‹ Leçons théoriques et cliniques sur la scrofuleChapitre 117 sur 153 · OBSERVATION L X I V · texte numérisé non relu

OBSERVATION L X I V

Scrofule cellulaire.

Abcès froids de l'avant-bras.

Leroy (Justin), âgé de trente-quatre ans, entré le 7 août 1857, couché au n° 1 9 du pavillon Saint-Matthieu .

Son père est mort à un âge avancé ; il était rhumatisant. Sa mère est morte à la suite de couches. Il a des frères et des sœurs dont la santé est bonne ; il ne leur connaît pas d'antécédents scrofuleux.

Lui-môme est d'une constitution faible, d'un tempérament lymphatique; il a été, dans son enfance, affecté de gourmes au cuir chevelu.

Il y a trois mois environ, il ressentit dans la région antibrachiale du côté droit, près de l'articulation du coude, de vives douleurs, qui furent suivies de la formation d'une tumeur et d'un abcès, dont un médecin fit l'ouverture; un pus abondant s'en écoula, mais l'articulation resta gênée dans ses mouvements, et la flexion était devenue à peu près impossible.

Quelque temps après, deux nouvelles ouvertures se formèrent spontanément, et, devenues fistuleuses, donnèrent lieu à un écoulement continuel d'un pus jaunâtre, abondant et fétide. Le malade, ne voyant aucune amélioration survenir dans son état, se décida, le 7 août 1857, à entrer dans le service de M. Bazin.

Etat actuel. — L'avant-bras droit est considérablement tuméfié à sa partie supérieure et antérieure; là se voient trois ouvertures fistuleuses qui conduisent dans le tissu cellulaire sous-cutané, et n'ont évidemment aucun rapport avec les os ou l'articulation ; autour d'elles, la peau est amincie, décollée, violacée; la pression est douloureuse et les mouvements de l'avant-bras sont pénibles, mais cette dernière particularité s'explique facilement par la situation môme de la tumeur, sans qu'il soit besoin d'admettre une lésion de l'article.

Le malade prend, à l'intérieur, de la tisane de houblon, du sirop d'iodurede fer; des cataplasmes sont appliqués sur la région affectée.

Le 15 août, on constate une amélioration très sensible : la tuméfaction a beaucoup diminué, la suppuration est presque tarie et les ouvertures fistuleuses sont comblées par des bourgeons charnus d'une couleur vermeille, petits, de bonne nature; l'avant-bras a recouvré en grande partie la liberté de ses mouvements.

OBSERVATIONS. DU/ Le 4 septembre suivant, il sort, à peu près guéri ; lavant-bras a repris son volume normal, et tous les mouvements sont possibles; l'une des fistules est complètement cicatrisée, les deux autres présentent un petit point ulcéré, mais dont la guérison ne saurait se faire attendre.

Scrofule osseuse.

Scrofule osseuse suivie de manifestations arthritiques. (Observation recueillie par M. Sergent, interne du service.)

Honorine Boucher, vingt-huit ans, entrée le 25 mars 1859, couchée au n° 4 du pavillon Saint-François.

Le père est mort à soixante-sept ans d'une affection cérébrale; il fut pris de convulsions suivies de perte de connaissance, et resta paralysé pendant un mois ; de nouvelles convulsions survinrent alors, et amenèrent rapidement une terminaison funeste. La malade, qui à cette époque comptait treize ans à peine, ne peut nous donner d'autres renseignements sur son père.

La mère est morte subitement à l'âge de soixante-quatorze ans; elle avait été sujette, dans les derniers temps d-î sa vie, à de violents maux de tête et à des douleurs d'estomac; elle se plaignait assez souvent de souffrir dans les reins. Elle était de petite stature et d'un embonpoint assez considérable. Elle eut huit enfants, dont deux sont morts en bas âge; les deux^autres ont été atteints de gourmes, à l'exception de la malade, dont nous allons rapporter l'histoire. De ces six enfants, l'atné, âgé de quarante-neuf ans, a eu un eczéma du cuir chevelu il y a dix ans ; une sœur, âgée de quarante ans, a été pendant trois mois gravement malade.

Quant à notre malade, elle fut affectée jusqu'à l'âge de dix ans d'impétigo sur différentes parties du corps, mais jamais au cuir chevelu. Elle eut, à seize ans, une fièvre typhoïde à la suite de laquelle se déclarèrent des abcès ossifluents symptomatiques d'un mal vertébral de Pott. Pendant quatre ans, elle fut paralysée; puis, peu à peu, les membres inférieurs reprirent uue partie de leur liberté d'action, et la marche est aujourd'hui possible, avec claudication légère. Elle eut pendant longtemps des fistules aboutissant à un os carié, et prit de l'huile de morue en quantité considérable dans le service de M. Bazin, où elle demeura neuf mois.

