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OBSERVATION XLVIII

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles cervicales. — ■ Abcès multiples. (Observation prise par M. Dublanc, élève du service.)

Tournier (François), trente ans, Couché au n° 69 du pavillon Saint- Matthieu, entré en mars 1 856.

Son père est mort paralysé, à l'âge de soixante-dix-huit ans; sa mère a succombé à soixante-cinq ans, à une affection aiguë de poitrine qu'il

appelle pneumonie. Il a eu trois frères, dont l'un est mort à quarante-cinq ans de phthisie pulmonaire; les deux autres vivent encore; tous trois ont eu des gourmes dans leur enfance. Il a eu également trois sœurs qui toutes ont eu des gourmes ; l'une d'elles a succombé à une affection dont il ignore la nature.

Notre malade est le seul de sa famille qui n'aurait jamais eu de croûtes dans les cheveux : il s'est bien porté jusqu'à l'âge de quinze ans. C'est alors qu'il vint à Paris. Six mois après, les glandes cervicales s'engorgeaient en masse; quelques abcès sont ouverts par le bislouri, d'autres s'ouvrent spontanément, et pendant huit mois il demeura constamment avec un ou plusieurs foyers de suppuration au cou. Depuis cette époque, déjà fort éloignée, le même travail morbide n'a presque pas cessé de s'accomplir dans la région cervicale, et tous les ans, à des époques en quelque sorte critiques, de nouvelles poussées inflammatoires survenaient dans les ganglions, qui se tuméfiaient et donnaient lieu à des fistules d'une durée de plusieurs mois. Cet état existe encore, et d'ailleurs les nombreuses cicatrices dont est couturée toute la région sont une suffisante garantie de la véracité du malade.

Eu 1854, les ganglions de l'aisselle droite se prennent à leur tour, et subissent, dans l'espace d'un mois à peu près, les mêmes transformations.

Le malade n'a suivi aucun traitement rationnel, et s'est borné à l'usage de lotions et de cataplasmes, dont il ne peut nous dire la nature.

En 4 856, une poussée phlegmoneuse se manifeste à la lèvre supérieure: il entre alors dans le service de M. Bazin.

Sa constitution est faible, son tempérament lymphatique ; il est d'une intelligence très obtuse et ne répond qu'à grand'peine aux questions qu'on lui adresse. Sa santé générale est d'ailleurs assez bonne.

Nous lui trouvons dans la région cervicale quinze à vingt cicatrices, la plupart soulevées par des engorgements ganglionnaires auxquels elles adhèrent intimement; deux fistules existent encore en pleine suppuration; dans la région axillaire, du côté droit, se voit une cicatrice qui présente des caractères identiques avec celles du cou.

La lèvre supérieure est épaisse, tuméfiée, douloureuse, et le 1 0 mars on a fait l'ouverture d'un abcès.

Traitement. — Houblon, fer et ciguë, bains sulfureux.

Il sort le 22 août 1 856, aussi bien guéri que possible.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles cervicales. — Acne punclala el indurala sur la face.

(M. Guérard.)

Charpentier (François), vingt-trois ans, couché au n° 79 du pavillon Saint-Matthieu, entré le 17 janvier 1 860.

Son père, homme très robuste, est mort à cinquante ans de douleurs articulaires ; sa mère est morte à quarante-cinq ans, après une maladie de deux ans. Il a eu trois frères et trois sœurs, dont il ne lui reste qu'un frère et une sœur; tous deux se portent bien. Le frère aurait été affecté de gourmes dans son enfance. Quant à ceux qui n'existent plus, la plupart sont morts d'accidents ou de maladies aiguës, si ce n'est une sœur qui a succombé, à l'âge de dix-sept ans, à une phthisie pulmonaire.

Notre malade aurait été le plus faible de toute sa famille ; son enfance a été très maladive et traversée par une foule d'affections qui, jusqu'à sa dixième année, se sont succédé sans relâche : des gourmes, des éruptions aux oreilles, des coryzas, des bronchites, des ophthalmies longues et opiniâtres, des engelures douloureuses, etc.

Vers l'âge de dix ans, les ganglions sous-maxillaires commencèrent à se prendre, et depuis cette époque ils ont disparu et reparu un certain nombre de fois; mais ces alternatives furent remplacées, il y a cinq ans, par une période d'accroissement continu qui dure encore aujourd'hui.

Divers traitements ont été suivis par le malade : il prit du mercure, et eut môme une stomatite; puis on lui conseilla les ferrugineux, et enfin l'huile de morue (qui ne fut continuée que deux mois), avec une pommade iodurée. Il y a trois ans, il fut atteint du choléra, et pendant le cours de cette maladie ses ganglions engorgés diminuèrent de moitié, mais bientôt après ils reprirent rapidement leurs dimensions primitives.

Ce malade n'a jamais eu aucune affection vénérienne ; il a vécu jusqu'à ce jour dans de mauvaises conditions hygiéniques, au point de vue de l'habitation et de la nourriture, mais il n'a jamais fait d'excès dans

aucun genre. Il porte les traits de la constitution scrofuleuse et du tempérament lymphatique exagéré; ses principales fonctions s'exécutent d'ailleurs régulièrement, si l'on excepte une constipation habituelle et de fréquentes céphalalgies.

Voici quel est son état actuel :

Les lèvres et les ailes du nez sont gonflées et plus épaisses que dans l'état normal ; sur la face sont répandues de nombreuses pustules d'acne punctala et indurata ; le nez est comme criblé de petits points noirs. A gauche, et au niveau de l'angle de la mâchoire, est une tumeur très volumineuse et saillante, formée par la réunion de plusieurs ganglions hypertrophiés ; cette tumeur envoie en arrière un prolongement considérable.

Dans l'aisselle droite, on trouve également des masses ganglionnaires indolentes, qui existent depuis fort longtemps à l'état stationnaire.

On donne le traitement antiscrofuleux, consistant dans l'administration du sirop d'iodure de fer (30 grammes par jour), de l'alcoolature de ciguë, depuis 1 gramme jusqu'à 19 grammes par jour, en augmentant graduellement les doses ; enfin, dans l'emploi des bains sulfureux et des frictions avec la pommade de ciguë, et le malade sort le 24 mars, en bonne voie deguérison.

Remarquons, dans l'observation qu'on vient de lire, la coexistence de l'acné et des glandes, rinefficacilé de l'huile de morue dans le traitement delà scrofule ganglionnaire, et enfin les bons effets que l'on obtient de la ciguë à doses croissantes.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelle cervicale et acné indurée. (Observation recueillie et rédigée par M. Pouquet, interne du service.)

Ferrier (Henri), dix-huit ans, papetier, né à Voiron (Isère), demeurant ruedeBièvre, 3'<, entré le 8 août 4 856. (Observation prise le 7 janvier 1 857.)

Antécédents de famille. — Père et mère bien portants, ainsi qu'un frère et une sœur ; mais Ferrier a appris que son grand-père avait été

LKÇONS SUIt LA SCROFULE.

affecté dans sa jeunesse, de neuf à quatorze ans, du môme mal que lui (abcès froids, abcès ganglionnaires, ulcères aux jambes).

