OBSERVATION LXVIII
Scrofule ossensc.
Symptômes de carie atloïdo-axoïdimne .
Auguste Blériot, quinze ans, couché au n° <l du pavillon Saint-Matthieu, entré le 1 0 janvier -I 860.
612 LFÇONS SUR LV SCROFULF..
Ce malade a eu des gourmes dans la tête vers l'âge de sept ou huit ans, mais il nie tout autre antécédent serofuleux ; il est faible de constitution, rachitique, petit, déformé.
Son père se porte bien ; sa mère est asthmatique; elle a eu mal aux jambes. Il a deux sœurs; toutes deux ont eu des gourmes; l'une d'elles a été atteinte d'une affection du genou; leur santé serait, en somme, assez mauvaise.
Il y a un an, sur la partie latérale gauche du cou apparut une tumeur douloureuse, qui augmenta peu à peu de volume; la tête s'inclina du même côté. Vers le mois de mai, après quelque temps passé à la campagne, la tumeur avait presque disparu, mais elle reprit bientôt sa marche. Le côté droit se tuméfia à son tour, la déviation augmenta, et dès lors le mal alla s'aggravant de jour en jour. Voici ce que nous observons aujourd'hui, .
Dans la région cervicale existe, de chaque côté, une tuméfaction considérable, étendue de la nuque au menton, et faisant disparaître, sous sa saillie mamelonnée, toute ligne de démarcation entre la face et le cou ; du côté gauche, la tumeur est dure, rénitente et douée, dans certains points, d'une élasticité comme cartilagineuse ; du côté droit, le gonflement est- moins volumineux, moins étendu en avant, où il laisse à découvert les ganglions sous-maxillaires, mais les deux tumeurs se réunissent en arrière et forment un empâtement qui masque et englobe les saillies musculaires et osseuses.
La tête est fortement déviée et s'incline vers l'épaule gauche, la face regardant à droite ; on ne sent aucun muscle en contraction.
La colonne cervicale a éprouvé un mouvement de rotation ou de torsion en vertu duquel sa face antérieure est tournée à gauche, tandis que les apophyses épineuses sont dirigées à droite de la ligne médiane, ainsi que la palpation le fait apprécier sans difficulté.
Le malade se plaint, en outre, d'une douleur vive dans l'épaule droite depuis deux ou trois mois ; rien extérieurement n'explique cette douleur, qui peut être attribuée à la compression de quelque branche nerveuse, soit par la tumeur, soit par le fait de la déformation du rachis.
Il tousse souvent et a craché du sang, il y a six semaines, pendant deux ou trois jours. Rien d'ailleurs à l'auscultation.
Dans les derniers temps de son séjour à l'hôpital survint, d'une manière presque subite, une paralysie complète des extrémités inférieures; la tuméfaction du cou, le torticolis, les douleurs, étaient alors
OBSERVATIONS. b^
à leur comble, et tout faisait présager une prompte terminaison funeste. Mais il sortit du service, et nous ignorons encore ce qu'il est devenu.
Des symptômes que je viens d'énumérer rapidement il résulte que ce malade était atteint d'une double affection : affection des vertèbres cervicales, affection des parties molles, l'une n'étant sans doute qu'un effet de la propagation de l'autre. M. Bazin, qui croit à une tumeur de mauvaise nature, a de la tendance à en placer le point de départ dans les parties profondes de la région ; en conséquence, les os auraient été primitivement malades, et le produit morbide aurait de là rayonné à la périphérie, en se fixant surtout sur les ganglions répandus avec tant de profusion dans la région cervicale.
Il est à regretter que l'autopsie (car le sujet était voué à une mort certaine) n'ait pu être faite; mais évidemment, à en juger par l'ensemble des symptômes, il s'agissait là d'une tumeur blanche de l'articulation odontoïdo-atloïdienne, avec production énorme de tissu fibro-plastique.
{Scrofule osseuse.
Çarie de l'os des îles. — Abcès ossifluent à la fesse droite. — Guérison. (Observation recueillie par M. Dumont, interne du service.)
Saunois (Julien), âgé de quinze ans, entré le 4 3 juin 4 856, couché au n° 35 du pavillon Saint-Matthieu.
Pas d'antécédents scrofuleux, qu'il sache, du côté de son père ou de sa mère; une sœur, âgée de sept ans, a les ganglions cervicaux très développés et en suppuration ; elle tousse fréquemment.
11 n'a rien eu à la peau ; toux fréquente, visage pâle, amaigri et portant les traits de la constitution scrofuleuse; les ganglions cervicaux sont engorgés et volumineux.
