ont été guéries, dans l'espace de deux ans, au moyen de l'huile de foie de morue, et nous n'en retrouvons plus aujourd'hui que les traces cicatricielles. A partir de cette époque jusque dans ces derniers temps, sa santé ne fut troublée par aucun accident, et il pouvait se croire radicalement et à tout jamais guéri, lorsqu'il y a un mois environ se manifesta, dans la

région cervicale, une nouvelle poussée ganglionnaire, bientôt suivie de la fonte purulente des parties engorgées ; plusieurs abcès se sont ouverts, et nous-même avons ponctionné l'un d'eux, situé à droite, lors de l'entrée du malade à l'hôpital.

Nous constatons aujourd'hui, à la région sous-maxillaire de l'un et l'autre côté, plusieurs cicatrices déprimées ; au-dessous de ces cicatrices, et à droite, deux ouvertures fistuleuses, dont l'une, à peu prés oblitérée, est située au centre d'une surface d'un rouge sombre; à gauche et à la partie inférieure du cou est une autre ulcération, de la largeur d'une pièce de 50 centimes, arrondie, et dont le fond est constitué parle tissu ganglionnaire; un cercle rouge s'étend irrégulièrement autour d'elle. Toutes ces ulcérations donnent issue à une petite quantité de pus, et l'on sent au-dessous d'elles, surtout à droite, une tuméfaction profonde, dont il est impossible de préciser les limites. Ces lésions causent d'ailleurs fort peu de souffrances. L'état général du malade est assez bon, et les principales fonctions s'exécutent régulièrement.

Le traitement consiste en boissons alcalines, sirop d'iodure de fer, tisane de houblon, ciguë à doses croissantes.

Il sort presque complètement guéri le 13 mars 1857.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles de la face et du cou rapidement guéries par le traitement de M. Barrier, médecin inspecteur des eaux de Celles. (Observation recueillie par M. Dublanc, élève du service.)

Cassier (Jean), vingt-cinq ans, maçon, entré le 15 février 1856, couché au n° 85 du pavillon Saint-Matthieu.

Le sujet, n'a pas souvenance d'avoir eu d'autre affection scrofuleuse que celle qui l'amène à l'hôpital. Celle-ci a commencé il y a deux ans et demi environ. Entré dans le service de M. Bazin en août 1855, il fut traité au moyen de la pommade à l'iodure de plomb, de l'huile iodée, des bains sulfureux, etc., et sortit sans amélioration notable, à cause de la réparation de la salle.

Nous trouvons actuellement toute la région parotidienne droite envahie et déformée par des tumeurs ganglionnaires, depuis le pavillon de

l'oreille, qui est repoussé en hauL et on arrière, jusqu'à la partie moyenne de la région cervicale latérale du môme côté; en avant, la tuméfaction déborde le maxillaire inférieur et englobe dans sa masse mamelonnée la glande sous-maxillaire.

Au-dessous du lobule de l'oreille se voient des cicatrices incomplètes, irrégulières, déprimées, adhérentes aux tissus sous-jacents, et qui sont les vestiges de suppurations extérieures.

A gauche, la région parotidienne est empâtée et volumineuse, sans présenter toutefois des noyaux d'engorgement aussi distincts qu'à droite ; mais au-dessous, le bord du maxillaire est garni de noyaux indurés disposés en forme de demi-collier; au niveau de l'angle de la mâchoire existe en outre une tumeur qui s'avance dans les tissus de la joue; cette tumeur, d'un volume assez considérable, jouit d'une grande mobilité.

Des frictions furent faites sur les glandes, deux fois par jour, avec une pommade plombo-cuivrique réactionnée par les résidus alcalins de la fontaine de Celles. Le malade prit en outre, trois fois par jour, avec du sucre, quatre à cinq gouttes d'une dissolution %pIombo-argentique réactionnée par les mêmes sels.

Sous l'influence de ce traitement, une amélioration rapide se prononce. Le 9 mars, le paquet glanduleux qui enveloppait le maxillaire du côté droit a cessé de faire corps avec lui, et a diminué considérablement de volume; les tumeurs ont perdu leur sensibilité, on peut les malaxer et les comprimer dans tous les sens sans occasionner la moindre douleur. Peu à peu leur résorption s'est opérée, et le 20 juin le malade, dont l'état général est excellent, sort de l'hôpital complètement guéri. '

Scrofule ganglionnaire.

Succession d'écrouelles cervicales depuis l'oreille jusqu'au sternum. (Observation recueillie par M. Dublanc, élève du service.)

Henri Fauguensberg, vingt et un ans, entré le 1 4 mai 4 85G, au pavillon Saint-Matthieu, n° 76.

Le père est mort à cinquante-deux ans de tubercules pulmonaires. La mère est morte d'une affection du foie. Il a eu trois frères; deux sont

PAZIN. „

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morts de maladies qui lui sont inconnues. Sur quatre sœurs, il en a perdu trois, dont une paraît avoir succombé à une phthisie pulmonaire; celle qui vit encore jouit d'une bonne santé.

Lui-môme a eu, dans son enfance, do3 gourmes au cuir chevelu pendant plusieurs mois ; vers l'âge de quatorze ans, une glande apparut à la partie latérale gauche du cou ; cette glande abcérla et suppura pend mt plus de six mois. L'ulcère était sur le point de se fermer lorsqu'une nouvelle tumeur se- manifesta dans le voisinage. Il suivit alors plusieurs traitements à Hasbruck, à Lille, et prit de l'huile de foie de morue, ainsi que d'autres médicaments dont le nom lui échappe. Néanmoins, la maladie continua son cours ; la partie latérale droite du cou se prit, et trois glandes s'y développèrent successivement et se transformèrent en abcès, l'une dans la région parolidienne et les deux autres au niveau de l'angle maxillaire. Cette succession d'abcès ganglionnaires, tant du côté droit que du côté gauche, ne dura pas moins de six années, et on peut même ajouter qu'elle dure encore, puisque tout récemment, en janvier 4 856, le malade vit se former une nouvelle tumeur au-dessous de la fourchette sternale, tumeur qui a suppuré et a donné lieu à une fistule. Il entre le 1 4 mai \ 856 dans le service de M. Bazin.

Il porte à la partie latérale gauche du cou trois cicatrices, traces manifestes de suppurations ganglionnaires; une fistule existe sur le trajet du sterno-cléido-masloïdien ; au-dessous du menton et à droite se voient quatre cicatrices imparfaitement formées, rougeâtres, inégales; une ouverture fistuleuse est située à la partie supérieure du sternum.

11 est soumis immédiatementau traitement antiscrofuleux (fer et ciguë à l'intérieur, bains sulfureux à l'extérieur), qui amène dans son état une rapide amélioration.

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