Antécédents du malade. — N'a point été malade dans son enfance, point de gourmes ni d'ophthalmies. D'ailleurs élevé à la campagne, où il est demeuré jusqu'à l'âge de seize ans , il vivait dans des condiiions hygiéniques assez bonnes (logement sain, nourriture des gens de la campagne, c'est-à-dire presque entièrement végétale). Venu à Paris il y a deux ans, il a souffert un peu, pendant un an, de privation de nourriture ; mais déjà, avant son arrivée à Paris, il avait eu, à l'angle de la mâchoire de l'un et do l'autre côté, des engorgements glanduleux, et même un abcès, succédant à ces engorgements, s'était déjà ouvert; une ulcération s'en était suivie; mais la cicatrisation s'étant faite rapidement, était complète quand' il est venu à Paris. Après deux mois de séjour dans la capitale, la cicatrice des deux côtés était envahie par un travail ulcératif. Un an plus tard, la cicatrisation s'étant faite de nouveau, d'autres ganglions se sont hypertrophiés de chaque côté, à deux pouces environ en arrière et au-dessus des premières cicatrices; des abcès se sont formés, se sont ouverts, et la cicatrisation s'opérait, pendant quedu côlé gauche et au-dessous du maxillaire inférieur, un nouvel abcès ganglionnaire se manifestait, mais beaucoup plus petit que les précédents. La deuxième plaie à gauche était presque complètement fermée, quand est survenu un érysipèle sous t'influence duquel la cicatrice a été rapidement détruite; la plaie s'est même beaucoup agrandie, l'ulcération s'étendant en bas et en dedans jusqu'à un pouce environ de la fourchette sternale En même temps, nouvel abcès, non précédé d'hypertrophie ganglionnaire.

Pendant toute la durée de ces phénomènes, aucun trouble des fonctions digestives, appétit conservé, peu d'amaigrissement; mais, depuis deux ou trois ans, ophth-Umies, coryza accompagné de tuméfaction du nez survenant surtout au printemps, et ayant une durée d'un mois et demi à deux mois

L'aspect du malade est le suivant :

À droite, cinq cicatrices rouges, violacées, sous lesquelles le doigt sent des points indurés, mobiles (il semble que ce soient des ganglions). A gauche, les diverses plaies se sont réunies et affectent une disposition en Y dont la branche inférieure arrive jusqu'aux environs de la fourchette sternale, tandis que les deux branches supérieures embrassent l'extrémité supérieure du muscle sterno mastoïdien ; on voit encore quelques points en suppuration.

Enfin, sur toute la figure, mais principalement sur le front et sur le

nez, existent des boutons d'acné un peu durs, et dont le malade s'est peu occupé.

Depuis son entrée à l'hôpital, le malade a été soumis au traitement suivant, sous l'influence duquel l'amélioration (une amélioration graduelle) s'est manifestée : eau iodée, puis alcoolature de ciguë, enfin solution iodo-phosphatée; tous les deux jours, les petites plaies et les cicatrices récentes sont touchées avec la teinture d'iode. On applique de la benzine sur les parties couvertes d'acné.

Sorti le I 6 janvier à peu près guéri ; plus de plaies ; l'acné persiste, quoique améliorée.

La coexistence de l'acné et de l'écrouelle cervicale est un fait très ordinaire, qui ne surprendra nullement ceux qui, comme nous, admettent la nature scrofuleuse de l'acné. En général, cette lésion des glandes sébacées est d'une curation longue et difficile. On triomphe facilement de l'affection par les bains à l'hydrofère d'eau de mer ou d'eau salée, ou mieux encore par ceux de Kreuznach ; mais si l'on se borne, ainsi que le conseille M.Hardy, à un traitement exclusivement local, à peine l'affection est-elle guérie qu'on la voit reparaître, au grand mécontentement du malade et au grand désappointement du médecin.

Scrofule ganglionnaire.

Bubons scrofuleux éveillés par un eczéma de nature arthritique. (Observation recueillie par M. Guérard.)

Castel (Joseph), cinquante et un ans, entré le 4 6 décembre 1859, couché au n° 22 du pavillon Saint-Matthieu.

Constitution bonne; aucune maladie sérieuse, qu'il sache, dans son enfance ; il n'a eu ni gourmes, ni ophlhalmies, ni engorgements ganglionnaires En 1835, il fut atteint d'une affection qu'il attribue à un

LEÇONS SUR LA SCItOKULE.

refroidissement, et qui le retint deux mois à l'hôpital ; il était très oppressé, à ce, point que le décubitus dorsal lui était devenu, sinon impossible, du moins extrêmement pénible ; en même temps il toussait beaucoup. Tout cela dura environ deux ans; mais il resta asthmatique, ne pouvant ni courir ni monter des escaliers sans aussitôt perdre haleine! En 1848, il eut, dit-il, une fluxion de poitrine qui dura un mois; on le saigna, on le fit vomir, un vésicatoire fut appliqué sur la poitrine. Or, cette dernière affection aurait emporté avec elle ce qui lui restait de sâ dyspnée. Il tousse bien encore tous les hivers, mais sa respiration est aujourd'hui et depuis ce temps aussi libre, aussi facile que jamais.

Jamais de rhumatismes, ni douleurs articulaires, ni maux de tête, ni douleurs d'estomac ; les digestions se font bien.

Aucun antécédent syphilitique.

Les renseignements sur les parents sont vagues ; ils sont morts depuis longtemps, le père à un âge avancé, la mère jeune encore, mais épuisée par des aoaouchements nombreux ; elle eut sept enfants, dont deux seulement survivent. Notre malade paraît savoir fort peu de chose sur ce qui les concerne, et ne peut nous donner la raison d'une si grande mortalité dans sa famille.

L'éruption pour laquelle il est entré à l'hôpital date de cinq mois environ ; elle a commencé dans les régions inguino-crurales des deux côtés et sur les bourses; puis, assez longtemps après, et vers les premiers jours de décembre 1859, une éruption semblable se manifesta au cou et à la face.

C'étaient de larges plaques rouges, sans aucune saillie, diffuses et se recouvrant de petites écailles blanches furfuracées, peu adhérentes, semblables à celles du pityriasis. Jamais, nous assure-t-il, le suintement ne fut assez abondant pour mouiller ou empeser les linges ; cependant ces surfaces étaient un peu humides. Il insiste surtout sur les vives démangeaisons dont elles étaient le siège, démangeaisons parfois intolérables aux cuisses et aux bourses principalement.

L'éruption, localisée aux parties que nous avons nommées, a passé par de fréquentes alternatives en bien et en mal, tantôt pâlissant et semblant prête à s'éteindre, et tantôt reparaissant avec toute son intensité.

Elle offre et paraît avoir toujours offert un aspect assez singulier, au point de vue de sa forme, qui aurait pu faire croire à un pityriasis, bien qu'il s'agisse évidemment d'un eczéma de nature arthritique.

Dans ces derniers temps survint un phénomène curieux, qu'il est

important do signaler ici. Le malade s'est aperçu, depuis une quinzaine de jours, que dans l'aine droite apparaissait une petite tumeur douloureuse qui peu à peu prit du volume; bientôt l'aine gauche se tuméfia également; en même temps l'éruption pâlit, les démangeaisons s'apaisèrent, et les phénomènes cutanés parurent marcher vers une guérison rapide, au fur et à mesure que les tumeurs inguinales prenaient de l'accroissement. Était-ce une simple coïncidence, ou le fait d'une sorte de balancement, ou bien encore une répercussion de la lésion tégumentaire sur les ganglions sous-jacents? Quoi qu'il en soit, nous constatons dans les régions indiquées, au-dessous de l'arcade de Fallope, des ganglions tuméfiés, douloureux spontanément et à la pression, et formant une saillie considérable, surtout à droite; là existent des noyaux indurés, agglomérés, et au-dessus une sorte de corde ou chaîne ganglionnaire solide, parallèle au ligament de Poupart, et qui semble s'enfoncer dans les profondeurs de la région, du côté de la fosse iliaque interne. A gauche, la tuméfaction est moindre, de date plus récente, mais son siège est évidemment le même.