Le début de son affection actuelle remonte à cinq mois ; la marche devint difficile, puis impossible ; douleur vive, se propageant dans toute la cuisse, sans localisation spéciale sur le genou; une tumeur se forma, d'abord dure, ensuite fluctuante.
Cette tumeur, qui siège à la fesse droite, a le volume d'un œuf de
poule; elle se ramollit peu à peu, la peau s'amincit et la fluctuation devint d'une évidence parfaite.
La liberté des mouvements de la cuisse correspondante et l'absence de toute douleur dans l'articulation et à son pourtour excluaient l'idée d'une coxalgie; il s'agissait bien certainement d'une carie de l'os des iles, ainsi que les phénomènes ultérieurs l'ont surabondamment démontré.
Le malade fut soumis au traitement antiscrofuleux qui convient en pareil cas : tisane de houblon, huile de morue, bains sulfureux ; l'abcès fut ponctionné, et des injections iodées furent faites dans son intérieur.
Le 2 août, on remarque que les parois du foyer sont en grande partie adhérentes, et que la source du pus est presque complètement tarie ; la peau offre une teinte violacée là où était la collection purulente; elle a perdu sa mobilité et est adhérente aux tissus profonds, attirés eux-mêmes vers les os et fixés à eux par des brides cicatricielles.
Il sort guéri le 5 septembre 1 856.
Scrofule osseuse.
Tumeur blanche de l'articulation tibio- tarsienne. — Méningite scrofuleuse entraînant la mort, alors que l'affection osseuse était à peu près guérie. (Observation recueillie par M. Guyot, interne du service.) •
Gosset, vingt-deux ans, tourneur en cuivre, né à Paris, entré au pavillon Saint-Matthieu le 21 décembre 1 855, couché au n°57.
Antécédents de famille. — Nuls. Père, cinquante-quatre ans; mère, cinquante ans; deux sœurs, dont l'une plus âgée. Tous bien portants.
Aiitécédenls du sujet.. — N'a eu, en fait d'affections scrofuleuses, que des gourmes dans sa première enfance.
La scrofule osseuse pour laquelle il entre à l'hôpital payait avoir été provoquée, il y a six ans, par une entorse, à la suite de laquelle l'articulation tibio-tarsienne gauche est restée considérablement tuméfiée. Le malade entre à l'hôpital Saint-Louis six mois après (mai 1851), avec des ouvertures fistuleuses, et en sort en février 1852. (Huile de morue ) A l'époque de sa sortie, les fistules étaient cicatrisées, l'articulation
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tibio-tarsienne ankylosée, et quelques jours après Gosset put reprendre
S°n yTèi'nq mois que les fistules sesont rouvertes; la tuméfaction est
revenue. . , ,, „
Lors de son entrée, l'articulation malade est le siège d un gonflement considérable; il existe plusieurs ulcérations à fond blafard; a travers Tune d'elles, située à la partie externe, le stylet pénètre à une profondeur de 4 centimètres et arrive sur l'os dénudé (nécrose); déviation du bord interne du pied, qui se trouve relevé, tandis que le bord externe a suivi le mouvement inverse : c'est sur lui que s'appuie e malade lorsqu'il marche; ankylose de l'articulation; atropine de la jambe gauche; hypertrophie ganglionnaire inguinale.
Etat général. — Constitution peu forte, système musculaire peu développé. L'auscultation et la percussion ne révèlent aucun désordre de
l'appareil respiratoire.
Cieur. - Bruit de souffle au premier temps, palpitations, pouls faible,
à 80 ; digestions bonnes.
Trailemenl.— Houblon, sous-phosphate de soude iodé. Pendant l'administration de ce médicament, amélioration très rapide de l'articulation. Au bout de six mois, la tuméfaction avait à peu près disparu, les ouvertures fistuleuses étaient fermées ; mais alors apparaissent d'autres accidents qui forcent à suspendre le phosphate de soude.
Le 16 juillet, céphalalgie violente, avec nausées; le 28, épistaxis, et enfin le 15 août, hémiplégie complète à gauche, avec nausées, céphalalgie violente, fourmillements, sans aneslhésie. Ces accidents disparaissent le même jour et se reproduisent' par accès revenant sans régularité. Il y en a quelquefois trois le même jour, puis ils sont deux ou trois jours sans revenir.
6 septembre.— Vomissements, commencement de strabisme, difficulté de la parole, toux sans expectoration. Toujours céphalalgie, peau chaude, sueurs, diarrhée.
7 septembre.— Hémiplégie complète du côté droit, avec anesthésie, dysphagie, pâleur et maigreur augmentées; alternatives de coma et de délire, avec agitation ; yeux immobiles, paupières supérieures abaissées, pupilles contractées et immobiles.