A la suite de sa fièvre typhoïde, elle vit apparaître sur les jambes et les bras une éruption impétigineuse ; sur les mains, elle portait de petites plaques arrondies qui ont persisté depuis neuf ans, et dont nous allons tout à l'heure donner la description. L'impétigo a disparu sans laisser aucune trace de son passage.

Depuis un mois, la malade a des maux de tête violents, avec envies de vomir; au moment de ces migraines, elle est prise de bâillements, de pandiculations, avec sentiment de souffrance dans la région stomacale. Les coryzas sont chez elle très fréquents et surviennent avec une extrême facilité, principalement dans la saison froide. Ajoutons enfin qua cinq reprises le coude gauche est devenu douloureux, rouge, enflé, et que la malade est sujette à des douleurs dans les jambes, qui parfois prennent la forme de crampes.

Etat actuel. — Sur le dos des mains, on voit des plaques arrondies dont les unes ont les dimensions d'une pièce de 50 centimes et les autres d'une pièce de 1 franc; d'autres enfin sont plus larges et de forme plus irrégulière; elles se voient principalement au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes ; leur surface est rouge, crevassée ; elles font une légère saillie au-dessus du niveau de la peau ; elles sont hérissées > de petites papules que recouvrent des lamelles minces et de couleur jaunâtre; elles donnent lieu, de lemps à autre, à la sécrétion d'une petite quantité de liquide, mais elles sont habituellement sèches ; elles sont le siège de picotements, de cuisson, et, sous l'influence de la chaleur, de démangeaisons parfois assez vives.

La malade a bon appétit, mais ses digestions sont pénibles et laborieuses : elle est'leplus souvent constipée.

Le 22 avril, elle sort de l'hôpital ; les plaques se sont affaissées, les digestions se font mieux, l'état général est, en un mot, des plus satisfaisants.

Scrofule osseuse.

Scrofule compliquée de pourriture. — Ulcère de la jambe. — Destruction du voile du palais et de la cloison des narines. (Observation recueillie et rédigée par M. Guérard, interne du service.)

Gary (Philippe), vingt ans, couché au n° 41 du pavillon Saint-Matthieu, entré le 4 8 avril 4 860.

Ce malade est entré dans le service atteint d'une double affection : un

OBSERVATIONS. «^y

ulcère scrofuleux de la jambe gauche et une lésion de même nature de la gorge et des fosses nasales.

Il nous apprend fort peu de chose sur ses antécédents; il n'aurait eu dans son enfance et jusqu'à l'âge de quinze ans aucun symptôme de scrofule, ni gourmes, ni engorgements strumeux, ni ophlhalmies, ni otorrhées, ni lésions cutanées; cependant il a toujours été sujet aux engelures, et il porte dans son habitude extérieure les traits de la constitution scrofuleuse.

Son père est mort hydropique.

II n'a pas connu sa mère.

C'est vers l'âge de quinze ans qu'a commencé la série des accidents qui l'amènent à l'hôpital. A la suite d'un coup, dit-il, il vit se former à la jambe gauche une tumeur, un abcès dont l'incision fut faite, et qui donna issue à une quantité insignifiante d'un liquide sanguinolent; mais l'ouverture persista et devint le point de départ d'une ulcération qui s'étendit peu à peu, et dont la cicatrisation, depuis cinq années, n'aurait jamais été "complète. A son entréè à l'hôpital, cette ulcération était fort grande et entourée d'une surface cicatricielle qui attestait des dimensions antérieures encore plus considérables; partie du genou, elle descendait sur la jambe, qu'elle contournait en spirale, pour gagner la région postérieure et moyenne ; elle parut d'abord tendre vers la cicatrisation, mais tout à coup, sous une influence inconnue, elle s'agrandit, prit l'aspect de la pourriture d'hôpital, se recouvrit d'une pseudo-membrane grisâtre et pultacée, rongeant la cicatrice et gagnant chaque jour en étendue, tout en restant superficielle. Aujourd'hui, par le fait d'un traitement tonique et de légères cautérisations, elle s'est considérablement réduite, et tout fait espérer une guérison prochaine, si une nouvelle poussée ne vient l'entraver encore.

Il y a deux ans, le malade fut pris d'un grand mal de gorge qui le fit beaucoup souffrir, et à la suite duquel il aurait perdu le voile palatin. En effet, si l'on examine la gorge, on ne trouve plus aucune trace de la portion membraneuse du palais, et l'on aperçoit en outre la paroi postérieure du pharynx et celle de l'arrière cavité des fosses nasales ulcérées, croûteuses et semées de fongosités inégales. Tous ces désordres paraissent s'être produits sans grande réaction, puisque le malade continua de travailler, sans même consulter le médecin.