Sur ce malade, on observe de chaque côté, au niveau du pli génitocrural, une plaque de vitiligo des mieux caractérisées.

Scrofule ganglionnaire.

Bubon scrofuleux, précédé de tubercules du testicule. (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du service.)

Le nommé Chtreff (Alexandre), âgé de trente-sept ans, menuisier, demeurant rue Bichat, 61 , est entré à Saint- Louis, service de M. Bazin, salle Saint-Laurent, n° 58, le 8 février 1 861 .

Ce malade est né de parents encore vivants jouissant d'une bonne santé, et âgés l'un et l'autre de plus de soixante ans.

Il ne se rappelle pas les avoir vus malades ; mais depuis près de vingt ans il a quitté la maison paternelle pour n'y faire que des séjours peu prolongés depuis cette époque. Son frère a eu des gourmes pendant sa jeunesse, mais n'a jamais été malade depuis; il habite son pays natal. Sa sœur est morte à l'âge de vingt-cinq ans, d'une inflammation d'intestins, dit-il ; elle avait eu également des gourmes pendant son enfance.

5S6 LKÇONS SUU L\ SCROFULE.

Quant à lui, il eut des éruptions plus abondantes et plus prolongées que sa sœur, des maux d'yeux depuis l'âge de trois à quatre ans jusqu'à l'âge de six ans. mais jamais d'engorgements ganglionnaires sousmaxillaires. Il vint à Paris à l'âge de dix-sept ans, et dix-huit mois après son arrivée dans cette ville, il retourna dans son pays. A peine y était-il depuis quelques jours, que le testicule droit devenait volumineux, douloureux, rouge à la surface, et bientôt apparaissait une tumenr fluctuante, qui s'ouvrit et donna issue à du liquide dont il ne se rappelle pas les qualités physiques. Depuis cette époque, l'ouverture des bourses a toujours donné écoulement à un peu de séro-pus.

Il y a trois ans apparut à l'aine une tuméfaction de la grosseur du pouce, qui perça quatre à cinq jours après son apparition, mais ne disparut pas complètement, et depuis lors jusqu'au mois de juillet 4 860 donna deux ou trois fois issue à du pus. Il y a huit mois il contracta un écoulement uréthral qui ne dura que quelques jours, mais détermina un engorgement des ganglions de l'aine beaucoup plus considérable que les précédents, ce qui le décida à entrer dans le service de M. Gibert(27 août 1 860). Ce médecin lui ordonna des cataplasmes de farine de lin, du sirop de biiodure, des frictions avec l'onguent napolitain à la partie internedes cuisses, et un emplâtre de Vigo sur l'engorgement ganglionnaire. Ce traitement n'ayant produitd'autre résultat qu'une gingivite intense, M. Gibert le cessa et ordonna de l'eau de Sedlitz tous les deux jours et de l'eau d'Enghien. Pendant son séjour à Saint-Louis, la tumeur s'ouvrit et donna issue à une quantité assez considérable de pus. Il sortit au mois de novembre, conservant encore un engorgement assez cousidérable, qui augmenta sous l'influence du travail et le força à entrer de nouveau à l'hôpital le 8 février.

Etat actuel. — Ce malade a la barbe et les cheveux roux, un embonpoint plus que médiocre. Les deux testicules existent encore, mais le droit est plus petit que le gauche, et l'on aperçoit près du repli une fistule qui donne issue à un peu de pus à des intervalles variables. Les appétits vénériens sont ordinaires. A la région inguinale droite existent quelques ganglions'du volume d'une noisette, et isolés les uns des autres : on y aperçoit une petite cicatrice, indice d'une suppuration antécédente. Au niveau de la région inguinale gauche existe une tuméfaction faisant relief à la surface des téguments, et s'étendant depuis les bourses jusqu'à 2 centimètres de l'épine iliaque antérieure et, supérieure, et depuis l'arcade crurale jusqu'à 3 centimètres au-dessous de ce ligament. Enfin, à la partie interne de la région inguinale, l'engorgement se continue le

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long de la face interne do la çj^se jusqu'à. 6 centimètres au-dessous. On aperçoit deux cicatrices à la surface de cette tumeur. Le foie no déborde pas les fausses côtes. Quant au sy<lème pulmonaire, un examen attentif démontre qu'il existe à peine une différence dans la matité et un peu d'expiration prolongée au soimnet du poumon droit. Ce ma'ado ne tousse d'ailleurs que depuis cinq ou six semaines. Il n'existe pas d'albumine dans les urines.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelle ceroicde tuberculeuse. — Influence nulle d'un muguet confluent sur ï affection scrofuleuse.

Girin, seize ans, entré le 11 juin 1857, pavillon Saint-Matthieu, n" 60.

Antécédents de famille. — Père bien constitué, mort du choléra à cinquante-cinq ans; mère vivante, chétive, sujette à des catarrhes bronchiques; plusieurs frères morts jeunes, une sœur pâle, bouffie, lymphatique.

Antécédents du sujet. — Jusqu'à l'âge de sept ans, faible, maladif; il est continuellement entre les mains des médecins; de sept à dix, s'est mieux porté, a été envoyé à la campagne, où il a repris. Placé, à bon retour à Paris, à i'âge de treize ans, dans un atelier où il travaillait debout, il lui survint des coliques, dérangements intestinaux, etc.; une glande sous la mâchoire, déjà engorgée, a pris rapidement de l'extension, et au bout d'un mois avait déjà le volume qu'elle a aujourd'hui. En même temps, une autre glande s'est développée derrière et au-dessous de l'oreille, puis une troisième au-dessous de la précédente.

20 juin. — Ouverture par le bistouri de la première glande; issue d'une médiocre quantité de sérosité sanguinolente, mêlée à un peu de pus; fluctuation dans la glande post-auriculaire; on n'a pas eu besoin de l'ouvrir. Le malade s'est aperçu qu'en pressant dessus, elle se dégorgeait dans la glande ouverte. Enfin, la troisième glande s'est ouverte spontanément et a fourni une suppuration abondante.

Etal général. — Respiration normale; au cœur existe un léger souffle

Ook LEÇONS SUlt LA SCROFULE.

anémique se prolongeant dans les carotides. Les trois glandes existent toujours dont doux ouvertes au dehors ; celle qui a été ouverte avec l'instrument tranchant présente, sur un bor.i de l'ouverture, un bourgeon charnu; celle qui s'est ouverte spontanément a les bords fort élevés; toutes deux suppurent abondamment.

Traitement. — Tisane de houblon édulcorée, sirop antiscorbutique, alcoolature de ciguë, bains sulfureux.

9 juillet. — Apparition de muguet très confluent, qui disparaît rapidement par l'administration du chlorate de potasse, sans avoir exercé une influence appréciable sur l'affection scrofuleuse.

Le malade continue son traitement et sort le 1 9 février, ne présentant plus qu'une ulcération à la région sus-claviculaire, l'autre étant cicatrisée.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles généralisées. — Anémie. — Morl. (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)

Le 6 juillet 1 860 est entré le nommé Lefebvre (Camille), écrivain, âgé de vingt et un ans, couché au n° 38 du pavillon Saint-Mathieu.