8 septembre. — Agonie : conjonctives injectées, narines pulvérulentes, lèvres fuligineuses, respiration haletante, battements du cœur et pouls faibles, fréquents, sueurs visqueuses et abondantes Mort dans la nuit.
Autopsie. — Habitude extérieure. — Maigreur extrême, roideur cadavérique très prononcée.
Méninges. -— Injection, rougeur vive du côté droit comme du côté gauche.
Circonvolutions. — Quatre ou cinq petites granulations grises seulement éparses çà et là.
Substance cérébrale. — Piquetée, sablée de rouge.
L'hémisphère droit présente, sur la moitié de la crête du lobe gaucho, près de la faux du cerveau, une plaque jaunâtre ; au-dessous de cette plaque on trouve une gelée transparente et ferme ; plus profondément, une infiltration de sang occupant l'étendue de 3 centimètres dans tous les sens. Cette infiltration présente les caractères différents d'un sang sorti de ses vaisseaux à des époques diverses. En un point occupant le pourtour de la suffusion sanguine principale, une teinte jaune safran et prononcée atteste la résorption presque complète du sang. Plus près du centre, quelques points où le sang est fraîchement produit, avec sa couleur rouge et son état fluide ordinaire. Enfin, au centre, une masse blanche et rose, brune même çà et là ; elle semble produite par un mélange du sang à de la matière cérébrale. Celle-ci n'a pas été rompue, broyée ni écartée pour former et circonscrire un foyer. Un filet d'eau, un effort du manche du scalpel ne séparent pas aisément cette partie centrale du reste du cerveau. Ce n'est donc pas là une hémorrhagie cérébrale proprement dite, c'est plutôt une suffusion sanguine.
Cavité arachnoïdienne. — Pleine de sérosité louche.
Vaisseaux. — Tous gorgés de sang.
Poumon. — Farci de granulations tuberculeuses du sommet à la base, pleurésie double, adhérences.
Reins, rate. — Quelques tubercules.
Cœur. — Sain.
Intestins. — Rien d'anormal.
Organes génito-urinaires . — Un tubercule du volume d'une noisette dans l'épididyme du côté droit.
Tumeur blanche tibio-larsienne. — En voie de guérison ; les os du tarse sont encore spongieux, raréfiés dans leur tissu.
'Scrofule osseuse.
Caries multiples. — Abcès (roids sous-culanés cl profonds indépendante
des caries.
Evrat, dix-sept ans, bijoutier, né à la Charité-sur-Loire, entré le 7 mai 1856 au pavillon Saint-Matthieu, n° 92.
Antécédents de famille.- Père mort à cinquante-cinq ans d'accident ; mère cinquante ans, bien portante ; trois frères exempts de scrofule ; trois sœurs, dont deux ont eu des affections scrofuleuses.
Antécédents du .«jet. - Dans son enfance, ni gourmes m ophthalmies, seulement constitution très débile. A quinze ans, pleurésie droite qui dure six semaines, et consécutivement engorgement ganglionnaire cervical, puis abcès à la poitrine, au ventre, à la hanche, au pied. (Tisane de houblon, iodure de potassium pendant un an.)
Etal actuel.— Constitution chétive, taille peu développée, maigreur ; néanmoins, sauf le cœur, qui est le siège de violentes palpitations, toutes les fonctions s'exécutent assez bien.
Comme affections locales, nous trouvons des cicatrices et des ouvertures fistuleuses ; les cicatrices répandues sur le ventre, sur la cuisse, sur le pied, sont toutes, sauf cette dernière, sans adhérences, ce qui indique qu'elles ont succédé à des abcès froids sous-cutanés ou profonds , qui ne reconnaissaient pas pour point de départ une affection osseuse. Des ulcérations, l'une, située à la fesse, ne conduit que sur des parties molles ; une autre, au-devant du sternum, arrive sur des côtes cariées ; en6n, par une dernière située dans l'intérieur de la bouche, le stylet pénètre jusqu'à la branche de la mâchoire cariée dans une grande étendue. Toutes ces ouvertures fistuleuses suppurent abondamment. Traitement. — Vin de quinquina, vin de Bagnols, gargarismes. 15 avril. — Ouverture d'un vaste abcès occupant toute la partie postérieure de la jambe; injections iodées.
2-2 avril. — A la suite de l'extraction d'une dent molaire qui branlait, rupture de la branche montante du maxillaire. L'enfant ne peut plus manger que de la soupe, qui lui cause une grande répugnance. Dépérissement graduel, sommeil très léger, diarrhée incoercible : les médicaments n'ont aucune action sur le mal.