Le nez est aplati, déformé, ce qui tient à la destruction complète de la cloison, quia disparu de l'orifice antérieur à l'orifice postérieur. Voici comment, suivant le*malado, les choses se seraient passées : il y a six mois

CIO LKÇONS SUU LA SCUoFULli.

environ, le nez se tuméfia peu à peu, sans routeur ni douleur ; l'air cessa de traverser librement les fosses nasales, il ne pouvait qu'à grand'peine en faire sortir, en se mouchant, les mucosités et les croûtes qui obstruaient continuellement ces cavités ; une sécrétion purulente s"écoulait en petite quantité par les narines ou tombait dans la gorge ; au bout de douze à quinze jours, la partie antérieure de la cloison avait déjà disparu, et c'est alors qu'il entra à l'hôpital. Nous avons pu voir, à partir de ce moment, le mal ronger peu à peu, d'avant en arrière, la cloison nasale, qui se détachait par portions que le malade reconnaissait lui-même pour être des portions d'os cariés ou nécrosés. Aujourd'hui, la cloison est détruite dans toute son élendue, et aucun symptôme n'existe plus du côté du nez, si ce n'est la difformité qui résulte de la mutilation qu'il a subie.-

Le 29 janvier I 861 , l'état du nez est tel que je viens de le décrire, mais à la partie supérieure et interne de la jambe existe une ulcération allongée de haut en bas et de dehors en dedans, plus large à la partie moyenne qu'aux extrémités, et dont les contours irrôguliers sont affaissés et le siège d'une cicatrisation évidente ; la surface malade est au niveau des parties saines, couverte de bourgeons charnus dans la plus grande partie de son étendue, grisâtre cependant en quelques parties encore dont l'étendue diminue de jour en jour.

Au moment où, ainsi que je le disais plus haut, tout permettait d'espérer une guérison prochaine, l'ulcération s'agrandit tout à coup et sans cause connue, et pendant près de cinq semaines on put chaque jour constater des progrès dans la destruction des parties saines. Alors seulement, c'était vers le commencement de décembre, on remarqua une tendance vers la guérison, et bientôt un travail de cicatrisation qui s'est continué jusqu'à ce jour. En ce moment, l'ulcération ne présente plus que les deux tiers de l'étendue qu'elle avait au mois de décembre, lorsqu'elle avait atteint son apogée.

22 mars. — Le malade sort parfaitement guéri.

OBSERVATION LXVU.

Scrofule osseuse.

Ulcérations cutanées profondes du pied droit et de la jambe droite, avec gonflement énorme de ces parties.— Autopsie. (Observation recueillie par M. Dumont, interne du service.)

Charbonnier (René), trente sept ans, entré le 4 juillet 1 856, couché au n° 63 du pavillon Saint-Matthieu. •

OlîSKtî V'ATIONS. 611

Antécédents de famille nuls ou inconnus.

Ce malade a été bien portant jusqu'à l'âge de vingt-deux ans; il vi' alors apparaître, dans le voisinage de la malléole interne du pied droit, une petite tumeur qui, dit-i], abcéda et suppura pendant plus d'un an. Semblables lésions se sont montrées a la malléole externe et môme à la jambe et à la cuisse du môme côté; la lésion siégeant à la partie inférieure de la jambe se propagea par envahissement successif sur les faces dorsale et plantaire du pied.

La cuisse et la partie supérieure de la jambe droite offrent des cicatrices blanches assez profondes: on constate à la partie inférieure du membre et sur le pied principalement un gonflement énorme, avec déformation; les orteils sont ulcérés profondément; un vaste ulcère occupe toute la plante du pied et la moitié antérieure de sa face dorsale, où l'on trouve çà et là quelques îlots de peau saine; ces ulcères sont rouges, granuleux, et il en suinte une suppuration abondante ; le membre est amaigri dans sa totalité.

Mort subite le 1 0 juillet.

Aulopsie. — La peau du pied malade est extrêmement épaisse, comme lardacée, de couleur livide et violacée. Les os des phalanges sont très ramollis et se laissent inciser avec une grande facilité. La substance spongieuse a été ramollie, absorbée, raréfiée, et a laissé en sa place un canal parfois assez large.

Les os du tarse ont subi des modifications semblables.

Dans le poumon droit, au sommet, se trouvent des tubercules et d'anciennes cicatrices.

Le foie est le siège d'une altération particulière: il est grisâtre, manifestement infiltré de graisse. La vésicule est gonflée par une bile claire.

Les reins sont à la deuxième période de la maladie de Bright ; il y a anémie de la substance corticale.

La rate est diffluente, volumineuse.

La cause de la mort subite est restée ignorée.

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