Ce malade s'est présenté à la consultation dans un état d'affaiblissement extrême; il était pâle, anémié, comme exsangue ; le moindre mouvement suffisait pour le faire tomber en syncope; les muqueuses extérieures étaient presque aussi blanches et aussi décolorées que la peau; tout enfin révélait en lui l'anémie portée à son plus haut degré.

Nous trouvâmes le pouls régulier, sans fréquence, mais faible ; aucun symptôme aigu, aucun phénomène réactionnel, mais toutes les fonctions paraissaient languissantes et s'exécutaient avec une extrême lenteur ; inappétence complète, fatigue musculaire ; rien du côté de la poitrine, si ce n'est un léger souffle au cœur au premier temps, indice de l'altération profonde du sang.

La seule lésion bien évidente que nous pûmes constater pendant son séjour à l'hôpital (à part l'anémie) fut l'engorgement de presque tous les ganglions périphériques, cervicaux, axillaires, inguinaux, lesquels faisaient, dans ces régions, des saillies considérables, dures et indolentes.

Ce misérable état se prolongea six semaines environ, s'aggravant de plus en plus, malgré un traitement approprié, sans que du reste aucun phénomène aigu se manifestât; l'inappétence, la prostration devinrent absolues ; toutes les actions organiques paraissaient enrayées à leur source, mais, au milieu du silence de toutes les fonctions, nous n'observâmes ni toux, ni diarrhée, ni délire, rien, en un mot, du côté des principaux organes, rien que l'altération ganglionnaire généralisée que j'ai signalée tout à l'heure, et l'anémie manifestée par le souffle cardiaque et la décoloration des surfaces tégumentaires.

Cependant, à une époque rapprochée de la mort, on put constater quelques accès fébriles intermittents et un peu de diarrhée. Il succomba doucement, sans secousse, sans délire.

Les antécédents de ce malade se bornent à peu de chose : il a toujours été pâle, anémique, faible; déjà une fois, il y a deux ans environ, les phénomènes actuels se sont présentés avec une moindre intensité, et il prit le dessus, sans toutefois se rétablir complètement ; les engorgements ganglionnaires du cou datent de très loin ; il ne peut nous en préciser l'origine.

A-t-il eu d'autres accidents scrofuleux? Ses réponses sont négatives ; ses antécédents de famille ne lui sont pas connus. Le 25 août eut lieu l'autopsie.

Nous trouvâmes presque tous les ganglions du corps tuméâés et dégénérés en masses tuberculeuses, avec des points purulents disséminés dans leur intérieur; les ganglions périphériques étaient énormes, et leur coupe faisait, voir une surface granulée, jaunâtre, évidemment formée par la matière tuberculeuse ; les ganglions bronchiques et raésentériques, étaient dans le même état ; en un mot, tout le système lymphatique était, chez ce malade, altéré de la manière la plus profonde. Les poumons étaient sains et crépitants dans toute leur étendue, si ce n'est au sommet droit, où se voyaient quelques tubercules durs, peu volumineux ; la plèvre du même côté était adhérente dans une grande partie de son étendue.

Les reins étaient pâles, anémiés, comme graisseux ; la ligne de démarcation entre les deux substances était vague et mal accusée. Foie normal. Aucune lésion dans l'intestin.

Ce fait est intéressant à plus d'un titre ; il nous présente d'abord une manifestation assez rare de la scrofule, une affection profonde et généralisée de tout le système absorbant ; il nous fait connaître ensuite les symptômes morbides qui résultent de oette affection, symptômes

,lV,u Leçons Sun la scrofule.

graves, chroniques dans leur marche, et qui peuvent se résumer dans ces quelques mois : à&ilïlatlon extrême, cachexie a son plus liàùï degré; prostration de toutes les forces vives de l'économie, langueur de toutes les actions organiques , amaigrissement progressif et mort.

Je n'ajouterai rien aux réflexions qu'a suggérées à son autour l'observation ci-dessus; il est à regretter >euleinerit que M. Guérard ait oublié de parler de l'état des urines, qui, à coup sûr, devaient être albumineuses. On peut regretter aussi qu'une analyse exacte du sang n'ait pas été faite pendant la vie.

Scrofule Kai>g;lionnair<'.

Engorgement des glandes cervicales, précédé el accompagné d'écrouelles cutanées et sous-cutanées simulant une scrofulide maligne.

Lupon, dix-huit ans, peintre, entré le 22 janvier 1856 au pavillon Saint-Matthieu.

Ses parents vivent encore en bonne santé, et n'ont jamais eu, qu'il sache, d'affection scrofuleuse.

Aucun accident scrofuleux n'aurait signalé son enfance jusqu'à l'âge de onze ans, mais il avait passé ses premières années dans des conditions hygiéniques très mauvaises (mauvaise nourriture, habitation insalubre).

C'est au mollet droit qu'apparut, il y'a sept ans environ, la première manifestation de scrofule, sous forme d'une tumeur qui suppura pendant plusieurs mois, et dont on retrouve encore la cicatrice; puis les mômes phénomènes se seraient manifestés successivement sur différents points du corps, notamment au niveau de la malléole externe du côté gauche, à la cuisse du môme côté, à l'aisselle droite, au bras droit et sur chacun de ces points, pris isolément, la suppuration n'aurait pas duré moins de cinq à six mois. Entré à l'hôpital d'Angers, on l'y soumit a un traitement tonique.

Quelque vagues que soient ces renseignements au point de vue de la lésion locale, il n'est pas difficile de reconnaître qu'il s'agit bien, dans ce cas, de manifestations scrofuleuses. L'examen de l'état actuel vient d'ailleurs militer puissamment en faveur de celte opinion.

Nous trouvons en effet, dans la région sous-maxillaire droite, une plaque rouge, allongée dans le sens transversal, de 1 décimètre de longueur sur 4 à 5 centimètres de large. Cette plaque est rouge, tuberculeuse et parsemée de petites pustules qui se groupent sur certains points pour constituer des ulcérations que baigne un liquide purulent ; autour de cette lésion cutanée profonde proéminent des ganglions engorgés, dont quelques-uns ont donné lieu à des fistules.

Sur le dos du pied droit existe une plaque du diamètre d'une pièce de 5 francs, et dont l'aspect est sensiblement le même que celui de la plaque cervicale; même lésion se rencontre au niveau du creux poplilé du côté droit.

Enfin, sur diverses régions sont dispersées des cicatrices blanchâtres, plus ou moins étendues, irrégulières, et toutes ayant pour caraclères d'être très enfoncées dans les téguments, et d'adhérer fortement aux tissus sous-jacents ; ces cicatrices , vestiges indélébiles de lésions anciennes, se voient à la région sous-maxillaire gauche, à la région sus-claviculaire droite, dans l'aisselle et à la face poslérieure du bras droit, à la région inguinale gauche, à la partie inférieure du mollet droit.

Le malade dont je fais en ce moment l'histoire est d'un tempérament lymphatique; sa constitution paraît assez bonne; son élat général est satisfaisant, et toutes ses fonctions s'exécutent avec régularité.

On lui ordonne de l'huile de morue, du sirop d'iodure de fer et des bains sulfureux.