Les urines ont été analysées à diverses reprises dans le cours de la maladie; jamais on n'y a trouvé d'albumine. Vers la fin de la vie, elles étaient rares, rouges, floconneuses, mais ces flocons n'étaient composés que de mucus.
• Mort le 10 mai. L'agonie a été douce et lente: le malade s'est éteint.
Autopsie. — Marasme squeletlique.
Maxillaire inférieur. — Carie profonde altérant assez loin la branche droite et le corps de la mâchoire au niveau de la deuxième molaire, avec perte de substance considérable ; foyer purulent limité en dehors par le masséter et en dedans par le ptérygoïdien interne; des esquilles assez nombreuses sont contenues dans ce foyer; la fracture de la mâchoire que nous avons signalée a été le résultat de cette carie.
Côles. — • Les septième et huitième côtes sont profondément détruites dans une étendue de 2 a 3 centimètres près de leur insertion au sternum ; à leur face interne ou pleurale, tubercules réunis en une masse du volume d'une grosse noix, ayant la consistance du fromage mou et d'une couleur jaune. Dans l'épaisseur du diaphragme, un kyste tubërculeux soulèveàla fois les séreuses pleurale et péritonéale. Un deuxième kyste semblable existe encore dans l'épaisseur du diaphragme, au-devant de la colonne vertébrale.
L'abcès ouvert pendant la vie à la jambe était constitué par un vaste foyer situé entre la couche superficielle et là couche profonde des mus des du mollet. Le tibia et le péroné sont. intacts.
Dans les viscères, quelques tubercules aux deux sommets ; adhérences pleurétiques à droite.
Foie. Dégénérescence graisseuse, avec augmentation considérable
de volume.
Reins. — Diminution de volume, anémie de la substance corticale.
OBSERVATION LXXIl.
Scrofule osseuse.
Caries multiples.
Coste (François), vingt et un ans, entré le 23 janvier 4 857, couché au n°60 du pavillon Saint-Matthieu.
Ce malade, de faible constitution, n'a jamais joui d'une excellente
OBSERVATIONS. Ultf santé sans avoir fait cependant de maladie sérieuse dans son enfance; il n'a eu ni gourmes ni ophthalmies, mais depuis fort longtemps x\ porte au cou des ganglions engorgés, et l'on en trouve également dans l ame et dans l'aisselle.
Il y a quinze mois, des abcès ont paru sur les orteils, deux à droite et un à gauche, sourdement et presque sans douleur ; ils se sont ouverts au bout de trois mois, époque où il entra à Lariboisière, dans le service de M. Voillemier. Là, après quinze jours, la suppuration ne diminuant pas et le malade s'affaiblissant de plus en plus, on lui pratiqua successivement et à un mois d'intervalle l'amputation des trois orteils affectés. Aucun traitement interne ne fut administré. Pendant son séjour dans cet hôpital, une nouvelle tumeur se forma au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne du quatrième doigt de la main gauche. Cette tumeur abcéda rapidement, une fistule s'établit , qui depuis ne s'est pas fermée. Le malade , craignant une amputation nouvelle, quitta l'hôpital; mais son affection s'aggrava de plus en plus. Il y a un mois, des abcès apparurent encore, l'un au dos du pied droit et deux autres à la partie dorsale du poignet de la main droite. Ce fut à ce moment que le malade se décida à entrer à l'hôpital Saint- Louis.
Etal actuel. — La face est pâle, amaigrie, exprimant la souffrance; les muqueuses extérieures sont décolorées; l'appétit est presque nul.
Rien d'appréciable à l'auscultation, bien qu'il tousse fréquemment depuis trois ans.
An pied gauche se voit une ouverture fistuleuse ayant succédé à un abcès dont le malade ne nous a pas parlé, et dont le début remonte à trois mois; autour de cette fistule la peau est rouge, décollée ; une sanie purulente s'en écoule abondamment. Les ouvertures fistuleuses du pied droit offrent les mêmes caractères; le stylet pénètre assez profondément et arrive manifestement sur une surface osseuse, dénudée ; les os paraissent augmentés de volume. A la main gauche existe un gonflement très marqué du doigt annulaire, et qui s'étend à toute la première phalange; plus en dehors, est une ouverture fistuleuse. Sur la main droite on trouve deux tumeurs, dont l'une, plus volumineuse et rougeâtre, occupe tout le dos du poignet; l'autre tumeur est située au niveau des deuxième et troisième métacarpiens ; elle est moins saillante que la précédente ; un sillon large et profond l'en sépare .
Le malade prend de la tisane de houblon et de l'huile de foie de morue.
Plusieurs abcès sunt ouverts avec le bistouri.
Il sort le 7 septembre, on bonne voie de guérison.
LliÇONS SUH LA SCROFULIi.