Le 21 février, les fistules ganglionnaires du cou ne sont pas cicatrisées et suppurent presque autant qu'à son entrée. D'autres tumeurs sont apparues le long du stèrno-cléido-mastoïdien gauche; la plaie du pied est en bonne voie de guérison.

Le 1 2 avril, le malade cesse les bains, qui paraissent mettre obstacle à la cicatrisation des plaies en ramollissant les tissus ; celles-ci sont cautérisées chaque matin avec la teinture d'iode.

Le 20 avril, les plaies du cou, celles de la cuisse, sont complètement fermées, et l'on supprime tout pansement.

L'ulcération du pied subsiste encore.

Le 26, le malade sort en permission et va voir une femme atteinte

LEÇONS SUll LA SCUOPULi:.

de varioloïde; après être demeuré une heure environ à son chevet, il se sent pris de malaise et de nausées. Rentré le soir môme à l'hôpital, il ne peut prendre qu'un potage. Le dimanche 27, dans la matinée, il vomit son huile de foie de morue, qu'il tolérait très bien d'ordinaire. Le soir, la fièvre se déclare ; il est abattu, courbaturé.

Lundi 28, diète; fièvre avec alternatives de frissons et de chaleur.

Dans la nuit se manifeste une éruption de pustules varioliques.

Mardi 29, éruption de varioloïde discrète;. quelques pustules sont disséminées sur le front et les joues, sur les avant-bras, la poitrine ; une légère moiteur couvre le corps ; la bouche est mauvaise, la langue blanchâtre, avec piqueté rouge; il y a une légère angine ; les garderobes sont régulières.

Le 8 mai, l'éruption est à la période de dessiccation ; on permet une portion d'aliments.

La variole a eu une heureuse influence sur les resions scrofuleuses ; on ne trouve plus aujourd'hui, sur tout le corps, un seul point en suppuration.

Il sort le 29 mai, complètement guéri.

L'affection scrofuleuse de Lupon a débuté par des abcès froids qui se sont ouverts àla surface de la peau, et ont laissé des cicatrices adhérentes sur certains points -, ailleurs, sur d'autres points, des fistules aux environs desquelles se sont produits de petits abcès comme furonculaires, avec tendance bypertrophique et ulcéreuse, d'où la formation de ces plaques tuméfiées, rouges et suppurantes qui intéressent la peau et les parties sous-jacentes, et que l'on confond si souvent avec les scrofulides malignes. L'engorgement des ganglions ne s'est montré que consécutivement à la scrofule cellulaire et cutanée.

Scrofule gniiglionnairc.

Ecrouelles inguinales précédées de scrofules osseuses. — Probabilité de tubercules pulmonaires. (Observation recueillie par M. Pouquet, interne du service.)

Roger (Jules), dix-sept ans, entré le 23 février 1857, n° 56, pavillon Saint-Matthieu.

Ce malade, d'une constitution moyenne, n'a eu dans son enfance ni gourmes, ni ophthalmies, rien en un mot que l'on puisse rattacher à la scrofule; il était, dit-il, aussi fort et aussi bien portant que tous les enfants de son âge ; il a vécu à la campagne jusqu'à l'âge de seize ans, au milieu de bonnes conditions hygiéniques, habitant un logement sain et aéré, et faisant usage d'une nourriture abondante, mais peut-être un peu trop exclusivement végétale.

Les premiers symptômes delà maladie scrofulense se sont manifestés il y a cinq ans environ; alors apparut au pied gauche, à la partie antérieure et externe du métatarse, une petite tumeur indolente, qui se ramollit lentement, et finit par s'ouvrir, d'abord à la face plantaire, et plus tard du côté de la face dorsale du pied ; ainsi s'établirent des pertuis fistuleux qui, pendant trois ans, donnèrent issue à une petite quantité de pus sanieux; le malade ne suivit aucun traitement, et se contenta, pendant tout ce temps, de fixer un linge sur la région affectée ; néanmoins, et par les seuls efforts de la nature, les deux ouvertures fistuleuses se cicatrisèrent; mais déjà s'étaient produits, dans l'aine du même côté et sur d'autres points encore, des engorgements ganglionnaires, qui abeédèrent au bout de quelques mois, et devinrent le point de départ de fistules dont la guérison devait être fort longue et difficile à obtenir.

Un an plus tard, les mêmes phénomènes se passaient dans l'aine droite : adénopathie, abcès, fistules.

Depuis six mois, le malade maigrit et pâlit, bien que l'appétit soit conservé; dans ces derniers temps, il tousse, et le soir, un léger mouvement fébrile so déclare ; il a des sueurs pendant la nuit ; deux petites tumeurs ont apparu tout récemment, l'une au creux poplilé et l'autre à

59A LF.ÇONS SUU LA SCROFULE.

la partie externe de l'articulation du genou ; ces tumeurs se sont transformées en abcès et ouvertes à l'extérieur.

Etal actuel. — Au pied gauche existent deux cicatrices sur les points indiqués plus haut; dans l'aine gauche, on remarque des surfaces rougeàtres, un peu foncées, saillantes, soulevées par une chaîne de ganglions hypertrophiés ; deux de ces surfaces, situées au-dessus du ligament de Poupart, sont irrégulièrement elliptiques , contiguës, et offrent des ulcérations superficielles; deux autres, plus petites, sont placées audessous de ce ligament; leur forme est plutôt circulaire, et sur l'une d'elles, la plus interne, se voit une ulcération profonde, arrondie, à bords taillés à pic, et ressemblant, à s'y méprendre, aux ulcérations qui succèdent aux gommes; mais elle en diffère, et par l'aspect de son fond et par le décollement de ses bords; ajoutons que la pression fait sentir profondément et à une grande distance des ganglions engorgés qui semblent plonger dans la cavité abdominale. — Notons enfin deux ulcères superficiels, arrondis, siégeant l'un au creux poplité et l'autre à la partie externe du genou.

L'auscultation de la poitrine donne les résultats suivants : un léger bruit de souffle cardiaque au premier temps et se propageant dans les gros vaisseaux du cou; au sommet du poumon droit, respiration un peu rude, avec expiration prolongée et quelques craquements; ces derniers signes stéthoscopiques, joints aux symptômes généraux que nous avons mentionnés, à savoir, l'amaigrissement progressif, la pâleur, l'anémie, la fièvre le soir et les sueurs nocturnes, rendent à peu près certaine l'existence de tubercules pulmonaires en voie d'évolution.

6 mars. — L'état général est meilleur, et les plaies prennent un aspect plus satisfaisant; depuis le jour de son entrée, le malade est soumis au traitement antiscrofuleux.

4 0 mars. — On ouvre un abcès ganglionnaire; il s'en écoule du pus mêlé à du sang.

Le malade sort le 20 avril ; les affections locales extérieures ont été modifiées de la manière la plus heureuse , mais l'état général est resté à peu près le même.

Il doit continuer son traitement au dehors.

oi!sr:i\VATioNs.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles cervicales et axillaires. — Albuminurie. — Hémoptysie.

Ménesclou (Pierre), vingt ans, entré le 22 février 4 856, couché au n° 7 du pavillon Saint-Matthieu.

Les antécédents du côté de la famille sont nuls ou incertains.

Le malade n'a eu lui-même ni gourmes, ni ophlhalmies, ni otorrhées ; il n'est point sujet aux bronchites ni aux angines. 11 y a seize mois, il prit une blennorrliagie qui dura quatre mois, et qui fut traitée par le cubèbe et les injections. C'est pendant le cours de cette blennorrhagie que les glandes cervicales ont commencé à s'engorger, et le fait de cette coïncidence en imposa suffisamment au médecin pour qu'il crût devoir ordonner des pilules mercurielles et de l'iodure de potassium. Le malade est persuadé lui-môme qu'il est sous l'influence de l'infection syphilitique.

Etat actuel. — La constitution est assez bonne, le tempérament lymphatique; les fosses nasales sont habituellement obstruées par des exsudations croûteuses; les organes thoraciques n'offrent rien de particulier à noter.

La région cervicale est déformée par des ganglions engorgés et proéminents, disposés de la manière suivante : vers les insertions supérieures du sterno-masloïdien du côté droit existent des tumeurs dont le volume égale, en moyenne, celui d'un œuf de pigeon ; une chaîne ganglionnaire descend de là le long du sterno-mastoïdien et vient se confondre inférieurement avec un paquet énorme qui occupe le creux susclaviculaire, débordant par une partie de sa masse l'attache claviculaire du muscle.

Parmi ces glandes, il en est qui ne sont qu'engorgées, d'autres ont été envahies par la suppuration et ont donné lieu à des abcès fistuleux au nombre de trois, qui se sont établis, l'un le 13 janvier dernier, et les deux autres dans le courant du mois de mai de l'année précédente; ces derniers sont situés dans l'espace sus-claviculaire et en voie dd cicatrisation.

Une large cicatrice existe au niveau de l'occipital du côté gauche,

attestant l'existence antérieure, dans cette région, d'engorgements ganglionnaires terminés par suppuration.

Dans l'aisselle du côté gauche, on trouve une glande assez volumineuse.

Le traitement a consisté, depuis le 22 février, en bains alcalins, alcoolature de ciguë, tisane de houblon et sirop anliscorbutique. Le 11 mars, l'engorgement ganglionnaire ne diminuant pas, on ordonne des frictions avec une pommade à l'extrait de ciguë et à l'iodure de plomb.

Le 20 avril, un point fluctuant se montre à droite ; le malade se plaint de tousser, et il expectore des crachats spumeux.

Le 25 avril, le malade, après avoir travaillé au jardin de l'hôpital, s'aperçoit que ses pieds enflent ; il ne s'en plaint que le 6 mai, jour où nous constatons de l'œdème à la face et aux extrémités inférieures. L'examen des urines y révèle une quantité assez considérable d'albumine.

Le 7 mai, une hémoptysie se déclare; le malade expectore environ un verre de sang. A l'auscultation, nous trouvons à gauche en avant, au-dessous de la clavicule, une expiration prolongée très manifeste ; la respiration est restée normale à droite.

Le 8, le 9 et le 10 mai, les urines continuent d'avoir une couleur lavure de chair, et d'être albumineuses.

Quelques jours après, le malade sort sur sa demande.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles cervicales coexistant avec une sijphilide pustuleuse miliaire. (Observation recueillie par M. Dublanc, élève du service.)

Morizot (Alexandre), âgé de seize ans, entré le 1er février 1 856, couché au n° 4 du pavillon Saint-Matthieu.

Le malade a été atteint, de gourmes dans la tète, vers l'âge de huit à neuf ans ; puis serait survenue une éruption de furoncles sur diverses parties du corps; vers la môme époque, il eut un écoulement par l'oreille gauche, écoulement q li dure encore; il est très sujet aux coryzas; enfin, c'est en mars dernier qu'il s'est aperçu que les glandes cervicales prenaient un volume inusité,

OlJSIîltVATIONS. 597

L'habitude extérieure du malade n'offre rien de bien remarquable à noter; il est blond de cheveux, sa peau est blanche, fine, injectée; sa constitution est assez faible, son tempérament lymphatique.

C'ost à gauche surtout, et au-dessous de la mâchoire inférieure, que siège l'engorgement ganglionnaire ; il est constitué principalement par quatre tumeurs assez volumineuses, autour desquelles sont éparses des glandes plus petites, et qui paraissent en voie de développement; on remarque sur un point, une plaie récemment faite en ville par un médecin, plaie qui donne encore issue à du pus; les régions parotidiennes et cervicale postérieure sont saines.

Rappelons que l'oreille gauche est affectée d'une otorrhée de longue date.

Ce malade porte en outre une autre affection d'origine et de nature bien différentes, je veux parler d'une syphilide pustuleuse miliaire répandue abondamment sur les régions dorsale, lombaire, épigastrique et thoracique antérieure ; sur la face se voient aussi quelques pustules facilement reconnaissables ; cette éruption, dans son ensemble, a une teinte d'un rouge violacé, tirant sur le jaune dans certains points; les éléments qui la composent sont de petit volume, acuminés, et disposés en groupes plus ou moins arrondis qui rappellent assez bien la forme de grappes ; chacun de ces groupes est séparé de ceux qui l'avoisinent par un intervalle où la peau est exempte de toute altération ; ils ne sont le siège d'aucune démangeaison ; une légère exfoliation épidermique recouvre un certain nombre d'éléments pustuleux.

Un traitement mixte est ordonné; d'une part, la tisane de houblon, de l'eau iodée, une pommade iodée et des bains sulfureux , contre l'affection scrofuleuse; et d'autre part, des pilules de proto-iodure de mercure, une par jour de 0,025, contre l'éruption syphilitique.

Le 'Ier avril, quatre pilules ont été prises, et l'éruption a pâli très notablement.

Le. 9 avril, elle s'est effacée en grande partie.

Le 5 mai, on en retrouve à peine quelques traces.

Cependant l'affection scrofuleuse s'est améliorée en môme temps; les glandes ont diminué de volume, et le 30 mai, jour de la sortie du malade, une bonne cicatrice ferme la fistule que nous avons mentionnée plus haut.

LIÇONS S13K LA SCROFULE.

Scrofule ganglionnaire.

Ophthalmie chronique et engorgement ganglionnaire du cou. (Observation recueillie par M. Duuiont, interne du service.)

Martin (Paul), seize ans, couché au n° 89 du pavillon Saint-Matthieu, entré le 14 mars 4 856.

Il ne nous donne aucun renseignement de quelque valeur sur son père et sa mère, qui sont morts il y a longtemps déjà.

Lui-même n'a été atteint ni de teigne ni de gourmes, mais depuis l'âge de quatre ans son œil gauche est affecté d'une ophthalmie chronique (conjonctivite et kératite scrofuleuses), qui existe encore aujourd'hui. Vers la même époque, il eut, en outre, des ganglites suppurées à la région cervicale. Notons encore que depuis longtemps les narines sont le siège d'un impétigo qui les obstrue par une production incessante de croûtes. Son ophthalmie a été traitée par M. Sichel, qui a employé la cautérisation. Pendant deux ans, il prit de la tisane de houblon et de l'huile de foie de morue.

Etat actuel. — Ce malade ne présente rien de particulier dans sa constitution ; ses diverses fonctions s'accomplissent régulièrement ; il tousse un peu, mais l'auscultation ne révèle aucun signe de tuberculisation pulmonaire.

L'œil gauche présente une conjonctivite intense; il est injecté, larmoyant; les capillaires s'avancent jusque sur la cornée, qui a perdu en partie sa transparence et au centre de laquelle on aperçoit une tache blanche de petite dimension. La vue est très mauvaise de ce côté ; il distingue et reconnaît à peine les objets qui l'environnent. L'œil droit, sans être très bon, n'offre cependant pas d'altération bien notable.

Le nez, la lèvre supérieure et la cavité des narines sont recouverts, ici d'ulcérations, là de croûtes impétigineuses, et le malade attribue ces lésions au contact des mucosités nasales.

Le cou porte les stigmates des abcès ganglionnaires dont nous avons parlé plus haut; de plus, à droite et à gauche on sent de petites tumeurs adénoïdes mobiles, roulant sous le doigt, et situées au milieu de tissus parfaitement sains.

Aux aines existent des tumeurs de même forme et de même nature.

Le malade sortie 15, amélioré par le traitement antiscrofuleux; a nécessité de faire place à de plus souffrants que lui a motivé son renvo».

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelle cervicale et acne punctata. (Observation recueillie par M. Pouquet, interne du service.)

Bonnemère (Maurice), dix-huit ans, entré le 6 novembre 1 857, couché au n° 59 du pavillon Saint-Matthieu.

Les parents n'ont présenté aucun accident de nature scrofuleuse ou syphilitique, du moins à sa connaissance; il a trois frères et une sœur, qui tous ont eu des gourmes dans leur enfance.

Le malade, d'une constitution assez robuste, d'un tempérament lymphatico-sanguin, déclare qu'il n'a été atteint ni de gourmes, ni d'ophlhalmies, ni d'otorrhées dans son enfance.

L'affection qu'il porte a débuté à l'âge de quatorze ans ; de chaque côté du maxillaire inférieur se formèrent alors des tumeurs ganglionnaires qui se sont converties en abcès fistuleux ; ces fistules, après une durée assez longue, se cicatrisèrent, mais d'autres ganglions se prirent à leur tour dans la région parotidienne, qui donnèrent lieu à la même série d'accidents, et c'est pour s'en faire traiter que le malade est entré à l'hôpital Saint-Louis, service de M. Bazin. Je dois ajouter que la partie postérieure du cou est également le siège de ganglites suppurées, dont le début remonte à peu près à la même époque.

Etat actuel. — Sur la joue droite se voient deux ulcérations ovalaires, d'une coloration rougeàtre, et desquelles s'écoule incessamment un pus fétide et de mauvaise nature; à gauche, et en arrière de la branche maxillaire existent également deux surfaces ulcéreuses assez étendues, ayant succédé manifestement à des ganglites suppurées.

Le malade porte en outre sur la face, et particulièrement sur le menton, des pustules nombreuses à' acne punctata dont les sommets noirâtres simulent assez bien des grains de poudre qui auraient pénétré dans les couches les plus superficielles de la peau.

Après un traitement antiscrofuleux approprié (tisane de houblon, sirop antiscorbutique, sirop d'iodure de fer, alcoolature de ciguë, appli-

cation de teinture d'iode sur les ulcères), le malade sort le mercredi -12 février, complètement guéri; les ulcérations sont recouvertes d'une cicatrice violacée, lisse, plissée, adhérente aux ganglions.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles cervicales cl pityriasis arthritique: (Observation recueillie par M. Dumonl, interne du service.)

Armand Bourdon, dix-sept ans, couché au n°75 du pavillon Saint- Matthieu, entré en février '1856.

Antécédents. — Son père est mort à l'âge de cinquante-sept ans d'une affection des reins.

Sa mère, qui vit encore, a eu deux affections de poitrine assez graves.

Il a eu quatre sœurs, dont deux sont mortes, l'une en bas âge, l'autre à vingt-cinq ans, d'une péritonite ; les deux qui vivent encore jouissent d'une assez bonne santé ; la plus jeune a le visage constamment couvert de boutons.

Le malade actuellement en observation n'aurait été atteint, jusqu'à l'âge de sept ans, d'aucune affection scrofuleuse. A cette époque, il vit apparaître sur la joue gauche un petit abcès dont nous trouvons la trace cicatricielle. A l'âge de neuf ans, les glandes du côté gauche du cou s'engorgent, et il entre à l'hospice de l' Enfant-Jésus, où il reste six mois. Là, on lui ouvre plusieurs abcès cervicaux, et on lui fait prendre des tisanes amères, de l'huile de foie de morue et des bains sulfureux. Huit jours après sa sortie de l'hôpital, il est pris d'une conjonctivite intense, et rentre à l'Eufant-Jésus, où on le retient pendant cinq mois ; on lui fait des instillations dans l'œil avec un collyre, et il sort de nouveau, en conservant sur la cornée une taie que nous retrouvons aujourd'hui.

Six mois après, une seconde conjonctivite se déclare, et après s'être soigné chez lui pendant quelques mois, ne voyant aucune amélioration, il se décide à retourner à l'hôpital, où, après un mois de séjour, il se trouve à peu près complètement guéri.

En 1 854, quelques ganglions cervicaux s'engorgent des deux côtés ; ces tumeurs disparaissent peu à peu sans aucune médication, mais de

OBSliKVATIONS. Oui

nouvelles glandes ne lardent pas à se montrer au-dessous du menton. Celles-ci disparaissent à leur tour vers la fin de l'année 4 855, et à la même époque se développe, à la partie latérale droite du cou , une tumeur qui acquit en peu de temps des dimensions considérables.

Au mois de juin -1855, il est admis à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Devergie, pour un éry thème noueux qui dure cinq mois ailiers.

En février 1856, il vit apparaître sur la partie antérieure du tronc des taches rouges qui s'effaçaient en laissant à leur place une légère exfoliation farineuse. Cette affection s'étendit peu à peu sur toute la poitrine, et c'est alors qu'il se présenta à la consultation de M. Bazin, qui le reçut dans ses salles.

Voici ce que nous observons à son entrée :

Sur le côté gauche du cou se voient cinq cicatrices, traces non équivoques de ganglites suppurées ; le côté droit est déformé par une tumeur volumineuse, résultant de l'engorgement d'un certain nombre de ganglions.

Sur la partie antérieure de la poitrine, on observe de larges plaques pityriasiques, recouvertes de squames très ténues; des plaques semblables existent dans le dos et sur l'abdomen, mais beaucoup plus prononcées et conûueutes sur la première de ces régions.

Le traitement a consisté en tisane de houblon, sirop antiscorbutique, solution minérale iodée, bains d'amidon et bains alcalins, frictions avec la pommade à l'iodure de plomb.

Le 25 mai, le pityriasis a complètement disparu ; les glandes cervicales ont considérablement diminué de volume; elles sont plus mobiles, et rien ne fait présager que la suppuration puisse s'en emparer.

Les jours suivants l'amélioration continue, et le malade sort complètement guéri de son affection cutanée; la glande du côté droit n'a plus que le volume d'une noisette.

Il est ordinaire de voir l'arthritis succéder à la scrofule, mais il est plus rare de yoir alterner les différentes affections des deux maladies constitutionnelles. Dans l'observation que l'on vient de lire, les affections de la scrofule et de Tarthritis se succèdent sans interruption. La scrofule, selon la règle, apparaît la première et se traduit par des poussées succès-

sivcs d'écrouelles faciales et cervicales, par des ophlhalmies scrofuleuses; l'arthritis n'attend pas la disparition des manifestations de la scrofule pour faire acte d'apparition. Pendant l'évolution de l'écrouelle cervicale, surviennent des affections cutanées, l'érythème noueux d'abord, et plus tard le pityriasis maculata, qui ne laissent aucun doute sur l'existence de cette maladie constitutionnelle.

Remarquons toutefois que l'érythème noueux ne dure pas cinq mois, et qu'il est possible qu'une erreur ail été commise dans le diagnostic ; ce prétendu éry thème noueux n'était peut-être qu'un érythème induré, affection de nature scrofuleuse et d'une marche fort lente. En tous cas, le pityriasis seul suffirait pour ne laisser aucun doute sur la coexistence de l'arthritis.

Scrofule ganglionnaire.

Ecrouelles cervicales. — Acné pustuleuse généralisée discrète et cohérente. (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du ser vice.)

Le nommé Wertz (Antoine), âgé de dix-sept ans, bijoutier, entré à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Bazin, le 8 mars 1861 .

Ce jeune homme n'a jamais connu sa mère, qu'il perdit quand il était encore au berceau , et ne saurait indiquer la maladie dont elle est morte.

Son père jouit, selon ses assertions, d'une assez bonne santé, mais est doué de peu d'embonpoint.

Quant à lui, il ne se rappelle pas avoir eu de gourmes ou de maux d'yeux pendant son enfance. Vers l'âge de sept ans seulement apparurent des tumeurs sous-maxillaires dues à l'engorgement des ganglions lymphatiques de cette région, et bientôt une éruption cutanée, de forme circinée, occupant la presque totalité du corps, et qu'il ne peut assez

bien définir pour qu'il soit possible de lui imposer un nom. Cette éruption reparut presque tous les ans, dit-il, depuis cette .époque tan simultanément avec l'engorgement ganglionnaire, tantôt dans 1 intervalle de deux apparitions d'écrouelles. Il entra d'ailleurs à plus.eurs reprises à l'hôpital des Enfants malades ou à Sainte-Eugénie pour cet engorgement sous-maxillaire, qui plusieurs fois abcéda et jamais ne disparut complètement depuis quelques années.

Aujourd'hui 11 mars 1861. -Ce malade, doué dune taille et d un embonpoint ordinaires , offrant tous les attributs du tempérament lymphatique: un caractère doux et tranquille, de la nonchalance, la peau fine, les lèvres et le nez un peu volumineux, présente 1 état suivant : , ' ,

A la région sus-hyoïdienne et aux parties antérieure et latérales du cou s'observent des cicatrices de forme irrégulière, de couleur violacée, proéminentes à la surface-ties téguments, caractères qui suffiraient pour permettre de reconnaître leur origine, si à côté d'elles n'existaient des ouvertures fistuleuses d'abcès ganglionnaires et des tumeurs lymphatiques d'un volume variable de celui d'une noix à celui d'un œuf.

En outre, particularité importante et sur laquelle nous attirons l'attention du lecteur, il existe sur toute la surface du corps une éruption caractérisée par de petites pustules rouges , acuminées, du volume d'une tête d'épingle ou d'un grain de mil, pustules disséminées et séparées les unes des autres par des intervalles variables de peau saine ou réunies et tassées, de manière à former une petite masse, un petit groupe tuberculeux, dont il est en certains points facile de reconnaître l'élément primitif, la pustule, tandis que la confusion est possible en d'autres parties du corps, à la partie antérieure et externe de la cuisse, par exemple, où les pustules se sont rompues et où il n'existe plus que des plaques saillantes, régulières ou irrégulières, rouges et recouvertes de squames blanches et peu épaisses, plaques offrant quelque analogie avec celles du lichen IMdus.

Ces groupes pustuleux sont d'ailleurs tantôt réunis sur une même surface, tantôt isolés et séparés par des espaces où l'on observe des pustules distinctes les unes des autres, et contenant encore du pus ou n'offrantplus qu'une surface rouge recouverte de légères squames si le liquide a élé expulsé depuis quelque temps.

Sur les orteils des deux pieds, mais surtout du pied gauche, existent de larges plaques rouges, saillantes et couvertes de squames minces, dont l'analogie avec les groupes pustuleux que nous venons de décrire

est évidente, et à côté desquelles se voient d'ailleurs des pustules isolées.

Cette éruption n'occasionne pas de démangeaisons au malade.

M. Baudol a oublié de mentionner un bouton d'acné varioliforme que le malade porte sur la région sourcilière du côté gauche. L'existence de ce bouton acnéique, la disposition de l'éruption pustuleuse, les rapports des pustules avec les poils qui les traversent, sont autant de raisons de penser que cette éruption pustuleuse a pour siège les glandes sébacées et les glandes annexées aux follicules pileux.

On peut confondre cette forme, très rare d'ailleurs, de l'acné scrofuleuse avec une variole discrète; mais la marche de l'affection, l'absence de phénomènes généraux, viendraient bien vite éclairer le diagnostic.

On peut la prendre pour un lichen à papules déprimées; mais, dans ce dernier cas, les boutons ne sont pas des pustules ou des pustulettes, mais des papules aplaties, couvertes d'un feuillet épidermique mince et blanchâtre.

L'arthritis et la syphilis peuvent, comme la scrofule, se traduire sous cette forme d'éruption cutanée; mais, dans la première maladie, il existe des picotements, des démangeaisons vives, et, dans la seconde, de petites cicatrices blanches, lisses, déprimées, entourées d'une auréole cuivrée, tandis , que, dans la scrofule, les démangeaisons n'existent pas, les cicatrices ou manquent tout à fait ou ne ressemblent nullement à celles de la syphilis.

OBSERVATION LXITI.

Scrofule ganglionnaire.

Ecroutlles cervicales ulcérées. — Tumeur blanche du genou droit.

Varnerot (Joseph), vingt ans, entré le 20 mai 1 856, couché au n° 77 du pavillon Saint-Matthieu.

Il ne croit pas avoir eu de gourmes, ni d'ophlhalmies, ni d'olorrhées dans son enfance. A l'âge de quinze ans, il fut atteint d'un engorgement de presque toutes les glandes cervicales, et cet engorgement persista pendant trois années à l'état stationnaire. En <I855, l'une des tumeurs s'enflamma et donna lieu à un abcès dont l'ouverture est demeurée fistuleuse jusqu'à ce jour; puis, dans l'espace de quelques mois, un certain nombre de glandes s'enflammèrent, et de nouveaux abcès apparurent sur la région du cou. C'est au commencement de l'année IS55 que le genou droit devint douloureux et se tuméfia; la marche était très pénible, mais quelques jours de repos faisaient tomber tout phénomène aigu , et rendaient au membre malade une grande partie de sa liberté d'action. Mais la fatigue remettait bientôt tout en cause, et c'est au milieu de ces alternatives que se passa une bonne partie de l'année 1 855 et le commencement de I 856. Ce fut alors que le malade vint consulter M. Bazin, qui l'admit dans son service.

Etal actuel. — Le malade est pâle, faible et porte bien tous les traits de la constitution scrofuléuse ; toute la région cervicale est déformée par des tumeurs ganglionnaires, des fistules et des cicatrices. Du côté droit, derrière le sterno-cléido-masloïdien, existe une large ulcération mesurant plus de 3 à 4 centimètres de diamètre, fongueuse, rougeâtre. Du môme côté, et dans la région parolidienne, se voient deux fistules qui donnent issue à une assez grande quantité de pus. Du côté gauche, vers la partie moyenne du sterno-mastoïdien, est une ulcération qui présente le cachet scrofuleux.

Le genou droit est plus gros que le gauche, déformé, globuleux, sensible à la pression ; la peau qui le recouvre n'a subi aucune allération.

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